‹ Histoire universelle de la pédagogieChapitre 30 sur 71 · CB HOT^N AGE · texte numérisé non relu

CB HOT^N AGE

L*(Euvre de la civilisation, commencée par le monadiisme, trouva dans Charlemagne un auxiliaire intelligent qui sut lui donner une vigoureuse impulsion. Par son caractère, sa langue et ses mœurs, il était et ne voulait être que germain ; mais la civilisation romaine lui faisait envie, et il ne négligea rien p(Hir faire fleurir les lettres parmi ses sujets. U était lui-même très-avide d'ins^ traction. « ATâge de trente-deux ans, dit M. Vuillet, il se fit initier aux premiers éléments des lettres par Pierre de Pise^ qui lui donna des leçons de grammaire et de langue latine, et le prépara ainsi aux leçons du célèbre Alcuin. Ce savant, que Charlemagne appréciait autant qu'un royaume, antérieurement directeur de la grande école d'Tcffk, en Angleterre, lui enseigna la rhétorique, le calculi rastmaomie, et récriture dans laquelle il fit peu de pro* grès. Charlemagne s'entoura des principaux savsmts de Uras les pays, qui formèrent une espèce d'académie, dirigée par Alcuin ; le roi la présidait sous le nom de David, et chacun de ses membres, selon ses prédilections, portait un surnom, emprunté aux grands homjnes de Vantiquité, tels que Homère, Horace, etc.

i Auprès de cette académie, Charlemagne avait établi, à sa cour, une école de jeunes gens, qu'il inspectait et encourageait lui-même. On raconte qu'tm jour, mettant les bons élèves à sa droite et les autres à sa gauche, il s'içerçut que ces derniers étaient preque tous fils des meilleures familles. Alors, se tournant vers ceux qui avaient bien travaillé, il les félicita et les assura de sa bienv^aace toute particulière; puis il réprimanda les autres avec sévérité , les menaçant de les Soigner de lui, malgré la noblesse de leur origine, s'ils ne s'empressaient de réparer l^^^ négligence par une ardente application.

« Une circulaire, envoyée à tous les évêqpies et abbés, les invitait à ouvrir, auprès des églises cathédrales et des monastères, des .écoles semblables à celle du palais de Fempereur. Ces institutions, où l'on enseignait les sept arts libéraux : la grammaire, la rhétorique, la dialectique (trivium), rarithmétique, la géométrie, Pastronômie et la musique (quadrivium), devinrent de petits centres où la culture des lettres se conserva. Malgré la barbarie et les ténèbres dans lesquelles l'Europe fut replongée après la mort du grand empereur, ces écoles se soutinrent et prirent, vers la fin du moyen âge, les développements que nous avons indiqués dans le | précédent

I 4. Ia ClieTalerle»

La chevalerie, dont Charlemagne fut le précurseur, exerça sur l'éducation une influence assez importante pour devoir être mentionnée.

Le jeune garçon que sa naissance appelait à devenir chevalier, devait se préparer de bonne heure à Texercice des vertus chevaleresques, dont les principales étaient des manières nobles, imitées de la cour, et une bravoure à toute épreuve, mise au service de la religion, de l'honneur et des dames. Une discipline sévère, une nourriture simple, des exercices de piété et des jeux chevaleresques, tels étaient les moyens par lesquels on le préparait à sa vocation. A l'âge de sept ans il quittait la maison paternelle et les caresses de sa mère, pour se rendre chez un chevalier en qualité de page. Ici, il avait différentes fonctions à remplir. Le chevalier qu'il servait était le modèle sur lequel il devait former ses manières, sa bravoure et ses sentiments.

La dame veillait sur ses mœurs et lui inspirait un zèle

fervent pour la religion, n apprenait aussi, à son service, à

h^ remplir certains devoirs envers les dames. Les jeux, aux-

^ quels il se livrait, étaient les préludes des mâles exercices

18 MOTEN AGB. 69

des chevaliers, et ils devaient tout à la fois fortifier son cofps, développer son courage et lui inspirer le désir de se signaler par de grands exploits. Entre seize et dix-huit ans, le page recevait une épée, et était élevé par un acte solennel au grade d'écuyer ; il devait dès lors être formé ipëcialement pour le service militaire jusque vers Tâge de TÎQgt-un ans, époque à laquelle on Tannait chevalier. Sa cette qualité, il faisait vœu d'aimer la vérité, de servir le droit et la justice, de protéger la religion et ses serviteurs, de secourir les opprimés, les veuves et les orphelins, de défendre Thonneur des nobles dames, et de combattre les ^memis de la chrétienté.

I 5. Ia Bowfeoitto*

La bourgeoisie, cet autre enfant du moyen âge, eut aussi sa part d'influence sur l'éducation. Les bourgeoisies naquirent de la nécessité pour les hommes libres, épars dans les pays de plaine, de se retirer derrière des mutaîUes pour se défendre contre les bandes indisciplinées et dévastatrices qui ravageaient si souvent les diverses omtré^ de l'Europe. Elles ne tardèrent pas à reconnaître qoe leur vocation spéciale était le commerce, les arts et les métiers. La régularisation de leur activité fit naître les onrps de métiers qu'on retrouve encore dans les villes allenmdes, oi^anisés en corporations distinctes. Ces corps de métiers, destinés à éviter la concurrence, avaient aussi pour but de favoriser l'apprentissage des professions, dans lesquelles on distinguait trois catégories de travailleurs : les apprentis, les ouvriers et les maîtres. Ils établissaient dans ce but de viUe à ville et de.pays à pays des liens de fraternité entre les artisans du même état, ce qui facilitait beaucoup les voyages aux ouvriers qui faisaient le tour de France, et mettait en commun et au profit de tous les expériences, les découvertes et les procédés nouveaux. Mais cette organisation ne favorisa pas seulement les mé* tters^ die fut aussi favorable aux vertus domestiques. Le^

7D HISTOIBl OB lA VÈÙM^GIR.

chôi deJa fàmillie léiimssail;, soir et mêtàsï^ enfants, apJ preniis et ouniers pour la prièie commime; il priait aiiss£ à table. Leff soins de la mtee s^ètendaîaiit à tons. Les en— fants ètaieiit maintenus sons nne discipline sévère; ils âevadent mener ime vie paisible et s'habituer à une obéis* sance absolue. La simplicité des mœurs, réconomie et l'activité, régnaient paartcrat, et ces-^ims tertus, qui caractérisaient la bourgeoisie, ^ .^ v .^orer^it nne existence plus longue qu'à In dievsderie. Bës le treizième siècle, comme on Ta vu plus hant, elle voulut aussi avoir ses écoles.

On entend par sùA^aA^m: la sdence des écoles au moyen âge. Cette science ou philosophie scolaire prit naissance dans les écoles abbatiales et ^iscopales, et eile atteignit Tapogée de son développement dans les unîv^-^ sites, surtout dans celles de Paris et â*Chiord. Son caract^e esswtiel consistait à subordonner toute la science à la théologie, dont Tunique source était la W^Iq expliquée par les pères, les conciles, et la pape. Ole n'avait pas Id droit d^examiner les vtoitéis formulées par la théologie ; die ne devait que les coordonner en uù système philo* sophique. De là Tadage : La philos^hie est la servaaste de la théologie {pbdlo$opkia theologia ancilla).

Ce qui ne se rattadiait pas au dogme était ou négligé, ou traité d'après les idéea des smciens, surtout d'après Platon et Arsstote. Les émts^ de ce dénier acquirent peu à peu une autorité abs(^e. Ge philosophe avait Mt du coBur le principe des^ n^fs : défense donc au carveau de revendiqi:fôr c^ honneur. Le sang, â'a]^s la même au» torité, n'osait ni voyager, ni circuler par le corps, comme cela s'enseigne aujourd'hui. Le téméraire qui avait la hardiesse de sortir du' cercle tracé par la tfaédogie et Âristote, était ausntât dfoenoé et puni. On sait que, pcnir pouvdr sortir de j^son, <SeIiIée dut rendre le repos à la tenroi qu'il avait iBa^prudeauDeitt MttcmnMP. Mais si It

LE MOYEN Aa»; 71

cercle tracé autour dfe la théologie et dé la sden<5e "était iroij éti-oit, l'activité intérieure était peut-être d'autant [lus intense : les savants classaient, systématisaient^ ■ ..i>îi liftaient.

Les théologiens^ rangés autour des écrits de saint Augustin, se divisaient en trois écoles : dogmatique, mystique .et scq)tique. La première, qui compte parmi ses princrpaux chefe Anselme de Cantorbéry (1033-1 109) . AlherP- UhGrand (l'205-128O) et Thomas d'Aquin (1827-1274), surnommé le docteur angéhque, basait son système sur la oonnaissance des Mts historiques; la seconde, dans laquelle se place Saint-Bernard (1091-1153) et Smnt-JBonûh fienture^ s*appuyait surtout sur le sentiment et ToBuvre de la foi dans lé cœur. Dans Richard (1173) et Eagues (1140), le premier prieur et lé second religieux de Tabbaye de Saint-Yictor à Paris, on trouve réunis les deux éléments dogmatique et mystique. La troisième école, dont les représentants sont Abeilard (1079-1142) et le cordelier Duns Scotty surnommé le docteur subtil, débutait par le doute et la négation. Sur le terrain philosophique, les savants se divisèrent en deux écoles hostiles Tune à l'autre. Vers la fin du onzième siècle, Jean Kosullinus formula la doc* trine que les idées générales, les universaux, étaient de pm'es abstractions, et que les individus seuls avaient une réalité. Cette doctrine fut désignée sous le nom de Nomi* lanisme. Thomas d'Aquin et Duns Scott, avec une nuance d'opinion qui forma deux écoles, les Thomistes et les Sco» ^es, soutinrent au contraire que les idées générales ont une réalité en dehors des objets. Leur doctrine constitua le Réalisme (le spiritualisme moderne s*y rattache intime* ment). Le nominalisme fut condanmé à Soissons; mais il releva la tête au treizième siècle, et il finit par mettre le réalisme sous ses pieds. ^

Si de la théologie et de la philosophie nous passons aux scienGes, nous ne trouvons que peu de chose à glaner. Les sept arts libéraux, le trivium (la grammaire, la rhé* torique et la dialectique) et le quadrivum (l'arithmétique,

72 HISTOUIS DE LA PÉOAQOGIB.

la géométrie, la musiçpie et Tastronomie), à FezC^ptioiE des mathématigues, étaient assez cultivés. La philologie était négligée. On ne lisait pas les auteurs grecs dans l'original, et le latin, langue de l'Eglise et de la science, était si éloigné des formes classiques, qu'on lui a donné !le nom de basse latinité.

Les mathématiques furent mieux traitées que la philosophie, peut-être parce que ces sciences abstraites se rapprochent plus que les langues et les sciences naturelles des aspirations du moyen âge vers le surnaturel et la métaphysique. Les mathématiques florissaient chez les Arabes d'Espagne, les savants allèrent les y étudier dans leurs écoles. C'est chez eux que Gerbert^ comme nous Tavons TU plus haut (page bi. Appendice), puisa ses grandes connaissances en mathématiques. C'est à lui, et non aux Arabes, qu'on devrait la vulgarisation de notre système de numération. Il est le premier mathématicien qui ait employé les chiffres avec valeur de rang. On peut donc le regarder comme le fondateur du système décimal, qui est à la base de notre numération. Campano de Novare et le bénédictin anglais Athélard traduisirent de l'Arabe au douzième siècle les Éléments d'Euclide. On sait qu'Euclide était un célèbre géomètre grec de l'école d'Alexandrie (320 av. J.-C.) et qu'il rédigea sous le nom d* Eléments une encyclopédie des sciences mathématiques, dont la partie géométrique sert encore aujourd'hui de base à l'enseignement; mais on ignore plus généralement que c'est par les Arabes que les écrits de ce savant vinrent enrichir la science du moyen âge. Alphonse X, l'Astronome^ roi de Léon et de Castille, fit dresser par les Arabes des tables astronomiques, connues sous le nom de Tables Alphonsines. Enfin, parmi les productions mathématiques du moyen âge, je citerai encore ime Arithmétique en X livres écrite par Jodanius Nemoratus^ et un petit livre d'astronomie par Jean Sacrobusto^ employé dans les écoles jusqu'au seizième siècle. En 1531 , il fut encore imprimé avec une préface de Mélanchton.

Page 1