ÉRASME
fiTé à Botterdam le 28 octobre Uff7.
Mort à Bâio le fô juiUet 1536.
ÂFâge daneuf ans, Erasme entra dans Fécole du célèbre iôpss, à Deventer. Son insUtuteiEr, Jean Seinûiem, un Jénmite, était si content do lui, qu'un jour il Tembrassa, ealeiàiBaiiit : Tu atteindras le sommet le plKi& élevé da^ kjointce. Agricda qui le vit à fâge do douze ans, lui dit muif en considérant sa bdie écnïure, la forme de sa tâte et ses yeux limpides : Tu eris magnm (tu deviendras gEmd^ I Sa mère étant morte de la peste, il quitta Deventer àf âge de treize ans, etJi Œaitra,âasis la maison des frères delà vie oHnmune^ à B<fis-le^Du)C, où il demeura trois aak San maître, Rumbold, qcd le prit en affection, aurait lÉBA voulu l&fai]»enlier dans sa communauté, mais U m pot Vj décider. Plus tsœd, cependant, Erasme se laissa, pasoader,. et il entra dans le ccmvesit de Steio, près de Qonder; mais le dottre n'était pas fait pour lui, et il ne tada pas à prendre en haine moines et couvents. Au bout depluâbeura années, le pape JlilesII, usant de eompassion eoMn le maiUi^ireux moine, la rekrva de ses vœux. Mis. ea fiberté, Erasmo parcourut la Frasice, TAngleterre et rUalie. Q finii; par venir se fixer à Bâle, où il mourut à. y^âasttxante-neuf ans^
Les écrits d'Erasme témoignent de sa science immense et de ses hautes capacités. Il ne savait, à la vérité, ni le français, ni l'allemand, ni l'anglais, ni l'italien; mais en revanche, il était versé dans les lettres classiques et dani. la littérature religieuse; il était très au courant du grec, et il écrivait le latin avec une étonnante facilité. Erasme édita et traduisit un grand nombre d'auteurs classiques. Il pubha aussi les écrits de plusieurs pères grecs et latins, entre autres ceux de saint Cyprien, de saint Augustin et de saint Jérôme. Mais son travail le plus important fut une édition du Nouveau-Testament, dans le texte original. Ce sont là les principaux matériaux qu'Erasme fournit aux études théologiques et classiques. Quant au rôle qu'il joua, il présente aussi deux faces ou deux directions, l'une religieuse, l'autre profane ou scientifique et pédagogique.
Sous le rapport religieux, Erasme se fit essentiellement remarquer par des attaques violentes contre les couvents etleur scolastique dégénérée. On eût dit qu'il avait dessein de réformer l'Eglise ; mais il n'en était rien; car lorsque Luther parut, et que, bon gré mal gré, il fut entraîné dans la lutte, il se montra timide et irrésolu, joua d'adresse avec les deux partis et finit par être repoussé de tous à cause de sa duplicité.
Mais si Erasme manqua de principes et de fermeté au milieu des luttes religieuses de son siècle, son influence dans le champ des études fut d'autant plus considérable. U publia deux ouvrages classiques qui eurent le plus grand succès, l'un pour l'étude du grec, l'autre pour l'étude du latin. Mais ce dernier intitulé Colloquia^ ne fait guère honneur au tact pédagogique de son auteur. On y ttouve des attaques violentes contre les moines, les couvents, les jeûnes, etc., comme si les enfants étaient déjà capables d'être juges en matières religieuses et comme s'il n'y avait aucun danger à les lancer dans la voie de la critique. On trouve aussi dans les CoUoquîa des frivolités propres à gâter le cœur et l'imagination. Le morceau intitulé AdoleS' centis et scorti renferme un dangereux tableau sur la volup*
té. Aajourd'hm, les CoUoquia seraient impossibles : on a un sentiment plus vrai de ce qu'il convient ou ne convient pas de donner aux enfants. Mais Erasme vivait dans un sièdede mœurs rudes et grossières. Cependant son livre finit par être proscrit. La Sorbonne le condamna, la France en défendit l'usage dans les écoles, TEspagne le fit brûler, et Rome le mit à l'index dans toute la chrétienté. Les pro- ^.estants aussi lui déclarèrent la guerre. « Je veux défendre à mes enfants dit Luther de lire les CoUoquia; car Erasme y eîifieigne beaucoup de choses impies et malséantes. Erasme est un gamin (Bube). Je fais plus de cas de Lucian que de lui; car au moins Lucian est franchement et ouvertement moqueur et profane ; tandis qu'Erasme revêt son impiété d» couleurs de la religion et Tinsinue par le moyen des personnages qu'il invente ^ »
Le génie^ d'Erasme brille d'un éclat plus pur dans l'ou- TOige intitulé de Ratione studii^ et dans ses dialogues, de Pfonunciatione et Cicéronianus sive de Optimo discendi gmen.
le premier de ces ouvrages renferme des conseils et des lèj^ sur la manière d'étudier. Plusieurs n'ont, aujourd'hui, rien perdu de leur valeur. En voici, entre autres deux, qu'il est toujours bon d'observer :
« Pour apprendre le grec, dit Erasme, il faut traduire le» auteurs en latin (alors la langue de l'école). Cet exer- <âoe fiait pénétrer dans le sens des auteurs grecs et dans le génie propre aux deux langues. »
Jtagourd'hui, la langue maternelle a remplacé le latin dMs l'école, et la règle d'Erasme doit se formuler ainsi : Icaiiire les langues étrangères dans sa langue maternelle. Oane peut proposer un exercice plus propre à faire étudier à fond un auteur et le mécanisme ou les constructions jp&ptes aux diverses langues. C'est l'exercice de syntaxe par excellence.
L'autre règle, relative à la lecture des auteurs dans la
t. Walch 23, 1612-1680.
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classe, est le complément de la pi^^odère. v Le maitoe, dit Erasme, ne doit expliquer que ce qui est rigoureusement nécessaire pour l'intelligence de Tauteur : il doit résister à la tentation de faire à tout moment étalage de sa science. Le but de cette règle est de concentrer l'attention de Télève sur son auteur, de le mettre en contact immédiat avec lui. Trop de digressions troublent Timage qu'on doit avoir à cœur de faire étudier, considérer et admirer à l'élève, et l'empêchent' de sentir et de goûter le souffle inspiratem* des écrivains, si propre cependant à vivifier celui qui le respire librement. »
Dans son dialogue de pranundaHone^ Erasme étend rhorizon des études. Jusqu'alors toute la science était renfermée dans l'étude des lettres profane (clasidqaes) et religieuses. Les sciences naturelles et historiques n'^œdstaient pas encore. Erasme fit faire un pas aux étud^ en recommandant les études dites réahs^^ telles que Thistoire, la géographie, l'histoire naturelle, ragriculture, etc. Cependant il subordonne encore ces études à l'étude des auteurs, il ne les réclame que pour pouvoir mieux comprendre ces derniers. Luther est peut-être le premier qui pressentit l'indépendance des sciences, et qui reconnut, si je puis m'exprimer ainsi, leur valeur intrinsèque. « Nous sommes, dit-il (Walch 22, 1629) à Taurore de la vie nouvelle, car nous commençons à recouvrer la con* naissance des créatures, que nous avions perdue depuis la chute d'Adam. Erasme ne s'eoa enquiert pas : îl ne se soxLck pas de savoir comment le fruit est formé dans le sein qui lui donne la vie. Mais, par la grâce de Dieu, nous reconnaissons déjà dans la plus ohétive fleur les merveilles de la bonté divine et de la toute-puissance de Dieu. Nous voyons dans ses créatures la puissance de sa parole. H ordonna et la chose parut. Voyex cette force se déployer
i. Etudei réaies, on études èes efaMef, éesnêaliltM pbysîqoes. €etto expression t'emploie par opposition aux études littéraires, qui ont pour ol^et la forme, l'expression plutôt que la ehose. £n France, on dit réeUe$.
dans le noyau d'une pêche. Il est très-dur, et le germe qtfil renferme est fort tendre. Mais quand le moment est v«nu, il faut bien que le noyau s'entr ouvre pour laisser sortir la jeune plante que Dieu appelle à la vie. Erasme passe sur tout cela, n*en tient nul compte, et regarde les aèatures comme les vaches regardent une nouvelle porte.»
Le dialogue d'Erasme, intitulé « Ciceronianus sive d$ optimo dicendi génère^ » est le plus important peutêtre de ses écrits, et celui dans lequel il s'élève le plus au-dessus de son siècle. Erasme y combat la Cicéroma" M) ridéal de l'éducation d'alors, au mdns pour un boa nombre de savants ; il y montre quel usage on doit fiére des études classiques, et comment Thomme doit B»fctre son instruction en harmonie avec le milieu daas bgael il vit.
• Vous vous êtes chargés, dit-il aux Cicéroniens, d'une tlièebien dif&cile; car, outre les incorrections de langage qjà ont échappé à Gicéron, les copistes ont parsemé ses CBBnes d'une multitude de fautes, et bien des écrits attri-* bifis à cet auteur ne sont pas authentiques.^ Enfin ses m, traduits du grec, ne valent rien. Et vous imiteriez tosicela, le bon et le mauvais, ce qui est authentique et ce qui ne Test pas? Certes, votre imitation est bien flqperficielle; eUe fait honte à votre maître. Votre imita^ te est une imitation servile, froide et morte, sans vie, Mi mouvement, sans passion ; c'est une singerie dans lUBCille on ne retrouve aucune des vertus qui ont fait la ^hfae de Gicéron, comme son heureuse inspiration, l'in- IdlKgente disposition de ses sujets, la sagesse avec ItfKlle il traite chaque objet, sa grande expérience des hoôimes et des afEaires, son talent à passionner ceux qui retendent. Voilà surtout ce qu'il faudrait imiter dans Qcfeon, et, pour l'imiter, il nous faut, comme lui, nous îtot^fler avec Tépoque dans laquelle nous vivons, afin de IMToir aussi lui approprier notre langage. Autrement, vtre parole n'a plus ce cacbet d'actualité qui animait
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celle de Gicéron. Il n'y a rien de plus absurde, par exemple, que d'entendre prêcher un cicéronien. J'ai entendu à Bxysne, le samedi saint, un de ces serviles imitateurs ap« peler le pape Jules II, devant lequel il prêchait : « Jupiter optimus maximus, Jupiter tout-pmssant, tenant dans sa main la triple foudre, et opérant d'im regard tout ce qu'il veut. » Dans ce sermon, il parla aussi des décemvirs et de Q. Gurtius, qui se consacrèrent aux dieux mânes pour le bien de la république; puis de Cécxops, d'Iphigénie, etc; mais de la mort du Christ, la veille de Pâques, il n'en fut pas dit un mot ! Malgré cela, l'orateur fut admiré par tous les dcéroniens de Rome. Il avait admirablement prêché; c'était romain, c'était cicéronien I Certes, les Thomas, les Scott, les Durandus, dont on méprise le langage barbare, étaient bien plus les imitateurs du génie de Cicéron que ceux qui, de nos jours, ont la prétention de marcher sur ses traces?...
« Imiter Cicéron, ce n'est pas appeler Dieu Jupiter opU^ mus maximus; le Christ, Apollon; la vierge Marie, Diane^ et dire sacra respublica pour l'église, flamerh dialis pour pape, e* oraciUa divûm pour prophétie. Pour imiter Cicéron, il faut apprendre à parler d'une manière complète sur le sujet que l'on traite, ce qui suppose qu'on en a fait ime étude approfondie. Il faut ensmte s'être tellement identifié avec son sujet, que tout ce que l'on dit sorte du cœur et de son propre fonds. En conséquence, l'orateur chrétien étudiera les vérités chrétiennes dans les auteurs chrétiens et dans la Bible, avec autant de zèle que Cicéron étudiait les phi^ losophes^ les poètes, les juristes et les historiens. Si nou ecclésiastiques, nous ne nous occupons ni de la Bible, des écrits des Pères et autres docteurs chrétiens, comme imiterons-nous jamais Cicéron dans notre sphère?...
« Si celui qui parle le mieux d'une chose est celui en parle le plus convenablement, je préfère la manié; dont les Scott et les Thomas parlaient des choses sain à celle dont les dcéroniens en parlent. Mais il y a fiûlieu œtre Bcott et le singe qui copie Cicéron. Tout lati
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qui ne se rencontre pas dans Cicéron n'est pas nécessailement mauvais. On peut prendre dans Gaton et daus Varxon des termes d'agriculture, dans Tertullien et Augustin des termes ecclésiastiques. Nous pouvons aussi citer l'Ecritore comme Cicéron citait les auteurs classiques. Vous n'avez, au reste, de répugnance pour le langage clirétien qoB parce que vos sentiments sont devenus païens ; autrement, aucun nom ne vous paraîtrait plus beau que celui te Jésus, quoiqu'il ne soit pas contenu dans Cicéron, Abandonnez donc votre servile imitation du grand orateur lomain, lisez et étudiez les bons auteurs, païens et chré- ; transformez ensuite en votre propre pensée les justes et bonnes que vous y puiserez, afin que ce ^pie vous écrirez devienne votre pensée et votre style. Bons devons ressembler à l'abeille, qui recueille les sucs de diverses plantes, puis les transforme dans son estomac en un produit tout nouveau d*un arôme particulier, diffémA de celui de toutes les plantes dont elle Ta extrait. »
Xaî cru devoir m'étendre un peu sur ce dernier ouvrage tttasme, parce que Timitation superficielle et servile M une maladie de tous les temps, et que les pensées Jtftoisme développe sur ce sujet renferment d'utiles jBgons pour tous ceux qui étudient. On imite et l'on copie êitïs toutes les spbères ; le nombre de ceux dont le développement est naturel et libre est fort restreint. Et pourl&ïtnous devons, dans l'intérêt de la vérité, travailler à Tteandpation de l'individualité qui est dans chaque hxnune. L'imitation est un esclavage de l'intelligence, qui d^énère souvent en affectation, en étroitesse d'esprit et en mensonge. L'imitation servile fausse le caractère, tandis ^pe le libre développement de l'individualité (je dis de iladividualité et n<Hi des mauvaises inclinations qu'il âut contenir et cconbattre) le redresse^ le développe, le teti&e et l'ennoblit.
JEAN REUGHLIN
Né à Pf oj'zheim (grand-duché de Bade) , le 28 décembre
Mort à Stuttgard le 30 juin 1522.
Reuchlin se distingua de bonne heure par ses progrès dans les langues et la musique. Après avoir enseigné le grec et le latin à Bâle, il alla étudier le droit à Orléans et à Poitiers, après quoi il vint professer à Tubingen avec le titre de docteur. Dans un voyage qu'il fit en Italie, il commença Tétude de Thébreu à Rome avec le juif Abdias. En 1506, il publia ses Rudimenta lingux hébraicx^ ouvrage qui introduisit la langue hébraïque dans le domaine des études ; jusqu'alors on ne la connaissait pas. On conçoit linfluence que ces études durent exercer sur Tinterprétation des saintes Ecritures et sur la science théologique. Malheureusement elles amenèrent de grandes disputes entre les savants. Les dominicains intentèrent à Reuchlin un procès qui dura jusqu'à c^ que Léon X vint le suspendre par un mandatum de supersedendo. Pour soutenir Reuchlin, il se forma en Allemagne le fameux parti des reuchlinistes, qui publia en 1517 les célèbres Epistoke obscurorum virorum. (Lettres d'hommes obscurs), dirigées en grande partie contre les moines. La guerre des reuchlinistes contre les dominicains, à l'occasion des études hébraïques et des juifs, qui, grâce à ces études, furent un peu tirés de leur abjection, contribua pour une grande part à l'avènement de la Réformation.