‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 690 sur 704 · X. — La médecine chez les Mexicains d’avant la conquête · texte numérisé non relu

X. — La médecine chez les Mexicains d’avant la conquête

Il serait fort difficile de se rendre un compte exact de la manière dont les anciens Mexicains comprenaient la nature des maladies et l’effet des moyens employés contre elles. Mais en y réfléchissant bien, on arrive à croire que leur pratique, certainement empirique dans tous les cas, c’est-à-dire uniquement basée sur l’expérience et les résultats des médicaments employés, n’était pas absolument dénuée de raisonnement et de vues générales. Ils paraissent, en effet, avoir eu de la saignée la pensée qu’elle doit le plus naturellement inspirer : je veux dire qu’elle se présentait à leur esprit comme un moyen de combattre les états inflammatoires et congestifs. L’habitude d’ailleurs de répandre leur sang à tout propos dans leurs pratiques religieuses les rendait un peu prodigues de l’emploi de cette effusion contre les souffrances qui leur paraissaient la réclamer.

La coutume qu’ils avaient de faire usage d’emplâtres rubéfiants prouverait que l’expérience leur avait indiqué l’efficacité d’une révulsion dans certaines maladies. L’emploi permanent du même moyen révélerait également qu’ils n’ignoraient pas l’action fondante et résolutive de certaines substances appliquées sur le mal.

11 est incontestable au surplus qu'ils avaient raisonné les avantages qu’on pouvait retirer de l’emploi des substances purgatives, soit comme moyen d’agir directement sur les voies intestinales pour en obtenir un effet sur place, soit comme moyen puissant d’agir sur des organes éloignés ou sur des épanchements quelconques par la révulsion ou par l’écoulement des liquides dont les purgatifs étaient l’occasion.

A côté de cela, et par-dessus tout, ils paraissent avoir fait une étude minutieuse de l’effet des plantes sur l’organisme et, si l’on peut croire que leur observation n’avait pas été toujours à cet égard très judicieuse, il est certain néanmoins que leur esprit ne s’était pas égaré et qu’il était resté dans le vrai pour beaucoup de résultats constatés. Le nombre des substances naturelles employées par eux était d’ailleurs considérable. L’énumération minutieuse qui en a été faite par le médecin-naturaliste Hernandez est remarquable. Elle a ceci de précieux pour notre étude qu’elle groupe les substances en regard des maladies contre lesquelles elles étaient employées. Il en résulte qu’on peut se faire à la fois une idée de l’importance des moyens thérapeutiques dont les Indiens faisaient usage et du degré de connaissances auquel ils étaient parvenus au sujet de la distinction des maladies. Or, à ce derhier point de vue, on est justement surpris qu’Hernandez n’ait pu nommer aucune des affections que l’on connaissait alors en Europe sans la faire suivre de la longue énumération des substances dont les Mexicains se servaient pour la combattre. Cette particularité curieuse du travail du médecin de Philippe II peut servir à donner la double idée du résultat considérable auquel les Indiens étaient parvenus en fait de connaissances pathologiques et thérapeutiques. Mais malheureusement rien de tout cela ne nous dit qu’elle était la nature des maladies les plus communes et surtout de celles qui ont été la base d’épidémies fréquentes dont le pays fut désolé à différentes époques de son histoire. J’ai fait suivre ma traduction de Bernai Diaz d’un travail sur ce sujet. Je ne puis faire autre chose que reçvoyer le lecteur aux courtes réflexions que j’ai faites dans ce travail. La note curieuse par laquelle mon collaborateur, M. Siméon, a terminé le XI' livre de Sahagun et qui a trait à la citation d’un manuscrit inédit de Chimalpahin, corrobore la

NOTES

description que Sahagun lui-même a donnée * des symptômes de l’épidémie terrible qui désola le Mexique en 1545 et en 1576. Mais malheureusement l’un et l’autre passages de ces deux auteurs, relatifs à cette maladie, ne décrivent que d’une façon fort incompléle les signes sensibles du mal. Ils n’insistent que sur un point, qui était sans doute le phénomène culminant et le plus redouté : une abondante hémorrhagie par la bouche et par le nez. Sahagun ajoute à ce signe l’existence de taches à la peau, dont il ne dit pas l’étendue et la couleur exacte. J’ai lu quelque part un passage qui les compare à du vert-degris et, comme, d’ailleurs l’expression matlazauall, par laquelle on a désigné la maladie, contient la racine qualificative malla, pour mallalli (verdâtre), on peut croire que les taches que cette affection épidémique produisait sur le corps des malades avaient un aspect vert foncé. Si elles n’avaient pas plus d’étendue que les pétéchies du typhus moderne, nous pourrions assurer que l’affection dont il s’agit n’était autre chose qu’un typhus hémorrhagique d’une malignité exceptionnelle. Si les taches étaient fort étendues et prenaient presque le corps entier, la maladie aurait été probablement, ainsi que je l’ai dit dans une autre étude, une scarlatine maligne compliquée de purpura hæmorrhagica. De toute façon, nous devons assurer que, soit l’une ou l’autre de ces deux affections, elles ne forment plus, de nos jours, la base d’épidémies ayant un caractère hémorrhagique si marqué.

Quoiqu’il en soit, les révolutions à constater dans la nature que le temps a imprimée successivement aux maladies le plus habituellement observées au Mexique, pourraient être le sujet d’études du plus haut intérêt. Je ne dis pas que quelques éléments essentiels ne manqueraient pas à celui qui voudrait s’en occuper ; mais je crois que ce ne serait pas au point de rendre ses efforts absolument inutiles. Le peu de mots que j’en ai dits moimême n’ont pas certainement grande importance. Je me permets cependant de renvoyer le lecteur qui en serait curieux à mes notes de la traduction de Bernai Diaz.

XI. — Chapitre extrait de la « historia eclesiástica Indiana de fray Gerónimo DE MeNDIETA, » écrite VERS l’ ANNÉE 1570 AU MEXIQUE MÊME.

Du grand nombre d'écrits en langues des Indiens dus à la plume des anciens moines

franciscains.

Les bienheureux docteurs saint Jérôme et saint Isidore furent auteurs d’excellents traités dans le but de faire connaître aux fidèles les écrits ecclésiastiques de la primitive Église. Il m’a paru que je devais, à leur exemple, faire un chapitre à ce sujet pour que l’on sache de combien on est redevable aux premiers travailleurs de cette nouvelle Église et vigne du Seigneur ; car ils ne se contentèrent pas seulement de la défricher, labourer et cultiver à la sueur de leur front, ils voulurent aussi que le labeur devînt plus facile aux ministres qui seraient leurs successeurs et devraient faire usage de la langue des indigènes comme étant l’instrument et l’intermédiaire indispensable pour leur prêcher le saint Évangile et les instruire dans la vie chrétienne. Nous rappellerons donc ici les traités qu’ils écrivirent en langue mexicaine, ou autres du pays, dont la connaissance semble leur avoir été infusée par le Saint-Esprit, comme aux saints apôtres, au lieu de les avoir euxmêmes acquises par des efforts humains et par leur propre adresse, tant ils y furent experts et habiles.

Les premières lumières à ce sujet provinrent de quelques-uns des douze premiers arrivés, à la tête desquels il faut nommer fray Francisco Jimenez comme ayant formé, avant tous les autres, un traité et un vocabulaire de la langue mexicaine. Après lui et presque aussitôt, fray Toribio Motolinia composa une courte « Doctrine chrétienne » qui circule imprimée. Fray Juan de Rihas fit un cathéchisme et des conférences dominicales pour toute l’année, ainsi qu’une Flos Sanctorum de peu d’étendue, avec une Vie chrétienne par demandes et par réponses. Fray Garcia de Cisneros écrivit des sermons propres à être prêchés. Ces quatre moines appartenaient aux douze premiers arrivants.

Après eux, fray Pedro de Gante, qui n’était que frère lai, composa une doctrine étendue qui est imprimée. Fray Juan de San Francisco écrivit en très bon style un sermonaire com-

Page 1