‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 89 sur 704 · Pluriel de telpoôhtli, garçon, jeune homme · texte numérisé non relu

Pluriel de telpoôhtli, garçon, jeune homme

emportaient leur brouet au telpochcalli, et c'est là qu’ils le mangeaient.

Après cela, ils s’en allaient tous parcourir les champs et les plants de maïs ; ils en rapportaient des cannes de maïs et d’autres herbes appelées mecoatl * et ils en ornaient le dieu des moissons dont chacun conservait chez soi une image. On parait celle-ci avec des papiers et on étalait des mets devant elle: c’étaient cinq paniers* avec des tortillas, au-dessus desquelles on plaçait, pour chaque panier, une grenouille cuite, assaisonnée d’une certaine façon. On plaçait aussi devant l’image un panier plein de farine de chian, connue sous le nom de pinolli, et enfin un panier de maïs grillé mêlé de haricots. On coupait un cylindre de tige verte de maïs, et l’ayant farci de petits morceaux de chacun de ces mets, on le plaçait sur les reins de la grenouille comme si elle en eût été le porteur. Yoilà ce que chacun faisait dans sa maison, et c’est pour cela qu’on appelait cette fête calco nauac^. Vers le soir, on emportait ensuite tous ces fricots au temple de Chicóme coati, déesse des subsistances, fort en désordre et en s’arrachant mutuellement les morceaux, et on mangeait tout.

C’est dans cette fête qu’on apportait les épis de maïs, destinés aux semailles, au temple de Mecoail et de Cinteotl, pour qu’ils y fussent bénis. Ils étaient portés, enveloppés dans des mantas, par de jeunes filles vierges dont chacune ne se chargeait que de sept épis. On mettait sur ces épis quelques gouttes d’huile à'ulli et on les enveloppait dans du papier. Ces jeunes filles avaient leurs bras et leurs jambes couverts de plumes rouges. On leur étendait sur la figure de la poix ramollie, appelée chapopotli, mêlée de marcassite.

Tandis qu’elles accomplissaient leur trajet, une grande foule les accompagnait; tout le monde les regardait sans en écarter les yeux ; mais personne n’osait leur parler. Si par hasard quelque jeune étourdi leur adressait des flatteries, l’une des vieilles qui marchaient avec elles, répondait: « C'est toi, lâche vaurien, qui ouvres la « bouche? c’était bien à toi de parler! Pense bien plutôt à faire quel- « que action d’éclat pour qu’on te coupe la mèche que tu portes sur la « nuque comme une marque de lâcheté et d’homme inutile; lâche « vaurien, ce n’était pas à toi d’ouvrir la bouche; tues aussi femme « que moi ; tu ne t’es jamais écarté de la chaleur de ton foyer. »

C’est ainsi qu’on stimulaitTâme des jeunes gens pour qu’ils prissent soin de se fortifier aux choses de la guerre. Aussi celui qui prenaitpour lui ces reproches s’empressait- il de répondre : « C’est bien dit, señora ;

Page 1