‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 638 sur 704 · PENDANT LA NUIT · texte numérisé non relu

PENDANT LA NUIT

Lorsque les Espagnols et les alliés qui étaient avec eux se virent fortement pressés par la faim et serrés de près par les combats, ils sortirent tous une nuit de leurs retranchements, les Espagnols marchant devant et les Indiens tlascaltèques après eux, munis de ponts pour passer sur les tranchées. Lors de cet événement, il pleuvait un peu. Ils traversèrent quatre tranchées; mais avant qu’ils eussent passé sur les autres, une femme qui venait puiser de l’eau, les voyant filer, se prit à pousser des cris en disant : « Oh! Mexicains ! vos ennemis s’échappent 1 » Elle le répéta trois ou quatre fois, et l’un des veilleurs se mit à crier du haut du temple de Uitzilopochtli de manière à se faire entendre de tout le monde; il disait : « Holà, les braves! vos ennemis sont sortis; courez au combat; ils s’en vont! » Alors tous ensemble, ces voix ayant été entendues, se mirent à pousser des cris aigus et coururent à l’attaque par terre comme par la lagune. Ils se concentrèrent sur un point appelé Mictlanlonco macuilcuitlapUco *, et là, les Mexicains d’un côté et les habitants de Tlatelulco de l’autre, arrêtèrent les Espagnols. Les uns et les autres engagèrent le combat et il y eut un grand nombre de morts et de blessés des deux côtés. Les Espagnols étant arrivés à une

sujets, ils manquèrent de prendre la même précaution dans un de ces moments, et c’est alors que le malheureux monarque fut frappé de trois pierres et d’une flèche, à la tête, au bras et à la jambe. A la suite de l’accident, on le pria de se laisser soigner et de manger; mais on eut beau user auprès de lui des plus douces paroles, il se refusa à rien faire, et tout d’un coup, sans nous y attendre aucunement, nous apprîmes qu’il était mort. Cortès le pleura et tous nos capitaines et soldats en flrent autant. Plusieurs de nous qui l’avions connu et fréquenté le pleurâmes comme un père ; et certes on ne saurait en être surpris si l’on songe combien il était bon. »

Ces paroles simples et touchantes n’indiquent pas qu’il ait été question en présence de Bernai Diaz de violences nouvelles d’aucune sorte qui eussent hâté la mort de l’infortuné Moleuhçoma. On peut croire qu’il mourut subitement des suites naturelles de ses blessures, lorsque quelques heures de calme relatif et d’apparence de peu de gravité éloignaient des conquérants la prévision d’une mort si prochaine. En envisageant ce sujet au point de vue purement chirurgical on est en droit de se demander si un pareil genre de mort subite serait sans exemple, ou si celle-ci serait, au contraire, facilement explicable. La réponse ne saurait être douteuse. Des observations nombreuses nous ont appris qu’une contusion grave de la tête peut être suivie immédiatement de deux, trois ou plusieurs jours d’innocuité apparente, tandis qu’un travail inflammatoire interne prépare un épanchement ou un abcès qui cause secondairement la mort, quelquefois d’une manière subite. 11 ne serait nullement imposible qu’il en ait été ainsi pour Moleuhçoma.

i- l, Mictlanlonco macuilcuitlapUco. De mictlanlontli, petit enfer; macuilcuillapilco : de macuilli, cinq, et cuillapilli, queue, unis l’un et l’autre au suffixe co.

HISTOIRE DES CHOSES

tranchée nommée Tlantecayocan', il fut impossible que tous passassent, tant l’attaque était vigoureuse de toutes parts. Alors les Indiens tlascaltèques, beaucoup d’Espagnols et les femmes après eux tombèrent dans la tranchée en si grand nombre qu’ils la comblèrent de leurs corps, de sorte que ceux qui venaient les derniers purent passer sur leurs cadavres. Ils arrivèrent à une autre tranchée du nom de Petlacalco et ils la traversèrent avec de grandes difficultés. Ce fut après ce passage qu’ils se reformèrent en se réunissant et ils parvinrent ainsi à un point, appelé Popotlan, quand le jour commençait à paraître, les Mexicains les poursuivant toujours en poussant de grands cris. Les Espagnols avançaient ensemble, réunis à quelques Tlascaltèques, en combattant toujours contre l’ennemi qui les suivit jusqu’auprès de Tlacopan, en un point nommé Tilihucan. Ce fut là qu’on tua le seigneur de Tlacopan, qui était fils de Moteuhçoma. Là moururent aussi un haut personnage du nom de Tlaltecatzin et un autre appelé Tepanecatl tecutli. Ils servaient de guides aux EspagnolsMorsque les gens du parti contraire les tuèrent. Les fuyards arrivèrent en un point nommé Olonieocalco où ils se réunirent sur la place et reprirent courage, parce que les Indiens mexicains étaient rentrés dans leurs retranchements. Les Otomi du village de Teocalhuican^ les recueillirent en amis et leur donnèrent à manger.

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