NEMONTEMI ET LES FÊTES MOBILES
Les cinq jours restant de l’année, qui étaient les quatre derniers de janvier et le premier de février, portaient le nom de nemontemi qui signifie inoccupés. Ils passaient pour des jours de mauvais augure et de sort malheureux. 11 y a des raisons de croire que lorsqu’on trouait les oreilles des enfants tous les quatre ans, on comptait six jours de nemontemi; c’était alors comme notre bissextile, qui revient tous les quatre ans. On disait que tous ceux qui naissaient pendant ces cinq jours réputés malheureux et funestes réussissaient mal dans toutes les affaires et vivaient infortunés et pauvres. On leur donnait le nom de nen (nul); s’ils étaient hommes, ils s’appelaient nemoquichlli ; les femmes portaient le nom de nenciuatl^. Personne n’osait rien faire durant ces cinq jours, parce qu’on les tenait pour malheureux. On s’y abstenait surtout de toute dispute, attendu qu’on était dans la croyance que ceux qui s’y battaient 'n’en perdaient jamais plus l’habitude; trébucher, ces jours-là, était un accident de mauvais augure.
Les fêtes dont nous venons de parler étaient fixes; elles se célébraient toujours dans leur mois, sinon un jour ou deux auparavant. Ils faisaient aussi d’autres fêtes mobiles dans le cours des vingt signes
1. De tecutli, seigneur, et i7o/ea danser ; ne est le pronom réfléchi qui accompagne ces sortes de substantifs verbaux. Le souverain et les grands étaient seuls admis dans ce ballet.
2. L’explication de ce mot donnée ici par Sahagun a été généralement admise. Elle avait cours parmi le vulgaire qui s’en contentait; mais les prêtres et les savants interprétaient sans doute le mot différemment. Quoi qu’il en soit, je crois pouvoir le présenter avec un sens scientifique, à mon avis, très acceptable. Composé des mots nen, en vain, et de terni, remplir, unis à l’aide de la partitíule on qui marque la distance, nemontemi signifie positivement que les cinq jours complémentaires sont insuffisants pour achever exactement la période solaire. Aussi les Mexicains ajoutaient tous les quatre ans un sixième jour, comme il arrive dans nos années bissextiles.
3. De nen, vain, inutile, et oquichtli ou ciuatl, homme ou femme.
HISTOIRE DES CHOSES
qui se complétaient en deux cent soixante jours*. Il en résultait que ces fêtes mobiles tombaient une année dans un mois et une autre année dans un mois différent, et si deux tombaient ensemble, on les changeait de jour.