Classe de rhétorique (de deux anoëeii
Cette simple nomenclature des classes suffit déjà pour nous montrer l'accord qui, en matière dlnstruction, règne entre les jésuites et les pédagogues protestants du seizième àbde ; de part et d'autre, on commence par 1^ grammaire etron termine par la rhétorique. Apprendre à bien parler, €31 latin d'abord, puis en grec, tel est le but de renseignement. « La connaissance de la syntaxe, dit le plan Tétades, n'est pas le but de la grammaire; les écoliers doivent apprendre le latin comme une langue vivante ; ils doivent pouvoir le lire, le parler et l'écrire. »
Pour favoriser le latin, les jésuites, à l'exemple de Trotzotdorf et de Sturm, comprimaient le développement de la langue maternelle. « On doit, dit le plan d'études,/ défendre l'usage de la langue maternelle. Ceux qui en\ feront usage doivent porter une marque d'humiliation à laquelle on ajoutera une légère punition, à moins qu'il ite rejettent le jour même ce double fardeau siw un condkdple qu'ils auront surpris à l'école ou dans la rue commettant la même faute. Cette belle émulation doit être éveillée, non-seulement entre les condisciples, mais encore entre les diverses écoles ! »
€ L'étude des auteurs classiques, continue le plan d'études, ne peut avoir pour nous qu'un but secondaire, savoir, de former le style ; nous ne voulons rien de plus. Le style sara essentiellement formé d'après Cicéron. Les élèves, en parlant et en écrivant, se serviront de phrases classiques. »
Les jésuites font représenter des drames latins,mais ces drames^ ils les composent eux-mêmes. Ils rejettent Plante et Térence couMue trop licencieux. Leur morale, sous ce rapport, est plus pure et plus sévère que celle de Sturm.
Le grec est aussi enseigné chez les jésuites. Plusieurs l'ont parlé et écrit avec une grande facilité. En général, les jésuites ont poussé très-loin l'étude du latin et du grec, et ils ont créé toute une littérature nouvelle dans ces deux langues.
134 mSTOIBS DE Là. ViBlQOGlZ.
Outre ]b latin 6t le grec, les jésuites enseignent, sous le nom d'érudition^ différentes matières tirées des diverses branches d^ connaissimces binnaines. Sous ce titre d*érudition, le plan d*étuâes énumère, entre autres, Farithmétique, Thistoire, les moeurs des peuples, les oracles, les sentences des sages, les ruses de guerre, les faits glorieux, les inventions, les exemples de vertu, les hiéro* glyphes, les emblèmes, l'art poétique, la tactique, l'iiorti* culture, les vêtefments, la nourriture, les sibylles, etc., etc. Dans le plan de 1832, il est dU que pour répondre anx besoins du temps, il fallait ajouter quelques nouveaux objets d'enseignement aux études principales, savoir : les mathématiques^ la {diysique et la langue maternelle.
Studia supmora.
Les études supêrieureB compren&ent un cours de phi* losophie de deux à trois ans, et un cours de théologie de quatre ans.
Cours de VEWOSovmE. Le professeur de philosophie doit essentiellement suivre Aristote, en tant du moins qu'il n'enseigne rien de contraire à la religion. Il ne doit pas le louer pour ce qu'il a dit de bon, et il cherchera à montrer que ce qu*il y a de bon dans ses ouvrées, il Ta emprunté ailleurs. Il aura, par contre, un grand respect pour saint Thomas; il Taj^ouvera volontiers, et il ne s'en écartera qu'à regret.
La première ani^, il enseignera la logique d'Âristote ;
La deuxième, il ex^qœra les livr^ de Ccslo, le premier livre de Generatione et la Meteorologiea.
La troisième année, il expliquera le second livre de Generatione^ les livres de Animai et la métaphysique.
Deux autres professeurs sont adjoints au profeseur de philosophie :
Un professeur de morale^ chargé d'expliquer l'Ethiqua d'Âristote ;
Un professeur de mathémaUques^ chargé d'ensei%ner Is
TEMPS MODERIfBB* 135
physiqttô, les él^ents d^Eudyde, un peu de géograpbie 6l de sphère.
Cours de théologie. Ce cours sa dirise en quatre parties confiées à quatre professeurs :
Le profesteur de la sainte EcrUwre est chargé de faite onmaître la Bible ; il doit s'en tenir essentiellement à la Tolgate, ne recourir à l'original hébreu ou grec que quand eda est absolument nécessaire et sans s'y arrêter, n ne doit mentionner les autres versions que dans ce qu'elles SBt de favoralde à la Vulgate; il doit faire cas des Seplime, et ne pas s'arrêter aux interprétations des rabbins, I la dironol<^e et à la géographie sacrées;
Le professeur éPhébreu doit enseigner les éléments de la langue hébraïque, puis hre les livres faciles de TAncien Testamait, et s'en tenir à la Vulgate pour le sens du texte Nicre.
Le professeur de théologie scolasHquê suivra saint Thomas, le docteur de l'ordre. Il doit non-seulement exposer ses opinions, mais encore les défendre ;
Le profeéseur de ec^suistigue doit faire peu de théologie, arquer les sacrements et les devoirs des hommes. Sa tlche est de former de bons et habiles pasteurs.
IT^^rès une autorisation spéciale du pape Jules m, les Jésuites ont le droit de conférer le grade de licencié et odoi de docteur.
Passons maintenant au caractère religieux et éducatif des établissements des jésuites et aux principales règles de discipline qui y sont suivies.
La religion, dit le plan d'études, doit être la base et le SDDamet, le centre etFâme de toute étude, de toute édnca- %n. H faut que le jeune homme fasse avant tout des progrès dans la connaissance de son Créateur et de son Sativeur, et granfcse en moralité, à mesure que son intelligence se développe. Le maître doit servir d'exemple anxâèves ; il craindra de leur donner du scandale et priera pour eux. Il les recommandera avec une grande confiance à la sainte Yiei^e et aux saints patrons de la jeunesse, à
saî^t Joseph, à sainte Catherine, à saint Cassian, à saint Nicolas, à saint Ignace, à saint Stanislas, etc. On cultivera rhumilité qui cherche, non la gloire du inonde, mais la gloire de Dieu. On tiendra pour vil et mauvais ce qui touche au vice. Toute volonté s'identifiera avec la volonté du supérieur^ ^ laquelle doit être respectée et suivie comme la volonté de Jésus-Chiist! Le maître veillera à ce que les élèves lisent, récitent et fassent mentalement certaines prières, telles queFOÊBlce, les Litanies de la sainte Vierge, etc. L'élève qui manque à ses devoirs religieux sera puni ; on Tobligera à passer quelque temps en prières ou à assister, les jours de fête, à une seconde messe. Les élèves qui se distinguent par leur recueillement doivent être loués publiquement.
Au nombre des moyens propres à maintenir leurs élèves dans la ligne du devoir, les jésuites font surtout usage de r émulation^ de la dénonciation et des punitio7is.
Celui qui sait exciter l'émulation, dit le plan d'études, a trouvé Tauxiliaire le plus puissant pour son enseigne^ ment. Que le maître apprécie donc hautement ce précieux auxihaire, et qu'il s'applique à en faire l'usage le plus convenable. L'émulation éveille et développe toutes les forces de Thomme. Pour entretenir l'émulation, il faudra que chaque élève ait un rival pour contrôler sa conduite et pour le dénoncer; on nommera aussi parmi les élèves des magistrats, des questeurs, des censeurs, des décurions. Rien ne sera tenu pour plus honorable que de devancer un condisciple et pour plus méprisable que de se laisser devancer. Des prix seront distribués aux meilleurs élèves avec la plus grande solennité possible. En dehors deTécole, on donnera partout aux élèves distingués la place d'honneur. ' ;
On vient de voir plus haut {studiosa inferiora) qu'un élève pouvait rejeter certaines punitions sur un autre en le dénonçant, et que chaque élève doit avoir un rival pour
i. Page 148 du plan d*études. Ce supérieur est le général de Tordre.
b surveiller et le dénoncer. Ajoutons à cela que le plan d'études fait de la dénonciation un devoir et que chaque élève est constitué, par ce devoir, surveillant de ses condisciples.
Les punitions coiporelles sont réservées aux cas les plus graves, et il est défendu aux professeurs jésuites de frappei un élève de la main. Quand un élève a mérité la verge, il doit être livré au correcteur, qui n'est pas de la société.
Dne autre punition en usage chez les jésuites consiste à envoyer Télève en faute sur un banc réservé aux coupables. Dans un coin de la classe, dit le plan d'études, il y aura un banc particuher sur lequel on enverra les élèves qui n'auront pas rempli leurs devoirs. Ce banc doit porter un nom flétrissant, par exemple, échelle d'enfer^ etc. Le plan d'études Ipage 301) donne aux professeurs l'avertissement suivant : « Les élèves qui paraissent, vu leur âge et leur extérieur, faibles, insignifiants, peut-être même m^risables, seront dans peu des jeunes gens et des hommes qui pourront parvenir aux dignités, à la fortune ou à la puissance, en sorte qu'il se peut qu'on soit obligé de rechercher leur faveur ou qu'on dépende de leur volonté ; c'est pourquoi il importe de bien peser la manière de les traiter et de les punir. »
Pour bien connaître les élèves, il faut se servir de la confession. Les lettres qu'ils écrivent et celles qu'ils reçoivent doivent être ouvertes par le directeur.
Après cette rapide exposition du plan d'études et de? principes d'éducation des jésuites, nous devons nou? arrêter un instant pour présenter quelques réflexions sui les points les plus essentiels.
fai déjà fait ressortir la ressemblance qu'ont les études chez les jésuites avec le mouvement pédagogique du seizième siècle. Je ne reviendrai donc pas sur ce que j'ai dit à cette occasion : c'est le même engoûment pour les ftudes classiques, et en particulier porœ Cicéron, la même pauvreté d'études mathématiques, la même aversion pour la langue maternelle, etc. La critique que j'ai faite de ces
13S HISTQIBB DB I.à VÉÙàBOGÏE.
études atteint eepaidani moins les jésuites que les péd gogneA protestants, attendu que le latin est la langue ot^ ficîeUe du dergë romain» et qu'il sert de lien entre 1^ ecclésiastiques catholiques du monde entier. Le Brevia^ fium romsmmm lelit œ kMd pays dans les mêmes termes. Le latin est ainsi pour ks jésuites un puissant moyea de oons^ry^ dans l'Eglise catholique Tunitë dente et de doo trine, œ qui compense larganent à leurs yeux le délài]^ qu'il a de n'être pas populaire, et d'empêcher le peuple de prendre une part inleUigente à tous les actes du eulta publia Les études supérieures scmt, ches lesjésuites, ce qu'éllea ^^ — ""peuvent et doiTent être en vue du but religieux qu'ils se proposent Comparées à d'autres, on est £ra]^ de la di»cipline sévère à laquelle les inteltigences sont «mmises. La liberté de pensée, qui tient aujourd'hui une â large place dans les études supérieures, — et- doot en abuse tant^ — n'existe pour ainsi dire pas chea les jésuites* D y a knn du jésuite qui n'ose pensa: ^ 9g^ en dehocs de ce qu'on lui enseigne, et qui doit être un instrument sou^te et dodie entre les mains de ses supérieurs, au protesilaut qui ose toust examinear et tout sonder, au risque de se perdre dans les abîmes de l'erreur ei du doute. Le jésuite €t le protestant suivent des routes bien âiffésentes peur arriTerà la véritél Mais remarquons que o^te discipline sévère à laquelle sent soumis les élèves des j^nites est une conséquence tofute naturelle de ce principe qui domine l'ordre teut entier : « Toute votontÀ doit s'identifier avec la volonté du supérieur, laquelle doit être rei^pectée et exécutée, obéie comme la voioBÉé de Jésus-Ghrisfc. » Le système des jésuites, on le eomparendra sans autre raisonnement, doit nécessairement ccmdamneF toute indépeur dance et toute liberté, iioQ-seuleinenten deh(»s du catho» licisme, mais anm dans l'intérieur même de la rdigim catholique, Qcriqu'uBi demandefa-t^ poergnoi ks j ésuitei . ifeuleot scmm^tre les esprits àleor général et non au pape? &est sans dMLte qu'ils se ooosidèxeaDit t^immA ksplusii^
TBWre MODERHBS. 139
ÊdDîbles représentants du cathdicisme, et qu'ils veulent qpele pape, qui nwnme le gtoéral, s'identifie avec Tordre. n est évident, en effet, qu'à part Clément XIV, qui supprima Tordre parce qu'il trouvait que deux « planètes ne peFovent pas tourner dans la même orbite, » les jésuites ost su toujours se concilier la faveur des papes.
Passons à d'autres chefs de discipline employés par les jésoites comme moyen d'éducation.
Nous avons vu que les jésuites pmissent T^ve qui iDanq[ue de recueillement dans les exercices de piété, en M faisant réciter des prières ou recommencer un service idigieux. ITest-il pas à craindre que ce moyen n'augmente diez Télève coupable Tindifférence à Tégard des choses saintes, ou tout au moins qu*il ne Thabitue à se contenter ffxm culte tout extérieur?
Ifais s'il est dangereux de punir un ^ève en lui doiH nant des devoirs religieux à remplir, il est plus dangereux «leore de le louer pour sa piété. Sous ce rapport, cmi ne peirt trop s'en tenir à la règle de celui qui a dit : « Ooaikd la prieras, ne fais pas comme les hypocrites, car ils aiment i prier en se tenant debout dans les synagogues et au edn des rues, afin d'être vus des homme». Je vous dis, en Tfeité, qu'ils reçoivent leur récompense (la louange); Biais toi, quand tu pries, entre dans ton cabinet, et ayant fiamé la porte, prie ton Père qui est dans ce Keu secret, et ton Père qui te voit dans le secret, te le rendra puWiqœment. » Louer quelqu'un pour sa piété, c'est exciter forgaeil spirituel et provoquer ITiypocrisie. Prenons çurde de flétrir par d'imprudentes louanges les sublimes sentiments qui constituent la piété. On lit quelquefois que tel élève a reçu un prix de religion I Allons donc 1 Un jour, les disciples du Sauveur disputaient entre eux pour savoir lequel serait le premier dans le royaume des deux. Qoefit le Sauveur? Dit-il à Pierre : Toi, tu seras le premier; àlean, toi, le second, et à Thomas, toi, tu seras le dernier, à cause de ton incrédulité? Non, mais il les tança et leur dit : c Si quelqu'un veut être le crémier» il sera le dernier
de tous. » Au reste rien n'est plus difficile à mesurer que la piété : le malfaiteur qui se repent est plus grand devant Dieu que Thonnête mondain qui se contente d'offrir à Dieu un culte extérieur. J'ai connu dans une classe un élève qu'on était sur le point de renvoyer à cause des défauts de son caractère; et j'avais néanmoins la conviction qu'aucun ne travaillait plus sérieusement à vaincre les mauvais penchants de sa nature, qu'il tenait d'un pèrô entêté et susceptible. Nous pouvons apprécier les connaisfiancés religieuses et la conduite extérieure, mais Dieu seul peut juger équitablement de la piété d'une âme.
Je serai plus indulgent en faveur des moyens d'émulation employés par les jésuites pour stimuler le zèle des élèves dans l'étude des diverses branches d'enseignement. L'émulation cependant n'est pas sans danger, et ne doit être en tout cas que le tuteur qui soutient le jeune arbre, en attendant que le tronc ait acquis assez de vigueur pour résistera toutes les causes extérieures qui pourraient le renverser. Car ce qui doit engager l'homme à remplir ses devoirs, ce n'est pas l'appât des récompenses et de la gloire, mais l'amour pour son travail, le sentiment du devoir et la crainte de Dieu. Le martyr qui sacrifie honneurs, fortune, patrie, famille, et même sa propre vie pour demeurer fidèle à sa conviction, nous montre l'homme agissant sous l'empire de la plus haute de toutes les vertus : l'obéissance à Dieu, à sa conscience, à ses devoirs. Or, en éducation, il faut travailler à développer cette vertu dans l'enfant, afin qu'ellele soutienne plus tard dans la vie, où il n'y aura plus guère de moyens d'émulation pour l'encourager, mais, en revanche, une foule d'obstacles, de contrariétés et de mécomptes qu'il ne pourra vain» cre ou supporter s'il n'est soutenu par les sentiments dont je viens de parler. Mais cette haute vertu, à laquelle nous devons aspirer, n'est pas naturelle au cœur de l'enfant, et, en attendant qu'elle s'y déploie sous l'influence d'une sage éducation, il faut avoir recours à la discipline qui obhge, et à l'émulation qui excite et encourage. Les
moyens de contrainte ne me paraissent pas excessifs chez ks jésuites, mais ils font un abus des moyens d'émula* tkm. Si Ton veut bien suivre et considérer les raisonnements que je viens de présenter, on se convaincra avec moi que la règle la plus sage, sous ce rapport, doit se formuler à peu près de la manière suivante : Employer le moins possible les moyens d'émulation et les supprimer à mesure que le goût de V étude se développe dans V enfant^ et (pin entrevoit plus distinctement le but de la vie et la néces* site d'y tendre de tout sonpouvoir. Des témoignages, d'abord hebdomadaires, puis mensuels, puis trimestriels, et, jusqu'à un certain âge, le rang, sont des moyens d'émulation que l'expérience a démontrés suffisants. Il faut supprimer Y&ogè de la piété, de peur de faire naître Thypocrisie. L'éloge des talents et des progrès doit se faire avec lapins grande modération, et jamais en public, dans la crainte d'exciter l'orgueil. Enfin, je voudrais recommander la suppression, des prix et des mentions honorables, afin de prévenir les jalousies et le découragement des faibles. Je pourrais nommer des classes dans lesquelles il n'y a aucune espèce d'émulation, si ce n'est celle qui naît du plaisir de l'étude et de la conviction qu'on doit bien utiliser son temps pour remplir ses devoirs envers Dieu et i6us8ir dans la vie; et je puis affirmer que le zèle pour Tétuie n'y laisse rien à désirer, et qrxe les pimitions y tout presque inconnues. Là, personne ne sait qui est le paremier ou qui se conduit le mieux. Une douce amitié y unit tous les cœurs, et cette intimité n'y est troublée ni par la rivalité, ni par la jalousie, ni par l'orgueil.
Nous ctvons vu plus haut que la dénonciation entrait comme moyen de discipline dans le système éducatif des jésuites. On a souvent blâmé avec une excessive sévérité ce moyen d'éducation. Ne nous hâtons pourtant pas de le oendanmer d'une manière trop absolue. Si l'on examine aiec soin Tensemble des règles qui régissent l'ordre des jésuites, on se convainc bientôt que toutes partent d'un principe vrai^ et que ce qui nous heurte chez eux, c'est
Iffî HISTOin rai UL FÈDàeCGïE.
eaenqiter est mie, immnatiler pertout la Biême; maù wL noas ^wloa», œauoie tes jésmtes,. âétamaner rigooLsen* semeul cette 'vëntèy etysoamettreUmtlKnnBeriMiusdaftvenona esckunfis, ictoiéFaiils, m»];» nkoo^la tîibertè rnorala que Dieu a laissée à chaam. CertaÎQQeiiient le christî»nisntet leoierme des principes, des Térilés^ absohieflv il trace àla M âeslimites qifeUe ne doit pas dépasser ; wsaàs dans ce» limites: il laisse place aa noances, aux varîêlés, aasL opimeoff, eft dooaie à rikicHiiie foccasî^ sMMi d'examiner, de pesca*, de d^aparer, afin fn'il pasi- TiieiiBeàiHieccaiTietioniiidiyidDdIe, lUmment accolée. Bien ne Teut point des machines pomor le serrirr il vent UQ ft peuple de ârancheTolonté. » 0^ que nous vencKQs^â& diErede la dÎBCÎpliiDe qui veiit rtonn* too& ka honmnes ^^ la mésne vérité absolue, peut ^af^liqn^ à ^usâmics autres pmnis, que des jèraites, tel» qufSsoobar, HolÎBEa, Soncfaez, eiit pressés aiFsc «ne kgîqiie trop #igo«reuflev Ces deux principes, par exenaple, qn*^(m trimw dans ce» auteurs : £« /ivtr sancêifi^ le» iws^erc^; rtfUenlMfi ifonns^ à; roffte' sa iMiieur «nonri»; ces prùKipeS'y dis*-j8, soat mà& dans de certaines Ëmitefr : la fin sanctifie le lEioyea, màmi pas tout moyen; IlnteatiOB aussi donneà Faete saTatlesr movale, nais pas à tOQte action. Saint I^aoçois de Sales passa»! sa main dans la maocbe de sgd faalÂt, et disant & des hommes qui en pefSFSUsvakait on astre : c R if§, jk» jxiotf jMri^/»eteela, afin de l^arrétor dans leur poovsuite, et de saorer c^iii quH ^«oaitdeimr passer (Jparia< chemin et non par la manâte de so» \aik% aral eerles une tMHUDe iotenlîenei, mais son intention justifte-t-eBe ses paroks^f le dirai donc ansrô, i propos de la dénoBciatiear qu*^le se jnstifie dans de certaines lÊmstes. Uâë^Fe shpmUant ne deit-iL pee nçpetter les infraetioos Êdtee as
i. Je tiens ce fait de la bouthe d^an. raipeetable abbé, qui me Fa cîté comme une preuve de la grande tageise do câèbre âv&iae.de Genève,
smoB MOMun». 143
ijgtemimtî Si n lou» ks élme% sont snrreillâiits?.*. f m Ta des classes ott la dénondatioa était considérée cooDne méprisable, se lever tout entières pour accuser ou àjsusamr xm condisciple qïà arait commis un acte dont la konte pouvait rejaillir SOT toute la classe. Qui condamnera une telle accusation? Et quel est le maîlre qui n*ait pas imté une classe entière à lui faire connaître un coupable fi^il ne poorait découvrir! Mais si nous organisons la itooiLciation et si noua retendons aux divises es^»^ ^•ries des élèyes d^une classe, n'e^-il pas à craindre fifflUe fie sème la défiance entre les enfants, qu'elle ne détruise leur naïveté, leur franchise, leur confiance réciproque ; qu'elle ne brise les doux liens de 1* amitié et de la fraternité; qu'elle n'anéantisse cette charité avec laquelle nous devons couvrir et excuser les défauts et les fautes de ■siée prochainî Oui, tout cela est à craindre. Je ne veux «pendant pas me prononcer d'ime manière absolue contre la dénonciation dans les établissements des jésuites, at* tadtt que je ne sais pas si elle embrasse tous les actes de laiîe> ou si elle est restreinte à certaines transgressions. L'ordre d'ouvrir les lettres que les élèves écrivent et récitent rentre sous la même disci^ne. On doit anéantir tata vie en dehors de ceUe que l'ordre veut développer. I»saia bien persuadé que tout est bien calculé et bien lié ittBs le système d'éducation des jésuites; mais rinûexibi* ttédu principe qui le domine les pc»:te à des applications ngoureuses que repoussent ceux qui ne sont pas placés à kîis foint de vue.
Je tenninerai ce chapitre sur les jésuites par une ré<lezkNBi <iue m'a suggérée le conseil donné aux professeurs 4b Gcmsidérer, en punissant» ce que les élèves pourron' 4cfenir un jour. Il y aurait dans ce conseil une grande sagesse s'il ne renfermait pas un calcul intéressé. Mais taDLons*nous-en à ce qu'il renferme de sage et nous aurons une des plus excellentes règles de discipline. On oublie, ea efGBt, trop souvent, quand on punit un enfant, qu'on a devant soi un homme qui mérite tous nos soins, toute
144 HISTOIRB DB LA FÉDAGOGIB.
notre sollicitude. Oue de maîtres seraient honteux et confus si Tenfant qu'ils méprisent aujourd'hui leur apparaissait tout à coup tel qu'il sera un jour; ou, mieux encore, si la sublime figure du Sauveur se présentait subitement à eux et leur faisait sentir tout Tamour qu'il a^ lui, pour la plus chétive de ses créatures I Rien n'est plus moralement triste dans une école que le peu de cas que tel maître fait de tel élève, non parce que ce dernier pourra devenir riche ou puissant, mais parce qu'il est un être raisonnable créé à l'image de Dieu, et appelé à des destinées bien plus hautes que tout ce que peuvent oSrir les grandeurs de ce monde.
I 6. CliarleB llorroiiiée*.
Le cardinal et archevêque de Milan, Charles Borromée» né à Arona, sur le lac Majeur (Piémont), le 2 octobre 1538, mort dans la même ville, le 3 novembre 1584, à l'âge de quarante-sept* ans, et canonisé en 1610 par Paul V, est un des prélats cathoUques qui ont le mieux mérité de l'instruction.
Elevé en 1560 (ou 61, il avait vingt-deux à vingt-trois ans) à la dignité de cardinal, il fonda à Rome une société d'hommes lettrés, ecclésiastiques et laïques, qu'il réunissait chez lui et dans laquelle on traitait différents sujets scientifiques. Depuis l'an 1562, cette espèce d'académie ne 6-occupa plus guère que de questions théologiques.
Nommé bientôt après archevêque de Milan, Charles Borromée tourna aussitôt son activité du côté de l'instruction. A la suite de son premier concile provincial, il ordonna que tout curé, sans exception, eût à réunir les enfants, le dimanche, pour une instruction rehgieuse, représentant que c'était là un des devoirs les plus sacrés du pasteur, et recommandant d'exhorter de temps en
i. Cette notice et les cieux suivantes sont extraites des « Ski%%enuné BUder • de Kellner. Essen, 1823.
TBBfPS MODERNES. 145
temps les parents à envoyer lelirs enfants au catéchisme. Et pour donner à cette œuvre de la régalurité et de la consistance, il établit des missionnaires catéchistes et fit lai même dans ce but plusieurs tournées pastorales.
Mais notre zélé archevêque ne s'en tint pas à ces catédiismes ou écoles du dimanche, comme on les appelle aussi aujourd'hui; il fonda des écoles pour toutes les classes de la société et pour tous les besoins de son diocèse : écoles populaires (primaires), écoles bourgeoises, école pour la noblesse (à Milan), écoles moyennes, séminaires, maisons d'orphelins, enseignement supérieur, rien ne fut oublié. Le cardinal donnait un soin particulier auX établissements destinés à former les ecclésiastiques. Mais le plus célèbre de ces établissements fut le Collège Borro^ mèe qu'il avait fondé à Pavie, particulièrement pour les étudiants pauvres. Ils y trouvaient une pension gratuite et une surveillance paternelle, ayant pour but de les préserver de la corruption qui régnait alors parmi les étudiants. Trois séminaires servaient d'écoles préparatoires à ce coUége.
A la suite des synodes provinciaux qu'il tint à Milan en 1565, 1573, 1576, 1579 et 1582, Charles Borromée donna une quantité d'ordonnances et de règlements relatifs à Torganisation et à la direction des diverses écoles de son diocèse, à l'instruction religieuse, à la propagation de bons Imès pour le peuple et pour le clergé, à la fondation de Ublioûièques pour les établissements scientifiques.
L'archevêque de MUan donna naturellement aux écoles de son diocèse une base strictement ecclésiastique; cependant le corps enseignant devait être choisi parmi toutes les personnes capables, ecclésiastiques et laïques, mariées, ou non mariées, hommes ou femmes. Le cardinal avait d'abord confié la direction de ses établissements aux jésuites ; mais plus tard il la remit, sur les conseils de Tordre, à la Congrégation de VSostie de saint Ambroise^ formée d'ecclésiastiques de son di)Dcèse.
Les passages suivants des statuts scolaires du diocèse de
148 HISTOIS& DB UL itDAtfOaiE.
Milan penTentuovs âcHmer une idéede Te^piil que le ■dinal travaillait à répandre dans les écoles.
1. LapxeiBi^efac»eqa'cm.âoîtei3ge£d*iininftdUil^^ c'est qa'û ssÂt, par sa loi et sa eonduiter une lumière da monde.
2. La secocMle dkose gu*oii demandera de loi, c'est qQ*îl soit rempli d'amour poor Dîèu et ponrsa Tocaâon; car xa gui se fak sans amour ne peut être agréaUe à Birâ*
3. Racheté au prix dasang de Jésus-Umst^ il doit^ en troisième Ueu, être ranpli de zèle poiur le salut des âmes qui lui sont coix&èes^ Q se mettra en garde contre la tié» deor et TindifEërenfie.
4. L'instituteur doit être {Aein de cliacifcè: il se réâocdbra du bien qui arrive à son procliaint, il prendra part à see épreuves et à ses sovdbances. E recevra arec amour les enfants ou les je«nes gens qui viendront à Téeck voloiir> tairement, et il s^e&rœra d'y attirer tes autres par la diooceur.
5. Scôvant ta parole de saint Pailla qui veitt que ceux qui enseignent soient revêtus des dons nécessaires, ilflaiiit que ceux qui se consacrent à renseignement sachent bien les elioses cp^SM doivent enseigner*
6* L'inststnteicr doit être armé de patience pour sa^ porter avec dooeenr les peîn^ et les fat^ues de l'école^ les défauts do petits, les mécfaancetés et Farrogance des ^andsv II doit ai^readre à siqiporter les moqueries^ à ne pas y faire attentiflm, à se réjiouiry àrexeoD^le des apôtres^ 4'étre trouvé: digne de «upporter des injjinres pour Tamoar dn Christ*
7. L'iaas4ituteafâ«ts^aeoo]nmoâeraujc idées ^anxcah ractèresdesestiàvesu Udosl, smvaost la paroie derapâtre, se f air e fiMtl à (oitf , petit avec, les petits^ faible avec leS'fiai- Ides, afin de gagner tout le monde à Jésus-Glirist.
8. B a^âqpplâqueira enfin à fidre des progrès dan^ Feiereice desackorgev et à oroitie dans Fameur de Bieit et to zèle pour sa gloires Et; dit saint Jacques, si quel%kk*un maiHfw A âctgem^ fo'ii la d^nande à iMc% qm la dûnne
A imu VièpetkmeaA san& la ripro$her, ef eUe bâ $era donnés.
Mais i^txe pioAx archevêque faisait wieox Picore qua de dfMmer de sainttea règles de eooiâiûiey il Si'exerçait JUûr m^e à les mettie ea parati^iœ* Un jour qa^uEke persûiuaa de dialândiicm kiiespiinta aofii étûsuôemeat de le Toir soir gner mût ^ jovor on paam» poiétie makide gai s'était distÛDgiié daus renaeigneflaeiit, il lui rendit : « Yous qô axves paA ce qud "vsaxt la iâ& d'un bon pasteur! »
BîsoilSy en lermisiant^ qpe lô caordinaL BorrcMoée est lan^iir àa eSLèbre Cutéehiamê'éïkk €onciU dû TrmUe (Gate^ ctûsmus Tridentinus).
TeUe a été, dans» le champ de rédmcatioUy l'activité du eacâinal BcHrranbéô. Malheureuseoient son œuvre n*a pas M&dd longue durée* Après sa-mort^ sea écoles ne tardèrent pasàpi^dre l'éclat qu'il avait sa leur donner^
Joseph de r4ala3ftnz naquit le II septemire 1556 à Penlta^ ^Aragon), d'une famille noLle. Son père, don Pedro^ était gouverneur de la province. Comme il possédait de ffxoàM biena^ et qua Joseph était un enfant bien doué, il le ]iêgUgea.rien de ce çpii pouvait lui rendre la vie agréa- Ue. S(HL désir était d'^en faire un nuKtaîre; mais le fils Bfajrait aucun gpût pour cette vocation. Sur ses instances, «urenvoya étudier à Tuniversité de Lérîda, ou il ne tarda pas à se distinguer, nonnseulement par ses progrès dans les sciences^ mais encore par la pureté de sa conduite et la boDuainfluence qa^û. exerçait sur ses condisciples. A dixneaCans, û reçut le grade de docteur en droit; mais ce sfétaitpas là sa. vocation : contrairement aux vœux de son pire,,!! n'avait goût (jue pour la carrière ecdésiastique. Ce dtankst se laissa vaincre parles prières de sa femme, dona Kma^ et loseph fut ^o^voyé k YaXence pour y étudier la
BÉftftloiifi Vae; grande tAntatiATi Tattendait dans cette ville. Une
jfBBne v9Uïe noMfty sapar^ate, ayantj«té les yeux sur lui»
chercDa à le détourner de ses études, et lui ofErit sa main et son cœur. Mais, nouveau Joseph, il prit le seul parti çui puisse sauver en pareille circonstance, il s'enfuit, et s'en alla continuer ses études à Alkala. Bientôt après, son frère fut tué dans un combat contre les Portugais, et il dut retourner à la maison. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'il obtint de son père la permission d'achever ses études. Celles-ci terminées avec le grade de docteur en théologie, son père voulut de nouveau le faire rentrer
sous le toit paternel. Enfin, après bien des difficultés, il put recevoir les ordres.
La véritable vocation vient du ciel; mais, quand on Fa reconnue, il faut s'y abandonner et la suivre sans consulter sa propre volonté. Calasenz aurait aimé se livrer dans la retraite aune vie contemplative ; mais son évêque, qui avait reconnu ses dons, lui dit qu'il était appelé à une vie active, et il lui fit desservir diverses paroisses et le chargea de mainte tournée dans les hautes vallées des Pyrénées, où le sel de la terre avait perdu sa saveur, où les troupeaux étaient punis pour les péchés de leurs bergers, et où la démoralisation, Toubli de Dieu, étaient devenus l'état habituel du peuple. Calasenz trouva partout un rude travail et eut de grandes difficultés à vaincre; mais, à force de zèle et d'amour, il parvint à cicatriser bien des plaies, à relever bien des ruines. Pour le récompenser de ses peines, son évéque, à la joie du diocèse, le nomma vicaire général.
Mais Calasenz n'était pas né pour les dignités ; ce ne fut qu'avec la plus grande répugnance qu'il se chargea des hautes fonctions que son évêque avait voulu lui confier. Tout son désir était d'aUer prier à Rome auprès des tombeaux des apôtres et rallumer sa ferveur aux pieds du souverain pontife. Il découvrit enfin son dessein à son évêque, et partit pour Rome en 1592. Au commencement, il y mena une vie de recueillement et de dévotions; mais peu à peu il se fit remarquer, et on l'employa à diverses œuvres de charité. Cette nouvelle activité dans les familles,
dans les couvents, dans les hôpitaux et les prisons, auprès des pauvres et des pèlerins, le mit en contact avec la grande démoralisation de la ville éternelle. Hélas I il ne s'était guère figuré, en quittant l'Espagne, <iue Rome renfermât des abîmes de corruption I Mais Calasenz ne raisonna pas en cette circonstance comme le moine de Wittenberg. ayant remarqué que la corruption qui régnait dans Rome provenait en grande partie de ce qu'on y laissait croupir les enfants dans Toisiveté et le vagabondage, il éprouva le besoin de s'occuper de la jeunesse abandonnée. A cet effet, il s'adressa à diverses personnes, mais on n'écouta pas ses représentations. Enfin, après avoir beaucoup prié pour cette œuvre, il acquit la conviction qu'il devait l'entreprendre lui-même, et c'est aussi ce qu'il fit sans hésiter. L'automne de l'an 1597, il ouvrit une école dans un pauvre quartier au delà du Tibre, assisté du curé et de deux autres ecclésiastiques. Dès la première semaine, il réunit cent enfants, qui reçurent, outre l'instruction, des livres, des vêtements et, au besoin, même la nourriture. Malgré les oppositions et les moqueries, les écoles pieuses^ comme on les appela, prirent une telle extension qu'il fallut songer, au bout de deux ans, à leur trouver de plus grands locaux. Calasenz et ses aides déployaient un si grand zèle, que, les heures d'étude terminées, ils accompagnaient leurs élèves chez leurs parents pour les empêcher de commettre des espiègleries en chemin.
La renommée des écoles pieuses se répandit dans toute ntalie et même au delà. PhiUppe III, roi d'Espagne, offrit à Calasenz un évêché dans son royaume, mais il le refusa. Cependant, il n'était rien moins que considéré à Rome. Deux fois ses écoles furent soumises à l'enquête la plus sévère. Cela arriva sous Clément Vin et sous Paul V, à la «oite de plaintes calomnieuses. Mais ces enquêtes tournèrent â l'avantage de Calasenz, à qui Paul V offrit même le chapeau de cardinal, qu'il refusa. En 1614, Calasenz acheta un palais, où il réunit douze cents écoliers. En 1622, Georges XV éleva au rang d'ordre rehgieux les ins-
150 HisToas m la fédagogïe.
tituteurs cies écoles pieuses, déjà réunis en congrégatiaii depuis 1614 par Paul V. L'ordre s'accrut rapidement, et des écoles pieuses, dirigées par ses membres, fur^it fondées dans dit^erses Tilles d'Italie et jusqu'en Bohême êtes Pdogne-
Yeiei quelques r^ks que Caboeni, nommé général de Tordre, avait formulées pour les instituteurs des écoles pieuses ; eUes réT^eot ïesprit qui animait cet hoBœa:^ de Ynenï :
1. Soyez éw pères au milieu de vos ^ves; ne tra- Taillez pas pour un salaire, mais pour le Seigneur, que TOUS avez choisi pour votre part. La conscience d'aroir fait du bien vaut mieux que tous les trésors du monde.
2. Vous n'êtes pas seulement responsables pour vous seuls, mais cnoore pour la jeunesse qui vous est confiée. Préparez-vous dcmc pour le grand jour où voos devrez rendre compte de vos aetiicms.
3. Tel maître, tels éeoMers I Sachez appréci«* votre to- Hjation ; le bien tempord et étemel de la jeunesse confiée à vos soins est entre vos mains. Elle vous bénira ou vous maudira en deçà et au delà de la tombe. Malheur à celai qui donne du scandale I Maudit le séducteur qui abuse de la confiance de la jeunesse, qui empoisonne son âme et en fait un instrument de péché, à sa propre perdition et pour celle des autres f
4. Frères, ne soyez pas sans prudence, rachetez le temps^ car les jours sont mauvais. Comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur. Soyez remplis de l'Esprit.
5. Travaillez non-seidement à cultiver votre intelligence, mais encore à faire des progrès dans la vie spirituelle. Sans la mortification du corps, il n'est point de vie de l'esprit ; sans la mort du vieil homme, et sans la naissance du nouvel homme, il n'existe point de véritable vertu. Celui qui veut servir le Seigneur doit être maître de ses passions.
6. n est indigne d'un ecclésiastique dç vivre dans la mollesse. Celui qui recherche une bonne table et une cou-
die moelleuse néglige sa véritable vocation ; il devient charnel quand il devrait être spirituel.
7. Un ecclésiastique qui n'a rien fait pour le Seigneur m saurait mourir en paix.
Les écoles pieuses prospérèrent aussi longtemps que reprit du fondateur les anima; mais, dès qu^il s'en retira, elles ne ressemblèrent plus qu'à un corps sans âme. (Test ce qui arriva même du vivant de Calasenz : la division se mit dans Tordre, au point que deux de ses mem- Lie& accusèrent leur général, vieillard de quatre-vingtsix ans, d'affaiblissement mental et d'incapacité, et ils poussèrent la méchanceté jusqu'à le faire comparaître devant le tribunal de l'inquisition. Calasenz réussit à se jirtifîer; néanmoins il fut suspendu, puis destitué de ses {(mctions, qui passèrent à Fun de ses adversaires. Dès ce moment^ la décadence des écoles pieuses fit de rapides j^iOffèSy et Tordre fut aboli par Innocent X, en 1646.
falasenz supporta avec la patience du chrétien ces du« lei et pémhles épreuves. Â Texemple de son maître, il n'avait que des prières et des larmes pour ses ennemis. Il est la joie d'en voir plusieurs revenir à lui et se convertir ; même Fun des deux prêtres qui avaient dirigé la coalition se repentit et se convertit lorsque la main de Dieu Teut atteint; mais Tautre mourut dans Tendurdssement. c Ah I s'écria Calasenz dans la tristesse que lui causa cette norty s'il n'avait offensé que moi, ce ne serait rien, mais il a résisté à la parole de Dieu, je ne sais donc ce qui lui amveral »
Calasenz mourut le 25 août 1648, à Tâge de quatre-* viDgl-douze ans. En 1748, Benoit XFV le béatifia et dément Xn le canonisa en 1767.
CTest ainsi que se vérifie, dans tous les temps, ce que Ksus disait aux Joifs : c qu'ils bâtissaient des tombeaux vtz prophètes que leurs pères avaient persécutés. »
152 HISTOIRS DE LA PÉDAGOGIB.
I 8. Ptort-Reyal,
Port-Roya] n'est ni un ordre religieux, ni tKie secte, c'est un groupe de solitaires letfcrés, la plupart laïques, qui se livrent, dans la retraite, à Tétude, à l'enseignement et à la piété.
Avant de devenir une école d'hommes pieux et instruits, Port-Royal n'était qu'une abbaye de femmes. Elle avait été fondée en 1204 près deChevreuse, à 12 kilomètres S. 0. de Paris.
En 1626, le local étant devenu trop étroit, la conmiunauté, composée de quatre-vingts religieuses, se transporta à Paris, vers l'extrémité sud du faubourg Saint- Jacques, où est aujourd'hui l'hospice de la Maternité.
En 1636, l'abbé de Saint-Cyran vint à Port-Royal de Paris, et y eut bientôt acquis la confiance de l'abbesse, la mère Angélique, et des autres religieuses ; en même temps il établit dans l'ancien monastère, qui devint Port-Royaldes-Ghamps, les célèbres solitaires, dont les plus connus sont Arnauld d'Andilly et Antoine Amauld, frères de la mère Angélique, Lemaistre, Sacy, Séricourt, Nicole, Lancelot, Fontaine, Tillemont, etc.
Saint-Cyran, qui vient d'être désigné comme le chef spirituel de Port-Royal, était disciple et ami de Jansénius, docteur et professeur en théologie, et évêque d' Ypres depuis 1636. Jansénius (1585 à 1638), était grand admirateur et fervent disciple de Saint-Augustin. Il avait lu 10 fois les œuvres de ce Père et 30 fois ses traités contre les Pélasgiens. De ces lectures et de vingt ans de travail sortit son Augustinus^ ouvrage qui relevait essentiellement la corruption naturelle de l'homme, le dogme de la grâce et la doctrine de la prédestination. Jansénius et Saint-Cyran s'étaient rencontrés e't compris sur le terrain religieux et théologique, et pour répandre leurs principes, ils se partagèrent les rôles : Jansénius devait se livrer à l'enseignement scientifique et Saint-Cyran à la diffusion des doctrines.
(Test de cette unité de vie et de principes entre Jansénius et Saint-Cyran que vient le nom de Jansénistes donné aux solitaires de Port-Royal et à leurs partisans, Jansénius étant considéré conune le chef de cette école.
Dès l'origine Jansénius et ses partisans se posèrent en adversaires des jésuites, alors très-influents en France. Mais ce n'est qu'après la publication de VAugustinus et du livre de la Fréquente communion dArnauld, ouvrage qui renfermait Tapplication des doctrines deTévêque d'Ypres, que la guerre éclata. En 1653, cinq propositions de Jansénius furent condamnées à Rome, et en 1656 Arnauldfut condamné par la Sorbonneetrayé de la liste des docteurs. (Test alors que Pascal, qui venait de se rattacher aux jansénistes, écrivit ses fameuses Provinciales, Quant aux rdigieuses qui refusèrent de signer le formulaire renfernant la condamnation des doctrines de Jansénius, 6n les di^ersa de force dans différents couvents, et leurs élèves forent renvoyées dans leurs familles.
Su 1669 les deux monastères de Paris et des Champs goi n'avaient eu jusqu'alors qu'une seule administration, forent séparés Tun de l'autre et les biens partagés. Enfin (XHnme les idées jansénistes persistaient néanmoins parmi les religieuses, le pape supprima le monastère en 1708, et le grand roi le fit raser.
Après cette courte exposition historique, passons aux travaux pédagogiques de Port-Royal. Pour faire concurrence aux jésuites, leurs adversaires, les solitaires de Port-Royal, fondèrent des établissements d'éducation sous le nom de PeâUs écoles^ dabord à J?ort-Royal-des-Champs, puis aux Granges, au Château des Trous, vers Chevreuse, à Chesnai, piii Versailles et dans l'impasse Saint-Dominique d'Enfer, àfiaris. Ces écoles durèrent jusque vers 1660, qu'elles îaxeaiX dispersées, ainsi que les solitaires. Elles eurent pour principaux maîtres Lancelot, le grammairien de Port-Royal; Nicole, le moraliste; Guyot, Coustel, sous ]a ditection de Wallen de Beaupuis ; et pour élèves les plus Célèbres, du Fossé, les Bignon, les Harlay et su^out J. Ra-
154 HISTOIRE BE LA fAdAGOGIB.
cîne. Une pédagogie sérieuse et rationj3eIie se aévdoppa rapidement dans les Petites écoles. La méïhode, dite nouf)elle èpellation ou ié Port-Royal^ qui rend aux consonneî leur valeur euphonique ou à peu près (on dit be, ««, df, etc, au lieu de bé, cé^ dé), y fut inventée : c'était un immense progrès dansrenseignement sidifaciledelalectare. Et, chose qui doit être relevée, dans les Petites écoles on commençait par la lecture du français et non par odle du latin, comme partout ailleurs. On y enseignait aussi le français et l'enseignement était donErô, en général, dans ïà langue maternelle des élèves. CTest Port-Royal qui a créé Técole française proprement dite. L'homme qui travailla le plus à cette salutaire révolution fut Lancelot. Il commença par faire paraître, en 1644, une nouwrffo méthode pour apprendre facilement la langue latine. Elle était nouvelle en effet, non-seulement par son contenu et la méthode suivie, mais en ce qu'elle était écrite en français, tandis que les livres dont on se servait auparavant, étaient toas écrits en latin. En 1655, il publia une Nouvelle fnéthod& pour apprendre la langue grecque, aussi écrite en français. En 1657, il donna le Jardin des racines grecques. Lanodot publia encore en 1660 \me Nouvelle méthode pour apprendra la langue italienne^ et une autre pour apprendre Vespagnol, enfin la célèbre Grammaire générale et raisonnée^ dont le fonds est dû à Antoine Amauld et qui était essentiellement destinée à l'enseignement du français. Nicole eut aussi quelque part dans la composition de ces derniers ouvrages, ainsi que de la Logique de Port-Royal, ouvrage classique, I qui parut en 1661. Les solitaires de Port-Royal publièrent aussi im ouvrage pour l'enseignement de la Géométrie.
€ A partir de Port-Royal, dit M. Bumier *, les méthodes ont pu recevoir plusieurs perfectionnements, mais le fond! est trouvé. Port-Royal simplifie l'étude sans lui enleved pourtant ses salutaires dîf&cultés; il s'efforce de la reiwlr® intéressante, bien qu'il ne la convertisse pas en nn jeu
i. Hittoire Uttéraire de Véducalion, vol. 1, p. 85.
TEMPS H0BERNB8. 1S5
jiéril; il n'entend confia à la mémoire que ce gui d'abord lété saisi par rîntelligaace; il n'admet que des idées parintement claires etdistînctes; peu de préceptes et beaucoup feiercices; la connaissance des choses et non pas seuleimt celle des mots : bref, le Trai dévelc^pement de la IBMée et des facultés de Tâme par le moyen de l'étude.. lâ féièbre société de pédagogues qui nous occupe, jeta tes le monde des idées qui n'ea sont plus sorties, des incipes féconds dont on n'a en qu'à tirer des consé*-^ fomces. 1
hns le rapport éducatif proprement dit, les solitaire? iilort-Royal partaient de prindpes en harmonie avec iMrpoiat de Tue rdigieux. Selon ^iz, renfant, malgré la pÊti dut bapfkne^ qui se perdrait de fait quand vient Tâge imison, est tout {dein de mal en dedans et tout envidemal ai dehors : tout son être est soumis aux ta premier désir, à la concupisoenoe. Port-Royal pi^h tache originelle au sens augustinien et cal-dniste 4Mb qu'elle se présente dans sa connexion avec les dog* ■ti ledoutables de la prédestination et de la grâce 4Hhe.
Ivv soustraire les eofismts à l'empire du mal, les mai- •■•fc Portpfioyal ne les perdaient jamais de vue, ni le Jivmlanuit. Ils étaient, dit Tun d'eux, continuellem^it «leurs gardes, pour empêcha qu'aucune impression •kww ne vint souiller leur âme et pour qu'aucun mau- Wlièscours ne lés entraînât dans le péché* dépendant Mue il fallait néanmoins qu'ils connussent le mal dont SMail se garder, on ne les tenait pas dans une igno- *tefflço8siMe, mais on ne leur montrait le mal qu'à •*ttBles préceptes de l'évangile, afin qu'ils le repous* •fct avec horreur quand il viendrait à se présenter.
JUgré cette surveillance, peut-être trop anxieuse, et tonodleûtes leçons de mcHrale et de religion qui l'aocom- PWeut, les maîtres de Port-Royal ne s'apimyaient pas *leur vigilance et l«ir instruction pourchanger la ^'^toie de leurs élèves, mais uniquemrat sur la puissance
de la grâce, principal fondement de leur systèiûe d'éducation, comme il était celui de leur théologie et de leur piété. Gonflants en cette grâce salutaire et efl3.cace, les jansénistes ne désespéraient jamais de leurs élèves, et leur discipline qui, suivant leur conception de rhomme, aurait dû être très austère, n'avait cependant rien d'emporté, rien qui se ressentit de l'impatience de Thomme. Saint-Gyran réduisait ordinairement ce qu'il fallait ffiire auprès des enfants à trois choses : « Parler peu, beaucoup tolérer, et prier encore davantage. »
« Jusqu'à l'âge de douze ans, dit Emond, cité par Butnier, on occupait les élèves des éléments de l'histoire sainte, de la géographie et du calcul, sous forme de divertissement, de façon à développer sensiblement leur intelligence, sans la fatiguer. A douze ans commençait le cours d'études. L'heure des exercices était réglée, mais non pas d'une manière absolue. Si l'étude empiétait quelquefois sur la récréation, la récréation avait son tour; on prenait conseil de Tà-propos. L'hiver, quand le temps le permettait, le maître faisait sa leçon en se promenant avec ses élèves. Geux-ci le quittaient pour gravir les collines ou courir dans la plaine, puis ils revenaient pour l'entendre. L'été, la classe avait lieu sous l'ombrage touffu des arbres, au bord des ruisseaux. On expUquait Virgile et Homère; on commentait Gicéron, Aristote, Platon et les pères de l'EgUse. L'exemple de leurs maîtres qu'ils avaient sous les yeux, les entretiens et les instructions familières, tout ce qu'ils voyaient, tout ce qu'ils entendaient, inspirait aux jeunes gens le goût du vrai et du beau. »
A Port-Royad de Paris, les religieuses s'occupaient, comme on a pu l'inférer de ce qui a été dit plus haut, de l'éducation des jeunes fiUes. G'était, on le comprend, la même esprit que dans les écoles de garçons, mais avec les modifications réclamées par la nature de la femme et la vie de couvent. Le règlement rédigé en 1657 par Jaqueline Pascal, sœur de Biaise, sur la manière dont se faisait l'éducation des jeunes flUes, rend témoignage de cet
TEMPS MODEIWES. \ ' ISTT
6^1, en même temps que des hautes ^^u^djMâ e^.da la piété éminente de la sœur du grand Pascal. H tous laisse cependant sous Timpression d'une éducation de serre chaude, et Ton se demande comment des jeunes flUes, élevées si déUcatement, supporteront Tair rude du monde, lorsqu'elles y retourneront. Pour abréger, je renvoie mes lecteurs au règlement puWié par Faugère, et me contente d'en extraire ici deux passages gui m'ont paru caractéristiques.
t On ordonne aux élèves, estrû dit, sur toutes choses de ne rien dire contre la charité, et d'éviter les plus petites paioles qu'elles croiraient que leurs sœurs ne trouveraient pas bon que Ton dit d'elles, quand même ce qu'elles diraient ne serait pas mauvais en soi, parce qu'il leur doit suffire pour se taire qu'elles sachent que quelques-unes d'elles aimeraient mieux que Ton parlât d'autre chose. »
Voilà qui est d'une grande délicatesse. N'y a-t-il rien cep^idant qui puisse nuire à la naïveté et à la franchise de la jeunesse ? Dans la rude éducation de nos écoles poUiques, nos jeunes Mes se tancent quelquefois vertement et se disent de dures mais bonnes vérités, et j'avoue que je ne saurais ni condamner dans tous les cas, ni proscrire ces frottements, vu le monde dont il est^ pour parler avec Lafontaine. G est en se frottant l'un contre l'antre dans le torrent, que les cailloux se poUssent. On pent recommander ce qui est ordonné ci-dessus, mais comme un but à atteindre, et en attendant je ne pense pas qu'on doive se mettre trop en émoi des frottements de la laûigue, il sufBit qu'on les discipline et les diminue insensiblement.
Le second passage est ainsi oonçu :
t Elles évitent toutes sortes de familiarités les unes envers
les autres, comme de ces caresses, baisers ou touchers,
tous quelque prétexte que ce puisse être ; les grandes
mêmes n'usent point de cette familiarité envers les petites.
Si Ton défend toutes ces choses à la récréation, à plus
158 HISTOIRE DE LA PÉpÂGOGIE.
forte raison, elles ne doivent jamais être faites, ou dites en un autre temps... »
Ce passage, plus que le précédent, fait ressortir le sérieux de l'éducation de Port-Royal. Mais ce sérieux n'estil pas exagéré? Quant à moi, je vois avec plaisir les jeunes filles se donner des marques d'amitié et de tendresse. Qu'elles soient d'une grande réserve envers les hommes, c'est bien, mais je n'irais pas jusqu'à leur défendre de donner la main, et même un baiser, quand le caractère des personnes, et les circonstances sont telles qu'aucune impression dangereuse ne saurait en résulter. L'apôtre Saint-Paul recommande plusieurs fois aux chrétiens de se saluer les uns les autres par un saint baiser.
Mais si les soins éducatifs sont un peu exagérés sur quelques points, on ne saurait donner trop de louanges à l'amour des religieuses de Port-Royal pour leurs élèves, à leur sollicitude, à leur dévouement pour tout ce qui pouvait avancer leur développement moral et religieux.
Les développements qui précèdent suffisent non pas pour exposer, mais pour caractériser l'œuvre pédagogique de Port-Royal et pour faire regretter sa fin tragique et prématurée. En persécutant les protestants, en étouffant le jansénisme, Louis XIV a ôté au christianisme en France sa force et sa liberté et préparé les voies à l'incrédulité railleuse et légère du dix-huitième siècle. Dans les derniers temps, des savants distingués, tels que Cousin, Faugère, Vinet et surtout Sainte-Beuve, ont ramené l'attention du public français sur l'œuvre trop oubliée de Port- Royal; ils y ont puisé des sujets d'étude d'ime haute portée Uttéraire, philosophique, religieuse et pédagogique. Si la France eût développé l'œuvre pédagogique commencée par Port-Royal, elle serait de presque deux siècles plus avancée. Tout le dix-huitième siècle et le premier tiers du dix-neuvième se sont traînés dans de stériles théories philosophiques et politiques : ce n'est que depuis un petit nombre d'aimées que de bons livres pédagogicpies
TEllPS MODERNES. 159
recommencent à paraître en France, renouant le fil rompu par Louis XIV.
Cependant nous avons encore à parler de trois hommes oelèDres qui ont continué quelques-unes des excellentes traditions pédagogiques de Port-Royal, sans s'y rattacher peotrétre autrement que par la fraternité de sentiments etde principes que l'esprit de Dieu établit entre tous les hommes véritablement pieux.
§ 9. dfeaii-BaptIite de I^a Salle»
Fondateur de Tordre des Frères des écoles chrétiennes et
gratuites.
L'ordre des Frères des Ecoles chrétiennes, qui dirige aujourd'hui encore 4 à 5,000 écoles en France, avec plus de 300,000 écoliers, a eu pour fondateur J.-B. de La Salle, honmie d'un dévouement et d'une persévérance extraordinaires. Nous devons nous arrêter un instant sur la vie et l'œuvre de cet intrépide et infatigable propagatem» de l'enseignement chrétien et gratuit.
Né à Reims, le 30 avril 1651 , Jean-Baptiste de La Salle se distingua de bonne heure par ses progrès dans les «âences et par sa piété. A onze ans il reçut la tonsure. A ÎDÉue ans, un chanoine de la cathédrale lui donna sa ^ace et les riches bénéfices qui y étaient attachés. Il étudia quelque temps la théologie à Paris dans le séminaire deSaint-Sulpice, où il eut pour condisciple le pieux Fénelon, n revint ensuite à Reims. S'étant lié avec le chanoine RoDand, qui y avait fondé la confrérie des sœm^s de VEnfw^ésus, pour l'éducation des jeunes filles, il prit, sous WB influence, la résolution de renoncer au monde et de sectosacrer à l'éducation de la jeunesse. Il s'occupa donc d'éducation avec Tabbé Rolland, et après la mort de ce toBiet, il termina l'organisation des sœurs de l'Enfantlésns et assura l'existence de cette société en lui obtenant de Louis XIV les lettres patentes nécessaires à l'exercice ïégulier de l'enseignement.
160 HISTOfRS DS hk PéDAGOGIE.
Mais Tabbé de La Salle devait porter ailleurs son aeii- Tité. La France manquait d'instituteurs pour les classes populaires. Quelques ecclésiastiques zélés avaient faille des écoles isolées; ils avaient mémo tenté d'ouvrir une école normale. Des essais de ce genre eurent surtout lieu à la suite de réunions de prières qu'un prêtre pieux avait établies pour demander à Dieu des instituteurs zélés et capables. Mais ces essais n'avaient pas la consistance nécessaire. Il était réservé à l'abbé de La Salle de donner à cette œuvre une impulsion durable. En 1679, il ouvrit à Reims, avec le secours d'un laïque zélé, nommé Niel, et d'un jeune homme de dix-sept ans, la première école de garçons. Grâce au génie entreprenant de Niel, Tœuvre marcha rapidement, mais elle ne tarda pas à tomber dans des difficultés financières. L'œuvre d'ailleurs manquait d'organisation et d'ensemble : chacun se frayait son chemin un peu comme il pouvait. Le mal, sous ce rapport, augmenta encore lorsque Niel eut quitté Reims pour aller fonder ailleurs de nouvelles écoles. Pour relier les fils de son œuvre, de La Salle se décida alors à réunir les instituteurs dans sa maison après les heures d'école, et à ne les congédier que pour la nuit. Son influence ne tarda pas à se faire sentir sur la marche entière de l'œuvre. Cet heureux résultat l'encouragea et lui fit faire le pas décisif de prendre les instituteurs tout à fait chez lui. Il put alors les soumettre à une règle fixe et les gouverner à son gré. Un noviciat sanblable se fonda bientôt à Réthel par les soins de l'infatigable Niel.
De nouvelles difficultés ne tardèrent cependant pas à surgir au sein de l'œuvre : des maîtres conmiencèrent à se plaindre de la dureté de leur existence; et firent même entendre k leur supérieur qu'il était plus facile de prêcher le dévouement que de le pratiquer soi-même. Ces reproches allèrent au cœur de de La Salle, qui vendit tous ses biens (1684) pour une somme de 40 à 50 mille francs et les distribua aux pauvres. Il se mit ensuite à la tête de ses frères et partagea avec eux les peines de l'enseigne*
ment et les privations de la pauvreté. A partir de ce jour, ses conseils et ses enseignements acquirent une force irrésistible. De toutes parts, des jeunes gens abandonnant étades, plaisirs et fortune, accouraient pour venir partager sa vie de dévouement et de sacrifices. Les frères prirent alors la résolution de faire des vœux temporaires de stabilité et d'obéissance et de porter un costume particulier, consistant en chapeau noir à larges bords, souliers forts et pesants, manteau noir, et robe noii'e semblable à la saotane, mais ne s'ouvrant que dans le haut, sur le devant. La vie des frères était si dure que plusieurs ne purent la supporter et moururent à la fleur de Tâge.
Cependant la réputation de de La Salle se répandait de plus en plus, et Ton venait de bien loin à Reims pour voir cet homme extraordinaire. Fatigué de ces honneurs, il se retira q[uelques temps dans un couvent, puis il contraignit ses collègues à choisir parmi eux im supérieur qui le remplaçât. Mais l'autorité ecclésiastique ne put pas souffrir qu'un prêtre se soumit à un laïque, et elle contraignit de La Salle à reprendre ses fonctions. Ce fut alors qu'il commença à recevoir chez lui déjeunes campagnards dont ilfimna des maîtres de la campagne.
Sn 1688, après des invitations répétées, de La Salle se rendit à Paris pour y fonder des écoles. Mais cette démardie ne fut pas heureuse. Les maîtres laïques, qui craignaient pour leur avenir, slnsurgèrent contre les frères, les calomnièrent, leur firent des procès, pillèrent leur demeure, et les contraignirent enfin à s'éloigner. A cette tpptBove vinrent encore se joindre des maladies, la mort de quelques frères et des défections plus pénibles encore. L'oBnvre semblait être sur le point de sombrer. Mais de La Salle ne se laissa pas abattre. En 1691, réunissant autour de lui ses deux plus fidèles collègues, Yiort et DroUn, il fit VMC eux le vœu solennel de maintenir les écoles chrétiennes tt gratuites^ dussenP'ils demeurer seuls de toute l'association^ Mer mendier de porte en porte et ne vivre que de pain sec. Apiès ce vœu, de La Salle alla louer à Textrémitô du fau«
bourg de Yaugirard, près de Paris, iine misérable baraque pour y recueillir les frères malades^ les réunir durant les vacances et y établir un noviciat. Qui dira les privations que les frères eurent à supporter dans ce triste réduit l Us dormaient sur des paillasses, exposés au vent, à la j^uie et à la neige. Pour meubles on avait quelques vieuxbancs» pour vêtements des baillons. On ne faisait point de feu et la table n'était couverte que des aumônes des prêtres et des couvents. Malgré ce dénûment absolu, on recevait tous les jours des demandes d'admission, et rétablissement compta bientôt une quarantaine de novices. Gomme la local était devenu trop petit pour contenir cette nombreuse famille, et que d'ailleurs il se trouvait à une trop grande distance de Paris, de La SaUe en loua un plus vaste et plus rapprocbé de la capitale, et d'où il put mieux smrveiller les éccdes qu'il y avait ouvertes.
L*œuvre commença à refleurir. En 1700, de La Salle rédigea une règle pour les directeurs des maisons qui s'étaient fondées depuis quelques années, et il ^avoya ' deux frères à Rome pour y transplanter les écoles gratuites. L'un d'eux y demeura vingt^six ans, malgré les plus dures priyations.
Ces succès ne mirent cependant pas de La SaUe à l'abri des épreuves et des persécutions. Il eut surtout à soufErii d'un mystérieux personnage, d'un certain abbé, qui sut si bien comploter contre lui, que rarchevéque de Pans le ^ suspendit de ses fonctions et nomma un autre supérieur. De La Salle demeura néanmoins l'âme des écoles gratuites; mais il eut beaucoup à soufEdr des intrigues des "^ supérieurs intrus» jusqu'à ce que, ramené à sa place par ' la force des circonstances, il put r^^idre les rênes de | rinstitution. ^
Mainte fois de La Salle avait tenté de mettre \m laïque ^) à la tête de l'œuvre qu'il avait Jfondée ; mais il ne pot "^ réussir dans ce projet qu'en 1717. Les frères réunis por- ^ tèrent leurs voix sur un nommé Barthélémy, le plus ver- ^ tueux d'entre eux. Depuis ce jouTi de La Salle considéra ^
TEMrS MODIBNBS. 163
œuvre oaaune terminée. Il prit la dernière place au itfBctoire, déclara qu'il ne Yoolait plus Tivre que poor pknrer ses péchés et se préparer à la mort.
Une dernière épreuve l'attendait encore avant sa mort. I^eorè de Saint-Sever ayant pris des arrang^aaents avec ]m frères, pour certaines fonctions du service divin, et oaïaH^ s'étant rendus coupables de quelques n^ligences, le trop impatient curé porta plainte contre de La Salle, qui kimapendu comme trompeur par l'archevêque de Rouen. DiXa Salle supporta cette épreuve avec une résignation Utia chrétienne; et il eut la jràe de voir le curé rep^itnt venir se réconcilier avec luL II mourut bientôt après, leTcndredirSaint de Tan 1719. Son corps fut déposé dans iSKchapdle latérale de Téglise de Saint-Sever. En 1734^ il fiit transporté à Saint^Tvon, où les frères venaient de IStàs une église. Les révolutionnaires de 93 brisèrent la ladie et le cercueil de plomb renfermant ses os. Ceux-ci fffwidant demeurèrent à peu près intacts..
Lftfrère qui était demeuré à Rome obtint de Benoit XIII, ea i724» Tapprobation des écoles chrétiennes et gratuites, e^ la même année, Louis XY l^nr accorda une patente qpk leur assurait la protection de TBtaL La révolution ftwgaJBe abolit cet ordre avec tous les autres. Quelques payèrent de leur tête le refus qu'ils ûrent de serment à la Constitution. Mais Napoléon rétablit F«dte en 1808. Enfin, en 1840, Grégoire XVI déclara triMraUa le fondateur des écoles chrétiennes, dont le mtifre aujourd'hui, comme on Ta vu plus haut, s'élève klks de quatre mUle.
iJoid quelques données sur l'organisatioa de Tordre im frères des Ecoles chrétiennes et sur leurs rè^s et IllKipes pédagogiques.
Iflsmembres de Tordre (g 2, règlede 1810) doivent ^ze dans leur Soi, rapporter tout àBieu et se soumettre t k sa volonté. Ils doivent être, en outre, zélés le bien moral et religieux des enXants. — Â la tête» il r<ttdre est un supérieur (3«-4} nomma à vie par lea
directeurs des principales maisons, n est assisté de deux aides, qui doivent demeurer avec lui; leurs fonctions sont limitées à dix années. — Un chapitre formé des directeurs et de trente frères des plus âgés, se réunit tous les dix ans. Le chapitre peut, pour des cas graves, révoquer le supérieur (5-6). -— Les directeurs des maisons particulières sont nommés pour trois ans. — Des inspecteurs sont nommés par le supérieur pour visiter une fois Tan les diverses maisons et lui faire un rapport sur leur situation (8). — Aucun frère ne peut être prêtre, ou remplir une fonction ecclésiastique, il ne doit vivre que pour sa vocation (9). — L'ordre a un noviciat pour des jeunes gens de treize à seize ans. Outre ce noviciat il en faut faire im d'une année et avoir enseigné une seconde année, avant d'être admis à faire vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Les vœux se renouvellent d'année en année jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Enfin, un vœu de trois ans doit encore précéder le vœu définitif (10-15). — Les frères ne s'établissent dans un diocèse qu'avec l'autorisation de l'évêque, et ils sont soumis, comme les autres citoyens, à l'autorité civile. Ils enseignent d'après les plans et méthodes de Tordre et n'osent pas innover. Chaque jour ils conduisent leurs écoliers à la messe. Ceux-ci sont tous, sans exception, obUgés de suivre régulièrement les catéchismes du dimanche et des jours de semaine (c'est-à-dire qu'ils doivent tous être catholiques (16-24). — Les frères ne doivent recevoir aucun cadeaja des élèves, ni rien confisquer de ce qui leur appartient; sauf les mauvais livres qu'ils remettent dans ce cas au directeur. Us doivent aimer leurs élèves sans familiarité. S'ils leur donnent quelque chose, ce ne doit pas être par inclination particulière, mais uniquement pour les encourager ou les récompenser. Ils ne doivent faire faire aucun message par les élèves, ni recevoir de lettres par leur intermédiaire. Tout doit passer par les mains du directeur. Ils ne peuvent s'informer d'aucune nouvelle auprès des élèves, ni leur en communiquer d'aucune
TEMPS MODEHNES. 165
lorte, quelque utiles qu'elles pussent être d'ailleurs^ Les {oaitioDS doivent être reçues et données sans colère ni pandes blessantes. Les punitions corporelles sont défendues durant les prières et le catéchisoie. Dans les auties cas, sauf pendant la leçon d'écriture, elles doivent être administrées à la place du maître (règle prudente et sage) (27-44).
Je ne m'arrêterai pas à relever ce que quelques-unes de ces règles peuvent renfermer de trop sévère. Dans les ordres religieux, on rencontre partout la tendance à sacrifier l'individu au corps. C'est ce qui fait leur force, mais c'est aussi ce qui les isole et les empêche de suivre le mouvement de la civilisation. Mais le danger n'est pas là pour le moment : aujourd'hui on se jette plutôt dans l'extrême opposé.
Les frères des Ecoles chrétiennes s'occupent de l'éduca* lion des enfants des classes moyennes et inférieures, en particulier des enfants pauvres. Outre les écoles primaires» ils pavent tenir des écoles d'apprentis et d'ouvriers, diriger des orphelinats et des pensionnats, et instruire les prisomiiers. Mais l'enseignement moyen et supérieur leur est interdit. Aucun n'ose étudier le latin ; s'il le sait en entrant dans Tordre, il doit se conduire comme s'il l'ignorait (de là le nom d'ignorantins qu'on leur a donné par ironie, et qu'on leur donne maintenant en bonne part). Cette {o^oscription du latin a pour but de renfermer les frères dans la sphère de l'enseignement primaire. Ils ont été, en ce point, les continuateurs de Port-Eoyal pour frayer la voie à l'enseignement de la langue vulgaire si longtemps méprisée et négligée.
Dès l'origine, ces instituteurs ont fait usage de V enseigne' mua simultané ou par classes, tandis qu'ailleurs on em* idoyait Y enseignement Uidividuel (on instruisait un enfant après l'autre). Chaque école est divisée en deux classes
i. Cet dispositions semblent Atre tirées du BègkmêtU de Ja(iueUa« hseal.
principales, Tune inférieure et Tautre supérieure, tenue chacune par un frère. En les réunissant deux à deux, on a voulu maintenir les traditions et Tesprit de corps. Les individus isolés succombent plus facilement à la tentation. L'aîné des frères est le protecteur et le conseiller de son jeune collègue, qu'il surveille toujours. Dans ce but, les salles où ils enseignent doivent être contiguës et séparées par une porte en verre. De sa place, le frère aîné peut voir toute la classe de son collègue.
Dans chaque classe on trouve un crucifix, les images de la Vierge, de saint Joseph, de Fange gardien, de saint Nicolas, de J.-B. de La Salle, et des tableaux contenant les règles de conduite les plus essentielles. En général il y règne beaucoup d'ordre et de propreté. Les commandements se donnent au moyen d'un petit instrument. Au signal donné, la classe écoute, se lève, s'assied, s agenouille, change de place, parle ou se tait, écrit ou lit, range les livres ou les prépare. Le même instrument sert encore à avertir, à encourager, à blâmer et à louer. De bons et de mauvais- points complètent les moyens disciplinaires.
L'enseignement comprend la lecture, la grammaire et l'orthographe, la calligraphie, le dessin artistique et géométrique, la géographie, le calcul des nombres entiers et fractionnaires, enfin la religion. Les méthodes d'enseignement sont déterminées dans les instructions, et les individus ne doivent pas les changer. Cette stabilité n'eat pas, on le comprend, favorable au progrès, mais elle préserve des essais maladroits, véritable plaie de l'enseignement moderne.
La partie de leurs instructions relative aux maîtres renferme des directions que les instituteurs n'oublient que trop souvent. En voici quelques-unes qu'ils feront bien de méditer et de s' approprier ^ :
1. Les matériaux qui m'ont servi pour cette étude étant allemands, o^ voudra bien n'y pas chercher les expressions consacrées dans le texte original.
€ Le dévouement et rhumilité sont les principales vertus de l'instituteur. — On ne fait bien que ce que Ton fait volontiers, et Ton ne fait volontiers que les choses que Ton tient pour importantes. Si le jeune instituteur a une haute idée de l'école, il s'efforcera d'acquérir les connaissances qui lui sont nécessaires pour remplir les devoirs de sa charge, et il regardera comme le plus grand honneur d'avoir été appelé à travailler au bien de l'humanité, à l'exemple de Jésus-Christ. — Christ est son plus parfait modèle. Qu'il considère Tamour qu'il avait pour les petits enfants, lorsqu'il dit à ses disciples : Laissez venir à moi les petits enfants et ne les en empêchez pas^ car le royaume des deux est pour ceux qui leur ressemblent. — La foi doit apprendre à l'instituteur qu'il n'est pas de charge plus belle que celle de conduire les enfants au Sauveur, de tenir sa place auprès d'eux pour les élever, les instruire, graver ses instructions dans leurs cœurs, leur faire obtenir sa protection, sa bénédiction, sa grâce et leur montrer le chemin qui mène au ciel. Jésus-Christ confie les enfants à l'instituteur pour qu'il veille sur leur innocence, les instruise des mystères de sa vie et de sa mort, et leur enseigne les paroles qu'il nous a données. Enfin la foi doit lui montrer dans les petits enfants Jésus-Christ même, qui les a aimés plus que lui-même et les a purifiés ^ns son précieux sang. »
Les instructions énumèrent treize défauts dont l'insti- *tuteur doit se garder, savoir : !• La manie de beaucoup rler; 2® Une trop grande vivacité, ou l'impétuosité; La légèreté ; 4* La précipitation ; 5* La dureté ; 6° La [)lère; 7*» La partialité; 8<» La lenteur et la paresse ; 9* La situde et la mauvaise humeur ; 10* La familiarité et le linage; 11* L'inconstance; 12* L'irréflexion^ ou une )p grande taciturnité; 13* Enfin la perte du temps. « Rien, disent les instructions, n'est plus nécessaire à Btituteur que de s'observer durant l'enseignement ; l'instituteur a autant d'observatemrs de sa conduite d'écoliers, et ceux-ci reçoivent et conservent toutes
168 HISTOIRB DE LA PiDAGOGIE.
les impressions que sa conduite produit sur eux, chaque mot qu'il prononce doit être une instruction, chaque pas qu'il fait, un bon exemple. Malbeiu* à celui qui scandalise les petits par ses paroles ou ses actions 1 »
Telle est, en abrégé, la vie et l'oeuvre de J.-B. de La Salle, vie pleine de foi et de dévouement, et œuvre de patience, de renoncement et d'amour. Cest à ce point de vue surtout que cette étude est instructive et qu'elle peut être pour tous un stimulant salutaire.
I 10. Fém^om.
Fénelon {François de Salignac de la Mothe)^ l'un des plus illustres écrivains français, peut être, à bon drcàt, placé parmi les pédagogues, tant en raison de ses écrits, qu'en vertu des fonctions importantes qu'il eut à remplir comme éducateur. Né en 1651 au château de Fénelon, dans le Périgord, d'une famille noble et puissante, il fut destiné par ses parents à l'état ecclésiastique, pour lequel il avait une inchnation prononcée. Il fit ses études thédc^ques à Paris, dans le séminaire de Saint-Sulpice, où nous l'avons vu déjà en compagnie de Jean-Baptiste de la Salle, son condisciple, ^s rares talents et sa grande piété le mirent en état de remplir de boime heure des fonctions délicates et importantes. Il dirigea pendant quelque temps la maison des nouvelles converties (jeunes filles nobles qui avaient abjuré la religion réformée), ce qui lui fournit l'occasion d'écrire son excellent Traité de VédyLcation des filles j que nous analyserons plus bas. Envoyé comme missionnaire dans l'Aunis, après la révocation de VEdU de Nantes, il s'y distingua, en général, par sa douceur et sa charité. Ses grands talents et ses connaissances étendues le firent nommer précepteiur du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, enfant dont le caractère volontaire et fougueux inspirait autant d'inquiétude à la natiœi que ses talents pouvaient lui faire concevoir d'espérances. Gr&ce à Tiafluence d'une éducation religieuse et d'une
mstruction solide, jointes à une douceur bienveillante, à nue fermeté inébranlable et aune conduite exemplaire, le jeune prince devint un autre homme entre les mains de Fénelon. Le trait suivant peut montrer avec quelle sagesse ûotre pieux précepteur savait remplir ses fonctions. Un jour, le jeune prince lui dit, dans un accès d'emportement : <c Monsieur, je sais qui je suis et qui vous êtes. » Fénelon ne lui répondit pas un mot jusqu'au lendemain. Alors s* approchant de son élève, qui avait retrouvé son calme, il lui dit d'un ton tranquille, mais sérieux : « Vous TOUS rappelez sans doute les paroles que vous me dites hier. Mon devoir m'oblige à vous répondre que vous ne savez ni qui je suis, ni qui vous êtes. Si vous vous imaginez être plus que moi, vous vous trompez; votre naissance n'a pas dépendu de vous et n'est pas le fait de votre mérite, et j'ai plus de prudence et de savoir que vous. Vous ne savez que ce que vous avez appris de moi, et je suis au-dessus de vous encore par Fautorité que le roi et votre père m'ont donnée sur vous. Par obéissance euvers eux, je me suis chargé de la tâche pénible et, à ce qu'il parait, ingrate, d'être votre précepteur; mais puisque vous paraissez croire que je dois me trouver particulière- Dwat heureux de remplir cette charge, je veux aller surle-champ avec vous auprès du roi et le prier de me dédécharger de mes devoirs et de vous donner un autre gouverneur. »
Cette déclaration ébranla le prince, qui supplia son précepteur de ne pas le conduire auprès du roi. Des larmes de rep^itance coulaient le long de ses joues. Cependant Fénebn ne lui répondit rien. Il le laissa tout un jour dans l'incertitude sur sa résolution, et ce ne fut que lorsque la crainte et le repentir l'eurent suffisamment humilié, qu'il céda à ses prières et à celles que d'autres personnes lui firent en sa faveur.
En récompense de ses soins, Fénelon reçut l'archevêché de Cambrai; mais l'impression furtive de son Télémaque^ qu'il avait écrit pour l'instruction de son jeune élève, lui
attira la disgrâce de Louis XIV : il dut «e retirer dans so^ diocèse. Les dernières années de sa vie furent trouhlé^ par d'autres épreuves encore. VEsyplicc^ion des Maximei des Saints , écrite sons l'influence des idées religieuses d| madame Guyon, Tentraîna dans une longue et pénibli polémique avec Bossuet, qui réussit à fidre condamnera Rome Touvrage de sou antagoniste. Les malheurs de li France, envahie par l'étranger, dédiirèrent aussi soi] cœur. Enfin la mort de son élève chéri fut le dernier cou porté à sa sensibilité. La religion seule put soutenir so âme au milieu de tant d'afOictions et la nourrir de joie e| d'espérance jusqu'à sa mort, arrivée le 7 janvier i7i5j Outre le Traité de (Education des fUles et le Télémaquej Fénelon a encore écrit dans un but éducatif et instructif J des Fables^ des Contes^ des Dicdoffues des morts et des Dûin logues sur Véhquence. A l'exception du premier et du der^ nier, ces ouvrages de Fénelon ont essentiellement en vue l'éducation d'un prince. La morale et le fonds religieux qui y régnent, sont à l'abri de toute critique, et ils témoignent d'une grande sagesse dans l'art de gouverner les hommes. On y trouve, en particulier, une touchante sollicitude en faveur du peuple, le mépris du faste et de la vie oisive et voluptueuse des cours, le dévouement au devoir et au bien public. On pourrait peut-être rei^ocher à Fénelon d'être allé trop loin dans son admiration pour la vie champêtre et son mépris des grandeurs. L'Histoire d'AUbée^ persan^ n'est pas un portrait d'après nature. Il n'y a pas tant de bonheur, de poésie et d'innocence en bas, tant de tourments, de lassitude et de corruption en haut. Chaque position a ses peines, ses épreuves et ses vices, encore qu'il soit vrai que la simplicité naturelle ^t un des éléments du bonheur terrestre et l'un des gardiens de la vertu.
C'est dans son Traité de l'Education des filles que Fénelon s'est le plus directement occupé d'éducation. Gomme cet ouvrage est devenu dassique, soit par la perfection du style, soit par l'excdlenee des idées qu'il renfenne, je
TBRTPS MODERHIS. Hl
cwïis devoir en donner id vue analyse quelque peu détriHée.
Traité de l'Education des filles^.
1. « Les femmes ont des devoirs à remplir, qui sont les fendements de toute la vie humaine. N'est-ce pas eUes gai mènent ou qui soutiennent les maisons, qui règlent tout le détail des choses domestiques, et qui par conséqpent décident de ce qui touche le plus près à tout le gsaie humain? Par là, elles ont la principale part aux tonnes et aux mauvaises mœurs de presque tout le monde, ttie femme judicieuse, appliquée et pleine de religion, €st Tâme de toute une grande maison; elle y met Tordre pour les biens temporels et pour le salut. Au contraire, la mauvaise éducation des femmes fait plus de mal que celle des honunes, puisque les désordres des hommes viennent delà mauvaise éducation qu'ils ont reçue de leurs mères ô de passions que d'autres leur ont inspirées dans un âge plus avancé. »
2. L'ignorance d'une fiUe a les conséquences les plus fimestes. Elle est cause qu'elle s'ennuie et ne sait à quoi ïToccuper innocemment. Quand elle est venu jusqu'à un Otttadn âge sans s'occuper de choses solides, elle n'en peut avoir ni le goût, ni l'habitude. Elle tombe dans Toisrreté, et de l'oisiveté dans la paresse. « Elle s'accoutume à dormir un tiers plus qu'il ne faudrait pour conserver une santé parfaite. Ce long sommeil ne sert qu'à l'amollir, qu'à la rendre plus délicate, plus exposée aux révoltes du CDips... De là un amour pernicieux pour les divertisse- BKnts et les spectacles. » Elle devient curieuse et indisttète. a EUe se passionne pour des romans, pour des comédies, pour des récits d'aventures chimériques, où est m&é Tamour profane. » Et quel dégoût pour elle de descendre de cette vie imaginaire, « jusqu'au plus bas détail du ménage I >
i. Je mettrai entre guillemets les passages cités textuellenent.
3. On doit commencer de bonne heure Tédiication de enfants. « Le premier âge, qu*on abandonne souvent à de femmes indiscrètes et quelquefois déréglées, est pouirtan celm où se font les impressions les plus profondes.) Avant qu'ils sachent parler, on peut déjà diriger Tatten tion des enfants et travailler à délier leur langue. Oi peut aussi leur inspirer de bonne hernie de rinclinatioi pour les personnes honnêtes et vertueuses et de Téloign* ment pour les personnes méchantes et perverties. CelJ vaut mieux que de les affectionner à des choses imagi^ naires et de leur inspirer de l'horreur pour des fantômes des esprits ou des revenants. On doit fortifier leur san par un régime simple et bien réglé. Il est encore très-important de laisser affermir les organes, en ne poussau point l'instruction trop loin et en évitant tout ce qui peu allumer les passions. Si peu que le naturel des enfantd soit bon, on peut les rendre ainsi dociles, patients, fermes, gais et tranquilles; au lieu que si on néglige ce premie^ âge, ils deviennent ardents et inquiets pour toute leur vie ; leur corps et leur âme se plient sous le mal. » — Dès qu'ils sont dans un âge plus avancé, il faut que toutes les paroles qu'on leur dit servent à leur faire aimer la vérité. On se gardera de les faire parler beaucoup. Souvent lQ\ plaisir que Ton veut tirer des jolis enfants les gâte; ils deviennent orgueilleux, bavards et précipités dans leurs jugements. Quant à l'instruction, il faut se contenter de suivre la nature. Ils éprouvent le besoin d'observer: eh bien I qu'on leur procure des occasions d'observer. 05 doit répondre à leurs questions et les aider dans ce qui les embarrasse. C'est le moyen de mettre dans leur esprit beaucoup de connaissances sans leur fake éprouver les fatigues de l'étude * .