Ne faites qu'une seule chose à la fois. On ne cuit pas
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mmMe dans la même marmite de la bouiUie^ de la viande^ du kU, du poisson et des légumes. R^le ezceUante. On. ne fer^ pas cependant manger pendant pluâienrs mois de suite, d'abord de la bouillie, puis de la Tiande, puis du lait, puis du poisson et des légumes* Une.chose à la fois et distincte ; mais en un jour et sur la même table, il faut plus d'un mets pour le même repas. Unité et Yariétôt unifonnité et successioa» telle est la loi de la nature.
3. Faites répéter souvent lamime chose. Oui, mais eu gardant la juste mesure*
4. Faites tout apprendre d'abord danu la langm maternelle. Grande et féconde innovation qui va faire tomber le mur de aôpaiatioa élevé par le latiu entre les lettrés et le peoj^e.
i Faites toute chose sans contrainte. La contrainte et la fèrukf contraires à la ncUAire^ dégoûtent la jeunesse de V étude, ^'ttprit de l'homme apprend a/oec plaisir totA ce qu'il doit retenir. Au maitre donc le pur enseignement et au correc^ ^ la discipline. Il y a dans cet aphorisme les germes d'une erreur qtie nous verrons grandir dans Técoie moder- % et qui ira jusqu* à renverser les bases du diristianisme, 6Q enseignant que lliomme est bon et ne veut que le bien P^ nature, et qu'ainsi il n*est pas besoin de contrainte ni des secours surnaturels de la reUgi<m pour lui faire attein- ^Ba destinée. Et oà en serait Técole primaire s'il fallait îiielea communes, l'État ou les particuliers, donnassent à chape instituteur un adjoint pour infliger les punitions?
& Se faites rien apprendre par cceur. La récitatàon de fliêwaife outrage la nature et la raison* Il ne faut confier à ^v^mire que ce qui lui parvient par le canal de Vintelli'- 1/^. Ce principe est une réaction exagérée contre l'abus ^d'om faisait de la mémoire dans renseignement.
7. Uniformité en toutes choses. L'école de Ratich enten- '^ par là que les arts et les sciences sont reliés par des Parties communes, qu'il faut savoir, dans l'intérêt des études, dégager de ce qui les caractérise et les différencie. Cette règle s'appliquait surtout à Tétude des langues ; il
fallait d'abord enseigner les parties de la grammaire communes à toutes, avant de passer à ce qui leur est particulier. Cette règle, qui renferme les principes de la grammaire générale, contieht cette autre règle éminemment pédagogique : Aller du connu à Vinconnu ou rattacher les notions nouvelles aux notîo7is déjà acquises,
8. Etudiez d'abord V objet en lui-même^ puis les modifica' tions de cet objet. Dans l'étude d'une langue, par exemple, il faut faire connaissance avec le matériel de cette langue avant de passer à l'étude de la grammaire. Règle excellen te mais qui exige de la sagacité. Renseignement à la Ratich, remanié plus tard par Jacotot et d'autres pédagogues recommandables, ne me paraît pas être la marche naturelle. J'aime mieux un enseignement progressif dans lequel les exercices sont appropriés aux règles et les règles aux exercices, et qui élève graduellement le niveau delà langue à la faveur d'une lumière qui pénètre toujours ce qui est mis sous les yeux de l'élève. Cette marche, d'ailleurs, n'exclut pas ce que la méthode Jacotot renferme de bon et de pratique^.
9. Tout do\t élre fondé sur l'observation et Vexpérience^ per inductionem et experimentum omnia. Nous voici au principe de Bacon et de Descartes. Allons, le conseil est bon. Mais Ratich l'entend d'une manière trop radicale. Vetustas cessit^ ratio vicit (l'antiquité succombe et la raison triomphe), est le mot inscrit en tête de ses ouvrages, comme si vetustas et ratio étaient opposés l'un à l'autre. En bonne philosophie, le passé ne renferme-t-il pas les bases du présent, et le présent est-il autre chose que le piédestal de l'avenir? Examinons tout, vérifions la règle dans l'exemple, mais respectons, néanmoins, la règle et tout l'héritage du passé, jusqu'à ce que la fausseté nous en soit
1. J'ai vu enseigner avec succès la langue maternelle par la méthode Jacotot. Elle a des avantages incontestables quand les élèves ont déjà dépassé les premiers éléments, et que leur intelligence est habituée à la réflexion. On sait que Jacotot n'a pas instruit cïes enfants, mais des jeunes gens et des militaires.
dûment prouvée. Un bouleversement à priori est l'œuvre d'une raison orgueilleuse.
Ratich, comme on vient de l'entendre, est mécontent dupasse, et il commence en Allemagne la réaction contre le système défectueux d'études inauguré et perfectionné par les Luther, les Trotzendorf, les Sturm et les Jésuites système dont la base, le milieu et le sommet étaient 1( latin, une servile imitation de Cicéron. Ses essais furent maladroits, et ses principes ordinairement exagérés. RieB d'étonnant donc s'il a succombé dans une entreprise audessus de ses forces, et lorsqu'il avait le siècle contre lui, au lieu de l'avoir pour lui, comme les hommes que je viens de nommer. Il a cependant, conune Montaigne, mis en relief une vérité qu'aucune force ne pourra plus renverser : c'est que les anciennes méthodes, si l'on peut ainsi appeler un enseignement empirique basé sur la mémoire et l'imitation, sont défectueuses et qu'il est devenu indispensable de régénérer les é tudes par des méthodes fondées sur la nature, et en y introduisant des éléments nouveaux tels, par exemple, que la langue maternelle. Nous voyons poindre, ici, l'aurore d'une rénovation pédagogique; mais la guerre de Trente ans a déjà commencé son œuvre de destruction, et il ne pourra se faire d'essais sérieux que lorsque la tempête sera passée. Ratich mourut en 1635| à l'âge de soixante-quatre ans.
§ 15. ilean Amos Coménli»*
Jean Amos Coménius naquit à Niwnitz (Moravie), en i592. n perdit tout jeune ses parents, qui appartenaient à la secte des &ères de Bohême, et sa première éducation fut négligée. Ce n'est que vers l'âge de seize ans qu'il commença le latin. Il parcourut, en étudiant, l'Allemagne et la Hollande, et revint en 1614 dans sa patrie, où on le nomma recteur de l'école de Prérau. En 1616, il reçut la consécration ecclésiastique, et^ en 1618, il fut nonuné pasteur à Fulneck, centre principal des prolestants et des
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féfugiés vmms des vallées vaudoises in Pi^mnii. A e6té|
de ses fonctions d'ecclésiastigue, Goménius remplissait aussi celles d'institateur et écrivait des livres scolaires ;i mais, en 1621, les Espagnols prirent Fulneck, et il perdit ses manuscrite. Peu de temps après sa femme et son enfant moururent. En 1624, l'empereur donna aux prédicateurs évangâiques Tordre de quitter ses Etats. Goméniu^ se retira dans les montagnes de Bohême, chez le baron Sadowski de Slaupna, où il s'occupa d'éducation. En 1627, tous les protestants reçurent Tordre de quitter les Etatsj autrichiens; la Bohême seule compta 30,000 famille^ d'émigrants, dont 500 appartenant à la noblesse. Goménius se retira à lissa, en Pologne, avec les membres i& son troupeau. Arrivé à la frontière, et avsmt de mettre Id pied sur la terre d'exil, il se retourna, tomba à genou^ avec ses Mres, et supplia Dieu, au milieu des larmes ei des sanglots, de ne pas retirer sa bénédiction des belle^ contrées de la Bohême et de la Moravie, si chères à leurd coeurs, et où reposait la cendre de leurs ancêtres.
Goménius enseigna le latin à Lissa, et publia, en 1631, son JantM Imguarumreserala (la p(M*te des langues ouver^ tes), qui fonda sa réputaton. (^ ouvrage a été traduit ei^ quinze langues différentes, en grec, en bohème, en pdo^ nais, en allemand, en suédois, en hollandais, en anglais, en français, en espagnol, en italien, en hongrois, ei^ arabe, en turc, en persan et en mongol. Nous reviendix)ng plus tard sur cet ouvrage.
Le succès du Janua engagea les états généraux de Suède à appeler Goménius pour réorganiser les écoles de ce pays ; mais Gwnénius préféra aller en Angleterre, d'où il avai^ reçu un appel semblable. Malheureusement les trouble^ civils de T Angleterre ne lui permirent pas de réaliser se$ plans. Il se rendit alors en Suède, où il vit le chanceliei Oxensti^n, V Aigle du Nord^ qui connaissait ses ouvragée et les avait pénétrés plus à fond qu'aucun de ses coatemn porains. Il dit à Goménius que sa méthode pour Teoseij ment des langues était bien supérieure à celle de Raticb^
mais qu'il ne partageait pas ses illusions sur l'influence que pourraient exercer ses plans d'éducation. Il appuya Km jugement par des considérations politiques et « sur 06 que la Sainte-Ecriture met en perspective pour la fin du monde plus de mauvais temps que de beaux. »
Sur l'invitation de la Suède et avant de procéder à des léSarmes scolaires, comme, il Taurait voulu, Goménius dst se mettre à rédiger des livres d'instruction. Ce travail Toocupa à Elbing (Prusse) pendant quatre ans, après hsqaels il retourna en Suède, où ses livres furent approuffe et livrés à Timpression. En 1648, il retourna à lissa nt milieu de ses coreligionnaires, qui le nommèrent leur dvSqae. En 1650, sur l'invitation du prince Ragazki, il pirttt pour la Hongrie et la Transylvanie, y organisa Fécole de Patak, et y rédigea son célèbre Orbis pictus (le Inde en figures), qui réalisait le fond de sa pensée pédagogique, et qui est demeuré jusqu'à ce jour, à travers daox siècles et diverses modifications, le livre favori des cofiuits.
Goménius retourna à Lissa en 1654. Deux ans plus tard, cette ville ayant été brûlée par les Polonais, notre pédagogue perdit sa maison, sa biblothèque et presque tous ses mttmscrits. Il se retira d'abord en Silésie, puis en Brantebourg, à Hambourg et enfin à Amsterdam, où il mouf8tle 15 novembre 1671 , à l'âge de quatre-vingts ans.
Après ce rapide coup d'œil sur la vie agitée et errante de Goménius, j'aborde son système pédagc^que. Corn* Woçons par son plan général des études.
Bnis son Didactica magnat Goménius jette les bases de î|q;anisation des études, telle que nous l'avons encore «fiird'hui. n établit quatre degrés principaux d'études;
i* L'école maternelle schola materna.
IL L'école populaire (école primaire) schola vemacuia.
IL Le gymnase (collée, lycée) schola Mina.
i. L'université, academia,
n doit, dit-il, y avoir une école maternelle dans chafoe famille, une école populaire dans chaque communOi
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un gymnase dans chaque ville et une université dans cka;que Etat ou province de qudque étendue.
Les enfants doivent rester dans Técole materndle jusqu'à l'âge de six ans^dansFéoûle populaire jusqu^à douz^ au gymnase jusqu'à dix-huit, et à l'université jusqu'à vingt-quatre ans. Ckaque école compraad six années. . Dans l'école maternelle on e;cercera surtout les seios, la peri^ption, aûn que l'enfant acquière des notions •claires des objets; l'école allemande cultivera le sens intérieur, l'imagination et la mémoire, l'enfant doit aussi y a^^trendre à reproduire ses prisées et ses sentiments, à l'aide de la main, de la langue, de récriture, du dessin et du dianL Dans le gymnase, on pénétrera plus avant dans la connaissance des <iioses au moyen du jugement et de l'intelligence. L'université doit former la volonté.
Après cette introduction, Goménius entre dans des détails spéciaux sur la tâche parti(nilière de chacun de ces
quatre degrés d'éducation. Voici quelques détails 4Ugna8 d'attention.
Ecole maternelle.
On doit prier Dieu que renfant ait un esprit sain et un corps sain (mens sana in £orpore sano) et agir en conséquence. Déjà, durant la grossesse, la mère doit prier pour la prospérité de son enfant, se soumettre à un régime modéré, éviter les émotions, etc. Elle allaitera elle-même son enfant. La coutume qu'ont en particulier les fenunes nobles de prendre une nourrice est souverainement condamnable, nuisible aux mères et aux enfants, et contraire à la volonté de Dieu et à la nature.
On ne donnera aux enfants rien d'épicé, ni d'échauffant. Avant vingt ans, aucun Spartiate n'osait boire de vin. Les remèdes donnés sans nécessité jsont un poison. On doit laisser les enfants jouer autant qu'ils le veulent.
. Durant les six premières années, on doit poser dans l'enfant le fondement de toutes les connaissances néces»
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tfires à la Tie. Dasu la nature ou lui montreca de» pierres^ des planlies et des animaioz» et <m lui a^pfeadra h faire isaga de ses memlwes (^jsiqpie, hkitoire aatmeile), à distinguer les coolems (optique) et les sûus (acoustique}; à oontempler le ciel étoile (astronomie) ; il observera son IwrGeau, la chambre qu'il habite, la mais<ui, le voisinage^ les dieminH, les campagnes (géograplûe}; on le rendra attentif à la succession du jour et de la nuit, aux saisons, aux diTisîons du temps, aux heures, aux semaines, aux Duns, aux jours de £ête (chronologie) ; il apprendra à oon« naître Tadministration de la maison (pdilique), se fami* fiansera avec les par^niëres notions du calcul, avec les fentes et les achats (axitiimétique, commerce^, les dixoen* âons des corps, les lignes, les surfaces et les scdidtt (géoBiétrie); il entendra chwt^^ et sa voix apprendra à f^roduzre des sons et des phrases musicales (diant, mu* aqu^-, on surteiUera la formation et le dévelo{^ement de sa langue (grammaire) ; il s'exercera à doni^r de l'exprès* don à sa pensée, à ses sentiments par des gestes et des inflexions de voix (rhétorique). Par ce moyen, l'école matenelle dév^jq^a 1» gecmea de toutes les sci^oces et éd tous les arts.
Passant à Téducatlon morale et religieuse, Coménius «Dge avant tout que ks parents donnent un bon exemple I leors enfants, et leur recommande une sévérité salu^ tÉre. Il leur donne des directions pour les exercer à la sobhété, à la propreté, à Tobéissance, et, conmie dans le baptême on les a donnés à leur divin Sauveur, il veut qu'on les élève dans le sentiment de leur dépendance de fieu, que Ton continue à prier pour eux, et qu'on leur ap« prenne à prier, etc. A six ans, l'enfant est mûr pour aller i l'école, mais on se gardera bien de lui peindre cette dernière comme un lieu redoutable; on la lui montrera, au contraire, sous un jour agréable et des couleurs attrayantes.
Ecole primaire.
^tOfpjemisDt école de la langue maternelle. Goménius
veut qu'on y envoie tous les enfants indistinctement. On ne doit pas, comme plusieurs le veulent, commencer le latin de si bonne heure. D*un autre côté, tous les enfants ont besoin d'instruction, et cette première instruction doit être donnée dans la langue maternelle. Vouloir enseigner une langue étrangère à un enfant qui ne connaît pas sa langue maternelle, c'est apprendre à monter à cheval avant de savoir marcher. Les objets d'enseignement de l'école primaire sont : la lecture^ ïécritwre, le calcul usuel^ le mesuragCy le chant^ V étude du catéchisme et des chants sacrés^ la connaissance de la Bibles une idée générale de l'histoire^ en particulier de la création^ de la chute et du relèvement de l'humanité par Jésus^Christ ; quelques notions de cosmographie et de technologie. Toutes ces choses ne sont pas seulement nécessaires aux étudiants, mais encore aux économistes, aux marchands, etc. L'école primaire doit être divisée en six classes, ayant chacune un livre particuher écrit dans la langue maternelle.
Ecole latine (gymnase).
Ici on enseignera quatre langues et les sept arts libôraux, la grammaire, la dialectique et la rhétorique (trir vium); l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie {quadrivium); en outre, la physique (histoire naturelle), la chronologie, l'histoire, la morale ou éthique et la théologie bibhque. L'école se divise en six classe? d'une année chacune :