‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 637 sur 704 · MORTS, HORS DE LA MAISON OU SE TENAIENT LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

MORTS, HORS DE LA MAISON OU SE TENAIENT LES ESPAGNOLS

Après les événements contés plus haut, quatre jours s’étant écoulés depuis le massacre du temple, les Mexicains trouvèrent Moteuhçoma et le gouverneur deTlatelulco morts et jetés au dehors des maisons royales près du mur où était une pierre, sculptée en forme de tortue, qu’on appelait ieayoc Ceux qui les découvrirent ayant reconnu que c’étaient eux, en donnèrent avis, les enlevèrent, les apportèrent à un oratoire qu’on nommait Calpulco, et là on fit les cérémonies qu’on avait l’habitude de faire pour les morts de grande distinction. Ils les brûlèrent ensuite, ainsi que c’était d’usage pour les rois, et firent un service avec la plus grande solennité, comme c’était la coutume en pareil cas. L’un deux — c’était Moteuhçoma — fut inhumé à Mexico et l’autre à Tlatelulco. Quelques personnes médisaient de Moteuhçoma., prétendant qu’il avait été cruel. Les habitants de Tlatelulco au contraire pleuraient beaucoup leur gouverneur, parce qu’il était très aimé^. Après quelques jours de siège pendant lesquels les attaques

1. De tetl, pierre, ayott, tortue, avec c, suffixe de nom de lieu.

2. Sahagun ne dit nullement dans ce passage quelles furent, d’après le rapport des Indiens, les causes de la mort de ce monarque. J’ai déjà dit à la page 594 quelles furent les raisons de ce silence et pourquoi le moine franciscain donna plus tard un autre récit dans le but de compléter ou amender le précédent qui est celui-ci même que nous publions à l’imitation des éditeurs Kingsborougb et Bustamante. Dans son second manuscrit Sahagun, après avoir dépeint les angoisses des Espagnols, ajoute les paroles suivantes : « Les Espagnols se déterminèrent donc à mourir ou à vaincre en hommes valeureux. Ils firent part de leur détermination à tous les Indiens alliés et ceux-ci s’empre.ssèrent d’y adhérer avec la plus grande fermeté. La première conséquence de cette résolution fut de faire périr par le garrot les rois, ou grands seigneurs, qu’ils détenaient

en captivité, et de jeter leurs cadavres au dehors de leurs retranchements » Plus loin

l’auteur ajoute ; « Et après leur avoir appliqué le garrot et s’être assurés qu’ils étaient morts, ils les firent jeter hors des maisons, du haut des azoteas, en un endroit qu’on appelait tortue de pierre. » [Chapitres xxi et xxiii du manuscrit).

On conçoit aisément que Sahagun ait hésité à insérer ce récit dans sa première narration , car il est bien cruel pour l’honneur des conquérants espagnols. Heureusement que mille raisons concourent pour faire ajouter peu de foi à la véracité de cette opinion. S’il est vrai que toutes les traditions d’origine mexicaine sont d’accord pour l’adopter, il n’est pas moins exact de dire que les historiens espagnols les plus judicieux et les plus impartiaux sont unanimes à la repousser. Le plus respectable d’entre eux, celui que les événements avaient mis Je mieux en mesure de nous éclairer à ce sujet, le véridique Bernai Diaz del Castillo, ne fait pas la moindre allusion dans sa chronique à un soupçon de cette nature. Si son récit ne suffit pas précisément à expliquer la mort de ce malheureux monarque, il écarte du moins la possibilité de suppositions malveillantes pour l’honneur des Espagnols. Il dit, en effet, ces simples paroles : « Nos soldats avaient pris soin de couvrir la personne du prince, mais comme ils s’aperçurent qu’on cessait de tirer pendant qu’il parlait à ses

étaient incessantes, quelques Espagnols sortirent de leurs retranchements et y rentrèrent après avoir réussi à prendre dans les champs de maïs des épis et des pieds de cette plante.

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