Livre lY. — > L'adolescenoe (15 à 20 «ns
Bans l'enfance, l'homme fait connaissance avec soi* même et avec le monde physique; dans l'adolescence, il* doil apprendre à connaître ses semblables. Ici commence te danger de l'éducation. Un jour suffit pour détruire Tonvre des quinze premières années^ si Ton n'y prend Imq garde.
Le moment propice pour étudier la société est marqué parla nature dans l'éveil du sentiment qui porte un sexe le» l'autre. Or, c'est ce qui caractérise, suivant Jean- JaoqaeSj l'âge de l'adolescence. « Nous naissons, dit-il, en
27Q HISTOfHH DE LA «Id A<}OGIE.
deux fois, Tune pour exister et L'autre pour vivre, rune pour Tespèce et Vautre pour le sexe.
« La source de nos passions, dit>-il encore, l'origine et le principe de toutes les autres, la seule qui naît avec rhomme et' ne le quitte jamais, est l'amour de soi : passion primitive innée, antérieure à toute autre, et dont toutes les autres ne sont; en un sens, que des modifications. » Mais dès que rhonune éprouve le besoin d'une <3ompagne, il n'est 'plus seul, il commence à se répandre dans ses semblables. « Toutes ses relations avec son espèce, toutes^ lès affections de son âme naissent avec l'amour qui nous porte vers un autre sexe. » C'est alors le moment d'étudier les relations des hommes entre eux et d'appren- -dre à les connaître.
Que dire de ce point dei vue sous lequel Rousseau noua fait envisager le développement de l'homma? Noire philoi* sophe ne se serait-il pas laissé guider icipar le penchant le plus prononcé de sa nature? Lycurgue vivait pour sa patrie, Platon pour la vertu, Crésus pour les richesses, Lu* cullus pour la bonne chère, et Rousseau pour les femmes^ La patrie, la sagesse, la fortime, la table, le sexe ontcha*" cun une place dans la vie humaine, et. Rousseau^ tort de^ vouloir tout subordonner à l'amour de soi et à lîamouB du sexe^ Sa base est trop étroite. Mais revenons.
Par où Emile commencera-t-il à étudier ses semblables? La société est trop corrompue pour qu'on puisse la lui montrer de près : on doit éviter d'éveiller la pas^oû qui ne fait encore que fermenter au fond de son oo^ir. Point.de saciéfeé mondaine, point de bals, point de thèâ^ très,, peint de paroles indâserètes. Plus longtemps Emile ignorera les relationsr sexuelles, plus longtemps il sera calme et heureux. La précocité en cette matière afTaiblit
1« On ne saurait nier •qofwa jeune homme ne pukte dans !• déek (k trouTer une compagne de» motif& de. bien faire. Mais cette vertu n'esl pas à répreuve du feu des passions. Celles-ci ont besoin d'une force piui grande pour les régler et les contanir.
TBilM MûDBaNB^. 271
liaia et le corps : eUe ruiae les individus et les peu* pus*
Ne pouvant se résoudre à moïitrer des hommes vivants à sonâève, Bousseau commencera par lui parler des morts. Qva lui dérouler les page&de rhistoire, à commencer par K la Vies de Plutarque^ et, il lui apprendra à estimer les "^ ?ertas modestes que connaît déjà ËmUey la simplicité, la liortâ^ et àt kaïr le luxe, Kambition, la tyrannie. Bousns leconmiande les f abl^ dan& cette nouvelle période Mévelcqipement.
(Scandant Smile ne doit pa» tou|oujr&voir les hommes dlkÉL Son jugement^ une Ms fDrmé sur les vertus et. iBnrices sociaux^ il peut, sans dang^ excessif pour son MB^isdie enfin, son entrée dans le mende. Les premières tataqu'il commettra' serviront aie eoridger de sa préfet rempêeheront da jjoger ti^ sévèrement ses
ttRûnsseau montre comment toutes les vertxis sooiateuiimmÉ de llamour se:^elî. Dès qa*oa aime son sem«- 1Mb ^nm autre sexe),.dit*iL, an^ veut- son bien comme le tepqpoe ; on prouve le besoin d'être bon^ d*être juste. faliifeâ' et la justice, enfaintâs par Tamour, s'étabhssent JttlÉ cœur sous la forme d*une^ loi ; clest ce qjai consttietkb conscience. La.bonté- et la^ justice ne sont pas da iqlis âbfltractionS) de pur^ êtres de raison^ mais un belÉ^^nne inclmattennatoreUeranfermée dans nos affec* linq^ÂmitiveSk
msuiière; d'envisager les vertus sociales et la censert caractéristique. La religion n'a que peu de oe système nouveau. Oieuv qu'on, doit à la fia connaitxe ài Emile, m'y apparaît que comme causa de ce qui existe. La morale y descend au niveau Ibffiaame naturel,^ et lai foi y est réduite à un vague renda au Créateur (Bousseauiadore Dieu, dit-il^ nele prie pas : cpie luidemanderait-^? U a reçu b^vme de la. nature tout ce qpi kâ est nécessaire), et Qoe espérance plus ou moins certaine que l'âme conti-
272 HISTOIRE DE LA PÉDAGOaiE.
iniera à vivi'e au delà de la tombe. Je n'ai rien trouvé da plus dans la Profession de foi du Vicaire savoyard^ placée comme un épisode dans cette partie de V Emile.
La Profession de foi du Vicaire savoyard est un système philosophique. Je ne veux ni l'analyser ni la discuter ici, cela me conduirait trop loin. Il me suffit, pour mon dessein, d'en faire connaître l'esprit et la méthode.
La mise en scène de cette profession de foi manque à la fois de convenance et de moralité : Rousseau la place dans la bouche d'un prêtre qui remplit ses fonctions sans croire à TEvangile, et qui, entraîné par la nature, a violé le vœu imposé à son état. Dans l'admonition qu'il reçut de son supérieur, on lui fit comprendre que, s'il eût mieux caché ses fautes, il aurait évité la punition. Ce procédé le révolta. Quoi ! se dit-il, c'est parce que tu es moins coupable, c'est parce que tu as respecté le lien sacré du mariage qu'on te condamne! Irrité, troublé, découragé, notre vicaire tomba dans l'incrédulité. Ne pouvant néammoins vivre sans croyance, il se mit à étudier les systèmes des philosophes. Aucun ne le satisfit. Alors il prit la résolution de chercher la vérité dans son cœur, et, se mettant à philosopher à la manière de Descartes (en ajoutant cependant le fait du sentiment au fait de la pensée), il arrive d'observation en observation et de déduction en déduction, jusqu'à la cause première de toute chose, cause libre, juste et bonne, toute-puissante, créatrice et conservatrice du monde ; puis, redescendant sur lui-même» il trouve que, dans la chaîne des créatures, il est la plu? excellente, non-seulement par son intelligence et sa raison, mais plus encore par le sentiment, par le cœur et la conscience, au fond desquels il trouve la liberté et l'abligation morale d'aimer son Créateur, d'être juste et bon envers son semblable. Son âme étant immatérielle, elle peut survivre au corps, soit pour jouir, soit pour soufErir, suivant que le mot, qui n'est autre chose que la continuité de l'existence par le souvenir, sera tissu de bonnes ou de mauvaises actions.
Voilà toute la foi de notre vicaire. Tout le reste est hérissé pour lui de difficultés infinies, ou enveloppé des ténèbres les plus profondes. Il ne sait comment s'orienter dans le dédale des religions. Le christianisme soulève dans son esprit des objections qu'il ne peut résoudre. La majesté des Ecritures lui impose, mais que de choses inadmissibles I La figure du Christ le jette dans le ravissement, mais comment l'expliquer, comment la concilier avec les agences de la raison et la mettre en harmonie avec la nature? Ne trouvant aucune issue dans ce labyrinthe» notre vicaire en revient à sa profession de foi, base de toutes les religions, et il conclut par cet adage devenu populaire, malgré Terreur qu'il renferme, que toutes les rtUgions sont bonnes^ pourvu qu'on les observe bien. A ses yeux, les difTérentes religions sont de pures institutions civiles auxquelles ont fait bien de se soimiettre ; car il îmi de Tordre et de Tunité au sein d'im peuple. C'est ainsi que notre vicaire, qui a retrouvé ime place, quoiqu'il ne soit pas corrigé de son défaut, justifie sa position : il du la messe et accomplit tous les actes du culte aussi scrul^usement qu'Un autre.
Tels sont les principes dans lesquels doit être élevé finile. Âjouterai-je que ce qui manque au déiste Rousseau, comme aux panthéistes et aux matérialistes modernes, ^est le sentiment du péché, c'est le besoin d'une réconciliation avec Dieu? Malgré ses fautes, Rousseau s'est cru jusqu'à la fin juste et bon, et, contradiction frappante, cet homme, qui ne voyait qu'hypocrisie et corruption dans 8091 siècle, cet homme, qui est devenu misanthrope par Algoût de ses semblables, affirme sur tous les tons que Ihomme est bon I Cette erreur est ce qui lui a rendu ineampréhensible ime institution établie pour réconcilier Fbomme avec Dieu. Le christianisme ne peut être construit philosophiquement que sur un besoin de la conscience.
Cependant Rousseau n'a pas, par cette digression, perdu de vue son objet. Q continue à montrer les hommes
37% HIST0IHE nS XA VÈùUiOQm.
:à son Emile, s'avenlnrant à la fin aiiprès des dames ^ jusqu'au théâtre. H lui laisserait même comimettre des fautes si la nature Texigeait impérieusement. Mais Emile est docile, il aime la vertu et il ne veut qu'une compagne digne de lui et auprès de laquelle il puisse passer d'heiM^eux jours. Ici Rousseau donne des règles de politesse et de bon goût, et après avoir inutilement dterché une femme dans les sociétés de Paris, il quitte la capitale de la France avec oétte boutade : « îînfin, le temps presse ; il est temps delà chercher tout de bon (Û a donné le nom •de Sophie à la future épouse d'Emile), de peur qu'il ne s'en fasse une qu'il prenne pour elle, et qu'il ne connaisse trop tard son erreur. Adieu donc, Paris, ville célèbre, ville de bruit, de fumée et de boue, où les femmes ne croient plus à l'honneur, ni les hommes à la vertu. Adieu, Paris , nous cherchons Tamour, le bonheur, Tinnocence; nous ne serons jamais assez loin de toi 1 »
Litre Y. — Sophie on la Femme.
Dans le livre V et dernier, YEmUe toimie enfin au roman : l'auteur de la Nouvelle Hêloïse pottvait-il concevoir la vie autrement que comme un roman ? Je ne suivrai pas notre auteur dans ce qu'il nous dit des femmes. Aux yeux de Rousseau, la femme n'existe que pour l'homme; par conséquent, « toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, \e\xr être utile, se faire aimer et honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes dans tous les temps. Tant qu'on ne remontera pas à ce principe, on s'écartera du but. j>
n résulte de ce principe que la femme, à l'inverse de l'homme, doit être élevée dans la soumission et la dépendance : une femme doit épouser en toute circonstance le parti et la religion de son mari ; elle doit tout sacrifier à son principe suprême, qui est l'homme. Par la même raison, les femmes doivent cultiver l'art de plairei
"naos uouKBsnKL 27&
0^De qu'on peme d'elles ne doit pas leur dtie moim cher fK ce qu'elles sont. « L'opinion, dit Rousseau, est le tOÉbeau de la vertu parmi les hommes et son trône parmi taiemmes. » Ces principes sont Obien diflèrents de la moiMie et des vertus cachées recommandées avec tant d& WÊKû par le christianisme.
flblgré les faux principes de Bouaseau sur la 'position iMiale de la femme et sar la manière4e l'élever, son prin- Éffiàe tout ramener à la nature lui fait faire parfois des 4Éfeaux d'un goût exquis. En voici deux ou trois :
«fiophie aime la parure et 6*7 connaît ; sa mère li'a fÉtt d'autre femme de chamibre qu'elle ; elle a beaucoup ÉJiflDût pour se mettre avec avantage, mais elle hait 'les Mtt habillements ; on voit toujours dans le sien la simili jointe à l'élégance : elle n'aime point ce quil)rllleY Irib^ce qui sied. EUe ignore quelles «ont lescouleurs à la srife, mais elle sait à merveille celles qui lui sont favora- Ite. n n'y a pas une jeune personne qui paraisse mise' Me moins de recherche et dont l'E^ustement soit plus Sdittohé; pas nne pièce du «ien n'est prise au hasard, €ft%rt ne parait dans aucune, fia parure est très-modeste Vilfparence, et très*coquette en eSét; elle n'étale point WliiÛErmes ; elle les couvre, mais en ks couvrant elle les liHmaginer.
•lKmai€ il n'entre dans l-appartement de Sophie que de Antômple ; elle ne connaît d'autre parfum que celui des Imb, et jamais son mari n'ea respirera de plus doux que Mliakine. Enfin l'attention qu'elle donne à l'extérieur Hhii fait pas oublier qu'elle doit «a vie et «on temps à ' IkAoins plus nobles : elle ignore ou dédaigne cette exces- *ft propreté qui scHiille l'âme; Sophie est bien plus que
•Sophie a peu d'usage du monde; mais elle est ëbliiMte, attentive et met de la grâce à tout ce qu'elle fait. %-îieureux naturel la sert mieux que beaucoup d'art. •|fc a une certaine politesse à elle qui ne tient point aux annules, qui n'est point asservie aux modes, qui ne
change point avec elles, gui ne fait rien par usage, mai qui vient d'un vrai désir de plaire et qui plaît. Elle ne sai que les compliments triviaux et n'en invente point d plus recherchés ; elle ne dit pas qu'elle est très-obligée qu'on lui fait beaucoup d'honneur, qu'on ne prenne pas h peine, etc. Elle s'avise encore moins de tourner des phra ses. Pour une attention, pour une politesse établie, elli répond par une révérence ou par un simple je vous remet de; mais ce mot, dit de sa bouche, en vaut bien un autre Pour un vrai service, elle laisse parler son cœur, et c( n'est pas un compUment qu'il trouve. Elle n'a jamaii souffert que l'usage français l'asservit au joug des simagrées, comme d'étendre sa main en passant d'une chambre à l'autre sur un bras sexagénaire qu'elle aurait grande envie de soutenir. Quand un galant musqué lui offre cel impertinent service, elle laisse l'ofiScieux bras sur l'escalier et s'élance en deux sauts dans la chambre en disant qu'elle n'est pas boiteuse. »
Sophie étant faite pour Enûle, comme Emile pour Sophie^ il ne pouvait se faire qu'à la fin ils ne se rencontrassent. Le commencement de leurs amours est charmant. Le vrai christianisme peut réaliser quelque chose de mieux. Cependant on aimerait à voir régner partout des mœurs aussi pures et des sentiments aussi beaux à l'origine de tous les mariages qui se contractent. Dieu a mis d l'union de l'homme et de la femme une jouissance, bonheur réel qui peut durer jusqu'à la mort des conjoin Mais pour goûter ce bonheur et le conserver, il faut soumettre aux règles que Dieu a établies, et qui consiste à le chercher et à le goûter exclusivement dans les lie sacrés du mariage. Tout sentiment, tout acte qui s'franchit de ces liens porte atteinte à la sainteté du m et tend à miner le bonheur que Dieu a bien voulu y at cher. One de jours paisibles, que de bonheur les jeun gens laissent échapper, et que de tourments et de ma ils se préparent lorsqu'ils ne savent ou ne veulent pliner ni leur corps ni leur âmel
SSSCPS MOBEBKBS. 277
Jqpi^ une année passée dans les doncenrs d'une hontiBte fréquentation, Emile et Sophie durent se séparer : le fesniier devait encore voyager avec son Itoitor pour étu- ^lisr les institutions poMtigues des diffôrents peuples. Sur li»*|K)iirt de devenir membre de la société civile, il doit Mnâr quels sont 1^ devoirs et les droits du citoyen et i/bA est le pays où il pourra vivre suivant ses principes. idUB partie de V Emile est peu attrayante : elle ne renferme flfere qu'un aride abrégé au Contrat sfydaX. Comme on peut iff attendre, Miilei^ tarouve nulle part l'idéal social qu"!! Âevche, et il rentre en France aveb la conviction qu'il ne •irit chercher la libertéqn'en lui-même, et que la suprène \B ccmsiste à se soumettre aux iustitutions établies on se soumet à la nêoessité. 31 retombe ainsi sous ll^ de la nécessité, par laquelle :Boa «éducation a corn-
Gep^idant Sophie et Emile sont demeurés Mêles l'un à fiKttsé, et te jour dumariage^st arrivé. « Enfin, dit Bousno, }e vois naître le plus charmant des, jours "d'Emile et iifthis heureux des miens; je vais couronner mes soins, «tj0 commence d'en goûter le fruit. Le digne couple s'unit (QBe cSïaine indissoluble, leur bouche prononce et leur mua oonôrme des sermente qui ne seront point vains : ftimmt époux, d Et quelques pages {ilus loin : « Peu à peu le premier délire se calme et leur laisse goûter en paix les cimrmes de leur premier état. Heureux amants I dignes inax ? Pour honorer leurs vertm^ pourpeindre leur félicité^ m faudrait faire t histoire de leur vie... » On a trouvé dans les manuscrits de Rousseau un fragque l'on a ajouté au cioquième livre de ï Emile; il intitulé : Emile et Sophie^ au ks Solitaires, C'est donc tÊThistoire de Imjr vie, pour honorer leurs vertus et pdnleur félicité. . . Oui c'est iliistoire de leur vie, mais ille vie I Après qudques années passées dans la solitude, pour distraire Sophie inconsolable de la mort d'une petite fille, la mène à Paris. Ge fut pour son malheur.
L'!aïr de la capitale les détacha i*un de l'autre, et Sophie
278 HISTOmB DE LA PÉDAGOGIE.
devînt infidèle. Lorsqu'Emile apprit sa honte, ii éprouva des souffrances d'âme d'une violence excessive ; mais rappelant à lui sa raison et ses principes, il se dit à la fin que rien n'était changé en lui, et, s'armant de stoïcisme, il^ quitta Paris, seul, à pied, et sans emporter autre chose avec lui qu'un modeste vêtement et ses bras. Il chercha et trouva de Touvrage. Quand il était malade, il faisait comme Tanimal, il jeûnait et se tenait tranquille. Un endroit lui déplaisait-il? il allait plus loin. U arriva ainsi à Marseille, et, comme il connaissait la manœuvre, il trouva du travail comme matelot. Malheureusement, le vaisseau qu'il montait fut pris par des pirates, et voilà notre Emue jeté dans les fers et vendu à Alger comme esclave. Mais on ne vend pas l'âme d'un homme. Emile conserva dans les fers toute sa liberté et eut de plus l'occasion de goûter la sagesse de savoir se soumettre à la loi de la nécessité.
L'histoire d'Emile s'arrête ici; mais, d'après le commencement, on voit qu'il était revenu en France, qu'il avait rejoint Sophie, et, qu'instruits l'un et l'autre àFécde du malheur, ils avaient retrouvé leur première vertu et leur premier bonheur; mais la mort était venue frapper à leur porte, et Emile avait eu la douleur de perdre son fils et son épouse. Il se retrouvait ainsi seul pour achever sa carrière.
Remarques et réflexions générales sur les principes philosophiquei
et pédagogiques de Rousseau,
Je me suis suffisamment expliqué dans l'analyse to écrits philosophiques de Rousseau, en particulier de f iwi/e, pour n'avoir pas à revenir sur ses principales idées et sur leur appUcation : il ne me reste plus qu'à présenter quelques réflexions sur le principe fondamental de sa philosophie et à déterminer la place et l'influence de ï Emile dans le domaine de la pédagogie.
La philosophie de Rousseau, comme on l'a vu et com-
TEBCPS MODERNES. -1 IC /Eii^Sf^ '
^, a sa base et sa règle dans la nature ^^ti^jÊAlmeot^l!^ qu'il la concevait. Cette philosophie, en soi, n^^fien que" de légitime : rappeler Thomme à la nature et à ses lois immuables, soit en politique, soit en religion, soit eh pédagogie, c'est le rappeler à la vérité. Et quel besoin le dix-huitième siècle n'avait-il pas qu'on le ramenât à la source féconde et vivifiante de la nature I En poUtique, on gouvernait les peuples sans prendre conseil des droits de l'homme et de ses besoins légitimes ; en rehgion, Fautorité, rhabitude,ies préjugés et souvent encore la force, tenaient lieu de conviction individuelle et de cette franche volonté que Dieu demande de ses adorateurs; en pédagogie, on n'avait nul égard à la nature physique, intellectuelle et morale de l'enfant et aux lois qui président au développement de ses facultés : on le dressait plus qu on ne le développait, n était donc bien nécessaire qu'une voix éloquente s'élevât et invitât la société à quitter cette voie factice et trompeuse pour rentrer dans le chemin et sous les lois de la nature. En ce point-ci, Rousseau, malgré ses fautes et ses erreurs, a été l'interprète d'une grande vérité auprès de ses compatriotes, et l'étonnante facilité avec laquelle ses principes se sont répandus depuis dans le triple domaine de la politique, de la religion et de la pédagogie, nous montrent assez qu'il a été plus qu'un simple rêveur.
Hais s*il importe hautement pour l'humanité de mettre la poUtique, la religion, l'éducation et les mœurs en harmonie avec la nature, il importe que ce soit avec la nature réelle et non pas avec une nature imaginaire ou tronquée. Cest en ce point que Rousseau s'est tourvoyé. Il a cru que l'homme possédait toutes choses dans sa nature, et que cette nature en soi était parfaite. L'homme n'avait qu*à redevenir lui-même pour rentrer en Eden. Mais cette idée de l'hosnme n'a de base ni dans l'histoire, ni dans l'expérience persoimelle : elle est imaginaire. L'histoirQ et l'expérience personnelle nous démontrent qu'il y a dans notre nature des misères (le péché, les maladies^ la mort) et des besoins (de paix, de sainteté, de connaissances, de félicité)
280 HISTOIBS: VB. ut FâDAOQGIE.
gui ne pei3:veai étKFe guéris eèsâtislâîts^ (pie parun msDVm surnaturel et dans une autire existence. C'est ce quePlatoi, en particulier, avait d^ campois. ReiEvoyeir simplement, rhomme à la nature, c'est dimiLràbaiLdônneriksi^misècfis et à ses besoins, c'estle laisser sans secouars et sanr médecin. La nature et ses lois ^denneait de IMeu et doiYirat être respectées conune des oracles dMns : on ne d(Ht;Bi les méconnaître, ni les tron^er^. ni les combattre; mais comme elles ont été Tieiées par ]m pédié> elles doirent être relevées et rétablies par Gdui-laiLmânie qu£ les^ avait créées et par le moyen que aa sageosB' nousitmrnit, savcMr Jésus- Christ, (pi'il a envoyé danff le monde «pour sauver tes pécheufSv » Voilà le diemin royal, et le plus sage anrce chemin sera celui qui saura le mieux mettre en hannooie la aatujre humaine et le obristianisme. Ifobure et christianisme ma sont point d^ t^omBs qui s'excluent : ilssaot) tout au contraire,, conqiléments Hun de l'auisra.
Roosseanx s'^étast dono fianné isne fausse idée de la ao^ ture faumaûnev ei, c^est là. Vorigine de toutes œsi erreniS' Eu pédagogie^ on peut encare lui adcesser le repmdia d!aapoir mal observé ca. qu'il, aurait} pu coimaitre, malgcà sas erreurs, de la nature dja^renfant. Si, aalieu d'eavofer ses enfants à L'hospice des enfants trouvés, il les eût éle^ vés lui-même, ou sfilamxt vécu dans; ime école, il aucait vu Men des choses quii aoxaiaiit modifié' et compléièaes idées^ La métiiode de Boasseau} est phis propre hioTsm des sauvages quei d^r hommes; die esd:. presque toute né* gative. La nature qui préside à Héduoation) d*£mile,. q^ en fait presque tous les fcais, estrune^inoonnue^unepuiflr sauce mystérieuse qui tailr sao nom;etcache œs piooédés» Roufiseaui ne^ m)as parle guère qiue da ses droits, et pat 1& m&ne aussi des droits de Fenfant. C'était beaucor^isAÛf ce n'était pas assez pour jOondear lai seience de l'édrasalaon;' IlauBsea«i- n*a fait qa*ouî?ïriir la. miae^ ii n'y est paa^ enteâ** Cœnme'iuiMjLsle verroiis> ce< tnvvaâLéfeost r^eivé^à Bestar
f^ Rousseau^ a ét$ pltw profénâ' dam Hé- CèntiHa iêdaU
TEMPS MODBRMBS. 281
toi Celui-d, en. effet, ne s*est pas contenté de laisser agir la nature ; il est, si j*ose ainsi m'exprimer , entré dans son sanctuaire pour en étudier les lois et les procédés et poavoir ensuite se faire son co-ouvrier dans l'œuvre du d6?eloppement de nos facultés. C'est là la grande idée que nous aurons à exposer lorsque nous traiterons de ce pédagogue. Mais si Rousseau n'a pas creusé Tidée de nature, comme Pestalozzi, il faut bien reconnaître qu'il a été son précurseur. On retrouve dans Pestalozzi le même dégoût de son siècle, la même censure contre la culture factice et contre la routine de l'école, les mêmes appels pour rentrer dans la voie naturelle. Malheureusement, la science pédagogique a conservé généralement, en Allemagne et en Sdisse, Terreur fondamentale de Rousseau qui est de croire {ue tout est dans la nature. Cette erreur est, dans la pédagogie moderne, ce qu'était le veau d'or que Jéroboam, fils de Nébat, avait élevé dans le royaume d'Israël, un obstacle pour revenir au vrai Dieu ; mais aussi, comme ce Teaa d'or s'opposait à une idolâtrie plus grossière, de même le déisme, qui est au fond du naturalisme de Rousseau, & péservé la pédagogie de tomber dans le matérialisme et le panthéisme philosophiques du siècle. Diesterweg, ^ donne le ton en Allemagne et en Suisse, est déiste. C'est un bien relatif. Sans cela tout irait plus mal encore. Ia panthéiste et le matérialiste ne prendraient plus au- ÇQQ soin de la moralité et du sentiment religieux des jeones gens, tandis que le déiste, à la manière du vicaire savoyard, considère encore l'enfant comme un être libre, Diûral et religieux. Cette considération me rassure sur ïï?enir de la pédagogie : on ne doit pas désespérer d'une philosophie (la pédagogie est une philosophie) dans lapelle la nature morale de l'homme a conservé sinon ses droits, du moins une place. On peut espérer qu'un joui cette nature sera mieux observée et mieux comprise. Depuis Pestalozzi, on a étudié le corps sous toutes ses faces ; oa sait en détaiil comment on doit exercer chaque sens, chaque organe, chaque membre, et donner à tout Torga-
282 HISTOIBft DB' LAl PJÊIuaQGIE.
nisme nii0 cultui^ confonoâ à aa notoe. : onjfomèAméê^i gros volumes suc TL^gtèua^et lagynmaâtiquaL.Oiiiest âU&. plus lûia euGOie- daus l!ôtudB io. rintôUigâuca;; Qjh ssâk exactement comment et d'agrà^ quelles lois^et gEael& Bs^f&~ eices se développe chaque facuM;. toutes tes hmnfthes ctot. reuseigufimeutonl; été retravdîIléeE pour les soumeUnaà. ces lois et les adapter au degré, de dôveloppemeut de Ujjqp telligeuca. On en peut dire autaixt des seaitlmeuts naturel») et des tak^M» qui m produisent dans Texercice des difiBi^ rentsarts. Mais nous mauitgaonsr encore d'une pi^càolog^a. des facultés mocales et> religieuses : le domaine momLn'a pas encore été sufi&sanunent ezplDié. Les déistes^ qjixi nd? croient pas à rEvangile,, se contentent deee qu'ilsiont^ eL les croyants, gui savent gpe I&foi.ren£e2!me lerremèdeunércessaixe à riionune moral^ ne se domaeâott pasila.peind âa> recherchai! comment la g^ce s'empe^re. de&facultôS'natiir relies et, eni particulier,^ de lamlontév pfîur Leu£ ioii^rimeB' une direction conforme à la volonté die Dieu^..Et pouotaiil^ il nous importerait de^ coxmMti» exactement la natum morale de l'enfant, les- facultés q»ui.y rentrent, les loiada: leur développement! les moyeais^par lesqpelsi il s^opèxe. C'est alors seulement, fl|ue L'édEication mosale^ prendrasit une importance réelle aux ^uxi da tédu£a<t€ui:i et (gm la christianisme deviendrait partiainM^ante. da souB^^Biènm ' pédagogique,, et noa j^ua seuleanentun^ acttessoii^ ourna. hûrs-d'œuvrBi,
f 20*. WUmméom «t hm glUiiMthiiiBMii.
L'Allemagne est la terre classiqjoe de. la pêdagoggye^ Nulle part les principes d'éducation n'ont reçu tant d'a^rplicationa sérieuses et. nlont, été) soumis à un si, graud travail de la pensée. L'Allemand, néanmoins, man^joû de génie créateur i^ et l'on. a. mis. en. doute aoa seoft
1. J*ai esayé de combler cette laoona dans mon ÉtoÎA primaire,^ Lan^ sanne, chez kier et Fàyos. 1879.
HBMBS Hûi>mNi&. 289s:
pnlq^fti itotara leâliomiiiesh qui^onl! owmrt dmvmmxioxsk ^m i ITédiiûatifiiB^ aacun. olest aoutii der rMemagueu. Eaotaigneôta^ua Fcâfliçaiâ; Baccoi etLoûke^^desÂnglais;
loâfdflSi Stûafiesi. ISéamBOina' Q-asI. en; AUsmagne qu'ûi niRttfaJËtt tûiq0urs levenir pouc éUidier la pédagogie. Si la.]Datiài!e piem:îèr6 n'est paft sortie de son sol^ c'est Ik qii!dk)a^âtè taravailléeet miœ eniCBûTse;
Baosfiêaa air^Éb jetè^ dan» la moûdie des priacipefi d^édudUttinûaiveaux et féeondsv Malheuceusement ik étaient Qiâiàtaiiil d'erpeursdangarfflifleg^qpi'Qni cmit davoir bcûla; soB MbB' k PariS' et à. 6eaB¥ea Mais l!aii^raga quej les: I^ao^; brâlàsent to)uara. un asile; aurdeià du Ehia : le génie scrutateur et réflécM des Allemands suti décsouvrir dtfidtes fifccmde» au milieu dâs^eoK^eiitricités et des boutatodir philosophe genevoiSfc.Based(»;v;,,le. premier , s*2^^ pK^ à les réaliBes dan& sa patcie,, eu les fnofliftaTit^ fapistles prinjcipes de Iioeke et d^ Gomâmus.
Basedow, fils d*un perruquier, naquit à Hamhourg en IffiLU goûta peu la Tie.dB famille, son père étant d*\m Giiaettee ruda:^ séiKke^ et sa mère attente d'une noira loffioiaolia qiûi dégénérait qjadq^oe^ en dt^menoe. Apièa ainir bécpientô les^ écoles: de sa Tille, natale,^ il alla étudi£3r! i^ttMegie' à Leigsick II amùi deft&Gultés^ distinguôest. nuÉiiLétaÊt peu stodîeus et d'une^ conduite irréguliàre;.
4 Fige de vingt-sis ans> il entoi.au sermca df un M., iet ÛKftalmii,, dansla HoJâtân,, pour y &ira L'éducation de son> \ âgèi de sept ansu Basedow conduisait souvent son ^ dâ^QtS: La belle nature et s'entretenait avec lui de; tout ^^qù^appaitleur®ardsi.ILâjt aussi L'essai d'unamé*^ ^ nooLveUe pour l'ens^guament des. langues-.
Ïft.l753vil fut nommé professwuî demoralaet de bdloa- Ifitofê àTacadémie de Saroë; roais des écrits entadiéfl i'kttoiodoxLe lui aUârèrent tant d'adversaires: qp^ l'autor* rifecrat devou* lui ôter sa^ chaire et l!envoj|er professer àsi]jcnia«..Geta^erti6fiement nale dèoouoagpa pas ;. il cour tinoa à inquiéter l8»(urthodozes>et safii excommunier ; il
en voulait surtout au dogme de la Trinité, qu*il attaquait sur tous les tons et à tout propos. C'est à cette époque ae sa vie qu'il rédigea son Livre élémentaire^ petite encyclopédie des enfants. Il parut pour la première fois en 1774, en quatre volumes renfermant cent planches gravées sur acier. Cet ouvrage fit sensation dans le public, quoiqu'il ne fût agi fond qu'un remaniement de VOrbis pictiis de Coménius, d'après le plan d'études proposé par Kousseau (objets naturels, — objets d'art, — relations sociales). Comme la publication du Livre élémentaire exigeait une somme considérable, Basedow avait écrit aux empereurs, aux rois, aux princes, aux académies, aux loges maçonniques et aux savants, pour obtenir les secours nécessaires à cette entreprise.
Avant de parler du fameux établissement, le Philan" thropin, qu'il fonda à Dessau et qui le rendit si célèbre, je dois m'interrompre un instant pour faire connaître Wolke, celui de ses collaborateurs qui saisit le mieux sa pensée et sut le mieux la réaliser.
Né à lever en 1742, Wolke ne commença ses études qu'à l'âge de vingt ans ; mais il les poursuivit avec une telle ardeur qu'il eût bientôt regagné le temps perdu. En 1770, Basedow le fit venir à Altona pour lui aider dans la composition de son Livre élémentaire. Il avait alors une petite fille de neuf mois, appelée Emilie, probablement d'après l'élève de Rousseau. Wolke prit cette enfant en afTection et montra dans les soins qu'il lui donna de grandes aptitudes pédagogiques. Chaque jour il lui consacrait une heure et demie. Il lui apprit à connaître et à nommer une grande quantité d'objets, évitant avec le plus grand soin de lui inculquer des idées fausses. Ainsi, dans le miroir, elle voyait son image et non pas elle-même; sur les gravures, on lui montrait des figures d'hommes, d'animaiv^, et non des hommes, des animaux; la viande cuite n'était plus une poule; sa poupée n'était pas un enfant (précautions superflues!). Elle apprit ainsi à juger, avant l'âge de deux ansi avec une justesse qui excitait Tadmi-
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iiiinnflfl tons cancLqmirentendaient. BUe parlait aussi plus dtftinctementque'tous les enfants de son âge. Wolke lui aiprit à composer des propositions d'après Ténumération^ de leuirs éléments phonétiques^. Quand, par exemple, il dirait :.^^-«twp-^^,-(^e5,-ô-onr6-ons ; elle liait aussitôt ces éléments et disait : Vevao-tu des bon^om? Ainsi préparée, il Ms^piity vers la fin de sa troisième année, à lire en un moist. E lui apprit ensuite en dix semaines à parler français assez bien pour se faire comprendre. La lecture française lui coûta aussi peu de peina et de temps que la lea* taie allemande, à quatre ana et demi il lui enseigna à païkr latin, en quelques mois. Elle répondait à plus de cinq cents questions diverses. A cet âge, elle connaissait déjà Fusage d'une foule d'objets^, savait distinguer les hgam^ Isa surfaces et les^ solidesj n§guliers, compter de 1 à lÔÔ et de 100 à 1 . Et elle aimt acquis toutes ces coui- T^tffwgTKRRfl sans ^ort, sans application fafdgante, en. se joBaiik Wolke lui avait aussi parlé de Dieu ; il lui avait nnntiô sa bonté dans les fruits de la.terre et sa puissanca daûff l-éclat et la voix du tonnerre* Elle n'avait peur nii desehenilles,. ni des araignées, ni des souris, ni des sec* pttils,. ni des crapauds, ni des sorcières, ni des revenants^, ni du diable, parce qu'on ne lui avait parlé que de ce qui pouvait réellement lui fedre du mal.. On lui avait. dit commmt les homme& wennent au monde; et elle: ne faisait: aiieun mauvais usage de cetta' connaissance.
Basedow et Wolke écrivirent des rappoxtshsur Emilie et la firent souvent paraître en public pour recommander leur méthode. Ces connaissamoes prématurées d'Emilie ne doivent pas tiop nous étonnerrravec moins d'exercicesi et un développementrphisi nature^ oa voit souvent appa*^ rsdtre des choses tout aussi belles chez maint en&nt prâ^^ coce. Quand jio vois un petit garçon^ âgé de trois ans et quelijueff mois, si Mble qu'il ne peut encore monter seul un œcaiier, écouter et répéter tout ce que L'on dit^ observer tout ce que Von fait; quand je levois retenir sans ei^rt les noms des ol]jet8 qja'il ^itend nommer* indiquée
la place où Ton peut les trouver quand il les demande, et deviner leur usage par remploi qu'il en voit faire ; quand je l'entends nommer par leurs noms toutes les personnes qui fréquentent la maison^ ainsi que tous les personnages d'un volumineux album; que je le vois reconnaître la photographie d'une personne qu'il n'a vue qu'une fois, ou animer par Timagination la scène représentée sur une gravure, en découvrant les intentions de l'artiste; quand je le regarde construire des châteaux, des villes, y placer des portes, des tours, des allées d'arbres, y mettre des habitants, ou aligner des pelotons de soldats, attacher un mouchoir au bout d'un bâton pour en faire un drapeau, et battre le tambour avec sa langue en faisant le tour de •la chambre ; quand je le vois arranger un train de voitures et d'animaux, le conduire avec précaution, écarter les obstacles, réparer les désastres, puis remettre tout à sa place ; quand je l'entends faire des efforts réitérés pour mieux prononcer les lettres dont il ne s'est pas encore rendu maître et mettre sa voix à l'unisson de celle qui chante à côté de lui; quand je vois son esprit s'approprier les idées abstraites des prépositions, des adverbes, des conjonctions, des temps et des modes des verbes, ou s'élancer, par une espèce de divination, dans des sphères qui' lui sont encore étrangères; montrer sa langue au médecin quand il entre, lui donner son pouls à tâter, lui demander des remèdes pour être guéri; que je lui entends demander à son père, qui regarde le thermomètre, combien il y a de degrés au-dessus de glace, si l'Italie est bien loin et si Milan est ime grande ville ; quand je le vois saisir non-seulement le sens des paroles qu'on lui adresse, mais encore l'intention ; prendre le contre-pied de ojb qu'on lui dit s'il remarque que l'on veut plaisanter, entrer dans le ton de son interlocuteur et plaisanter à son tour ; enfin, quand je lui vois observer l'ordi'e de la maison, y rappeler ceux qui s'en écartent, sympathiser avec ceux qui souffrent, se mettre à genoux de son propre mouvement et demander à Dieu leur guérison; et tout cela sans
qu'on lui ait donné aucune leçon, si ce n'est que chacun a pris plaisir à causer et à s'amuser avec lui : je suis aussi saisi d'admiration, et je me dis qu'il y a dans la nature du petit enfant une force de développement, une puissance d'observation et de divination bien supérieure à tous les moyens artificiels que nous pouvons employer pour opérer à cet âge l'épanouissement des facultés intérieures. L'enfant a dans ses facultés un moniteur caché qui lui fait saisir et comprendre des choses que tout notre art ne saurait jamais lui expliquer. C'est pourquoi je suis d'avis qu'il ne faut pas, par des exercices prématurés, troubler le travail de la nature dans la première période de l'enfance, période que je qualifierais volontiers de créatrice, et qu'on doit, en quelque sorte, lui laisser achever son évolution. Non, point de leçons avec le petit enfant : il suffit qu'on l'aime, qu'on lui parle raisonnablement, qu'on réponde à ses questions, et qu'on lui donne des objets pour l'occuper ou l'amuser. La nature s'est chargée elle-même d'opérer le premier épanouissement de ses facultés.
Rien n'est beau, rien n'est admirable comme un enfant précoce; les charmes du premier âge sont plus gracieux que les fleiu^s, plus beaux qu'un jour de printemps ; mais ces charmes sont aussi des fleurs sur lesquelles il ne faut pas se reposer avec trop de confiance ; elles se fanent bientôt et tombent. Cela arrive dès que le devoir commence avec ses exigences et que les mauvaises inclinations se développent et veulent être réprimées. Alors, comme le rosier qui a perdu ses fleurs, l'enfant semble auvent ne plus être couvert que d'aiguillons. C'est le temps delà patience et des soins intelligents dirigés par la sagesse et l'amour. Ce n'est qu'insensiblement que le fruit, qui succède à la fleur, croît, se développe et mûrit. L'âge de puberté semble être marqué par la nature pour décider la vocation et affermir le caractère.C'est le moment des décisions suprêmes. Avec quelle émotion les parents voient alors leurs enfants prendre le bon chemin, et quelle joie
!^ HISTOmS DS LA IPélKUSOGIE.
profonde le maître ressent à hi -yiue de son élève «*«f« iermissant dans le bien ! On est entré dans nne autre sphère : la confiance, l'amaonr, l'espérance ont plus de consistance et de force : ce n'esrtplus nne fleur délicate«t fragile qui vous attire, c'est un fruit mûrissant qui vous réjouit et qui va mettre le comble àiros vœux.
Mais il est temps de revenir à Basedow. C'est en 1771 qu'il se rendît à Dessau, accompagné de Wolké, et trois ans après il y ouvrait, avec le secours du jeune prince Léopold-Prôdéric-Erançois, rétâblifisement qui Ta reooâu célèbre et auquel il donna le nom de Philanêhropm, H s'agissait d'y mettre en pratique les principes de Boitsseau. Basedow se mit à l'œuvre, plein de confiance et d'enthousiasme. En 1776, il publia sur son étaîdissem^at un rapport qui toudhait au merveilleux ; il était adressé f aux tuteurs, avocats et bienfaiteurs de rhmnamté, ainsi qu'aux cosmopolites éclairés, » et dédié à l'eussereur Joseph H, au roi de DanemarCketà l'impératiice^- Iherine. « Envoyez-nous, disait-il, des élèves ; Us sentlfêureux chez nous et font de bonnes études. Ils y apprennœt d'une manière naturelle, sans fatigue et sans punitions, le latin, l'allemand, le français, l'histoire naturdle, la technologie et les mathématiques. Il faut six mois à Bessau pour apprendre à parler une langue et six autres mois pour y joindre la perfection grammaticale. Nosm^liûdes rendent les études trois fois plus courtes et trois fois ]^s agréables. En quatre ans, un enfant de douze ans est préparé pour les études universitaires, sans qu'il ait ensuite besoin de passer par la faculté de phUasopioe. Notre entreprise, dit-il ailleurs, n'^jst ni catholique, xà ht* thérienne, ni réformée ; elle peut même convMair tnx juifs et aux mahométans. Nous sommes des philanââinH pes, des cosmopolites, et voulons former des hommes imisi bons et aussi heureux qull est possible de le d&^^enie* » Basedow termine son rapport en invitant les lioaaMes compétents de tous les pays à venir à l'examen publie ses élèves, qu'il a fixé au 13 mai (1776).
TEBfPS MODERNES. 289
Deux i^apports parurent sur ce célèbre examen, Tun de Basedow et Fautre du professeur Schummil, de Magdebourg. Ce dernier est des plus intéressants. Voici la traduction de quelques passages. C'est son fils âgé de douze ans, qui est censé rapporter, sous forme de lettres, ee çii'il a vu et entendu à Dessau :
t Le Phiîanthropîn^ dit-il, se compose de deux maisons toutes blanches. Devant est une grande place plan*^é6 d'arbies. Quand nous arrivâmes, un élève de la classe des famulantes (serviteurs — les novices de rétablissement) était sur la porte. H nous demanda si nous voulions parler au professeur Basedow. Nous lui répondîmes que oui, et il nous conduisit dans l'autre maison. Nous heurtons à la porte : « Entrez 1 » C'était M. Basedowr lui-même, en robe de chambre, écrivant derrière un pupitre. Il dit à papa que nous venions dans un mauvais moment, qu'il avait beaucoup à écrire, mais qu'il viendrait nous voir le soir dans notre logis; il fut du reste très-amical. Nous sortîmes donc et demandâmes à parler à M. Wolke. C'est on grand homme sec; cela vient de ce qu'il a travaillé jour et nuit, n est fort gentil, on l'aime du premier coup. Il nous fit entrer et nous vîmes les petits philanthropes. Ils ont tous les cheveux coupés ; aucun n'a de perruque; ils n'ont pas non plus de cravate et leur col de chemise est rabattu sm: les habits. La petite fille de M. Basedow est avec ces jeunes garçons, en robe blanche. En me voyant, eUe m'a dit salve, et jeté im baiser. Elle a les cheveux noirs comme du charbon.
» Ily a eu de drôles de choses dans l'examen. D'abord est venu le jeu du commandant. Voici en quoi ce jeu consiste. Tous les philanthropins se sont mis en ligne, comme dea soldats, et M. Wolke, leur officier, les commandait en latin. Il disait, par exemple : Claudite oculos! Et à l'instant tous les yeux se fermaient. Ou bien : Imita" mini sartorem! Et tous faisaient semblant de coudre comme des tailleurs. Ou biea wcore : Imtamini siaoremt
Et tous tiraient le ligneul comme des cordoniiieit. M. Wolke commanda cent drôleries pareilles.
» Dans un second jeu, le maître écrivait im nom derrière le tableau, le nom d'une plante, d'un animal, d'une ville, d'un pays, et les élèves devaient le deviner. Qvér ju'un y écrivit une fois le mot intestina et dit aux enfants de deviner une partie du corps de l'homme. Et les mots de pleuvoir dru comme grêle I Caput^ ruisus^ os^ manus, jpes, digiti^ pectus^ collum^ genu^ am^s^ oculi^ crines^ dorsum et une foule d'autres, jusqu'à ce qu'enfin l'un s*écria intes" tina! et reçut le morceau de gâteau que Ton donnait à celui qui le premier trouvait le mot.
» Il y eut encore un autre jeu. M. Wolke commandait en latin et les élèves imitaient les cris des animaux ; c'était à crever de rire ! Tantôt ils rugissaient comme des lions, tantôt ils chantaient comme des poulets, aboyaient comme des chiens, miaulaient comme des chats, hennissaient comme des chevaux ou hurlaient comme des loups»
» Une fois aussi M. Wolke apporta un grand tableau. f Chers enfants, dit-il, je veux vous parler de la chose la plus sérieuse qu'il y ait au monde, ainsi soyez séri^ixt CSomme vous voyez, ce tableau représ^oite une femme assise dans un fauteuil ; eUe a Pair fort triste ; son mari lui tient la main. Sur celte table sont deux petits bonnets, l'un de fille et l'autre de garçon. Tout le monde était bien attentif; il fallait voir ça! Alors M. Wolke demanda aux enfants quelle femme ils voyaient et pourquoi elle avait Fair si triste? Ils répondirent que c'était une femme enceinte, qu'elle était en grand daàger et pourrait même mourir. Il demanda ensuite ce que signifiaient les deux bonnets. Ici quelques auditeurs commencèrent à sourire : il t'aurait fallu voir alors M. Wolke, comme il nous a regardés en nous disant de ne pas rire dans une affaire si grave, ou bien qu'il cesserait son examen ! Tout redevint sérieux et il continua ses questions sur les deux bonnets. Puis il tint un discours que je n'oublierai de ma Tie, quoique je ne fisse que pleurer tout le long : « leoutex^
capable
qu'un» ce serait celui d'entre vous qui serait assez impie pour êtte ingrat envers ses parents. Pensez un peu à ce (foe votre mère a soufBeit pour vous 1 EUe a été en danger de mort pour ramour de vous; elle a enduré des souf- Irances inouïes; y06 parents <mt pris s<Hn de vous avant que voas fussiez nésl Pourriei^vous donc jamais leur être iss^ reconnaissante I Gomme l'a bien dit M. Wolke, si c'était une cigogne qui m'eût apporté au monde, c'est à c^ cigogne que je devrais de la reconnaissance, mais maintenant c'est à ma nière que je dois de la reconnaissaaœ, je ne l'ouUierai jamais 1 1
rai cru devoir rapporter ce passage presque tout au long, parce qu'il est caractéristique pour les philanthropes éA Dessau. Dans son rapport sur le même objet, Basedow dit : c Nous ne cachons pas à nos Mèves la vérité sur la génôration des êtres vivjuuts ; nous ne nous arrêtons tonieisis que sur les effets, la gestation et la naissance, t rajoute que le tableau commenté par Wolke était tiré du Onrêéiém^ntatra, Bousseau a mis sagement cette instructioat délicate dans la bouche d'une mère. On ne saurait, sans inconvénient, la transporter dans l'école. Si, comme dans Tfaistoire de Joeei^, dans Tfaistoire de la naissance de Jean-Baptiste et du Sauveur, ce sujet vient à passer SMS Jkes yeux des enfants, on doit simplement supposer la chose connue, comme s'il s^agissait d'adultes, et pré- Vttâr par une tenue sérieuse l'écart des imaginations déjà éveillées. Et si par ha^rd un enfant lait une question BKliscrète, on peut lui dire simplement qu'ion n'a pas de temps à perdre pour une telle explication et qu'il doit s'adresser à sa mère.
Passant à l'arithmétique, notre jeune écrivain dit que IL Wolke se fit dicter un nombre long comme le bra&. «A peine était-il écrit qu'Emilie s'écria : 149,532 quadrillions* et je ne sais combien de trillions, de billions et de
1. Uê AUenuuidi divisent les nombres en classes de six chifiires : il
millions. Ensuite on additionna au moins dix nombres ensemble. Cela s'est fait avec une rapidité étonnante et sans y manquer d'un cheveu de tête. M. Wolke fit beaucoup de calculs, et les auditeurs y prirent grand plaisir.
» Après le calcul vint le dessin. Que faut-il dessiner, demanda M. Wolkeî Leonem^ leonem! crièrent-ils tous à I5 fois. M. Wolke fit alors une tête avec un long bec. Aussitôt les philanthropins de s'écrier : Non est leo^ non esi ko (ce n'est pas \m lion) ! Pourquoi pas? Quia habet ros^ trum^ dirent-ils, leones non habent rostrum (parce qu'il a un bec, les lions n'ont pas de bec)! Après avoir corrigé la bouche, Wolke fit à son lion des oreilles d'âne, ce qui amena de nouvelles réclamations^ et ainsi de suite. C'était très-amusant. M. Wolke dessina ensuite une maison. ' » Dans l'examen de français, M. Simon montrait des objets, et les élèves devaient les nommer. Il leur en montra un d'une forme particulière, et les enfants s'écrièrent « herse » I Maintenant je saiu*ai toute ma vie que cette machine s'appelle herse en français.
» M. Mangelstorf examina, en histoire, sur les expéditions d'Alexandre. U interrogea presque constamment le même élève.
» M. Basedow passa ensuite au latin, n lisait des phrases que les élèves traduisaient rapidement en allemand, n nous dit que, dans l'espace d'un an, tous traduisaient librement et correctement tout ouvrage allemand à la portée de leur intelligence. Les auditeurs étaient bien contents du latin, à l'exception de quelques-uns qui se disaient tout bas que si l'on mettait tout à coup Cicéron, Horace ou Virgile sur le tapis on verrait un tout autre résultat. »
n n'y eut point d'examen en géographie, ni en histoire naturelle. En géométrie, on démontra le théorème de Pythagore. Après l'examen, les enfants jouèrent deux
leur faut mille fois mille pour ud million, mille fois mille millions un trillion, ete.
drames, Tun en allemand et l'autre en français. En somme, cet examen, malgré son air comique, réussit. On en fit de grands éloges. Le philosophe Kant recommanda à TAllemagne comme un élément de vie nouvelle la pédagogie des philanthropes de Dessau. Des dons arrivèrent de divers côtés. Les Juiîs et les francs-maçons figurèrent parmi les donateurs, dont les initiales, comme Tavait promis Basedow dans ses discours, furent gravées dans récorce d'un jeune tilleul avec un chiffre indiquant combien chacun avait donné de fois cinquante écus. Le bon et pieux pasteur du Ban-de-la-Roche (près de Strasbourg), Oberlin, se déclara aussi en faveur de Tœuvre de Dessau. Le Livre élémentaire Favait comblé de joie, et il vendit les loucles d'oreilles de sa femme pour pouvoir envoyer son o&rande à Basedow. La lettre qu'il écrivit à cette occasion, te 16 marsl777, fait Péloge de son ardente charité, mais, il but l'avouer, elle parle moins en faveur de son jugement.
Cependant le caractère entier et cassant de Basedow, aussi bien que ses excentricités, le rendait peu propre à diriger un établissement d'éducation. Il ne tarda pas à se hrouiller avec ses collègues ; il quitta l'établissement en 1778. Wolke lui succéda dans la direction. En 1782, le Philanthropin renfermait cinquante-trois élèves de tous les pays de l'Europe. Quant à Basedow, après avoir fait quelque temps la guerre à ses anciens collègues, en particulier à Wolke, avec lequel il eut un procès, il se retira à Magdebourg, où il mourut le 25 juillet 1 790, à l'âge de 66 ans, dans le sentiment qu'il était avantageux pour l'humanité qu'il fût retranché de la scène du monde, n avait, durant ses dernières années, donné du scandale en se livrant à la boisson.
On se demandera maintenant quelle a pu être, en pédagogie, l'influence d'une école qui semble, au premier abord, ne se distinguer que par des singularités et beaucoup de charlatanisme. Ici, comme dans Kousseau, il nous faut séparer la vérité de l'erreur poxur comprendre le succès des philanthropes de Dessau. Voici, en peu de
294 HISTOift& OB LA. fiOAGOGIE.
mots, les seraces qu'Us ont readu» i la cause de V4diication.
Et d'abord, nous trouiroas dbtdz les isaltres im dôvow ment remarquable à la cause de Féducatioa. Basedow lui-même, malgré ses importunes desnandes de secours et son air de charlatanisme, n'a cberdié que la réalisar tien de ses idées, n est mort pauvre. L'eoiemple des {dûlaathropes a donc, sous ce rapport, réveillé le lèle pour l'éducation de la jeunesse et ai^ffi3 aux ii&stituteur8 à se dévouer pour leur vocation.
Ils ont, en second lieu, rendu de grands services' h l'éducation physique, en délivrant l'enfaxice d'une diev^ lure incommode et d'habits gênants, comme aussi d'une discipline trop dure,, et en lui rendant les jeux et les amusements naturels au premier Ige, les exercices au corps et le travail manuel, si nécessaires à Téducation.
En matière d'inetroction, ils ont rdevé le rôle de L'^^ trait et du plaisir dans le travail» par les efforts qu'ils ont faits pour rendre l'enseignement agréable. L'attrait est un des mobiles de l'activité humaine, et il dent avoir une place dans l'école ; mais ce mobile n'est pas leseul, comme le croyaient les philanthropes, qui tombèrent pour cette raison dans des enfantillages ridicules ; k côté de l'attract il y a le sentiment du devoir h développa; U ùxA que l'homme soit capable de faire ce qui est bien, alors même qu'il n'y trouverait aucun plaisir. Et c'est pour cela qu'A est si utile, en éducation, de soumettre l'enfant à une discipline qui ne tieime aucun compte de ses caprices^ et l'exerce à surmonter la peine et les fatigues d'un travail sérieux ou même ennuyant L'instruction, au re^;e, ne présentait rien de bien nouveau chei les philanthropes, malgré les tours de force accomplis dans l'effervescence de leur premier zèle.
En morale et en religion, les philanthropes ne se sont guère élevés au-dessus du Vicaire smoyari^ et l'on a.plus abusé que profité de ce qu'il pouvait y avoir de beau dans l'abolition des différences confessioanelles. En boisant la
ils lépaniUr^it la liqueur qu'il contenait. Basedow et Wolke se lirraient d'aiUeurs à des exœntricités ridicu- ]0& Jusqu'à un certain âge, Tenfant ne deyatt rien savmr de IMeu, et il fallait faire une fête qui surexcitât toutes ses facultés, le jour où on lui découvrait Teiistence du grand Etre. Pour le culte hebdomadaire et les grandes solennités, Basedow aurait voulu une salle de prière avec un plafond représentant le ciel, im plancher ayant Tapparence d'un cercueil, des parois rayées de noir pour marquer que le mal n'était dans l'homme qu'à la surface; une arche sainte aurait renfermé la loi de Dieu; sous le couvercle ouvert, une glace devait inviter les hommes à scruter leur conscience; deux cierges allumés, aux deux cGIés de l'arche, auraient figuré, l'un la lumière extérieure ou Knstniction, et l'autre la lumière intérieure et naturelle d6 Thomme; enfin quatre tableaux devaient représenter les quatre vertus capitales : la réflexion, la tempfeanee, la justice et la bienfaisance. Une liturgie devait renfermer tous les actes du culte, accompagnés de rima^rées diverses. On ne devait y paraître que bien vêtus eC tournés vers Tarche.
Les pédagogues qui sortirent du PhiUmtkrcfpin exercèlent xme influence plus grande et plus durable que Téta- Mssement même. W(Me alla plus tard porter en Russie sa méthode d'enseigner les langues ; il s'y éleva jusqu'à la dignité de consdller impérirf. Iselin, de Bâle (1728- 1782), recommanda par ses écrits, en particrdier par ses EphêmérideSj l'œuvre de Bai^ow. H encouragea plus tard Ptestalomdans sesétudes pédagogiques. Campe^ le créateur de la littérature de r^adfance en Allemagne, sut, dans ses écrits, éviter les excentricités de l'étabUssement de Dessau et donner à Toeuvre des philanthropes une direction plus sage et plus pratique. Il n'avait passé que peu de temps dans le Philanthropin. Scdzmarm^ esprit modéré et pratique, alla, après sa sortie du Philanthropin, fonder une institution sœarkSchnepfenthaL II imprima à son œuvre, qui prospère encore aujourd'hui, im caractère tout
patriarcal. C'est là que s'est formé Guts Muths le créateur de la gymnastique moderne. Enfin, Schweighauser, Simon, Olivier (de Lausanne), Trapp, Lieberkûhn etStuve, se sont fait connaître par leurs travaux dans le domaine delà pédagogie ^