CHAPITRE XXV
DE LA l'ÈTE ET DES SACRIFICES QUE l’oN FAISAIT AUX CALENDES DU SIXIÈME MOIS APPELÉ CtzalqualizlU .
On appelait le sixième mois etzalqualizlli. 11 y était célébré des fêtes en l’honneur des dieux de la pluie, nommés Tlaloque. Avant d’arriver à cette fête, les satrapes des idoles jeûnaient quatre jours; mais auparavant, ils allaient au village de Citlaltepec chercher des souchets appelés ouapillin ou tolmimilli'- qui y viennent très gros et très longs. La tige, qui est très haute, est blanche dans toute la partie qui se trouve sous l’eau. On arrachait ces plantes dans une fontaine connue sous les noms de Temilco, Tepexic ou Ozloc^. Après les avoir arra-
1. Pluriel de iiacaanaiiî, celui qui saisit une personne; de personne, et «na,
prendre, tenir.
2. Ouapillin, de ouatl, tige de mais vert, et pilli, principal, grand ; on lit aussi azlapülin, jonc blanc; — tolmimilli vient de ioih'n, jonc, eimilli, champ cultivé.
3. Temilco, dans le champ (müli) de pierres [tell) ; — Tepexic, dans le gouffre, le précipice [lepexill]', — Ozloc, dans la caverne {nztotl).
chées ils les arrangeaient en faisceaux, les entouraient de leurs mantas et les attachaient avec les courroies qui devaient leur servir à les porter sur le dos. Ils partaient ensuite en portant leurs charges placées de haut en bas et jamais en travers. Les ministres des idoles, lorsqu’ils allaient à la recherche des souchets et qu’ils s’en retournaient, avaient la coutume de voler tous ceux qu’ils rencontraient en route. Comme tout le monde connaissait cette coutume, personne ne se montrait sur les chemins, ni n’osait se mettre en voyage, quand ils allaient et venaient sur la route. Si, malgré tout, ils faisaient la rencontre de quelqu’un, ils lui prenaient tout ce qu’il portait, fût-ce le tribut du roi. S’il y en avait qui se défendissent, les ministres les malmenaient, les frappant des pieds et des mains et les traînant sur le sol, sans qu’ils fussent pour cela exposés à aucun châtiment, à cause de l’habitude qu’on avait de les révérer et de les tenir en haute estime. Étant arrivés avec leurs souchets au temple qui en avait besoin, on en cousait les tiges l’une à l’autre en prenant soin de les arranger de telle manière que le blanc de l’une coïncidât avec le vert de l’autre, d’où résultait une ressemblance avec une étolfe peinte. On faisait aussi avec cette plante des sièges avec ou sans dossier. Pour faire ces espèces d’étoffes de souchets on mettait d’abord en ordre les tiges sur le sol et on les cousait ensuite, ainsi qu’elles étaient arrangées, avec des radicelles de maguey. Le moment du jeûne appelé nellacaçaualiztli^ étant arrivé, tous les satrapes et ministres des idoles venaient se réduire en retraite au calmecac. On y voyait arriver pour s’enfermer ceux qu’on nommait tlamacazteguiuaque, ce qui signifie : « satrapes auteurs de faits de guerre », qui avaient déjà réduit deux ou trois ennemis en captivité. Ils ne résidaient pas continuellement dans le temple; ils y venaient seulement assister aux cérémonies, à certaines époques particulières. Venaient encore se mettre en retraite ceux qu’on nommait tlamacazcayaque, ce qui veut dire: « satrapes qui ont fait un captif dans la guerre. » Ceux-ci n’avaient point non plus leur résidence continuelle dans les temples; mais ils y venaient aux offices, en des temps opportuns. Entraient en retraite pareillement les tlamacazque cuicanime, ce qui signifie: « satrapes chantres». Ces derniers avaient leur résidence fixe dans les temples parce qu’ils ne s’étaient encore rendus notables par aucun fait de guerre.
Outre ceux (jue l’on vient de nommer, tous les autres ministres des idoles d’un rang inférieur faisaient aussi leur retraite, sous le nom de tlamacazteicahuan^, c’est-à-dire ministres mineurs. Venaient enfin de
1. Substantif verbal venant de çawa, jeûner; on dit aussi: neçaualiztli, ÜacatlaqualizUi ou llaquaUzcaualizHi.
2. Tlamacazlequiuaque, ministres qui ont accompli des exploits {lequill}; — llamacaz-
HISTOIRE DES CHOSES
jeunes garçons comparables à des enfants de chœur, appelés tlamacaztoton'-, ce qui veut dire: très petits ministres.
On avait l’habitude d’étendre autour des foyers les mantas de souchets qu’on venait de faire et qui portaient le nom de aztapilpetlaW^, c’est-à-dire : nattes rayées de plantes blanches et vertes. Après qu’on les avait étendues, les satrapes des idoles se couvraient de leurs ornements pour les offices. Ils revêtaient une jaquette d’étoffe peinte appelée xicolli, et ils se mettaient, près de la main gauche, un manipule du nom de matacaxtli, semblable à ceux dont font usage les ministres de l’Église. Ils prenaient ensuite de la main gauche un petit sac rempli de copal et, de la droite, l’encensoir tlemaitl, fait de terre cuite, de la forme d’un bassin ou d’un poêlon. Préparés de la sorte, ils sortaient dans la cour du temple et, s’y plaçant au milieu, ils mettaient des braises dans leurs encensoirs, jetaient de l’encens par dessus et encensaient vers les quatre parties du monde, l’orient, le septentrion, l’occident et le midi. Après cela, ils vidaient leurs encensoirs dans des brasiers de la hauteur d’un homme et si gros qu’à peine deux hommes les pouvaient embrasser, lesquels brûlaient toute la nuit dans la cour. Le satrape, ayant fini d’offrir son encens, entrait au calmecac, qui était comme une sorte de sacristie, et il y déposait ses ornements.
Aussitôt après, les satrapes commençaient devant le foyer l’offrande de boulettes de pâte. Chacun en offrait quatre, en les plaçant sur les nattes de souchet, avec le plus grand soin, afin d’éviter qu’elles roulassent ou fissent quelque mouvement; car si quelqu’une de ces boulettes se mettait à rouler, on accusait le satrape d’en avoir la faute et il devait en recevoir le châtiment. Aussi mettaient-ils entre eux la plus grande attention pour observer comment on plaçait son offrande, afin d’y puiser, le cas échéant, un motif d’accusation. Ces boulettes s’appelaient uenlelolollr. D’autres faisaient offrande de quatre tomates ou de quatre piments verts. On examinait aussi avec grand soin tous ceux qui faisaient l’offrande, pour voir s’ils avaient quelque saleté sur leurs manias : un morceau de fil, une paille, un cheveu, une plume ou des poils; celui qui était en faute était dénoncé, et il encourait pour cela un châtiment. On observait aussi s’il y en avait qui trébuchassent et fissent une chute; on les dénonçait et ils recevaient
cayacjue, ministres qui sont allés (au combat), de yauh, aller ; — tlainacazque cuicanimc, pluriel, de cuicani, chanteur, musicien; — Uamacazteicahuan, ministre inférieur; de llnmacazqui, ministre, et teicauh, jeune frère; pluriel leicahuan,