‹ Histoire universelle de la pédagogieChapitre 42 sur 71 · VI. Classe de rhétorique {Rhetorica · texte numérisé non relu

VI. Classe de rhétorique {Rhetorica

Les élèves doivent apprendre parfaitement l'allemanâ et le latin, le grec et l'hébreu, de manière à pouvoir comprendre ces langues. C'est intentionnellement que Goménius place la dialectique et la rhétorique eu dernier Ueut

car, dit-il) si Ton ne connaît pas les choses* on ne saurait en parler raisonnablement.

UUniversité,

Goménius n*a pas poursuivi sa méthode jusqu'à Tuni- ^P9rsité, il dit seulement que cette dernière doit représenter Tuniversalité des connaissances. Goménius demande qu'il se forme dans quelque pays ime Académie des sciences; ime scholascholarum ou collegium didacHcum^ rehaut entre eux, dans un intérêt scientifique, tous les savants du monde. G*est la première idée de ce genre que nous rencontrons dans le domaine de la pédagogie. La Société royale de Londres a réalisé la première cette idée de Goménius.

L'organisation des études, recommandée par Goménius, est demeurée, jusqu'à ce jour, la base de l'organisation scolaire. Nous y trouvons la première éducation dans la famille, l'école primaire détachée des études su* périeures et ramenée à sa vraie destination ; enfin renseignement moyen et supérieur, ainsi que les grandes institutions scientifiques, n a donné de plus à son organisation une base psychologique qui rappelle les travaux subséquents de Pestalozzi. Dans son plan d'études, en effet, il poursuit le développement naturel de nos facultés, en commençant par celles qui se manifestent les premières (l'attention, l'entendement, la mémoire), et en finissant par celle (la volonté) qui n'est mise en jeu que par le déploiement de toutes les autres.

Je ne puis entrer ici dans le détail des œuvres de Goménius et montrer l'application de ses principes aux diverses branches de l'éducation. Je ne saurais cependant passer sous silence son célèbre ouvrage sur l'enseignement des langues, et en particulier du latin, son Janua reseratay non plus que son Orbis picttMSy qui en est l'achô* vement.

Le JaniM reserata, qu'il divisa plus tard en trois cours foccessifs, le Vestibulum^ le Janua et V Atrium^ est \m en-'

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seign^meiit gntâné du lalin, atee l'intuition poor basKp les mots pour matériel et des proposilicMis pour emôees; c'est-à-dire que les mots y désignaient des choses que les élèves pouvaient connaître par intuition, et que ces mots étaient employés dans des propositions gui en. faisamii connattre l'usage. Les règles de grammaire -ve^ naient au for et à mesure qa'on en avait besoin. Ces! le principe raticNUiel gui prévaut aujoard'hui eo U»a pays pour Tenseignenient élémeniaire des langues. Le Vestibtdum renfermait 500 mots et autant de phrases U^ ciles. Les mots étaient tirés des diverses parties du discours en commençant par les substantifs. Le Janua resifermait envircm 2,500 racines avec leurs dérivés, leurs composés et les phrases nécessaires pour exi montrée l'appUcation. L'Atrium familiarisait les élèves avec les tournures particulières et les beautés du langage. C'était déjà de la rhétorique. Quand ces trcÂs degrés étaient passés, on prenait les auteurs et l'on commençait les exeiv cices de style. L'Orbis pidui, que j'ai déjà mentionoé, n'était autre chose gue le /omca renraia orné de figures. Par ce dernier ouvrage, Gomâiius réalisait le principe de l'enseignement intuitif, gu'il voulait voit à la base de toutes les sciences. Ici encore^ Comènios est Tintelligent précurseur de Pestalo2zi. Avec le tœips le texte disparut de YOrbis pictus; mais il n*en est pas moins demeuré, dans ses diverses transformations, un des ouvrages les plus utiles pour l'instruction des enfants. L'Orbis pictus sst la souche mère de tous les livres dimages destinés aux enfants.

L'intuition rédamée et pratiquée par Coménius est un principe plus fécond gu'il ne parait au premier abord. Bimi avant Goménius, des hommes éclairés avaient fait ressortir le besoin d'étudié aoQ*seulement des formes et des langues gui ne sont gue la r^résenlalion senrible des pensées, mais aussi les objets mêmes de nos connaissances ; toutefois, le réalisme gu'ils rèdamaient était tout ▼erbal ; ils ne le rattachaient pas à Tobservatioa des

TEMPS SODEIUf'ES. ?(1

cfeoseff et à Texpânence, comme le Teut Bacon pour Tbifftoire naturelle et Gdménius pour les études en général. Llntuition est l'étude vraie et natarelle des choses, et die est le fondement de nos connaissances et de toute la science. Elle vent que rUsIoigre nalur elle s'apprasne dans la nature, la phys^goe' avec les instruments nécessaires^ la dûmie dans un laboratoire, les arts dans la sphère at ils s'exercent, et ainsi de suite; Goménius revient sans cesse sinr la nécessité d'étudier les choses, d'étendre les * Cûonaissanees, afin de donner aux langues une base large ^ solidje et de faire progresser les arts et les sciences. A. la vérité, les choses, dans Cioménius, sont étudiées en vue des langues et non poiir eUesHEnêmes^ comme l'entend BscûOL et comme cela se pratiqpse aoijourd'hui; mais l'èeoie n'était paa encore aaseL dâvdoppée pour faire cette £stinetion.

Je termine cette courte caractéristique de la pédagogie de GcHnénius en donnant encoîe ici, sous forme d'apho- Bsmes, quelques-unes de ses pensées les i^bis fécondes :

1. L'homme est une cséature radsonnalde, le roi des antres créatures. Avant la chute„ tout son être était porté vers la connaissance, la vertu et la piété* Depuis, sa voie a été obscurcie; néanmoins^ il est encore cs^able de ces trois choses par la grâce que Dieu nous a faite en Jésus» Christ qui nous réengendre à xme vie nouvelle»

2. Le savoir, la vertu et la piété ne sont pas contenus dans la nature humaine i il faut les y éveiller par l'étude, Texercice et la prière.

3. Llnstruction est d'autant plus facile qu'elle suit de plus près la marche de la nature* Tout ce qui est naturd se fait sans peine.

4. L'instruction doit être progressive et appropriée à la force croissante des facultés intellectuelles.

5. (Test une erreur fondamentale que de commencer l'enseignement par les langues et de le terminer par les dioseSy par les mathématique» l'histoire naturelle, etc.;

car les choses sont la substance, le corps, et les mots l'accident, rhabit. Ces deux parties de la connaissance doivent être unies ; mais il faut commencer par les choses, qui sont l'objet de la pensée et de la parole.

6. C'est aussi ime erreur que de commencer l'étude d'une langue par la grammaire. Il faut d'abord en donner le matériel dans un a];iteur ou un vocabulaire bien arrangé. La forme, c'est-à-dire la grammaire, ne vient qu'après.

7. Dans l'étude intuitive des objets, on commencera par les plus rapprochés et Ton terminera par les plus éloignés.

8. On doit d'abord exercer les sens (perception), puis la mémoire, puis Tintelligence, puis le jugement (raisonnement). Car la science commence par l'observation; les impressions reçues se gravent ensuite dans la mémoire et l'imagination; l'intelligence s'empare alors des notions rassemblées dans la mémoire et en tire des idées générales ; enûn la raison tire des conclusions des choses suffisamment connues et coordonnées dans l'intelligence.

9. L'enfant ne doit apprendre que ce qui peut lui être utile pour cette vie et pour l'autre.

10. IL ne suffit pas seulement de faire comprendre, il faut encore apprendre à exprimer et a pratiquer ce qu'on a compris.

11 . Ce n'est pas l'ombre des choses qui fait impression sur les sens et l'imagination, mais les choses elles-mêmes. C'est donc par une intuition réelle qu'il faut commencer l'enseignement, et non par une description verbale des choses.

12. On doit observer d'abord l'objet d'une manière générale, puis chaque partie en particulier et dans ses rapports avec l'ensemble.

13. Le talent se développe par l'exercice. L'écriture s'apprend en écrivant, le chant en chantant, etc.

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