‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 63 sur 704 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

UEI TECUILIIUITL

Le huitième mois était appelé wei tecuilhuül^. Le premier jour, on faisait une fête à la déesse nommée Xilonen^ (déesse des xilotl). On y donnait à manger aux pauvres, hommes et femmes, vieillards et vieilles, garçons et fillettes, en l’honneur de cette déesse. Le dixième jour du mois, on tuait une femme vêtue d’ornements faits à l’image de ceux de la même déesse.

C’était pendant les huit jours qui précédaient la fête, qu’on distribuait continuellement à manger à toutes personnes des deux sexes et de tout âge. Le malin, de bonne heure, on leur donnait à boire une espèce de brouet qui porte le nom àe chiempmolli K Chacun en prenait à discrétion. A midi, on les faisait asseoir en rond et on leur distribuait des tamalli. Celui qui était chargé de faire la distribution en donnait à chacun ce qui pouvait tenir dans sa main, et, si quelqu’un commettait l’indiscrétion d’en prendre deux fois, on le maltraitait, on lui faisait rendre ce qu’il avait déjà et on l’obligeait à s’en aller sans rien emporter. Les grands seigneurs faisaient cette bonne œuvre pour soulager les pauvres, parce qu’à cette époque de l’année il y a souvent disette de vivres. Pendant ces huit jours, les hommes et les femmes réunis dansaient et chantaient, couverts de beaux habits et de riches joyaux. Les femmes chantaient et dansaient en portant leurs cheveux dénoués en liberté. Le divertissement commençait au coucher du soleil et se continuait jusqu’à neuf heures. Les danseurs portaient à la main un grand nombre de torches allumées, et il y avait en môme temps beaucoup de feux’dans la cour où l’on dansait. Les hommes et les femmes se tenaient par la main, ou bien embrassés, le bras de l’un contournant le corps de l’autre. Un jour avant qu’on donnât la mort à la femme qui devait être sacrifiée à la déesse Xilonen, les femmes qui servaient dans le temple sous le nom de ciuatlamacazque ‘ faisaient un divertissement dans la cour en chantant les louanges et les can-

1. « Grande fftte des nobles » ; de net, grand, tecutli, seigneur, et ilhuill, jour de fête.

2. Peut-être apocope de xilonenell; de xüoU, épis de maïs encore tendres, et nenelÎ, vulve, poupée. C’est l’un des noms donnés à la déesse des moissons, Centeotl.

3. Ou chiampinoUi, bouillie dans laquelle domine la graine mucilagineuse et rafraîchissante appelée chien ou chian. Le pinolli est la farine elle-même de maïs torréfié, avant qu’elle soit délayée avec du cacao ou du chian. Elle sert à faire une boisson dite pinolatl ou eau de pinolli.

4. Pluriel de cîuatlamacazqui, prêtresse ; de ciuatl, femme, et tlamacazqui, prêtre.

HISTOIRE DES CHOSES

tiques de cette déesse. Parmi elles se tenait la femme vouée à la mort, richement vêtue des ornements de la déesse. C’est ainsi qu’on passait à danser et à chanter toute la nuit qui précédait le jour du sacrifice. Le jour étant venu, tous les nobles et gens de guerre formaient un areyto dans la même cour et avec eux dansait la malheureuse destinée à la mort, accompagnée de beaucoup d’autres femmes habillées comme elle. Les hommes dansaient au rang de devant et les femmes venaient derrière eux. Ils arrivaient ainsi tous au temple en dansant. On en faisait monter les degrés à la victime, et, quand on était parvenu au sommet, un des assistants la prenait sur lui dos à dos, et c’est dans cette position qu’on venait lui trancher la tête et lui arracher le cœur qu’on offrait au soleil. On faisait encore dans cette fête beaucoup d’autres cérémonies.

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