‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 631 sur 704 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

DE LA MANIÈRE DONT LES ESPAGNOLS, AVEC Moteuhçoma^ ARRIVÈRENT AUX MAISONS ROYALES, ET DE TOUT CE QUI s’y PASSA.

Aussitôt que les Espagnols arrivèrent aux maisons royales, avec Moteuhçoma, ils le retinrent auprès d’eux' et ne lui permirent plus de s’en écarter. Ils retinrent aussi de la même manière Itzquauhtzin, gouverneur de Tlatelulco. Ils s’emparèrent de leurs personnes et laissèrent partir tous les autres *. Incontinent, ils firent tirer tous les canons chargés à poudre; le bruit et la fumée étourdirent les Indiens qui se prirent à vaciller, comme s’ils eussent été ivres, et à fuir épouvantés en différentes directions. Tous, soit qu’ils eussent vu ce spectacle, soit qu’ils en eussent été absents, furent saisis d’une frayeur mortelle. On passa cette nuit dans le repos. Le lendemain de très bonne heure, on fit publier, de la part de Cortès et de Moteuhçoma^ l’ordre d’apporter tout ce qui serait nécessaire aux Espagnols et à leurs chevaux. Moteuhçoma mettait un grand zèle à obtenir qu’on les approvisionnât de tout; mais les piles, les achcauhtles et d’autres officiers auxquels incombait le soin de ces provisions, refusaient d’obéir à Moteuhçoma et de se rendre auprès de lui. Cependant tout le nécessaire était apporté. Lorsque les Espagnols se furent installés dans leurs logements et assurés de leur subsistance, s’étant d’ailleurs donné un peu de repos, il en arrivèrent à parler avec Moteuhçoma de son trésor royal, pour qu’il dît où il se trouvait. Il les conduisit alors dans une salle appelée teocalco *, où il conservait les riches tissus de plumes et un grand nombre de joyaux précieux en plumages, en or et en pierreries. Tout fut déménagé devant eux et ils s’empressèrent de séparer l’or des plumes, des rondaches et de tous les ornements dont on faisait usage pour les areytos. Mais, pour s’emparer de ce métal, ils détruisirent de beaux travaux en plumes ainsi que de riches joyaux. Ils fondirent l’or et en firent des lingots. Les Espagnols choisirent pour eux les pierres précieuses qui leur parurent désirables et les Indiens de Tlaxcala prirent toutes les pierres d’un mérite inférieur et les objets en plumes. Les Espagnols examinèrent tout le palais et y prirent tout ce qui leur parut avantageux.

Il Le fait est tellement contraire à tout ce que disent les autres historiens et surtout Bernai Diaz, qu’il est oiseux de le contredire. Cette note a pour but unique de faire observer que le traducteur ne se propose nullement de relever dans le texte de Sahagun les assertions qu’il croira erronées. Il suppose que le lecteur saura lui-même en faire justice.

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