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Du verbe uauana, régler, percer, creuser

en fuite. Quand ils les avaient atteints, une lutte commençait; les combattants se capturaient alternativement et ceux qui avaient été pris ne recouvraient leur liberté qu’au moyen d’un petit sacrifice. Ce simulacre d’escarmouche étant fini, on commençait le combat contre ceux qui devaient mourir sabrés sur la pierre de meule. On se réunissait quatre contre chacun de ces malheureux. Deux étaient vêtus de peau de tigre et les deux autres portaient des habits faits de peau d’aigle. Avant d’en venir aux mains avec les captifs, ils élevaient leurs rondadles et leurs épées vers le soleil, et, aussitôt après, l’un d’eux commençait le combat. Si le captif montrait de la valeur et se défendait bien, ils se réunissaient deux, bientôt trois pour l’attaquer, et s’il résistait encore, tous les quatre tombaient sur lui, en entremêlant leurs coups de danses et de poses nombreuses.

Comme préambule à ce combat, du reste, on faisait une procession solennelle de la manière suivante ; plusieurs prêtres, couverts d’ornements qui représentaient un à un tous les dieux, parlaient du haut du temple appelé Yopico. Ils étaient très nombreux et ils marchaient en procession. Après eux venaient les quatre individus déguisés en tigres et en aigles, hommes forts et courageux, qui s’avançaient en faisant semblant de combattre avec épées et rondadles, comme on fait de l’escrime. Quand on arrivait en bas, on se dirigeait vers la pierre de meule sur laquelle on attaque les captifs. Tous l’entouraient et s’asseyaient en ordre, un peu gênés, sur leurs beaux sièges qu’ils appellent quecholicpalli'^. Le ministre principal de la fête, qui portait le nom de 7oua/¿aMan*, prenait la place d’honneur, parce que c’était lui qui était chargé d’arracher les cœurs de ceux qui mouraient. Après qu’on s’était assis, on commençait à entendre un concert de flûtes, de trompettes et de conques marines, mêlées de siftlements et de chants. Ceux qui chantaient et jouaient des instruments portaient sur leurs épaules des enseignes de plumes blanches montées sur de longues hampes et ils s’asseyaient en rond autour de la pierre, un peu plus loin que les prêtres. L’un de ceux qui avaient des captifs à sacrifier se présentait alors en tenant le sien par les cheveux cl le menait à la pierre sur laquelle il devait combattre. Là, on lui donnait du pulque à boire. Le captif recevait le vase qui le contenait et l’élevait successivement vers l’orient, vers le nord, vers l’occident et vers le midi, comme s’il en eût fait l’offrande aux quatre points cardinaux. Il le buvait ensuite, non pas en portant le vase à ses lèvres, mais en aspirant le contenu au moyen d’un roseau vide. Aussi-

1. De quechoUi, oiseau fort beau, et icpalli, siège à dossier.

2. « Buveur de nuit » ; de youalli, nuit, et tlauana, boire, s’énivrer modérément.

HISTOIRE DES CHOSES

tôt se présentait un prêtre qui arrachait la tète d’une caille devant le captif qui devait mourir ; il prenait ensuite la rondadle des mains de ce malheureux, l’élevait au-dessus de sa tête et il jetait derrière lui la caille qu’il venait de décapiter.

En ce moment on faisait monter le captif sur la pierre; un ministre du temple, couvert d’une peau d’ours, et qui était comme le parrain de ces infortunées victimes, se présentait, prenait une corde qui sortait d’un trou placé au centre de la pierre, et il en attachait le captif. 11 lui donnait ensuite une épée de bois qui, au lieu d’un fil solide, portait des plumes d’oiseaux collées sur la partie qui aurait dû être le tranchant, et il le munissait de quatre gourdins de pin pour sa défense, pour qu’il pût en atteindre ses adversaires. Son maître, le voyant en cet état sur la pierre, s’en écartait pour gagner la place qui lui était destinée, et regardait en dansant ce qui allait arriver à son captif. Alors, ceux qui s’étaient préparés au combat commençaient à en venir aux mains avec lui. Quelques-uns de ces malheureux étaient assez vaillants pour fatiguer leurs quatre adversaires et ne pas s’en laisser abattre. En ce moment arrivait un cinquième qui avait l’habitude de faire usage de la main gauche au lieu de la droite. Celui-ci en avait raison, lui enlevait ses armes et le jetait à terre. Alors se présentait le Youallauan; il lui ouvrait la poitrine, et lui arrachait le cœur.

Quelques-uns des captifs perdaient leurs forces et tout courage au moment où ils se voyaient attachés sur la pierre; c’était en tombant presque en défaillance qu’ils prenaient les armes. Us ne tardaient pas à se laisser vaincre, et on leur arrachait aussitôt le cœur sur la pierre. D’autres se sentaient défaillir dès lors qu’ils se voyaient sur la meule; ils tombaient sans vouloir s’armer, désirant qu’on les mît à mort sans retard. On s’en emparait, en effet; on les couchait sur le dos au bord de la pierre, et le Youallauan, leur ouvrant la poitrine, en arrachait le cœur et le jetait dans un baquet de bois, après l’avoir offert au soleil. En ce même instant un autre prêtre prenait un tube de roseau vide, l’enfonçait par le trou qui avait servi à arracher le cœur, et, après l’avoir rempli de sang, le retirait pour l’offrir au soleil. Le maître du captif se présentait alors et recevait son sang dans une écuelle dont les bords étaient ornés de plumes. Dans cette même écuelle se trouvait un tube recouvert également de plumes. Le maître s’en allait ensuite faire ses stations en visitant toutes les statues des dieux dans les temples et les chapelles. A chaque statue il présentait le tube ensanglanté, comme l’invitant à le goûter. Pour cette dévotion, il s’était revêtu de ses plus beaux plumages et de tous ses joyaux. Après avoir fait sa visite à toutes les statues du lieu en leur

offrant à goûter le sang de son captif, il s’en allait au palais royal pour se délivrer de ses atours, tandis que le corps de sa victime était apporté à l’établissement appelé calpulco, dans lequel il avait fait la veillée la nuit antérieure, et là on l’écorchait. Le maître emportait ensuite chez lui ce corps dépouillé de sa peau ; il le dépeçait et offrait de cette chair en présent à ses supérieurs, à ses parents et à ses amis. 11 n ’en mangeait pas lui-même, parce qu’il considérait que c’était sa propre chair, attendu que, dès le moment qu’il avait eu le captif en son pouvoir, il l’avait tenu pour fils, tandis que celui-ci le tenait pour son père. C’était là la raison qui l’empêchait d’en manger; mais il mangeait fort bien la chair des autres captifs qui avaient été sacrifiés. La peau d’une victime appartenait à son maître, et celui-ci la mettait à la disposition d’autres personnes pour s’en revêtir et parcourir les rues de la ville ainsi habillées, comme on le fait ailleurs avec une tête de loup. Tout le monde donnait quelque chose à celui qui s’en allait ainsi revêtu, et il remettait le tout au maître de la peau, qui le partageait ensuite, comme il lui plaisait, entre tous ceux qui s’en étaient habillés.

Qand on avait fini de combattre et de tuer les captifs, tous ceux qui étaient présents, prêtres, personnages et maîtres des esclaves, commençaient à danser dans leur areyto autour de la pierre sur laquelle les captifs étaient morts, tandis que les propriétaires de ceux-ci, chantant et dansant, portaient de leur main droite les têtes prises par les cheveux. Cet areyto était appelé motzontecomaitotia \ lie cuitlachueue^, parrain des captifs, prenait dans ses mains les cordes qui avaient servi à les attacher à la pierre, et les élevait vers les quatre points cardinaux, en signe de respect et d’adoration. Pendant ce temps, ils gémissaient, ils pleuraient, comme on a l’habitude de pleurer ses morts.

Les étrangers, avec lesquels Moteuhçoma était en guerre, venaient assister secrètement à ce spectacle. C’étaient des gens de Uexotzinco, de Tlaxcala, deNonoalco, de Cempoallan et de beaucoup d’autres lieux. Les Mexicains faisaient semblant de ne pas les voir, afin qu’ils pussent aller dire dans leurs pays le sort qu’on réservait aux captifs.

Tout cela étant fait, la fêle des hommes sacrifiés sur la pierre était finie. Pendant qu’elle durait, tout le monde mangeait une tortilla appelée uilocpalli^, sorte de petit pâté fait avec du mais non bouilli. Tous ceux qui allaient voir ce spectacle en faisaient provision et les

1. « Danser avec des têtes coupées»; de Izontecomall, tête tranchée, et itolia, danser.

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