Livre premier.— Introdnotiûii.— Les deux premières flnnéee
T9tU est bien sortant des mains de V auteur des choses; tout dégénère entre lesmains de Vhomme : Telles sont les paroles sentencieuses par lesquelles s'ouvre X Emile. Rousseau se place d'emblée sur le terrain de la nature ; il veut une (ducation faite par la nature, ou du moins conforme à la nature : c'est sa thèse philosophique appliquée à l'éducation.
DansJl'état présent des choses, l'homme a besoin d'être façonné pour la société ; autrement tout irait encore j^lus mal pour lui. Son éducation actuelle est et doit demeurer iQutà la fois l'œuvre de la nature, des homm ^ et des choses. « Le développement interne de nos facultés et de nos oiganes est l'éducation de la nature ; l'usage qu'on nous apprend à faire de ce développement est l'éducation des luunmes; et l'acquis de notre propre expérience sur les ûfa}et6 qui nous afiectent, est l'éducation des choses. C3iacam de nous est formé par ces trois sortes de maîtres^. Le dfficiple dans lequel leurs diverses leçons se contrarient estmàl élevé ; celui dans lequel elles tendent aux mêmes fins ya seul à son but ; celui-'là seul est bien élevé. » Mais il fist presque impossible de mettre d'accord ces trois .amUres ; trop de causes viennenten déranger Tharmoaie. c Tout ce qu'on peut faire, à foroade soins, c'est d'approcher plus ou moins du but. »
£t quel est oe l)ut en matière d'éducation? Ge but est
L Les églises chrétiennes y ajoutent encore Faction du divin Maître, igistant sur Thomme par sa parole et par son esprit ou sa griot.
celui de la nature même, à laquelle il faut subordonner, comme à leur règle, et l'éducation des hommes et celle des choses. Demande-t-on quel est le but de la nature? Rousseau répond que c'est la satisfaction de ses propres besoins. « L'homme naturel, dit-il, est tout pour lui, il est Tunité numérique, l'entier absolu qui n'a de rapport qu'à lui-même ou à son semblable. L'homme civil n'est qu'une unité fractionnaire. Les (soi-disant) bonnes institutions sociales sont celles qui savent le mieux dénaturer l'homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative et transporter le moi dans l'unité commune. » C'est-à-dire que Tégoïsme serait le but de l'éducation, et que ce que nous appelons sacrifice^ renoncement^ abnégation^ serait une erreur, ^une monstruosité naturelle. Dire à Dieu : que ta volonté soit faite et non pas la mienne^ ce serait un suicide de la nature*.
Cependant Rousseau se demande ce que deviendra pour les autres un homme uniquement élevé poiur soi, et il ajoute : « Si peut-être le double objet qu'on se propose pouvait se réunir en un seul, en ôtant les contradictions de rhonmie, on ôterait un obstacle à son bonheur ! » Continuons. Rousseau a bientôt renversé l'obstacle qu'il avait entrevu, et il dit, avec une confiance qu'aucun fait ne justifie : « Pour former cet homme rare (vivant pour soi et remplissant ses devoirs envers les autres I) qu'avonsnous à faire? Beaucoup sans doute; c'est d'empêcher quô rien ne se fasse. Dans l'ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation commune est l'état d'homme, et quiconque est bien élevé pour celui-là, ne peut mal remplir ceux qui s'y rapportent. Qu'on destine mon élèvô à l'épée, à l'Eglise, au barreau, que m'importe ! avant la vocation des parents, la nature l'appelle à la vie humaine. Vivre est le métier que je lui veux apprendre. »
Rousseau apprendra donc à son élève à vivre d'une ma-
1. On verra plus loin que Rousseau ne tire pas de telles conséquences de ses principes; mais elles y sont renfermées.
TElfPS MODERNES. 257
mère naturelle, c'est-à-dire à faire usage de ses organes, de ses sens, de ses facultés, de toutes les parties de son être. Il sera l'unique objet de son existence; il ne lui par^ lera donc ni de parents, ni de famille, ni de société, nide patrie, ni de Dieu, cartout cela est hors de lui. Il faudra que dans son élève le moi occupe tout, remplisse tout, que tout en sorte et que tout s'y rapporte.
Après cet exposé de son système, Rousseau aborde les détails pratiques de Téducation. L'enfant, dit-il, devrait être élevé et nourri par sa mère, selon la loi de la nature; et le père devrait aussi s'en occuper; celui, ajoute-l-il, qui ne peut remplir ses devoirs de père, n'a point le droit de le devenir. Mais la société est corrompue : les femmes ne veulent plus élever leurs enfants. Rousseau prend donc pour élève un de ces petits, jetés dès la naissance hors de la voie naturelle, et il va essayer de l'élever d'une manière conforme à la nature. C'est ainsi que, dès le début, Rousseau se place avec son élève dans une position exceptionnelle et contre nature. Exceptionnelle^ parce qu'il est impossible que la généralité des enfants soit élevée hors de la famille, comme son Emile; et contre nature^ puisque de l'aveu même de Rousseau, c'est à la famille qu'incombe le devoir d'élever les enfants. Que n'a-t-il donc fait choix, oomme Pestalozzi dans Léonard et Gertrude^ d'une mère vertueuse et active, qui sût bien discipliner ses enfants, ou mieux encore, d'une famille honnête et pieuse qui aurait pu servir de modèle aux autres?
Rousseau en sa qualité de gouverneur, commence par chercher une nourrice pour son nouveau-né, sain et vigouïeux garçon : il ne le voulait pas autrement. A d'autres fe soin d'élever des enfants faibles, maladifs ou cacochymes. Comme il ne fait qu'écrire un hvre, la nourrice
se présente à point nommé, nouvellement accouchée
iaine de corps et de cœur. Ces qualités sont essentielles*.
i. Moi qui élève des enfants réels et non imaginaires, j'ai été obligé
2Si^ HISTOUOF BS tA P^Ai^OaiE.
Pofor obl^fli!? ma bon lait, il ne donne à sa noumoB qnectefflégumes: et autires^sabstances- végétales. L'exemple des vaches^ qui se nourrissent de* foin et d'herbe et donnent un lait excellent, à induit ici' notre philosophe en erreur. La plupart des légumes et des firuits aigrissent le lait' diss femmes et donnent des coliques* aux enfants. Ce qui eon^ lient le mieux aux femmes qui allaitent, ce sont les Tian» â^ eile laitagp&afl^e& un peu de Tin et une vie tranquille. Rousseau veut çpie son. nouriisscHL habite la campagn€E. Hélas 1: le^ conseil est bon, mai» conii3ien peu de citadinS' peuv^ent en; profiter llosensiblement, et en ceci il a- raison^ iL \«ut. qu'on habitue Ib^ nousrisson à être lavé avec de Teau froidie, été et hiver. Bès sa naissance, il lui accorda, lailibertè de ses membres^ il proscrit le maillot. Pajout^ que la bescaau est également inutile ; il^estpeut^-êtiTe dangereux; emtou&cast il^OGcasionne de nombreux accident» L'éâucat&(sn de ren&nt commence à sa naiœance; Elle consîstB d!aberd à;ffînpêcher qu'il ne pr^[me des habitud«l' dent il) deviendcait Tesdave.. Q fout le mettre « en état^ dlétBft' toujouirs maltx^ de Ininnâme et' de faire ea toutesi choses sa ^lonté^ sitôt qa*il euv aura^ une« » Gonseil< daa*gesoms, s'il était praticable! Bès que Feniant prend piaiër àrvoirrd^ objets^ il faut lui en. montrer de tontes sort^î mâne* «c des animaux laids^. d^oûtant», bizarres, des serpents^ des crapauds^, ùos éGrsmsses. » Il &ut aussii lui faire vok des< masques, de phift eni plus laids,^ afin de' raguermo;. On Thedsituera également! aux. détonations des armes à feu par des c&uçB' de> plus^ en. plus fortai a Avea une gradationrlenteet ménagée, on jendl'homme etl'es^ fai]^ intrépides ^.touti.»
d«^ ottercHev une nourrice' pour uir petit avorton, venu spvant tenn^ faible,, chétif„ii'ay$iiit qu!ua souffle de We et mô dans lescirconstaucailes plus critiques; moins heureux q|ie Itousseau» je n'ai pu trouver qu'une nourrice accouchée depuis cinq mois, mais saine de cœur et de eorpi» On craignait à^ cause de cette circoni^nce ; néanmoins tout a parfidte' ment bien réussi, l'enfant a prospéré au delà de toute attente. On ne vit iaimdft gangon pliis flôrt et plus solide.
TBMM M0DBRIŒ81 ^9
Bans le commencement de la vie, l'enfknt n*est occupé que de ce, gui frappe ses sens; il faut entrer dans cette diq^sition naturelle et lui laisser examiner, palper les obi^ts^ cela fournit les premiers matériaux de ses con-* naissances.
Quand l'enfant crie, c'est qu'il éprouve un besoin, et Koadoit chercher à le satisfaire. Il faut cependant pren-» are garde qu'il ne devienne volontaire et capricieux* La remède contre les^ caprices se trouve dans la liberté : «Moins contrariés dans leurs mouv^oients, les enfants itouent moins; moins importuné de leurs pleurs, on se tourmentera moins pour les faire taire; menacés ou flattés moins souvent, ils^ serontmoins o^aintifs ou moins «piiâtres, et resteront mieur dans leur état naturel... Jtea kmgs pleurs d'im enfant qui n'est ni lié ni malade^ ekqplan ne laisse manquer^dë rien, ne sont que des I^iraurs d!habitude et d'obstination. Ils ne sont point Bmi^raige de la nature, maisde la nourrice qui multiplie les^mis à l'enfant, sans songer qu'en le faisant taire au*joard'liui, elle l'excite à pleurer demain davantage. Lé ssuLmoyen de guérir ou de prévenir cette habitude, est û^JÙj faune aucune attention. Personne n'aime à prendre une peine inutile, pas même les enfants. »
Après avoir parlé du sevrage et proscrit' les jouetSy Boiisseau passe au langage. Il ne v^it pas qu'on parle Usff tôt aux. enfants, qu'ont mette trop d'importance aux &ates qu'ils commutent, et qu'on élargisse leur vocabu*' laîEe au delà de leur horizon* En revanche, il exige qu'on bor apprenne à articuler distinetemient, et il prétend que dans les campagnes les enfants ont la prononciation plus fexme^t plus distincte que dans les villes, parce que les esifonts des paysans- apprendraient à parler d'une ma* Bière. fins naturelle qp& ceux des citadins.
Uvte II. — Enfanoa d*£a41e (de 2 à 12 ans). i^y^ (/
Quand l'enfant commence à marcher et à parler^ 11^ entre dans une nouvelle phase de développement. La^
2IK HISTOIB& OBt Uk. PÉDAGOGIE.
ploff^tnik Sidfeiifiuai^lHiiâakift vitjaeA^ s£ucliâ2nb£e9X)u L'enfWKcra.âaDi8 undj Ghaiabse boi^pâ, et.&'il eu: demanSa^ht raisoiLoa Mdii)af<{aotG'«st! pour, qu'il a^ait^lusda vitraftà. bfiiacED. OoJft .kîBaesa retournée daa& sa. chambre dèaqj^ ppgmettig spontenémnftut de ne^t^bmseï; de vitreâ. «l H est bient étrange , dib Bouaseau;^, que de^iis. qju'on sa ïxsll^ dléiàmp daa eufaats on» n'ait imagée: d'autrainstrsmeni pour le» oonduke que Kémulation^ la. jalousie^^ Tën^iriai la^ vanîÉévltaK^iditô, la 'vâla oraintef toutes les j^as^ STbim tes plus dangerausest les plu& promptes à fermentes et^ les' plus propres à corrompra l'âme, même avant quale corps^ sodt formée » Mai&aoumattez l'enfant à la loi de lanér cessiM, qu'un « non^ prononcésoit un mur d'airain »»pQur lui, et:toat;diangçi}a(de iaoe;;ii deyiendra « patient, lôsir gn#, paisBiUa^ mômei(|uaiidi i]f n!auKa pas ce qu'il aura vouHi;; car il e^. dans la nature de l'homma d'endurer potîfflnaientlanécessitôdeschosesvmais noalamauyaisa vfitentét d^antrui.. » « E ma faut poùU aa mêler d'élei;(eE vol eofisnt, d)É-il aili6ucs> qMandûane. ssât pas le aondufasa* oùFom¥eu<>pairles;afiaijl€âlidisdu.p08sible et de rimposr siUe. La? spfaèrs de Tua etde l'auti». lui étant (^^alement ineonsve^ euJ^étttodv on la neaserra auteur de lui comma. on^i^st. On. renchaioevonil&ponaseï): oniLe: retient arâcle* seul Uen^ dâ^Ia^ néeesâtâ^ ^ma^ qp^ik en murmura;, on. la r^id souple ^ docile: pan la , seule, farsa des choses^, sans * qte'aucuiifmcsaibiroeeaEakm^degpia^ en bii... Maia uâ: donner à votre élàye aucune ea^hoe de leçon, verbaln,, Q^ n*ea doit reeevoËr cpÊJdi d6> Kexgérienoa; ne lui inflige aucun châtiment^, car il ne sait, ee^ qpoi c'est qjn'êtca? eaau faute; ne^lni Mtes.jamaia. demander, pardon, car îLiieh saurait vous offenser. Dépourvu de toute mc^^té. âaiia> se» actioas^^ ilf ne peut rien: faire qpi aoitimoralemflPt nmî ef^qnif mérite ni châtiment: ni réprimande. »
fies affirmations vont.tcop/loin,» ca qui n'empêcha, gaft que lafermùeté avec lesienfaatane leS'iUsciplina etne lètk moitaJisev tandis quak faiblesse desjareniAet des madUxM leiferi*
Cependant on ne petitpas' renvoyer indéfiniment Téttidë de.la morale, puisqtfun jeur* T^nfànt^iôif entrer dans Ife eorps sociaL Reussean oommcnee' ce snjet par l'idée de pnqpriëté, qu'il inculque à seir ëhre en lui faisant faire und^tdans le jardin, oe qui amène un conflit avec le jardinier. (Test par cette porté qu'il entre dans le monde morale Mais, continue-^t^il, « avec les conventions et le âsvov naissait la fxmsiperie e€ le mensonge. Dès qu'on peut faire ce qu'on ne doit pas, on veut cacher ce qu'on n'a pas dA faire. Dès qu'un intérêt Mt promettre, un intéiétidus grand peut Eure violer la promesse ; il ne s'agit ptosquedela violer impunément. La ressource est natu-^ leBe; on se cacbe et rôn.ment. »
D'après les principe» qui précèdent', on comprend fU'Enxile ne sera point pmii s'il tombe dorénavent en tete, dans le mensonge, par ex^oaple. « Le châtiment; èH Rousseau, doit toujours- arriver aux enfants, comme Wftsuite naturelle de leur mauvaise action. Ainsi vous aa. déclamerez point conlre le mensonge, vous ne les BWiirez point précisaient pour avoir menti; mais vous fa»que tous les mauvais effets du mensonge, comme êim'élre point cru quand on dit la vérité, d'être accusé éa mal qu'on n'a point fait, quoiqu'on s'en défende, se( jHWftmhlent sur leur tête quandils ont menti, d Rousseau qu'on peut prévemr le m^osonge en^e conduisant Tenfant de manière à ce qtfil n'rnt nul intérêt à^ BWiptir. « n est clair, .dit41r qne le nsensonge de fait n'est pa naturel aux enfants ;inais o^est la loi de l'obéissance 9ii4^duit la nécessité démentir; parcoqne, Tobéissaniie* ë$ai pénible, on s'en dispensa en secret le {dus qn'oa 01x1, et que l'intéiétpiésentd^é^ter le châtiment* on l9 mgroài» l'emporte sur' llntéorêt' éloigné d'exposé la^ vtettÀ. » nest évident quelaisévéxitédu commandéntfentt stilfoUigation du devoir portât fâx^ement Tenfknt: à^ iMDtir) et qu'il faut user à son égard dhine certaine in-, dulgence pour ne pas l'exposer à une forte tentation. Mais iet> comme d'ordinaire^ Roussasu va trc^ loin ; d'ailleurs
264 HISTOIRE DE LA VÈDAQOQrïR.
sa théorie ne tient pas assez compte de la nature de Tenfant. La disposition au mensonge ne se laisse pas extirper par les moyens qu'il indique : elle ne trouve son correctif que dans la connaissance de ses fautes et dans le repentir. Le mensonge, on ne doit point Toublier, n*est pas proprement un vice primitif : il est plutôt un voile que Torgueil ou l'intérêt jette sur une faute commise pour la cacher. Le mensonge est ime conséquence, non la cause d'un désordre moral. Empêcher cette conséquence, c'est sans doute beaucoup, mais c'est avant tout la cause qu'il faut attein* dre et détruire. Je n'ai jamais guéri un seul enfant du mensonge qu'en le corrigeant en même temps du vice qui y donnait lieu, tel par exemple que le vol, la gourmandise, la fausse honte ou l'orgueil.
Rousseau veut qu'on s'en tienne, pour la morale, à la distinction du tien et du mien. « Pour paraître prêcher la vertu aux enfants, on leur fait aimer tous les vices : on les leur donne en leur défendant de les avoir. Veut-on les rendre pieux, on les mène s'ennuyer à l'église; en leur faisant incessamment marmotter des prières, on les force d'aspirer au bonheur de ne plus prier Dieu. La seule leçon de morale qui convienne à Tenfance, et la plus importante à tout âge , es t de ne jamais faire de mal à personne. »
Rien de plus capricieux que la marche du style dans V Emile. Esprit indépendant, Rousseau ne peut s'astreindre à une marche systématique. Une idée lui parait-elle intéressante, il s'y arrête avec ime complaisance marquée, n fera même im détour pour y revenir. C'est ainsi qu'après avoir parlé de l'instruction, il y revient encore pour critiquer la méthode d'enseignement basée sur la mémoire. Il prétend qu'avant l'âge de dix à douze ans, il est inutile de rien enseigner aux enfants, puisqu'ils ne comprennent ni la lecture, ni la géographie, ni le calcul, n ne croit pas non plus qu'avant cet âge im enfant puisse parler deux langues ^ La mémoire, dit Rousseau, ne peut
4t À fieme, où toutes les écoles sont i^emandes, les enfanta des ùt^
TBBfPS MODERNES» 265
pas se développer avant Tâge de raison, et il est contre nature de la surcharger de faits que l'intelligence ne saurait encore concevoir. Emile n'apprendra donc rien par cœur, pas même des fables, attendu qu'elles renferment des choses au-dessus de sa portée et une morale qu'il ne doit pas encore connaître. Emile n'apprendra à lire et à écrire qu'à mesure que la curiosité et le besoin le presseront d'étudier, n dessinera, mais d'après nature et quand cela lui plaira. La nature sera son seul guide. Nous verrons plus tard, dans Pestalozzi, que Rousseau n'a pas compris le développement naturel de l'enfant, et que là où il n'a vu rien à faire, il y a tout un édifice à construire. Rousseau n'a pas su remonter jusqu'à l'enfantement des idées, n part toujours du principe que l'on ne doit enseigner à l'enfant que ce qu'il est capable de comprendre, ïlaispour arriver à comprendre, il faut cultiver les facultés, et pour cultiver les facultés, il faut les exercer sur ïobjet même qu'elles sont appelées à saisir. L'agriculteur conunence par creuser les sillons de son champ; il n attend pas qne la nature les lui trace, car elle ne le ferait jamais.
Mais si Rousseau laisse en arrière le développement intellectuel et moral, dans la crainte de tout gâter, il n'en ^ pas de même du développement physique. Nous avons <léjà vu comment il veut que l'on soigne le petit enfant. Reprenant les soins physiques où il les avait laissés, il ^ïons fait voir Emile dormant sur un lit dur, se couchant Jtt la terre hmnide, buvant quand il est en nage (ces deux derniers exemples ne sont pas à suivre), et s'habi- ^i à sortir la tête et les pieds nus. Ses vêtements sont ^ers, mais larges; sa nourriture est simple, mais abon- •^te. n ne boit pas de vin, mais il reçoit quelquefois un gâteau pour prix de ses courses. Il s'exerce à porter des
^"^ françaises parlent les deux lang;ues dès Tâge de six à huit ans, et Jwa avec une égale facilité. D'abord le français a Tavantage, mais peu ■ peu Tallemand prendrait le dessus, si Ton n'y TeiUait attentivement, ^«t ce que j'ai observé dans ma propre famille.
^^i histoihd: DStLiy. nteuyaoaiE.
fàfdeauxvà courir, à> grimper: aux aitoes^ à nager; ili^^prendrait à fendre Fiair comme raig^e^et à ramper daiK^ le feu comme unei salamandre sicela ^îait possible. Emite apprend à mesurer de Vml la distance, la^ hauteur, Ito dimenâons des olçets^ Il se forme lk)rdlle et la voix par* le ohant. Le tact, Todoratet la goût lui s^iprennent à tb* connaître les objets efe le mett^octl aar la voie de Tusage' <pe Ton peut: en faire^ lia nuit lui est comme le joiu*, tanl^ §rs. Thabitude de se mouvoir, au miliea des ténèbres^
En suivant la marche que nous valons- d'indiguet^. Bousseau; à la fin de cette seconde période dô la vie, uvas> bon gros garçon fort et robuste guoîqueimpeu ru6tiq[ueé- H lit moinS' biem qu'un autre* dan& les livres, max^^esUL revanche il litimieux dans lamature. Son esprit n'^slpas^ dans sffi langue, mais: dansi saitête^ Il n*:aade netkna» morales que œll^ qui se rappsitent à son^état aetaell^ n'a aueune notion, de i Dieu, ilma sait ca que c'est^qor dj^vok ettobéissanod ; mais>^sii oului dit : Faites^^mol tdl pliiisiri, il s'empresse de vous, complaire^. et il n'exigs* jamais rien de perscmna; Jusqu'ici, il. ne connaît :<|a'un^ loi, c'est celle de la nécessité. Si vous lui refusez saîdkiM n^ande, ilne dira pas, on m!a refusél mais il dira ji^Oelaâae pouvait! pas être; Bst4iL se^^ eli em. liberté;, semioeiL e^ attentif^ son corps est alerte, dispos^ lègerq onivtàliqM} la nature est sa patrie; il: est toujours» orienté, toiffoiss} maltrade sesimouvementsr^ jamais embarrassé eirfiœoadl^aiLi obstacle ou:d* une diJBOtculté imprôTue^Bédanti», quiiaws: une si haute opinion de: votra art,, vene^ettâit^ si) Umtsa^ vos^ntiélhodes ontrjamai» rieaqppodnitïqnl /fioittàcnmpaacag à^ctôélfcreida lar naturel
livrelU (^2 àiS ans).
Jùsqu'idj Bmila a Tâau.eBsindieUffliisnt de senBStisn»^ sous la loi de la nécessité ; il a étendu dans la nature le cercle de ses perceptions. Maintenant le moment est venu de lui faire faire un pasidaj^us :. il doit appr^adre^à. comparer les sensatuuift.p^ues| paar en, tirer deft^ jûg^
sente €& «ai&ffuier dafridôtsw Bil oatre^catume à ravaniF. nkforcASr Yoat.dé^âsser ses besoins^, IL st^it d'accupe£ ca iffl|^UBde:£()reefràlaka;pi»TOiim.(i^ Maisk
QBJi'katpas étudier au hafiaid^.Qn.nla|g^readca^&ca(^ aiguille austy^K mâmefi diBooilai.at^aaii-seuI^aaeiit à. GfiDX da aaoi Maxtor;, cac iUdoitottmjaiusfStre^ 1er maltiuda JM^aâtiûas^ et» en; avcâr la. pleine mtoUig^ncei
Saila s^a donc, âcMrèoaii^ant^. sGixa> T^npira d- une sen amde-lûL: llutilit ^ÔBndoa-.slunir à Ifb nécessité pour. lOî gouverner. Et comm& ilt imsûnta qulii m fortifie dans^ lat libffrté,.l»'iadépendanoft, oniUii laifiBem eacctre ignorer les mi^Cfftsdes bommesb entseieiur aiîon; oontinuôrai à Tocau-^ BHLda Ghâse& pli$^q»ie8iet^malérifillefli
Jft^iiani^aisaêlB pasàidéoiuinlrer (pi«ra8flei!tio^ Rouaimm Bftlatîva aux forcss d*BnuIe est dénuée de fondement.. Hiadtnaéî èa lui^méme^ auc una îia déserte^ il ne aescai^ pbj^oft caçabla qu'umauirej enfEtnti da sa suffire à^ lui^* lÉBMu. Qn.98utfaijE£fô uiiiœiBmanpiajainadogca^sur lai loi MlMUitè.
liais voyons comment Rousseau réalise' son. piOf •Momet.
.temnsnçaatt pas là (aiisnuigrapliiB^. iL sa lendt a^ec. som Mm CU& unstcoUine pauxroontonpler la lever ab le cquj-< ÉHintii aolaJL Laspeûtadaeat.ravisB&nt^.et.natre Mentor: Ulpteft <uaa courte, instruction) aou lesc (|uatre pointa oaBdi--* fiodile diemanda à quoi oœtte cûnnaissanoe peut hiii G'ert juBte^,(Hiinadoitriaii apprendi» qua d'utile^^ IjÉaii^BttQsd sont Manlor, laissona donoetibsi.. Le. l^demaini fait une promoaiadev on ^.é|gaz%. oui a^^asrâtei sdtéré^^ à L*Iifiau»!daimidi,.à^]£uliaiàDQa dlun^bais ; on s'a8r< âtf paEtterœ^ontsetmj^à^pkurfir, qua^faixia? Le gouiiec^ :i»g9eIlaàÊSD]i.éiàva;qu!ila ast^^^ bais^ lat veilla am ida<Moiilîinûramy..Blnileregaîdeile^soleil : dbnOf dil^ î^tbattmûjxsicj esk^ là,, au midiy du côtà du stdeil. Il a& Bmi^IL puikoamma un tea&t^ le^ ehaminj etA retrouvé efc ISbdi asoLvei encore; assezr tftjb pouc la dîner. Voilà la pac6!^ liiPi' lagon da GDBmQgra^bui&. QuandJftouBieau a imagiiiâ^
cette anecdote, il a oublié que son élève toujours dans les champs, était aussi peu capable de s'égarer qu'un Iroquois. Mais nous ne saurions nous arrêter à toutes les inconséquences de notre philosophe. En suivant la méthode que je viens de caractériser, il étend les connaissances géographiques de son élève, et lui fait apprendre l'histoire naturelle, la'physique et la chimie. Il ne lui enseigne rien comme à Técole, il ne fait que lui fournir Toccasion d'apprendre ; il observe, expérimente et étudie avec lui : il n'est pas son maître, mais son émule.
A côté du livre de la nature, Rousseau ouvre à son élève celui des arts et des métiers ; ils ont un atelier, des outils. Ils parcourent la contrée pour visiter les ateliers. Emile doit tout voir, tout comprendre, tout essayer. Ici il forge, là il rabote, ailleurs il taille une pierre. En le promenant d'atelier en atelier, Rousseau ne souffre jamais que son élève voie aucun travail sans mettre lui-môme la main à Tœuvre, ni qu'il en sorte sans savoir parfaitement la raison de tout ce qui s'y fait ou du moins de tout ce qu'il a observé.
Rousseau met ici en garde contre un écueil. On estime plus, dit-il, dans le monde, les arts d'agrément et de luxe que les arts utiles. Il ne faut pas qu'Emile. adopte ce préjugé. Pour l'en préserver, son Mentor lit avec lui un liviei un seul livre, Robinson Crusoé. Emile doit devenir un Robinson. Avec cet idéal en tête, il se gardera bien de préféra le brillant à l'utile. « Le fer doit être à ses yeux d'un beaucoup plus grand prix que l'or, et le verre que le diamant. De même il honore beaucoup plus un cordonnier, un mêr çon qu'un empereur, et que tous les joailliers de l'Europe; un pâtissier est surtout à ses yeux un homme très-important, et il donnerait toute l'Académie des sciences poior le moindre confiseur de la rue des Lombards. Les orfèvres, les graveurs, les doreurs ne sont, à son avis, que des fainéants qui s'amusent à des jeux parfaitement inutiles ; il ne fait pas même un grand cas de Thorlogerie. » Suit une longue tirade contre le luxe et les riches £ii-
néants, et un éloquent plaidoyer en faveur de l'égalité et de la simplicité. Rousseau prédit dans de prochaines révolutions la ruine de tout ce monde brillant, mais pourri, ç[ui ne vit que de fêtes, de luxe, de scandales, de tromperie et de mensonge, aux dépens de Tartisan et du laboureur. I Nous approchons, dit-il, de Tétat de crise et du siècle des révolutions. » Cette prédiction m'a paru digne d*être relevée.
Ce second terme de la vie d'Emile doit finir par l'apprentissage d'im métier. Emile sera laboureur, mais cela ne lui suffit pas; un laboureur est esclave de sa terre, et Emile doit être indépendant, il doit pouvoir, au besoin, s'en aller et emporter sa fortune dans ses bras, a Quand il apprendra son métier, dit Rousseau, je veux l'apprendre aTeclui, car je suis convaincu qu'il n'apprendra jamais Men que ce que nous apprendrons ensemble. Nous nous mettons donc tous deux en apprentissage, et nous ne prétendons point être traités en messieurs, mais en vrais içprentis qui ne le sont pas pour rire : Pourquoi ne le serions-nous pas tout de bon? Le czar Pierre était charpentier au chantier, et tambour dans ses propres troupes : Pensez-vous que ce prince ne vous valût pas par la naissance ou par le mérite? Vous comprenez que ce n'est point à Emile que je dis cela ; c'est à vous, qui que vous puisâaiètre. »