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Quand la faute commise est connue de tous, la punition

^40 HISTOaai BB IA rtDàfiOGIE.

doit aussi être publique. Cependtttt si Fou craint f « I^e^^^lJ ^re^e pas bien la pumtion, il tant mieux attendre la fin de la classe, puis fairt venir m collègue et exhorter ou pumr es

particulier. ^,. j . ^. .

4^. Quand un maître est oblige de châtier un enfant à cause

de sa méchanceté ou d'une faute grave, il doit le faire avec

amour et compassion; il dira à Tenfant que c'est malgré loi qu'il

ie punit, qu'il préférerait de beaucoup ne pas devoir Je faire,

mais qu'il y est obligé par la parole de Dieu, qui ordonoff de

châtier V enfant pendant qu'il y a de Ve$pèrance, Il ajoutera que

celui qui doit être puni doit recevoir le châtiment avec soumis-

tion et patience, et avec le sincère désir de se corriger, aekm

cette parole de David : QueUpute me frofT^, cela m mra wns

faveur (Ps. 141, 5), et cette autre de Saiomon : Celui gui mm

la réprèhenHon sera honoré (Prov. 13).

43. Si un enfant £ait de la résistance, en sorte qu'il ne veûlle pis se laisser punir, on ne le punira pas de force; on le laianera aller et l'on remettra l'affaire à l'inspecteur.

44. Quand un maître vent punir un enfant, et que la rémtance de ce dernier le met en colère, il combattra son emfKHrtemeat en regardant à celui cpii est doux et humble de coeur, et eli ne retrouve pas asses de calme pour punir patemeUemeAt, il ftm Inen de renvoyer la punition à un autre jour.

^. Quand un maître veut punir, il doit être à la £(Nfl sérieux et compatissant, aûn que si l'enfant s'humilie et promet de te corriger, il puisse lui remettre la punition une ou deux ibis. Quand l'enfant a subi sa punition, il doit donner la main, à acm maître en reconnaissance de la punition paternelle qu'il areçoe, et lui promettre, avec l'aide de Dieu, de se corriger de ses défauts.

Les rè^s 46 et 47 reo^somandeni encore la cîrconspeotloadaDS tes punitions oorp<n»ll6fl.

48. On ne frappera ^ais un enfuit à sa place, attendu qu'on pourrait est atteindre un autre» S'il a mériié une punitiOA, on ^appellera hors des banes.

49. Si l'enfant ne veut pas obéir quand le maître Finrile à quitter sa place et à sortir, oa ne doit pas le faire sortir vinlemment. On le laissera à sa place, et on le punira après la dinet selon qu'il l'aura mérité.

50. Quand on punit un enfant, et que celuird est assez eflireaté poor vous moMcer, e& disent qu'il vent aller i e plaiiidre % ses

parents ou à une autre personne, il ne faut pas le punir encore une fois pour cette menace, mais simplement lui remontrer combien il est à plaindre d'être si endurci.

51. Quand un enfant irrité veut s'enfuir de l'école, le maitre ae doit pas l'arrêter de force et faire du bruit avec lui dans la classe, le corridor ou l'escalier. Il doit laisser aller l'enfant et dénoncer le cas à l'inspecteur, qui alors prendra les mesures nécessaires pour faire rentrer le récalcitrant dans l'ordre et sauvegarder l'autorité du maitre.

52. Quand un enfant doit être puni^ il ne faut pas renvoyerla punition au lendemain ou au surlendemain, mais la lui administrer sur-le-champ pour ne pas le laisser trop longtemps sous l'impression de la crainte, et lui faire peut-être manquer l'école.

53. Quand un maitre a dû châtier un enfant à cause de sa méchanceté, le maitre qui viendra donner la leçon suivante ne renouvellera pas la même punition ; il se contentera d'exhorter cet enfant, si sa conduite l'exige; autrement l'abus des coups finirait par l'endurcir. Pour que cet abus n'ait pas lieu, il y anra sur le pupitre un livre dans lequel chaque maitre écrira en quelques mots les punitions qu'il vient de donner, à qui et comment.

54. Quand un maître défendra une chose sous peine de punition, il ne désignera pas la punition, afin qu'il ait la liberté d'agir selon les circonstances, quand l'un ou l'autre des élèves tombera en faute.

55. Quand un enfant n'est pas à l'école et que les autres Ttie* casent d'avoir fait ceci ou cela, le maitre ne dira pas * « Quand il reviendra, je le punirai de telle ou telle manière ; « car les enfants ne manqueraient pas de le lui rapporter avec des exagérations pour l'effrayer, et cela pourrait l'engager à prolonger soe absence. Le maitre se contentera de dire : « Quand il reviendra, je lui parlerai de cette affaire. »

56. Avec des enfants de 15 ans et au-dessus, il faut bien prendre garde de s'aigrir, car on n'arriverait à rien avec des paroles dures^ des menaces ou des coups. Il vaut mieux les prendre en particulier, leur parler paternellement, quelquefois ttème prier avec eux; et si ces moyens de douceur n'aboutissent pas, alors on peut les faire comparaître devant la conférence, 00 les exhorter et les punir en présence d'un collègue.

57. Avant de punir, un maître ctirétien doit toujours implorer dans son coeur la gr&ce de Dieu, aûn qu'il punisse paternellement

44 bù.

242 BiSToms de la pédagogie.

et que la péaitence atteigne son but, savoir ramélioration do l'enfant.

58. Quand un maître n'a pas suivi cette règle, mais a puni dans la colère, il doit recevoir avec douceur la remontrance qu'un collègue ou un supérieur pourra lui faire, et |ion se relâcher dans la discipline ou se venger sur les enfants de Tavertissement qu'il a reçu.

59-60. Quand un enfant a commis une faute très-grave, les maîtres doivent remettre l'affaire à l'inspecteur, et se contenter de la punition qu'il ordonnera, lors même qu'elle leur paraîtrait trop légère. Ils ne doivent pas oublier que l'indulgence gagne plus de cœurs que la sévérité n'en corrige.

61. Les maîtres n'oublieront pas que plus ils font de progrès dans la vraie piété et l'humilité, et plus ils deviennent doux et paternels, plus ils acquièrent d'empire sur le cœur des enfants, en sorte qu'ils parviennent à les discipliner par la parole plus facilement que d'autres en usant d'une grande sévérité.

62. Un maître ûdèie et chrétien doit s'appliquer , dans la direction de son école, à remplacer de plus en plus les punitions par de sages remontrances, et par l'autorité de la parole de Dieu.

63. Enfin, comme les écoles doivent être des champs d'éducation chrétienne, les maîtres s'appliqueront non-seulement à demeurer ou à devenir personnellement des temples du Saint- Esprit, mais encore à enseigner et à exercer la discipline dans la force, dans la sagesse et dans l'amour que donne cet Esprit 1

S 18. 1> réalisme et les écoles réales en Allemagne'.

Si le mot d'ordre de la renaissance a été, étude des auteurs classiques^ on pourrait dire que celui des temps modernes jusqu'à dos jours a été, étude des ohjelSy soit naturels^ soit artificiels. Dans, le don&aine pédagogique, ce mot d'ordre a une double implication : ou bien il nous

i. Les mots r&itfeme, ré«f, ($fil ont la mêine élymoTogie que réaUH, fééHser^ nous vioment de l'AUsmafiie. Ifiaet let emploie défà datf fa Chrestoma4kK frtmçÊke:(LeUfk M. MoMuml). Lefrsii4ai« n'ayant pts 4'âxpr6ttieaB ^û cofsespeadent exactenenk aux idées fulls «iprineot, nous sommet obligés de leur accorder rhospitalité. (V. page 96, la DM**)

perte vers Tëtude de la nature et de toutes les choses pratiques, relatives à la Tie; c'est ce qu'on a appelé réaKsme, comme s'il n'y avait de réalité que dans les choses qui tombent sous les sens, et qu'une langue, par exemple, ne fût pas aussi une réalité ! ou bien ce besoin d'étudier les objets s'est tourné vers l'objet même de l'éducation, c'est-à-dire vers l'enfant, pour connaître ses organes et ses feicultés, observer les lois qui président à leur développement, et rechercher la manière d'y soumettre les divers objets de nos connaissances, ou les difl^ntes branches d'enseignement. Il était réservé à fioussean et surtout à Pestalozzi d'explorer ce dernier domaine et, par ce moyen, de fonder la science pédagogkpie. Hais le réalisme leur est antérieur : il remonte, dans la science, à Bacon, dans la philosophie, à Descartes, et dans la pédagogie, à Coménius.

On se rappelle que Tune des préoccupations de Coménius fut de fonder l'enseignement élémentaire des langues sur l'intuition. De là son Orbis pictus^ où l'objet se trouvait dessiné à côté du mot qu'il s'agissait d'apprendre. La porte ouverte par Coménius se trouva plus large qu'on ne se Tétait figurée au premier abord. Peu à peu la connaissance des objets, qui n'était au commencement qu'un moyen pour arriver à l'intelligence des mots et de la langue, devint objet d'étude. On se mit à étudier les choses pour elles-mêmes : le réalisme était né. Simler, px)fesseur à Halle, en fut l'un des premiers et des plus actifs promoteurs. On peut supposer que ce fut sous son infiuence que Francke introduisit, comme nous l'avons m, les études réaies dans ses établissements. £n 1739, douce ans après la mort de Francke, Simler ouvrit luimême à Halle plusieurs écoles réaies, dans lesquelles on enseignait l'arithmétique, la géométrie, l'usage de la règle et du compas, le mesurage, le calendrier, Tastrononûe» la géographie universelle, le dessin, l'agriculture, l'horticulture, l'apiculture, l'anatomie, Fhygiène, les institutions civiles, l'histoire et la géographie de l'Allemagne,

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Tusage des métaux, des pierres, du bois, des couleurs, etc.. et la manière de les travailler. Au principe du réalisme, nous trouvons associé ici déjà celui que Pestalozzi a tant accentué, savoir que Ton doit' avant tout étudier les cho- Bes renfermées dans notre sphère particulière, et qui, par conséquent, nous touchent de, plus près.

Une fois la voie du réalisme ouverte, l'Allemagne s'y jeta avec une ardeur incroyable : on eût dit que le salut de l'humanité dépendit de ce mouvement. C'était à qui élargirait le plus le champ dans lequel on venait d'entrer. Hecker organisa à Berlin, en 1747, une école réale pour toutes les carrières industrielles, commerciales et techniques. Il y avait des classes pour les manufacturiers, les architectes, les gérants, les teneurs de livres, les mi* neurs. etc. D'immenses collections servaient de moyens d'instruction. On y voyait des modèles de bâtiments, de vaisseaux, des instruments aratoires et autres, des marchandises, des magasins, des collections de minéraux, des jardins botaniques, des pépinières. En outre, on parcourait le pays pour montrer aux élèves les moulins, les scieries, les fabriques, etc. La collection des cuirs, avec lesquels on faisait du commerce, renfermait plus de quatre-vingt-dix échantillons différents : cuirs de bœuf, de vache, de veau, de chèvre, de bouc, de cheval, de brebis, de daim, de cerf, des maroquins, etc., etc.

Ce mouvement, comme on peut se le représenter, réagit puissamment contre les études classiques. Le grec et le latin furent abandonnés par une bonne partie de la jeunesse. D'un autre côté, on se mit à introduire des branches réaies dans le gymnase (collège classique). Des tentatives de tout embrasser amenèrent jusqu'à onze heures de leçons par jour. On s'aperçut bientôt que cela ne pouvait pas aller, et qu'il fallait mettre de l'ordre dans ce chaos. Le gymnase, avec plus bu moins de réalisme, fut conservé pour les jeunes gens qui désiraient se préparer aux études universitaires, et les écoles réaies, parallèles au gymnase, reçurent les élèves qui voulaient em*

TBMP8 MODERNES. 245

brasseor des carrières industrielles, cœnmerciales ou techniques. Et comme la mutifAicité des vocations ne pmnettait pas d'avoir égard à toutes, on comprit que, de mâme que le gymnase donnait la culture générale nécessaire pour aborder les études spéciales de runiver-* site, il fallait aussi que l'école réale donnât la cultun g&ièrale réclamée par les diverses vocations auzquellei elks aiboutissent, et qu*on réservât les études spéciales pour un établissement scientifique, Fécole polytechnique, parallèle à l'université ^ . Voilà comment le réalisme a élevé un nouveau système d'études à côté de l'ancien. Mais ce double système d'études moyennes et scientiflqnBB, auquel nous sommes arrivés n'est pas sans in* cmvénients. Dès l'origine, ces deux systèmes se sont dôdaré la guerre, et la lutte est loin d^étre terminée : le réahsme continue à demander la suppression du grec et da latin, et Vhumanwne voudrait expulser le réalisme dsi éludes moyoïnes, prétendant qu'il ne cultive pas siflbamment l'homme. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer (Mb discussion, ni de parler de la philosophie qui s'est i^îssée à la base du réalisme ; nous devons auparavant étudier le déToloppement de la pensée pédagogique sur le terrain psychologique où elle a été jdacée et affermie comme sur sa base naturdle, en particulier par Pestalozzi et ton école.

} 19. Scmn^Smemmm B«iiuea« (]f7î2-1778).

Ce n'est pas une tâche facile que celle qui s'offre à ma plume dans ce chapitre. Jean-Jacques Bousseau est si (oiginal dans ses principes, qu'on ne peut le comprendre

i. L'université et Técole polytechnique sont, comme en le sait, des élaMteements comptexts. Chacnm d'eux se dhise en phtsieurs étatdissflMttBls; l'université, en école de théologie, de médecine et de droit; Yktù» polytechnique, en école des arts et métiers, école forestière, école airbole, école commerciale, etc. Il y a du reste une grande diversité et •aeere quelque confusion dans lee écoles réaies.

sans une étude approfondie, et il possède une telle richesse d'idées, qu'on ne saurait le bien expliquer sans entrer dans des développements que ne comporterait pas ce modeste travail. D'autre part, la vérité est si constamment unie à Terreur dans ses écrits, qu'il faut une vigilance constante pour ne pas se laisser prendre aux charmes de son admirable style. Malgré ces difficultés, je veux néanmoins essayer de faire, sinon une étude approfondie et complète de notre philosophe, du moins une esquisse consciencieuse* Je commencerai par jeter un coup d'œil sur sa vie, ses ouvrages et sa philosophie; je passerai ensuite à l'analyse de ÏÉmile^ son célèbre ouvrage sur l'éducation, et je terminerai par quelques remarques et réflexions sur ses principes philosophiques et pédagogiques.

i. Coup d'œil sur la vie, les écrits et les principes de J.-J. Rousseau

Rousseau naquit à Genève en 1 712. Sa mère mourut en le mettant au monde. A sept ans, il lisait déjà des romans avec son père. Il avoue, dans ses Confessions, que cette lecture lui fut funeste. Il lut ensuite Bossuet, Ovide, Fontenelle, La Bruyère et Plutarque, qu'il trouva parmi les livres de son grand-père maternel. Dès ses premières années, nous dit-il, son caractère, qui le mit constam- ^: ment en contradiction avec lui-même, fut un mélange

* \ d'orgueil et de tendresse, d'irrésolution et de courage, de . --r mollesse et de virilité. Il était babillard, gourmand et menteur à l'occasion. Il volait des fruits, des friandises, mais jamais il ne trouva du plaisir à faire le mal, à gâter quelque chose, à battre quelqu'un. D avoue pourtant avoir sali par méchanceté le pot d'une voisine, et il en riait encore à l'âge de cinquante-huit ans, en écrivant ses Confessions,

Son père ayant été obligé de quitter Genève à la suite d'une querelle, il fut placé chez un pasteur de la cwnpagne et plus tard chez im graveur, à Genève. S'étant enfui à cause de quelques espiègleriesi un curé, cbes

j«tL

TEMPS MODEKNES. 247

lequel il se rendit, le dirigea sur Annecy (Savoie), o& une dame de Warens le reçut et l'envoya plus loin, à Turin, dans Thospice des catéchumènes» Ici, Rousseau fit abjuration du protestantisme. Il était alors âgé de seize ans.

Après son abjuration, Rousseau fut congédié. Il mena quelque temps une vie errante et aventureuse, après quoi il revint à Annecy, chez madame de Warens. C'était ea 1732. Cette femme, qui sous un extérieur décent cachait une grande légèreté, ne tar(^a pas à entraîner notre jeune philosophe dans un commerce illicite. Sa conscience s'en étant alarmée, elle le rassura en lui persuadant qu'après cette vie, il n'y a ni jugement ni enfer à redouter. Plus tard, des livres jansénistes le troublèrent encore ; mais il trouva, cette fois-ci, deux « aimables amis » qui lui aidèrent à étouffer la voix de sa conscience. Rousseau demeura huit ans chez madame de Warens. Pendant ce temps il étudia le latin, les mathématiques, la musique et la philosophie dans Locke, Leibnitz, Descartes etMalebranche. En parlant de cette époque de sa vie, Rousseau dit qull « menait une vie innocente, autant qu'on la peut m^er; » et il ajoute : t Je n'ai jamais été si près de la sagesse, sans grands remords sur le passé I »

En quittant madame de Warens, Rousseau se rendit à Lyon, chez un M. de Mably, en qualité de précepteur; mais il n'y demeura qu'un an, attendu qu'il manquait des qualités essentielles à cette fonction. Quand tout allait bien, nous dit-il, il était un ange avec ses élèves; mais quand il rencontrait des obstacles, sa nature passionnée le transformait en un démon. L'ignorance de ses élèves et leur méchanceté l'exaspéraient au point qu'il aurait pu les tuer.

En 1741, Rousseau partit pour Paris, dans l'espoir d'y faire fortune avec la méthode de musique chiffrée qu*il Tenait d'inventer. L'opposition de Rameau le fit échouer dans ses projets. La méthode de Rousseau présentait cependant, à bien des égards, des avantages réels sur

2(8 HISTOIRB im LA. PÉDAÔOGIB.

râncienne. Avec sed chiffra, il simplifiait eonàidérable* ment la musique : il ramenait les dooze gammes au ton fondamental d'ut (majeur ou mineur), et supprimait toutes les clefs et toutes les armures. La mesure mteie était simplifiée. Cette méthode a-t-elle encore un ^yenirt L'Allemagne a essayé^ dans la première moitié de ee siècle, de la faire revivre ; mais eUe l'a aujourd'hui complètement abandonnée. Un Français, M.Cbevé,a travaillé depuis et avec quelque succès à la populariser daofs sa patrie. Pour la musique instrumentale, on peut faire à cette méthode des objections fondées : c'est, je crois, ce qui l'a fait rejeter en Allemagne ; mais elle est excellente pour la musique vocale populaire.

Outre sa méthode, Rousseau a écrit un Dictionnaire de Musique pour V Encyclopédie de d'Alembert et DideroL Cet ouvrage, retravaillé et publié à part en deux volumes par l'auteur, témoigne de connaissances musicales étendues et approfondies.

Le séjour de Rousseau à Paris fut interrompu par dixhuit mois de service chez le comte de Montago, ambassadeur de France à Venise. Cette époque de sa vie est remplie d'aventures scandaleuses.

De retour à Paris, Rousseau y fit connaissance avec Thérèse Levasseur. Il lui déclara qu il ne l'épouserait pas, mais aussi qu'il ne la quitterait jamais. C'était une personne très-commune , pour laquelle le cœur blasé de Rousseau n'éprouva jamais, à ce qu'il nous dit, une étincelle d'amour, n en eut cinq enfants, qu'il fit tous porter à l'hospice des Enfants-Trouvés, malgré la résistance que lui fit chaque fois Thérèse. L'idée d'exposer ses enfants lui avait été suggérée dans une compagnie de Ebertins qu'il fréquentait.

L'Académie de Dijon ayant, en 1749, mis au coacours la question de savoir si le rétablissement des sciences et des arts avait contribué à épurer les mœurs y Rousseau concourut et remporta le prix. Nous devons nous arrêter un instant sur cet écrit. Dans une première partie, Rousseau

montre que les nations se corrompent en se civilisant; c'est ce qui est arrivé, en particulier, aux Egyptiens, aux Grecs, aux Romains. Dans la seconde partie, Rousseau essaie de rendre la civilisation responsable de ce triste résultat, en montrant le vice à l'origine et au bout de tous les arts et de toutes les sciences : l'astronomie est née de la superstition ; l'éloquence, de la vanité, de la haine, de la flatterie; la géométrie, de Tavarice; la physipe, de la curiosité ; la morale, de l'orgueil. D'un autre côté, l'art aboutit au luxe, la jurisprudence à la chicane, l'histoire à l'ambition. Telle est la voie dans laquelle la civilisation fait entrer un peuple. Elle y gâte tout, elle y penertit tout, jusqu'à l'éducation. On n'élève plus les hommes pour qu'ils soient bons et vertueux, mais savants et habiles. Le beau a remplacé le bien. « Dieu toutpuissant, s'écrie-t-il, délivre-nous de la civilisation et des arts corrupteurs de nos pères, et rends-nous l'ignorance, la pauvreté et Tinnocence, ces seuls biens qui peuvent nous rendre heureux ! »

Dans l'écrit que je viens d'analyser, Rousseau formula, pour la première fois, un système philosophique, qui n'est autre chose qu'une haine exagérée contre la vie sociale et une confiance aveugle en l'état de nature. Rousseau ne comprenait pas ou plutôt il ne croyait pas que le mal qui règne dans l'humanité fût antérieur à» toute civilisation, et que celle-ci n'est dangereuse qu'autant qu'elle s'éloigne des principes vivifiants et réparateurs du christianisme. C'est du cœur, et non de la civilisation, que sortent les mauvaises pensées et les làauvaises aclioM qui troublent l'humanité ; et pour relever l'homme, il faut un principe qui renouvelle et change le cœur. Tout autre moyen est insuffisant : après avoir ôté la civilisation à l'homme pour l'empêcher de se corrompre, il faudrait encore lui couper ses propres membres, et, à la fin, lui ôter même la vie.

En 1752, une maladie qui le conduisit au bord de la lui fit prendre la résolution de briser avec l'opi-

nion et de vivre conformément à ses principes. H mit de cAté son épée, sa montre, ses bas de soie et sa longue per rucpie. Un voleur, qui le débarrassa de son linge, lui aida à se rapprocher davantage encore de la vie de nature. 11 gagnait son pain en copiant de la musique.

Cette même année, l'Académie de Dijon ouvrit un nouveau concours Sur l'origine de l'inégalité des hommes et la question de savoir si elle était atUoriséepar la loi mUureUe, Rousseau concourut de nouveau; mais, cette fois-ci son travail ne fut pas couronné. On comprend déjà, d'après ce que nous avons dit de ses principes, qu'il attribue à la civilisation les inégalités qui régnent parmi les hommes. « Au commencement,' dit-il, il n'en était pas ainsi. Les hommes, tous égaux, libres et heureux, vivaient aussi près de la nature que les animaux; ils n'avaient ni vêtements, ni maisons, ni famille, ni langage, ni société. Le mâle et la femelle n'entretenaient entre eux que des rapports physiques qui ne les liaient nullement l'un à l'autre. L'enfant de même n'était plus rien pour la mère, sitôt qu'il pouvait se passer d'elle. Dans cet état, l'homme était sain, fort et aussi heureux que les singes de la Guyane. » Rousseau afârme toutes ces choses sans en donner aucune preuve, si ce n'est que les sauvages, plus rapprochés que nous de la vie de nature, mèneraient une vie plus heureuse. On sait aujourd'hui ce qui en est du bonheur des peuples sauvages ou non civilisés. Le bonheur que Rousseau préconise n'existe yue pour renfknce. Elle seule, dans ^n innocence, trouve des charmes infinis dans la vie libre des champs; mais c'en est fait du bonheur, qusmd arrive la dure nécessité du travail, quand viennent les soucis de la vie et les passions qui s'allumait dans le cœur du sauvage oomme dans celui de l'homine civilisé. Quant au bonheur du singe, dont parie Rousieau, jB ne sais ni qu'en dire m qu'en penser, et je ne sais vraiment pas où il a pu puiser cette folk exdamation : « Si la natore nous a destinés à être sains, j'ose presque assurer que l'état de réflexioû

TEMPS UODERIfES. 251

«8l un ^t contre nature, et que Thomme gui inédite est un animal dèpravél •

i Des milliers d'années se passèrent avant que Tinstinct de perfectibilité (Rousseau aurait dû dire de dépraTation) qui était en Thomme s'éveillât ; mais une fois en branle, à fit des progrès rapides. Alors naquirent les vices, la tyrannie, Torgueil, les guerres et tous les maux de la ci< TÎlisation. » Les inégalités sociales i^aissent donc, selon Rousseau, de la civilisation, et elles ne sont nullement contenues dans la loi naturelle.

En 17S4, Rousseau revint à Grenève, et il y fit abjuration de son catholicisme. C'était de sa part un acte purement civil : il ne voulait pas être exclu de ses droits de citoyen par la profession d'un autre culte que celui de ses pères. Rousseau ne demeura pas longtemps dans sa patrie : incommodé par le voisinage de Voltaire, il retoama en France et alla habiter successivement TEnnitige et Montmorency, près de Paris. C'est alors qu'il écsmi la Noîwelle Hèkàst^ le Contrat social et Y Emile.

Je ne dirai rien de la iVouueZ^ Héloïse, que je n'ai jamais lue. On en parle comme d'un roman fort dangereux pour k jeunesse.

Le Contrat soeiai^ qu'on a appelé le phare de la Révolu^ lion, est un écrit politique. Dans les deux discours célèbres que je viens d'analyser, Rousseau se livre à un travail de démolition *, ici, il essaie de construire un nouvel état sodaL Sentant l'impossibilité défaire rentrer l'humanité dans l'état de nature, il accepte de nécessité la civilisalicm et il s'eilbrce de la rattacher aux instincts primitifs de l'homme naturel, c'est-à-dire à l'amour de soi, de sa CMiseïvation, de son indépendance, de sa liberté. L'homme naturel rapporte tout à soi. H est individualiste dans le ans le plus absolu du mot. Sous peine de se dénaturer, il doit donc aussi, dans la vie sociale^ se retrouver tout «ntier, indépendant et libre. S'il s'associe, il ne doit donc 1» faire qua dans son propre intérêt, pour être mieux peotégèy plus fort, j^us indépendant et plus libre. L'Etat

252 HISTOIRE DE LA PéDACK)GIE.

est une instiiution toute en faveur du citoyen. La souve* ràineté est le droit de chaque individu en particulier. Le prince n*est que le mandataire des associés ; la constitution et les lois ne sont qu'un contrat social passé entre eux et dans lequel ils se garantissent leurs droits resj[>ectifs. Rousseau ne se prononce pas en faveur d'une forme quelconque de gouvernement ; il pense seulement que la forme républicaine convient mieux aux petits Etats, et la monarchie aux grands.

Lorsque le Contrat social parut, il produisit une grande sensation. Les idées qu'il renfermait étaient alovs toutes nouvelles. Rien donc d'étonnant, si les peuples furent tentés d'en faire l'essai. La révolution française, en particulier, les fit passer dans le domaine des faits. Il faut le dire, Rousseau avait mis le doigt sur la plaie et indiqué plus d'un remède. Mais deux éléments essentiels manquent à son système, l'élément social et l'élément divin. Je m'explique. Rousseau base son système sur l'individu, sur Yégoïsme. Tout s*y rapporte au moi : aucune place ne s'y trouve pour le dévouement, pour le renoncement, pour le corps social, qui est plus qu'une juxtaposition d'individus sans lien commun. Je ne voudrais pas, comme le socialisme, absorber l'individu dans le corps social, mais on ne doit pas non plus supprimer celuici et ne plus voir dans le monde que des individus dont chacun n'a d'autres intérêts que les siens propres. Le christianisme nous présente l'Eglise comme un corps âans lequel les fidèles sont membres les tms des autres. On peut en dire autant de l'humanité. L'élément divin ne manque pas moins au système de Rousseau que l'élément social. Je ne lui reprocherai pas d'avoir corn* battu la légitimité : le droit divin n'est pas soutenable au point de vue chrétien. Mais si Dieu n'a donné à aucune famille le droit de régner, il ne s'ensuit pas que le pouvoir ne soit qu'tme institution humaine. Tout prince, tout gouvernement est ministre du Roi des rois et du Seigneur 4es seigneurs, pour gouverner et exercer en son nom la

TBMPS MODERNES. 253

justice, et malheur à celui qui oublie de qui il relève I Malheur aussi au peuple souverain qui ne voit plus l'élu de Dieu dans le chef qu'il se donne, mais un simple agent de sa volonté I Si les légitimistes ont le tort d'attacher à ime dynastie, par droit divin, un pouvoir que Dieu reprend quand il lui plaît et donne à qui il veut, Rousseau, et après lui les révolutionnaires, ont le tort tout aussi grave de faire naître le pouvoir d'en bas et de lui ôter par là sa consécration divine *• Quel respect peut-on conserver pour vm pouvoir qui ne dépend plus que des hommes?

Dans VEmile^ Rousseau cherche à rattacher l'éducation aux instincts primitifs de la nature, comme il avait cherché dans le Contrat social à y rattacher les institutions poUtiques. Je ferai plus loin une analyse de ce célèbre ouvrage d'éducation. Pour le moment, je me borne à dire qa'il souleva dès son apparition une violente tempête contre son auteur. Le parlement et Tarchevéque de Paris, le condamnèrent le 9 juin 1762. La sentence, qui renferme une remarquable appréciation des principes de Rousseau, portait que VEmile devait être brûlé, l'auteur enfermé à la Conciergerie, et ses biens confisqués. Huit jours plus tard, VEmile était brûlé à (xenève par les protestants.

Informé à temps du jugement qui le menaçait à Paris, Rousseau s'enfuit et se réfugia en Suisse, dans la petite Tille d'Yverdon, alors soumise aux Bernois. Mais ces derniers ne voulurent pas garder Rousseau sur leur territoh«, et il se retira à Métiers (canton de Neuchâtel) sous la protection du roi de Prusse. Au commencement tout alla Ken; Rousseau obtint du consistoire la permission de communier. Malheureusement, il ne tarda pas à se brouiller avec la population, et il dut presque s'enfuir. C'est alors qa*il se réfugia sur la petite île de Saint-Pierre, dans le lac de Bienne. Notre philosophe croyait avoir enfin trouvé

i. La formule suivante est conforme aux principes que je viens d'exposer : N. N. par la grâce de Dieu et la volonté du peuple^ empereur, fvî, président de, etc.

S5A m^omEim%à, pâdagogib.

un lieu pour vivre tranquille; mais il n'en fiit rien, il^ gouvernement de Berne apprenant qu'il se retrouvait sur son territoire, lui signifia Tordre de s'éloigner.

Bousseau retourna à Paris au moyen d'un sauf-conduit qu'il avait pu se procujper. Cette même année, o'est-àdire en 1766, il se rendit en Angletearre sur l'invitation de David Hume; mais il ne put s'entendre avec son.nouvel ami, et il rentra en France. Bousseau alla enfin se.flxer à Ermenonville, près de Paris,, dans une campagne apjpar* tenant au marquis de Girardin.

Depuis longtemps Bousseau souffrait d'une misanthropie dont les accès devenaient de. plus en plus violente. Il •croyait que tout le monde se moquait de lui, au point qu'il redoutait de passer par des diemins fréquentésL Sous le poids de ces pénibles pensées, il écrivit xme apologie de sa vie avec l'intention de la déposer sur l'autal de l'église Notre-Dame; — il y joignit ces paroles : « Dépôt confié à la Providence. Protecteur des opprimés, Dieu de justice et de vérité, reçois ce dépôt qu'un malheureux étranga» plaoe>sur ton autel et confie à ta providence. # Mais quand Rousseau alla pour porter «on manuscrit, îl trouva la grille du chœur fermée. Cet obstacle inattendu l'exaspéra au point qu'il lui sembla, au premier moment» que le ciel s'était conjuré avec les hommes contre lui.

C'est à cette époque de sa vie que Bousseau écrivit «es célèbres Confessions^ non pas comme saint Augustin avec le besoin de rendre hommage à la grâce de Dieu qui l'avait retiré de ses égarements, mais dans un sentiment d'orgueil. Dans ses Confessions Bousseau a voulu tais& l'apologie de sa vie. Il veut y prouver qu'après tout il est le meilleur des hommes : au jour du jugement, il se présentera hardiment, dit-li, de^nt le trône du souvecaia juge, son livre 6 la main I L'orgueil humain n'a jamaÎB tenu un langage aussi audacieux.

Rousseau mourut à Ermenonville en 1778, à l'âge d& soixante-six ans. Des breuvages qu'il avait préparés et la marque d'un coup de feu qu'on aurait observée sur son

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Iront, ont fait croire qu'il s'était suicidé. M. de Girardin a cherché plus tard à démentir ces assertions, mais sans lever tous les doutes.

TeUe est la vie, et tek «ont les principaux ouvrages de L-J. Bouèseau. Passons maintenant à Fôtude de son fivre sur l* éducation.

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