Qui sent bon »; de yyaya, sentir, et qualli, bon
2 De ayacachtli, grelot, et chicaualiztlij action de fixer, d’affermir.
HISTOIRE DES CHOSES
s’occupaient à battre un atabal, à chanter et à mettre des grelots en mouvement, en restant assis. Ces manœuvres faites en l’honneur des dieux n’ont pas encore entièrement disparu parmi les Indiens. Les satrapes arrivaient aux étangs où ils devaient se baigner, au bord desquels s’élevaient quati’e maisonnettes appelées ayauhcalli, ce qui signifie maisons de brouillard. Ces quatre maisons étaient orientées vers les quatre points cardinaux. Ils entraient, le premier jour, tous ensemble dans l’une d’elles; le second jour, dans une autre et ainsi de même pour la troisième et la quatrième. Comme ils étaient nus, ils tremblaient de froid et quelques-uns claquaient des dents. Au moment où ils étaient réunis, l’un des satrapes, désigné par le nom de c/iafc/iii(hqnaciiilli\ élevait la voix et disait : « Coati icauacaijan, moyotl icauacayan, atapalcatl ynechicauacayan , aztapilcuecuellacayan , ce qui veut dire : « Ceci est un siège de serpents, de moustiques, de canards et de roseaux. » A peine avait-il dit ces mots, que tous se jetaient à l’eau et ils commençaient aussitôt à battre le liquide des pieds et des mains, en faisant grand bruit, criant et contrefaisant les oiseaux aquatiques : les canards, les oiseaux connus par le nom de pipilztin les corbeaux marins, les hérons blancs et les hérons ordinaires. Les paroles du satrape étaient, sans doute, une invocation au démon, pour s’entretenir avec lui, au milieu de l’eau, dans le langage des bêtes. Il y avait de longues perches enfoncées dans le fond de l’eau, aux endroits signalés pour les bains. Ils en usaient ainsi pendant quatre jours consécutifs.
Le temps du bain étant terminé, ils sortaient de l’eau, reprenaient les joyaux qu’ils avaient apportés et revenaient nus à leur monastère, au son des sifflets et des conques marines. Arrivés à leur asile, ils se couchaient sur les nattes vertes de souchets et se couvraient de leurs mantas pour dormir. Les uns étaient morts de froid; celui-ci dormait; celui-là restait éveillé; quelques-uns avaient un sommeil profond; d’autres n’étaient que somnolents. Il y en avait qui rêvaient; d’aucuns parlaient en dormant; quelques-uns étaient somnamhules; quelques autres ronflaient; ceux-ci respiraient avec force; ceux-là gémissaient en dormant. Tous étaient couchés pêle-mêle et mal à l’aise, et ils ne se levaient qu’au milieu du jour. Étant de nouveau sur pied, ils s’habillaient, et le satrape des idoles, couvert de ses ornements habituels, prenait un encensoir et encensait, dans toutes les chapelles et sur tous les autels, toutes les statues des divinités, se
1. « Qui prend les têtes belles » ; de chalchiuill, pierre précieuse, quaitl, tête, et eut, prendre.
2. Pluriel de pipilztli, oiseau qui vit sur les bords des lacs et des rivières.
IIE LA NOUVELLE-ESPAGNE
faisant précéder des vieux satrapes appelés quaquacuiltin. Après avoir fini d’encenser dans tous les endroits accoutumés, ils s’en allaient tous dîner; ils se partageaient en petits groupes et s’asseyaient sur les talons, ainsi qu’ils en ont l’habitude, pour manger à terre. On présentait à chacun son manger, tel qu’on le lui avait envoyé de chez lui, et s’il arrivait que quelqu’un prît celui du voisin ou fît un échange, on lui infligeait un châtiment. Ils avaient grand soin de ne laisser tomber ni une goutte, ni une miette de leur manger sur le sol. Si quelqu’un répandait un peu de sauce en excès ou du chilmoUi dans lequel trempait leur manger, on en prenait note pour le punir, à moins qu’il ne rachetât sa faute en payant quelque amende.
Le repas étant fini, ils allaient couper des rameaux á’acxoyatl, et, s’il n’y en avait point, on prenait à leur place des roseaux verts. Tout cela était apporté au temple en petits fagots et l’on s’asseyait en attendant l’heure où l’appel serait fait pour aller orner de rameaux les chapelles qui étaient signalées pour cela. Le signal attendu étant donné, ils s’élancaient ensemble en toute hâte, portant leurs branchages et leurs rameaux, chacun dans la direction du point qui lui était assigné. Si quelqu’un se trompait de lieu ou restait en arrière et n’arrivait pas en même temps que les autres pour placer ses roseaux, on lui imposait le châtiment d’une amende consistant à payer une poule, un maxtli ou une manta; les pauvres s’acquittaient au moyen d’une boule de pâte, mise dans une écuelle. Ces amendes étaient pour le dénonciateur et se payaient dans le délai de quatre jours, après lesquels personne ne pouvait racheter sa faute; tout le monde en devait être puni.
Le moment de la fête étant arrivé, on faisait partout le manger qu’on appelle etzalli. Aucune maison ne s’en abstenait. Ce mets, qui était très jaune, était fait avec du maïs bouilli à la manière du riz. Tout le monde en mangeait et en offrait à d’autres. Après qu’on l’avait consommé, ceux qui en avaient le désir dansaient et se livraient à des réjouissances. Un grand nombre se couvraient de déguisements burlesques de différents aspects, et, portant à la main des pots à anses, appelés xocuicolli\ ils allaient de maison en maison, demandant de Vetzalli. Ils s’arrêtaient à la porte en dansant et en disant leurs chansonnettes, après lesquelles venait le refrain : « Si lu ne me donnes le maïs, je trouerai ta maison. » Le maître du logis leur donnait aussitôt une écuelle de cet aliment. Ils allaient de deux en deux, ou de trois en trois, commençant cet amusement à minuit, pour le terminer au point du jour.
1. C’est aussi un vase servant à faire des ragoûts, espèce de coqueraar.
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HISTOIRE DES CHOSES
Au lever du soleil, les satrapes se couvraient de leurs ornements habituels : une jaquette en dessous et, par dessus, une manta légère et transparente appelée ayauhquemitl\ parsemée de plumes de perroquet posées en croix. On plaçait à l’un d’eux, sur le dos, une grande fleur ronde en papier, en manière de rondadle, et on lui attachait derrière la tête d’autres fleurs aussi en papier plissé, qui dépassait de chaque côté, en demi-cercle, de façon à figurer des oreilles. On lui teignait la tête avec un vernis bleu, sur lequel on répandait de la marcassite. Ce satrape portait, pendant de la main droite, une sacoche en peau de tigre, avec des bordures en petits escargots blancs tombant en clochettes, qui sonnaient en se touchant les uns les autres. D’un angle de la sacoche pendait la queue d’un tigre et on voyait aux autres angles les quatre pattes de l’animal. Ce petit sac était rempli d’encens destiné aux offrandes et composé au moyen d’une herbe appelée yiauhtU, séchée et moulue. Devant ce satrape, marchait un autre ministre nommé quacuilli^^ portant sur ses épaules une planche de deux brasses de long, sur un empan de largeur, à lacfuelle étaient attachés des grelots, de distance en distance, et des morceaux de bois cylindrés destinés à produire un bruit, par le mouvement. On appelait cette planche ayacachicaualiztli^. D’autres ministres encore précédaient ce satrape, portant dans leurs bras des statuettes de divinités, fabriquées avec cette gomme sautillante et noire qui s’appelle tiUi. On connaissait ces statuettes sous le nom à’ulteteo\ ce qui veut dire dieux d’ulli. D’autres ministres avaient dans leurs bras des morceaux de copal de forme pyramidale, à la manière des pains de sucre. Le sommet de chacun d’eux se terminait par une plume riche de quetzalli. S’étant rangés dans cet ordre, ils prenaient leurs cornets et leurs conques marines, et ils se mettaient en marche, formant procession, pour conduire ceux qui avaient commis quelque faute au lieu où ils devaient être châtiés. On s’assurait de leurs personnes, en les tenant par les cheveux de la nuque. Quelques-uns étaient conduits saisis par les bouts de leur ceinturon. Les petits enfants de chœur, qui étaient délinquants aussi, étaient portés sur les épaules, assis sur un siège fait de souchets verts, et quand ils étaient plus grands, on se contentait de les tenir par la main.
Lorsqu’on approchait du lieu du châtiment, sur le bord de l’eau, en n’importe quelle partie du chemin où l’on trouvait une lagune, on