CHAPITRE XI
COMME QUOI LES ESPAGNOLS ARRIVÈRENT A TlaXCOla QUI S’APPELAIT ALORS Texcallan.
Les seigneurs et dignitaires de Tlaxcala firent entrer dans leur ville les Espagnols et les y reçurent en bonne amitié. Ils les emmenèrent tout droit aux maisons royales ; là, on les logea et on les traita le mieux possible en leur fournissant tout le nécessaire avec le plus grand empressement. Ces grands seigneurs leur donnèrent leurs filles, les Espagnols les acceptèrent et en usèrent comme si elles eussent été leurs femmes. Bientôt le capitaine les interrogea au sujet de Mexico en disant : a Où se trouve Mexico? Est-ce loin d’ici? » Et on répondit : « Ce n’est pas loin; il y a la distance de trois journées de marche. C’est une ville « très peuplée; ses habitants sont braves et grands conquérants; partout ils « font des conquêtes. » Les TIascaltèques n’avaient pas pour amis les Cholultèques avec lesquels ils étaient en discorde, et comme ils n’avaient pas de sympathies pour eux, ils en dirent du mal aux Espagnols, pour que ceux-ci les maltraitassent. Ils les disaient leurs ennemis et les amis des Mexicains dont ils égalaient la vaillance. En apprenant ces nouvelles au sujet des habitants de Cholula, les Espagnols prirent la résolution de les maltraiter; comme en effet ils le firent. Ils partirent de Tlaxcala tous ensemble, accompagnés d’un grand nombre de Cempoaltèques et de TIascaltèques armés en guerre. Lorsqu’ils arrivèrent à Cholula, les habitants de la ville n’en prirent aucun souci, ne parlant ni de paix ni de guerre et se tenant tranquilles dans leurs maisons. Les Espagnols jugèrent mal cette attitude, soupçonnèrent une trahison et se mirent à appeler à grands cris les caciques, les dignitaires, et tout le reste, pour qu'ils eussent à se présenter à leur quartier. Ils arrivèrent en effet et s’assemblèrent dans la cour du grand temple de Quetzalcoatl. Ils y étaient tous réunis, lorsque les Espagnols, irrités du peu de cas qu’on avait fait d’eux, s’emparèrent de toutes les issues, entrèrent à cheval, commencèrent à jouer de la lance et en tuèrent autant qu’ils purent, tandis que leurs alliés indiens en massacrèrent, peut-on croire, bien plus encore. Les Cholultèques, n’ayant soupçonné nullement l’événement, n’avaient apporté aucune arme ni offensive ni défensive et ils se trouvaient complètement desarmés. Ils moururent donc ainsi de malemort.
Les messagers de Moteuhçoma venaient dire à ce prince tous les événements aussitôt qu’ils étaient arrivés. Tout était plein, sur la route, d’envoyés qui allaient et venaient. Tous les habitants, à Mexico, partout où passaient les Espagnols et dans n’importe quel district, s’agitaient et s’alarmaient; on aurait
1. • Lieux pleins de précipices » [lexcaüi,' uni à lían, suffixe de noms de lieu).
HISTOIRE DES CHOSES
iit que le sol était en mouvement: tous étaient atterrés et dans l’épouvante. Après que les Espagnols, accompagnés de leurs Indiens alliés, eurent fait le grand désastre de Cholula, ils s’en venaient en bruyants escadrons, soulevant la poussière sur leur route. Leurs armes resplendissaient de loin, effrayant ceux qui portaient leurs regards sur elles. Les lévriers qu’ils amenaient répandaient aussi l’épouvante, avec leurs grandes tailles, leurs gueules ouvertes, leurs langues pendantes et les cris qu’on faisait pour les exciter.