Macaulay, DîsQoiirf prononoé ^ 1S47 dam la CSiambre dei
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wiDAGOGm ANGLAI8B. 363
eatie autres dans le Maine, le tiers du produit des mpdli M est affecté. C'est avec un plaisir mélô de fierté que le citoyen prélève sur ses revenus les sommes que la société lui demande pour un si noble ouvrage* Quand un nouvel £tat se forme dans TOuest, chaque commune affecte à ses écdes de vastes territoires qui augmentent de valeur à mesure que le pays se peuple; ils arrivent quelquefois à ccmstituer une propriété foncière énorme. Les particuliers, à leur tour, s*e&rcent de dépasser la munificence de FEtat. Partout^ à côté des écoles publiques, vous en voyez d'autres fondées par la libéralité privée. Ici, c'est M. Putnam qui donne 380,000 fr. pour coostruire une académie à Newburyport ; là, ce sont quelques citoyens qui réunissent entre eux une somme de 425,000 fr. pour construire une magnifique académie à Norwich. Là encore, c'est un o^odant de Nev(r-York qui, en 1860, en pleine crise commerciale, donnait 2 millions pour construire un splendide collège de jeimes filles, près de Poughkeepaîer sur les bords de THudson.
» La place que les instituteurs et les institutrices pri- Môres occupent dans la société est le plus sûr indice de fimpoortance qu'on attache à l'enseignement. On consifire leror vocation comme un minist^ n<m moins au* guste et non moins ^cace que celui du pasteur. Dans la liéovelle-Ân^eterre, les ^emières familles du pays poussent leurs filles dans cette carrière. Vous trouverez, dans la société la {dus choisie de Boston, des dames qui ont débuté par la direction d'une école de village. Vous recon- Baissez, aux contours précis de leur pensée, qu'elles ont tté appelées à tout expliquer devant de jeunes en&nis. Chi fmse généralement que deux ou trois années de ce genre éb labeur sont un stage excellent pour la future mère de ftmîlle... Les prédicateurs les plus célèbres et les écrivains les plus renommés tiennent à hoimeur d'écrire des oufiages pour les enfants. Les journaux hebdomadaires leur consacrent leurs colonnes les mieux renqtlies. Les fsoiUeB sfécialeft destiAées à ce même public wi une dr-
culation énorme. Le ChiliTs Paper, ce magasin de Tenfance, commencé à Boston il n*y a que quatre ans (1857), a déjà 300,000 lecteurs (en 1861), et les journaux de même genre se comptent par centaines. »
Pour faire de l'école un établissement réellement natia nal et démocratique, on Ta rendue gratuite, confortabU et, dans plusieurs Etats, obligatoire. Enfin on en a écarté renseignement religieux. La gratuité de renseignement ouvre la porte de l'école au pauvre comme au riche. En rendant l'école confortable, en en faisant un temple pour la jeunesse, où chaque enfant peut être commodément assis à im pupitre particulier, on retient ensemble les diverses classes : les riches n'ont plus besoin de fonder des écoles pour les enfants des classes supérieures. L'obUgation , là où elle existe , prévient le vagabondage des enfants et assure à tous le degré d'enseignement nécessaire pour fournir une carrière utile et honorable. Enfin, en écartant l'enseignement religieux, on a voulu prévenir le fractionnement de l'école par les diverses sectes qui peuplent l'Amérique. Comme on le voit, tous ces principes, pris ensemble, ont pour but de maintenir l'unité dans l'école, de lui conserver un caractère national et démocratique, et de former cet esprit puUic qui caractérise le citoyen américain.
Considérés à part, ces divers principes prêtent tous à la critique. Envisagés dans leur ensemble, on les trouve si bien combinés, qu'on admire le génie national qui les a mis à la base de l'école. Pour en bien saisir l'esprit et pouvoir les juger équitablement, nous devons rapprocher Ici Y école publique de Yécole du dimanche.
La lecture de la Bible, sans explication, et Toraison dominicale sont, à cause de la susceptibilité des diverse églises, les seuls exercices reUgieux admis dans recela pubhque ; l'enseignement religieux se donne dans un établissement particuher, Yécole du dimanche, qui est le complément nécessaire de l'école publique. « Les Etats- Unis, dit Fisch, ne pourraient pas subsister sous leur forme
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actuelle sans les écoles du dimanche. Les 3 millioDS d'élèves qu'elles renferment et leurs 400,000*moniteurs et monitrices forment une véritable armée. .. parfaitement organisée. Tous les moniteurs de chaque ville se réunissent chaque année en assemblée générale, et il y a de plus une convention nationale également annuelle, qui se tient successivement dans les divers Etats de l'Union. C'est un immense rendez-vous, où Ton discute les plus graves questions qui puissent occuper un peuple, puis- ^'il s'agit de son avenir moral et religieux.
9 Quant on bâtit une église, on construit en même temps le lecture-room {chambre de lecture, où se font les pratiques religieuses de la semaine) et la salle de l'école du dimanche, qui est ordinairement très- vaste et munie de bancs circulaires pour les divers groupes. L'école de Lee-Avenue, à Brooklyn, peut recevoir 1,500 enfants, et elle est formée de six compartiments divers, séparés par des vitrages qu'on peut écarter à volonté. Toute Faite des églises sollicite comme une faveur de pouvoir servir l'enfance en qualité de moniteurs et de monitrices... Tel troupeau compte dans son sein jusqu'à deux ou trois cents moniteurs. Comme il n'y a pas de catéchuménat en Amérique, c'est l'école du (Ùmanche qui est chargée de l'instruction religieuse dans tous ses degrés. Aussi son enseignement est-il très-approfondi. Après qu'on a passé les divers groupes, on entre dans la classe biblique, où Ton voit souvent des hommes à cheveux gris qui viennent y faire leur instruction religieuse.
9 Les enfants aiment l'école du dimanche avec passion. Leurs yeux brillent dès qu'on leur en parle. Ce qui les électrise le plus, ce sont les chants, à la fois poétiques et simples, qui s'entremêlent sans cesse aux enseignements. Tai aSsité, à Brooklyn ^ à la fête annuelle des écoles du dimanche. Une procession de 28,000 enfants avec des milliers de bannières et une centaine de musiques militaires,
1. En 1875, les États-Unis comptaient 69,871 écoles dadimanobe, avec 7S3j060 moniteurs et 6,790^683 enfants.
défilait dans \m rues pour se rendre au parc gui rlnmiTif^ œtte raste cité. A côté des plus pauvres enfants des fau* iMKirgs marchaient des moniteurs et monitrices appaxteaaat aux premiers rangs de la sodété, et qui paraissais endiantés de servir d'officiers à cette troupe joyecase. C'était à la fin de mai... Chaque enfant portait un drapeau national aux trente-quatre étoiles, et des cocardes & profusion. Les fanfares alternaient avec les cantiques. Les cloches des 150 églises de Brooklyn sonnaient à toute volée . La populs^on de la ville é taii. entassée dans les rcbes^ AUX fenêtres et jusque sur les toits.
» Heureux le pays où les fêtes évangéliques de renfaoce iont celles du peuple entier ! »
UEcoU 'primaire*
Jusqu'au cemmenc^nent de ce ûècle, Féoole primaire •Test bornée an strict nécessaire ; mais, dans les derniers lemps, elle a pris un développement considérable soos llnfluencede deux pédagogues distingués, Horace Ma/tm^ Hervry Bamard : le premier, secrétaire du conseil d'éducation à Boston ; le second, surintendant des écoles coinmmiales du Gonnecticut et directeur de l'Ecole normale fondée en 1850. Avant de procéder aux grandes réiormes qu*il méditait pour le Massachusetts, Mann ût un voyage en Europe et étudia en particulier les écoles de la Prusse. Le rapport qu'il publia, en 1846, sur son voyage, est un travail pédagogique du plus haut intérêt Barnard fut, pour le Gonnecticut et Bhode-Island, ce que Mann a été pour le Massadxussetts. Jamais homme n'a autant travaillé pour les écoles. Son School architecture^ est un livre dassigue qui a transformé Tarchitecture et l'amteublament scolaires. Ârrétons-nous d'abord sur cette partie matérielle de Técole primaire.
Les maisons d'écoles construites dans les dernières sbp nées sont, pour la plupart, de magnifiques bâtiments^ da
i. New-York, 1854, prix JO fr.
PâDAGOGIB ANGLASB. 397
nais temples de Tenfence, avec ccnirs pour les récréations, antidiambres pour déposer les vêtements, appareils pour «e laver, chambres spacieuses, bien éclairées, bien chauffées et bien aérées. La ventilation, en rapport avec les calorifères destinés au chauffage des chambres, s'effectue au moyen d'un système de tuyaux, qui introduisent dans les chambres, par le bas, l'air du dehors, et reçoivent, par le haut, l'air vicié pour le conduire hors du bâtiment. Voici comment Horace Mann parle de nos maisons d'école : « Si Ton en excepte les splendides établissements privés de la France et de TAngleterre, j 'ai à peine rencontré en Europe une seule maison d'école que Ton puisse placer à côté de nos maisons de second rang. Et les premiers sont, dans leur arrangement, bien en arrière des nôtres. En Ecosse et en Angleterre, les écoles pour les classes pauvres sont remplies d'une manière incroyable. fai vu plus de 400 enfants dans deux chambres de 30 pieds sur 20, et dans une école lancastrienne, 1 ,000 enfants dans la même salle. En Prusse et dans d'autres Etats allemands, les écol^ sont très-ordinaires. Leipzig fait, sous ce rapport, une louable exception. Les grandes maisons d'écoles, en Europe, ont cependant une distribution précieuse : elles sont divisées en plusieurs salles, et chaque classe a sa salle particulière, en sorte que les classes ne se distraient pas Tune l'autre. Mais les salles sont petites à tous égards, excepté pour la distance entre le siège de l'enfant et le plancher. J'ai rarement vu un petit enfant assis pouvoir toucher le plancher avec ses pieds. Je n'ai pas vu non plus, dans toute l'AUemagne, dans une ^le publique, des écoliers ayant leur pupitre particuliOT. J'ai trouvé, en Hollande, des écoles chauffées et aérées d'après les principes de l'art, mais pas en Allemagne. J'ai rencontré partout une ignorance étonnante des règles hygiéniques relatives à la respiration de l'air. L'atmosphère des salles est souvent insupportable. Dans les jours les plus chauds, il n'y a souvent qu'une fenêtre ouverte dans une salle regorgeant d'enfants. Quand on
ouvre la porte pour entrer et sortir, on ferme la fenêtre. Les poêles se chauffent la plupart du dehors, en sorte que Tair ne peut pas se renouveler par le courant qui s*établlt lorsqu'on les chauffe du dedans. Quand je demandais comment on aérait les classes, on me répondait généralement : « En ouvrant les portes et les fenêtres. »
Mann attribue la mollesse du caractère allemand aux chambres mal aérées et à l'habitude de dormir entre deux gros lits de plumes
L'ameublement scolaire n'est pas moins soigné en Amé^ rique que les maisons d* écoles. Chaque enfant (ou deux ensemble) a son pupitre verni, qui reluit comme une glace et sa petite chaise (ordinairement munie d'accoudoirs), sur laquelle il est commodément assis. Les pieds du pupitre et de la chaise sont ordinairement en fer. Quatre couloirs se croisent autour de l'écolier et l'isolent de tous côtés. Par cet arrangement, il se sent chez lui, sa posture est plus libre et plus saine, et il est moins exposé \ aux distractions. Les maîtres ont d'élégants secrétaires, l Les salles sont en outre richement pourvues de tableaux noirs, de cartes, de globes, de pendules, de thermomètres, etc. On trouve aussi en Amérique toutes sortes de machines et appareils à l'usage des écoles, pour l'enseignement de la mécanique, de la physique, etc.
L'Amérique n'a pas jusqu'à présent de corps enseignant^ comme l'Allemagne, la France ou la Suisse. Le nombre des instituteurs qui ont reçu une culture spéciale est relativement encore peu nombreux. Plusieurs n'ont reçu que l'instruction primaire. D'autres sont des collégiens qui passent quelques mois dans Técole pour gagner de quoi continuer leurs études. Quelques-uns sont des jeunes gens pour lesquels Técole n'est qu'un moyen pour se préparer à une profession plus lucrative. Les vieux instituteurs sont des hommes que la nécessité a ramenés dans l'école, ne pouvant plus exercer une autre fonetion. Les brevets n*ont souvent qu'une valeur temporaire, et bien des nominations ne se font que pour le terme de six
PÉDAGOOIE ANGLAISE. 369
mois ou d'un an. Il y a ainsi un changement fréquent d'instituteurs, ce qui est fort nuisible au développement de Técole*
Ordinairement les iostituteurs sont payés à tant par mois ; les instituteurs depuis 150 à 500 fr. et les institu*tricesdepmis 120 à 400 fr. ; mais il faut considérer que l'argent a euTiron 1/3 moins de valeur en Amérique qu'en France, et que nombre d'écoles rurales ne sont ouvertes que quatre, cinq ou six mois par année. Le traitement moyen des instituteurs et des institutrices ne s'élevait en 1875 qu*à 918 fr. ; ce qui équivaudrait en France à la somme de 612 fr.l Dans les grandes cités, les instituteurs et les institutrices sont cependant largement rémunérés, les hommes surtout. A Boston, quatre instituteurs reçoivent chacun 20,000 fr. Les directeurs, les surinten« dants et les surintendantes perçoivent des traitements variant entre 4 et 24,000 fr. Les directrices sont moins payées que les directeurs. Il y en aj qui reçoivent un traitement de 9,000 fr.
Ce taUeau des instituteurs et des institutrices ne répond guère, nous semble-t-il, au rôle que joue l'école primaire en Amérique. Mais n'oublions pas, dans notre appréciation, que le Yankee est actif, ingénieux, entreprenant, qu'il a les aptitudes les plus variées. Nous devons aussi ajouter qu'on travaille activement à perfectionner le corps enseignant et que celui-ci s'améliore d'année en année. Des journaux scolaires, des conférences, des cours de répétition, familiarisent tout le corps enseignant avec la tenue de l'école et les méthodes d'enseignement. Enfin des écoles normales de plus en plus nombreuses travaillent à former partout des instituteurs instruits et capables. La première a été ouverte dans le Massachussetts en 1 839.
En 1871, VUnion comptait déjà 65 écoles normales avec 445 professeurs et 10922 élèves. En 1875, elle en comptait 137 avec 1031 professeurs et 29,105 élèves^ 70 de ces écoles sont entretenues par les Etats, 3 par des comtés, 8
1. On oomptait de plus 92 court pédagogiques avec 10,126 assistants.
370 mSTOIBB DB LA ra>Ae06IE.
par des Tilles el 56 par des particuliers. Presque toutes les écoles normales sont nubctes. On a commencé à leur annexer des internats ou maisons de pensions. I^a durée des cours est généralement de deux années. La plupart des écoles normales ont des écoles modèles pour y former les élèves régents à l'enseignement. Quelques-unes les ont supprimées, n'ayant pas trouvé le moyen d'y occuper utilement leurs élèves. Dans Péoole normale de Saint- Louis on enseigne les branches suivantes^ ;
V classe (20 semaines) : Lecture, physiologie^ algèbre» histoire générale, écriture, zoologie, latin, compositiony dessin^ chant, orthographe^ arithm^iqm mentàU, caUUthé^ nigutf (gymnastique de mouvements et marches diverses avec jeux, chant et musique). Les sept dernières branches^ écrites en italiques^ sont enseignées dans les trois classes suivantes ; en outre dans la
3* classe. Juniors. (20 semaines) : L'algèbre^ la géographie physique, la géométrie^ la physique, la zoologie ; dans la
2^ classe. Uiddles. (20 semaines) : L'enseignement pratique (exercices d'enseignement), la géographie physique^ l'arithmétique, la constitution des Etats-Unis, la littérature anglaise, la théorie et Tart de renseignement ; et dans la
1'* classe. Seniors. (40 semaines) : L'enseignement pratique, la lecture, récriture, la géographie politique, Tarithmétique, la théorie et Tart de renseignement, Tbistoire de Téducation, la grammaire (révision), la théorie de la lecture.
Dans les campagnes, l'école primaire est généralement mixte et renferme des élèves de tout âge, depuis trois jusqu'à vingt ans^. Voici, à peu près, comment elle est
1. M. Bergtr, dil^é da ministère de rinstrnction publique da Fmaot à Texposition universeUe de Philadelphie de 1976, place oe progrftmm an-desm de toui oenx qui ont été dreiftéi pour les éooles aonoaltt» Ba^pport mur Vinttruoiion primain (a«K Slats^UAii), p«ge 566.
2. L'éoole est ouverte k tous jusqu'à 21 ans. Habituellement «epeiK d«nt| les filUs la quittent à 15 ans et les garçons à 16 ans.
PjbAGOCIE ANGLAISE. 371
teniie. Fiin e6té sont les filles, de Tautre les garçons, séparés par un couloir. Chaque écolier étudie sa leçon à sa i^ce, sauf les plus petits, gui sont souvent inoccupés. A un signal donné, la i»*emière classe vient s'asseoir pour la kctnre sur un banc placé devant lé pupitre du maître. Chacun lit à son tour, ordinairement sans que rien soit expliqué. La lecture achevée (au bout d'un quart d'heure) la seconde classe arrive, puis la troisième, etc. — On passe ensuite à la géographie, que Ton expédie de la même manière. Chaque enfant a son atlas avec un texte explicatif. — Vhistoîre de la patrie s'apprend par le même procédé dans un livre particulier. — Le calcul de tête et par écrit vient ensuite ; les élèves se servent de rardoise, du tableau noir et de livres de problèmes. Ces branches sont pour le matin. Après midi, on commence par VèpeUation, espèce d'^ercice ^orthographe. L'enfant décompose et recompose le mot que le maître lui indique. Cet exercice est exigé par 1^ difKcultés que présente Forthographe anglaise. Les méthodes de lecture sont difficiles et encore en retard. — Après l'orthographe, on passe à l'écriture ; las grands écrivent dans des cahiers qui ont un modèle Hihographié au haut de la page; les petits écrivent 2xa Fardoise, d'après un modèle écrit au tableau noir.
Dans les villes^ Técole primaire comprend ordinairement trois degrés : V école primaire proprement dite (école ^mentaire), pour des enfants de six à dix ans : cette école est mixte ; Vécok de grammaire^ mixte ou avec sexes séparés, pour des enfants de dix à quatorze ans ; et les écolet tttpérieuresy espèces de collèges scientifiques ou littéraires^ pour des enfants de quatorie à dix-huit ans.
Dans l'école primaire (Primary School), les branches généralement enseignées sont : la lecture, Forthographe dHisage, récriture, le calcul, la langue maternelle, — les leçons de choses, — le dessin, le chant et la géogra* phie ; ego. outre, dans quelques écoles, la morale et la dvi- Mté, la composition et la ponctuation.
Dans l'école de grammaire {Grammar Schooi)^ les diverses branches sont : la lecture et la déclamation, l'or-
372 HISTOmB DB LA PÉDAGOGIE.
thographe d'usage^ récriture et le dessin^ la dictée; la composition, Tarithmétique, le vocabulaire, la géographie, la grammaire, l'analyse, l'histoire, les leçoas de choses, le chant, la mo raie et la civilité, l'histoire naturelle, la physique et la chimie, la physiologie, la constitution des Etats-Unis.
Dans Técole supérieure (High School), on enseigne • }a composition et rélocution,rarithmétique commerciale, Falgèbre, la géométrie et la trigonométrie, l'uranographie, le latin, l'allemand, le français et le grec, l'histoire, la rhétorique et la logique, la géographie physique, les sciences mutuelles, la physique et la chimie, le dessin (perspective, projection, dessin mécanique et industriel), la constitution des Etats-Unis.
Enfin, on trouve encore dans les villes des écoles du soir pour jeunes gens et jeunes filles, hommes de couleur, etc.
L'école américaine, outre son caractère national et les principes qui la constituent comme telle et que nous avons examinés en commençant, a des traits particuliers qui méritent de fixer notre attention.
Ce que nous avons dit des maisons d'école, des sys* tèmes de ventilation qui y sont adaptés, des pupitres et chaises commodes pour les enfants, nous montre que leg Américains accordent une attention particulière à l'éducation physique. Toute l'architecture et tout l'ameublement scolaires sont calculés en vue de la santé des enfants. Ajoutons qu'il règne dans les écoles une propreté irréprochable, et que dans un grand nombre d'écoles on a introduit des exercices qui amusent les enfants, tout en développant leurs forces corporelles, •f J'ai visité à New- York une école de 1,400 enfanté, dit M. Fisch. Au moment où j'arrivai, ils étaient rangés en colonnes à tous les abords de la grande salle. Au coup de 9 heures, une des maîtresses s'assied au piano, et elle exécute une des plus belles marches de Bee* thoven. A Tinstant, toutes ces colonnes s'élancent en sautant et elles accomplissent les' mouvements les plus gracieux et les plus variés. Ces exescices sont calculés
PÉDAGOGIE ANâLAIBB. 373
pour fortifier les muscles, surtout ceux de la poitrine, et ils donnent de plus à tout le corps de la légèreté, de la souplesse et de la grâce* »
La culture intellectuelle est, comme en Angleterre, moins avancée que dans les écoles allemandes et suisses, mu moins elle se donne d'une autre manière et dans d'autres conditions. L'école, gtâce aux pupitres séparés, est un chez-soi pour l'enfant, et il y va plus encore pour étudier et pour faire ses tâches que pour y être instruit par le maître. Les écoles élémentaires, cela va sans dire, ne sauraient beaucoup s'éloigner des nôtres pour le mode d'instruction ; mais plus l'enseignement s'élève, plus le manuel remplace le maître, plus l'élève est abandonné à luimême pour ses études. Les manuels, comme cela doit être dans un tel système, sont détaillés, clairs et pratiques, et remplacent avec avantage le bavardage et le pathos des pédants. Ils n'empêchent pas, cela va sans dire, que dans les récUations un maître instruit et intelligent ne puisse donner mainte explication et ajouter des développements propres à former l'intelligence et le cœur des élèves. Ouoi qu'il en soit ce système rend l'élève moins dépendant du maître et fait un appel constant à l'activité propre et spontanée, de l'individu. La volonté ne peut que se fortifier dans un tel système, et c'est à lui peut-être, autant qu'à la nature, que la race anglaise doit l'énergie, la persévérance, comme aussi l'esprit d'indépendance et le caractère entreprenant et inventif qui la caractérise.
Le mélange des sexes dans les écoles américaines est encore un fait qui mérite d'être relevé. Les écoles séparées, dit M. Fisch, ne seront bientôt plus que l'exception; dans la Nouvelle-Angleterre, elles ont presque entièrement disparu. . . Si vous demandez aux instituteurs quels sont les résultats de ce système, ils vous diront qu'ils n'y ont découvert que des avantages. L'instruction s'en trouve aiissi bien que la moralité. L'émulation est beaucoup plus vive, le contact journalier opère un échange de bonnes influences et neutralise les mauvaises. Les jeunes filles y
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gagami autant pour la volonté que les jeunes garçons pour le cœur; les premières en obtiennent ce respect de leur sexe qui provient sans doute de Tétat général des moeurs, mais gui a ses prenûëres racines dans l'école; les seconds y acquièrent cette délicatesse et cette mesure auxquelles le contact de la femme est si favorable. Ces enfants s'habituent dès le plus bas âge à vivre et à grandir ensemble, et quandilsont seize ou vingt ans, leurs r^ations restent aussi snnples et aussi naturelles que lorsqu'ils se trouvèrent pour la première fois sur les mêmes bancs. » , Le respect de la femme est poussé si loin en Amérique, '"qu'une demoiselle peut traverser toute TUnion en chemin de $^ sans entendre une parole malséante. On ferait descendre à la première station celui qui s'aviserait de lui manquer de respect. Ged explique pourquoi on trouve tant d'institutrices dans les écoles, même dans les étalassements supérieurs. » Chez le pasteur qui me donnait Tbospitalité à WestÛeld, dit l'auteur que nous venons de cîtar, demeurait une jeune demmselle de dix-neuf ans qui était professeur de mathématiques à l'académie. La jeune xns^tresse avait dans son auditoire des hommes à longue barbe auxqu^ eUe expliquait un problème de hautes lœir thématiques avec une simplicité et une grâce parfidtes. Etrange peuple que ces Américains I
L'école publique trouve son couronneménl daas les bibliothèques populaires pour la jeunesse, pour les instituteurs et pour les familles. En 1850, on comptait déjà 10,640 Mbliothèques avec 3,641,765 volumes. A côté des bibliothèques on trouve presque partout des cours puldics, très-fréquentés et qui réçandeoat Tinstruction dans tous les domaines et dans toutes les classes. Ces instîtatioDs portent ordinairement le nom de lycées. En 183&, le Massachussets en comptait déjà 137 avec 32,693 auditeurs. L'Américain aime la vie publique, et le journalisme vient s'ajouter à tous ces moyenois d'instruction. Il n'y a pas I de famille qui n'ait son journal politique quotidien et, i côté, un journal religieuxi des revues, etc. — Pour les jec*
. pioAGOGIB ANGLAISE. 37S
nés gens il y a aussi diverses sociétés. Près de la moitié d'entre eux font partie des sociétés dites de tempérance; ils s'abstiennent de vin, de l»ère et de tabac. Ceux qui n'en/ fimt pas partie se croient également obligés d'être tempérants. Cet état de chose a commencé il y a quarante ans, alors qu'on n'osait plus recevoir un ami sans lui offrir une bouteille et que l'Union était compromise par Fabus des boissons.
EtxibUssemtnts supérieurs ou sderaifiquês.
On appdle Académies des établissements libres, la plu*» part mixtes, diversement organisés et en général parallà* les avx écoles supérieures des villes. U y en a des centaines dans les Etats-Unis. On trouve dans leurs divers programmes les branches suivantes :
M(Uhématiques, — Algèbre, physique, astronomie, géométrie, arpentage, trigonométrie, électricité et magné* ûsme, logarithmes, hydrostatique, mécanique, optique, géométrie analytique, navigation, sections coliques, calcul différentiel et intégral, art de l'ingénieur, technologie, perspective, géométrie descriptive.
Langues. — Le latin et le grec (aussi pour les demoiselles}, avec antiquités grecques et romaines et la mythologie; l'hébreu (dans quatre académies seulement); le firançaîfi, Tallemand, Titalien, Tespagnol.
Histoire naturelle. — La diimie, la chimie agricole, la j^sique, la minéralogie, la géologie, la botanique, la zoologie, la physiologie, l'anatomie.
Philosophie et arUres branches. — L'histoire universelle, la psychologie, la rhétorique, la logique, la morale, l'histoire nationale, les lois constitutionnelles, l'histoire de lliglise, les preuves du christianisme, la théologie natureHe, Téconomie politique, la pédagogie, la phrénologie (dans deux), laphonographie^ la peinture» la musique, le diaaty la gymnastique (dans une), la danse (dans une), la broderie (dans deux).
Collèges et Universités.
Le collège est rétablissement scientifique des Américains. Il se compose du bâtiment universitaire, souvent appelé chapelle, parce qu'il est surmonté d'une tour, avec cloche, et qu'il renferme une chapelle pour le culte. Des deux côtés de la chapelle s'élèvent ordinairement deux autres bâtiments, où les étudiants ont leurs chambres et leur pension. Quand le collège est situé sur une élévation, il a une apparence grandiose. L'Union compte 343 col- J léges. Le collège correspond à nos lycées ou gymnases ^périeurs. La durée des cours est dé quatre ans. Il n'y a que trois leçons par jour, de 6 à 7, de il à 12, de 5 i 6 heures. Les études classiques sont faibles, les autres bonnes.
Bu collège^ rétudiant, après un stage chez un homme de la partie, peut entrer directement dans la jurispru* dence, la carrière pastorale ou la médecine. Les anciens élèves, revenus au collège pour y subir un examen, reçoivent les degrés de maître ès-arts, ou de docteur en théologie, en médecine, en droit, sans avoir fait d'études dans une université proprement dite.
Plusieurs collèges ont des classes préparatoires, comme aussi des facultés de droit, de médecine, de théologie. Quand les facultés sont séparées du collège, elles portent le nom d'écoles de droit, de théologie^ de médecine. Les cours durent deux ou trois ans. Le collège Harvard, i Cambridge (Màssachussets) a pris les proportions d'une véritable université, avec quatre facultés : théologie^ droit, médecine, sciences et arts (polyteehnicum).
Institution Smithson (Smithsonian Institution}^
Cette institution, fondée à Washington par les États- Unis avec la fortune de TÂnglais Smithson, a pour bal d'encourager toute espèce de recherches scientifiques : eOo accorde des récompenses aux homn:es de talent, dont les écrits font connaître de nouvelles découvertes et invefitiens; elle fait faire des recherches scientifiques sous U
direction d'hommes disUDguôs; elle publie des rapports sur les diverses recherches de la science, rapports qui sont envoyés à tous les établissements scientiâques du monde et aux savants distingués. L'Europe a déjà reçu des centaines ds subsides, envoyés soit à des particuliers, soit à des sociétés savantes, pour les encourager et les soutenir dans leurs recherches. — Les riches collections (bibliothèques^ musées, etc.) de cette institution ont été incendiées en 1865.
Etahlissements de bienfaisance.
Les établissements de bienfaisance sont nombreux en Amérique. La statistique de 1875 renferme les données suivantes :
Ëcoles de sourds-muets 40
Institutions pour les aveugles 29
Ëcoles pour les enfants vagabonds 56
Asiles pour les orphelins 151
Orphelinats pour les fils de soldats 21
Maisons de charité 57
Ouvroirs divers 25
Établissements pour les idiots 9
Les jardins d'enfants ont aussi commencé à s'établir aux États-Unis. Sous la même date on en comptait 95.
§ 5. Considérations sénéraies.
Il n*est pas nécessaire, en terminant ce chapitre ^r la pédagogie américaine, de faire remarquer sa parenté avec la pédagogie anglaise : c'est le même courant» la même physionomie, et^ pour aous habitants de TEurope continentale, la même originalité. Ce qui la distingue provien essentiellement des institutions politiques et religieuses du nouveau monde.
La pédagogie des races anglaises, nos lecteurs l'auront éprouvé, a bien des côtés séduisants, et certes nous ferons bien de la suivre attentivement et de lui faire des emprunts. L'Allemagne peut mieux nous apprend le com-
S78 filSTOISB DB LA. PÉDAGOGIE.
méat on développe rintelligtnce sur les bancs de Técole^ mais non comment on forme des Tolontés éner^ques, des caractères fermes et indépendants. Il ne faut cepenéaast pas oublier, dans une question comme celle^^i, que tout ce fui convient à un peuple ne conyient pas i un antre peuple. Un grand dôTcloppement de la yolonté chei uba race ardente aurait peut-être des dangers qu'il nia pas chez une race plus froide. Pour réussir au sein d'un j^i^^ et y porter de bons fruits, la pédagogie, en règle gén^iJe, doit y être mise en harmonie avec le caractère national, les mœurs et les institutions. C'est ce qui a lieu d'une naanière frappante auxÉtats-Unis : nulle part Técole a'est si intimement unie à toute la vie sociale, et c^est sans doute pourquoi elle y est si pepulaire et y déploie, à la ' faveur de la liberté, une activité si extraordinaire.
Aux Étas-Unis, comme en Angleterre, Técole est un produit de la famille, de l'Eglise et de la commune, et non de l'État. Celui-ci n'intervient que pour encourager et régulariser, et partout il respecte les droits primitife de la famille et de la conscience.
En Amérique, l'école est gratuite, en ce sens que Tenfant ne paie pas une finance scolaire; mais chaque commune fait payer à ses ressortissants une taxe scolûre proportionnelle à leur fortune. Dans certaines localités, les parents qui envoient leurs enfants dans des écolœ privées qu'ils entretiennent à leurs frais, <mt été dispensés de payer la taxe scolaire pour l'école publique.
L'instituteur, aux Etats-Unis, est revêtu d'une plus grande autorité qiM dans les pays où les écoles relèveont de l'État. Il peut, par exemide, dans l'intérêt de leors élèves, renvoyer les enfants qui nuisent à la marehe de son école, et il est autorisé à user de mesures énBvpepm», là où la force nmrale est impuissante. Çà et là cegeaÙÊSâ on essaie de supprimer les punitions corporelles. C'est ce qu'a fait l'État de New-York; mais 1,500 in^itutars les ont redemandées dans une pétition. A Boston,^ uii instituteur ne peut frapper une petite fille sans Tautorisation du principal»
PËDAOOGiB Itïglaisb. 379
In aucun pays, l'école n^ progressa zmm rapidAmeat qu'aux États-Ufiis ; il lui reste œpendant encore Ueii dn dwnûn à faire et bien d^ lacnnes à comMer.
Dans les Ëiiats du snd les écoles sont encore bien en fêtard, tant ponr le matériel qne ponr rinstnictian* Le nombre des illettrés dans plnsienrs États dépasse 50 0/0. ^^
Oans le Nord et dans TOuest, la fréqnentaticHi des écoles m'est rien moins que satisfaisante, mém là où elle est obligatoire. Dans TÉtat de New-York, malgré l'obligation, des milliers d'enfants n'ont jamais mis le pied dans une école et croissent pour le vice et le crime. Sans le Gonnecticnt, l^n des États les plus avancés, la Bieitié senlement des en&nts inscrits sor les registres sooiaires partent présence anx leçons.
La Xemne des écoles laisse aussi beauooop à désirer. L'enseignement aotuel a été abandonné et remplacé, OMune on Ta tu plus haut, page 371 , par une méthode tiès défBctuense. Yoîct sur ce point une critique fort jndiciense qne j'aspmnte an Rapport des délégués français à l'exposition de Philadelphie en 1877 ^ :
c Une classe élémentaire américaine, même dans les TiQea, compreiul au moins troâ divisions; certaines en comptent jusqu'à cinq. Et diaque dirinon a des leçons particulières, dans les diffîrentes branches des pngTammes, à l'exception parfois de l'orthographe d'uttge et di^ leçons de choses. Aussi pour des séances de denx heures à deux heures et demie, nous avons compté jusqu'à quatorze exercices distincts (sept dans les classes de gramndaire) ; la moitié des élèves, au moins^ restent inoocnpés ou mal occupés, pendant que les autres ont lenr ieçmi, ou, comme on dit aux États-Unis, leur rêd' itHên. Ce va-et-vient constant des étude$ et des ricitaiioni kàbUt dans la classe un mouvement perpétuel. Et oeBune on n'emploie jamais de moniteurs, il en résulte qu'on De peut réserver aux leçons qu'un temps fort res« tieint. Nous avons va des leçoiis réduites à dix, à cinq
1. Page Sl« J'ai empranté pliuiears antres données à ce trayail snbstatieU
minutes même. Que peut donner une semblable manière de procéder? L'emploi du temps nous semble la partie faible de l'organisation des écoles américaines. L'enseignement, réduit, par la force des choses, à de sèches récitations ou à des exercices mécaniques^ est frappé de stérilité dans ses degrés inférieurs, où le mal est le plus intense ; dans les classes supérieures, il doit incontestablement être entravé et donner des résultats audessous de ce qu'on peut attendre d'un personnel d'élite et d'une bonne organisation. »
Puisque les Américains ont abandonné l'enseignement mutuel, ils devraient abandonner le fractionnement des classes provenant de cet enseignement, et adopter l'enseignement simultané. Seulement ce changement exigerait un remaniement de l'architecture scolaire C'est ce que l'on commence à comprendre aux Etats-Unis.
cNos bâtiments d'écoles, a dit le surintendant américain Eiddle, sont construits sur un type fâcheux. On donne beaucoup trop de place à la salle de réunion, et les classes, où il n'y a souvent que des bancs pour y asseoir les enfants, sont trop petites. »
En voyant les sacrifices que TAméricain fait pour l'école, on peut espérer qu'elle portera de bons fruits au milieu de ce peuple actif et entreprenant. Sa tâche est belle, sinon des plus faciles ; car on remarque en Amérique des symptômes inquiétants de décadence, en particulier une soif de s'enrichir qui a pris de redoutables proportions. De là un manque d'honnêteté et de probité dans les affaires qui effraie avec raison les hommes soucieux de la prospérité des Etats-Unis. « Les voleurs, dit un rapport officiel présenté au congrès par Tune de ses commissions, les voleurs infestent tous les services publics. Il n'y a pas de département, pas de branches de services où on ne les trouve, et l'exemple est si contagieux que l'honnêteté devient l'exception au lieu d'être la règle. » On compte beaucoup sur Técole pour faire disparaître cette plaie sociale I Espérons qu'elle ne faillira pas à sa tâche.
FÉDAOOaiB ALLEMANDE. 3gl
PÉDAGOGIE ALLEMANDE I 1. BéTell de la pensée pédagogique.
En passant à rAUemagne, nous entrons sur la terre dassique de la pédagogie.
Pestalozzi, dont nous avons raconté la vie et développé les principes, est comme le piédestal de la pédagogie aux temps actuels; mais tout particulièrement de la pédagogie allemande.
Les guerres de Napoléon P', en faisant sentir à l'Allemagne, et sa faiblesse et Tincohérence de ses institutions politiques, réveillèrent en elle le sentiment national et le hesoin d'une régénération. Le discours à la nation alle^ mande de Fichte^ dirigea ce mouvement vers la recherche d'une éducation nationale. Selon ce philosophe^ Pestalozzi était l'homme de la Providence pour opérer le relèvement désiré. D'autres voix firent entendre des accents analogues. Pestalozzi, s'annonçant comme le rénovateur de l'humanité, ne pouvait venir plus à propos pour la nation allemande. Des hommes d'Etat et des pédagogues accoururent à Yverdon pour y étudier la méthode nouvelle^ et les conseillers d'éducation les plus influents de la Prusse, Weiss et de Turk^ comme les principaux directeurs d'écoles normales, Harnisch et Diesterweg^ se déclarèrent partisans des idées du grand pédagogue suisse. Les autres Etats ne tardèrent pas à suivre l'exemple de la Prusse. Des écoles normales furent fondées , la fréquentation des écoles primaires devint obligatoire, et la vocation de l'ina* tituteur fut considérablement améliorée.
I 2. lies éeoles aUemandee*
#• Les éoolM populaires*
L^esprit de rénovation eut bientôt propagé, renouvelô et transformé l'école primaire. Alors commença Tëre des
^Bi HISTOIRE DB LA FÉDAGOaiE
écoles supérieures. Elles surgirent de toutes parts, sous le nom de Bûrgerschulen {éeoles bom^eoises). En Suisse, on les nomma écoles secondaires. Ces écoles, non gratuites, sont généralement fréquentées par les enfants des classes moyennes ou boui^eoises ; la finance scolaire varie entre 3 et 10 francs par mois. L'enseignement y est naturellement supérieur à celui des écoles primaires, mais ces écoles ont l'inconvénient de scinder les enfants d'une même localité en deux catégories distinctes, les privilégiés et les non-privilégiés. Dans Ta règle, îl vaudrait mi^ix ajouter de nouvelles classes à I école primaire, que de fonder à côté des écoles secondaires pour les classes aisées. La vis du peuple y gagnerait en force et en harmonie. La ft^iternité de toutes les classes sociales sur les bancs de Fôcole est un stimulant moral et un élément de progrès ; elle est aussi, me semble-t-îl, dans l'esprit de l'évangile.
A côté des écoles bourgeoises, et au-dessus des écoles primaires, on a fondé dans les villes des écoles du dwionche pour les ouvriers et les apprentis, et des Forthildungs-' schulen (écoles supplémentaires)^ destinées aune vocation particulière, comme le commerce, les métiers, l'industrie» l'agriculture, la formation d^institutrices etc.
à. Le» criebtt.-- Les salles d'asile. — Fxcebel et les Jardins d'ea£uite.
L'éducation populaire a reçu d'autres développements encore. Je ne dirai qu'un mot des crèches qui sont dTongine française. La première fut fondée à Paris, en 1S44, par Marbeau. En 1855, la France en comptait déjà plus de 400. L'Allemagne, où la vie de famille est plus développée, s'est peu occupée de ce genre d'éducation. On trouve cependant des crèches à Vienne (depuis 1849), à Dres^ ^ Leipzig, à Hambourg, à Berlin, à Francfort-sur-le-Mein^etc*
Les salles d'asile présentent un plus grand intérêt pédagogique. Les premiers essais faits d'après un plan raisonirà furent tentés par la princesse Faulmt ée L^pe^IkÊmoUi (1 802); mais il était réservé à Ercabel, secondé par " ^^^
nb>ACK)€frIE ALUSMANDS. 383
labaroiuie de Mahrenhôbs^ de donner aux écoles de petits eofsints, une direction et des développements nouveaux.
Frœbel (1782-1852), disciple de Pestalozzi, pensait qu« toutes les réformes scolaires manqueront leur but aussi longtemps que la famille ne comprendra pas la haute ■lestinée de l'humanité, et que la mère, ouvrière avec Dieu, n'emploiera pas toutes ses forces à développer son enfant d'après les lois de la nature. Partant de ce principe, il se mit sérieusement à étudier la nature du petit enfant 5t les lois de son développement, afin de pouvoir indiquer à la famille, à la mère, à la société, les moyens propres à nous faire rentrer dans les voies de la nature. Deux choses toi ont paru essentielles dans la vie du petit enfant: un grand besoin d'activité et une grande curiosité qui l'attire vers tout ce qui frappe les sens.
Dans l'activité du petit enfant, il n'y a d'abord qu'un besoin de mouvement. Frœbei donne des directions pour bii apprendre à se servir de ses membl^3. H passe ensuite au jeu, qui est la vie extérieure et en même temps le bonheur de Tenfant. Frœbel a remarqué que l'enfant n'aime pas les joujoux compliqués cilles casse, pour s'amuser de leurs parties, qui sont son œuvre. Il f^ut donc o&ir à Teofant des joujoux simples, et dont il puisse faire ce qu'il veut : des boules, des cylindres, des cubes, de petits bois équanis, des planchettes, etc. L'enfant dispose librement de ces matériaux ; il construit et démolit à son gré. Â cette première série d'exercices, Frœbel en joint une seconde an moyesQ de matériaux indéterminés, t^ que papier, cartoQ, terre grasse, etc. , sur lesquels l'enfant,! comme sur les premiers, exerce son génie créateur: il fait des trous tvec une aiguille, il découpe, il pUe, il tresse, il fait dea kmles, des bouteilles, etc. Ces deux séries d'exercicei MKunencent l'une et l'autre par le point (la première par iiÊ^boiUe qui lui correspond) « forme fondamentale de tout ce qui existe. ]»
Sn offrant aux mères pour leurs enfants des choses et mm des livres, Frcçbel pense avoir mis la vie et des &its
$84 BISTOIBB DE LA PÉOAOOOtE.
à la place des mots et des abstractions. L'école pour petits enfants, organisée d'après les idées de Frœbel, porte le nom ie jardins d'enfants. Cette dénomination a donné lieu à des malentendus. On s'est quelquefois représenté une école tenue dans un jardin cultivé par de petits enfants. Mais le jardin ne joue qu'un rôle restreint à côté de la salle d'école. On se borne à la culture de quelques plantes pour l'amusement et l'instruction des enfants.
0. Les orphelinats. — Les maisons pour enfants yicienz, Sfeugles,
sourds -muets, orétins, etc.
L'école prunaire, ou mieux, l'école populaire, ne s'adresse, en général, dans ses divers développements, qu'aux enfants jouissant des avantages de la famille et de la plénitude de leurs sens. Pour les orphelins, pour les enfants vicieux, sourds-muets, crétins, aveugles ou cacochymes, il faut des institutions particulières. La pédagogie allemande s'est occupée avec succès de ces difTérentes dasses d'enfants.
Les orphelinats et les établissements pour enfants vicieux ont été l'objet d'études et d'expériences persévérantes. Le principal rénovateur et promoteur de ces établissements a été le patricien bernois Emmanuel de Fellenberg^ (1771-1844), fondateur des établissements célèlw^ de Hofwyl, près de Berne. Fellenberg, réalisant une idée de Pestalozzi, a introduit dans les orphelinats le travail manuel, en particulier le jardinage et l'agriculture, comme moyen principal d'éducation ^ Sa devise pédagogique était : prie et travaille! Fellenberg poursuivit le même but dans son école agricole pour les classes moyennes, et dans son établissement de jeunes nobles^ qu'il voulait aussi éle« ver par la simplicité, l'activité et le travail. Aujourd'hui, on trouve en Suisse et en Allemagne deux genres d'orpho-
i. Fellenberg ne mît pas directement la main à rœuTre, ce fot mb fidèle Vfehrli [1790-1855) qui sut donner une forme pratique à sa pemée.
Unato et maisons pour enfants vkieux et jeunes criminels. Les woAy renfermant nn grand nombre d'enfants, comme la MaMhe-Haus (D* Wichern), près de Hambourg, et la SsechteUn pi, Curatli), pires de Berne, divisent leurs élevés en faxmtDe oa groupes de dix à douze élèves, ayant à leur tète un madtre (ou une maîtresse dans les établissements 4e jeune» filles, tels que celui de la Victoria^ près de ieroé) qui fit et travaille avec eux sous la direction du cbef principal. Les autres établissements, composés d'une vingtaine dTenfants, forment une seule famille sous la £recli<vn du Haumater (père de famille), et de la Hausm/M- Ur ^mbc% de famille). Ce genre d'établissement est le plus parfadt, parce qu^il se raj^rocbe le plus de la famille. On trouve ausâ des établissements attachés à une fabrique, qui occupe les enfants pendant la plus grande partie de la jomirée. L'ancien système, qui consiste a réunir \m grand nombre d'enfants dans un seul local, et à ne les occuper «Qfb^ le» récréations, qm dlnstruction , est à peu près ebanâomiè. H est connu sous le nom de sptème caserne Les (meugles et les sourds-muetis n'ont pas été l'objet de moins de soins que les orphelins et tes enfstnts vicieux, faknim B&ày, le premier, fooda â Vienne un étabKssement pour tes aveugle» en 1784. Depuis, ces établissements se sont étendus sur toute l'Allemagne. On y en compte actaeHament près de 25. La Suisse en possède trois. L'a?eu- ^ étant en possession de îa langue «omme tes autres h&mmes^ peut acquérir uïï degré de àéveloï^pement trèsavancé. L'ouïe, le feict et l'odorat, acquièrent chez lui un degré de finesse plus grand que chez les autres hommes et sufH>léent, en quelque mesure, à l'a vue. Bien dés aveugles devtennent d'excellents musiciene, et réussissent lrè»-Êien dan» la fabrication d'un gtand nombre d^objets. H» ^^H^ennent à lire avec dîes caracfères en relief, à écrire, à cadcuter, etc. Le nombre d'ouvrages destiné» aux aveugles augmente d'année en année. La Bible entière a été puWiée pour cette classe de malheureux.— L'éducatton des somrâa-muets remonta déjè au seizième siècle^ mai» ca
n'est qu'au siècle dernier que Y Abbé de VEpée (1712-1789), à Paris, et Heinicke^ à Leipzig, jetèrent les bases d'une éducation rationnelle des sourds-muets. L'abbé de l'Epée, par sa langue des signes, a agi particulièrement sur le développement intellectuel du sourd-muet. Aujourd'hui on a substitué à la mimique représentative un alphabet de la main, au moyen duquel tous les mots peuvent être exprimés. Les allemands ne sont pas entrés dans cette voie. Dans tous les étabUssements, les sourds-muets apprennent à parler. Le sourd-muet, en général, ne sait pas parler, parce qu'il n'entend pas; mais il peut produire des sons, et Ton parvient assez vite à lui faire exprimer des mots en lui faisant observer par le tact et par la vue, les mouvements de la poitrine, du gosier, du sommet de la tête, des lèvres, de la langue et de la respiration, par lesquels on obtient tel son ou telle articulation. Les résultats obtenus jusqu'à présent sont encom^ageants. J'ai causé plusieurs fois et sans trop de peine, avec des^ourdsmuets allemands. Il faut seulement, quand on parle avec un sourd-muet, articuler nettement et lentement, afin qu'il puisse bien saisir les mouvements des organes de la voix. Une fois en possession de la langue, l'instruction du sourd-muet ne diffère plus de celle d'un autre enfant, si ce n'est qu'elle doit être plus intuitive, plus lente, plus soigneusement graduée. Dans les ouvrages manuels, les sourds-muets déploient assez d'adresse et de talents pour devenir de bons ouvriers, d'habiles artisans. L'éducation morale et religieuse donne des résultats réjouissants. On a cependant à lutter chez eux, comme chez les aveugles et surtout chez les crétins, contre la sensualité, en particalier contre la gloutonnerie et contre les désirs sexuels.
L'éducation des crétins (qui se rattache aux sourdsmuets) est moins avancée. Saegert à Berlin, et le docteui Guggenbûhl, sur l'Abendberg, en Suisse, ont fait des essais intéressants. Des résultats encourageants paraissent avoir été obtenus à Mariaberg et à Winterbach, dans le Wurtemberg, ainsi qu'à la Force (Dordogne), par M. Bost
PIÎDAGOGIE ALLEMANDE. 387
Comme la principale difficulté avec ce genre de malhenreux est d'éveiller leur activité intérieure par le moyen des sens, il importe d'abord d'améliorer leur état physique par la propreté, le bain, des exercices en plein air et par un régime alimentaire bien entendu; puis de les impressionner par certains sons, par des cloches et surtout par la musique et le chant. L'éveU une fois donné à l'âme, on leur apprend à parler, comme à un petit enfant, on arrive jusqu'à la lecture, à récriture, à un peu de calcul et à des ouvrages manuels simples et n'exigeant que peu d'adresse.
Enfin la pédagogie aurait encore à s'occuper des jeunes aliénés* ainsi que des enfants maladifs ou cacochymes. Pour ces deux dernières classes de malheureux, on commence à ouvrir des hôpitaux dans lesquels l'éducation «'associe aux soins physiques.
tf. Les écoles scientifiqaei»
Nous avons vu comment le gynmase et l'université sont wrtis du mouvement de la renaissance et de la réformation. Depuis, la civilisation a marché. Les langues, les Kttératures et l'histoire modernes, les sciences philosophiques et sociales, les hautes mathématiques, les sciences physiques et naturelles, sont venues prendre place à côté des études classiques et théologiques et des sept arts libéraux du moyen âge. Les cadres anciens se sont bientôt trouvés trop étroits et l'impossibilité d'embrasser dans le gymnase et dans l'université (faculté de philosophie) toutes les branches qui demandaient à entrer dans Técole, et toutes les carrières nouvelles qui s'ouvraient à l'acti* yiié de la jeunesse studieuse, a fait naître les écoles réaies, les gymnases scientifiques et les écoles polytech* Qiqaes. Le fond des études dans les écoles réaies est
1. Certains pédagogues, en jparticplî*^ PaJmer, parlent d'enfants pos»
388 HISTOIBE DE LA PéDAOOi^.
ÊHirni par les znatliématiques, par les sciences naturelles et par les langues modernes. On y enseigne aussi la icii^ gion, Thistoire, la géographie, le dessin, etc. Le PolyUch^ nieum^ qui fait suite à Técole réale, réunit plusieurs facultés, dont chacune pourrait former un établissemeD^ à part. Celui de Zurich comprend six divisions : les éocles d'architecture, du génie, de mécanique et des arts tecduiiques, de chimie appliquée aux arts techniques, de sylvi* culture, de philosc^hie et économie politique, plus divers cours particuliers sur la pédagogie, Tagriculture, etc., ete. 0n trouve des écoles polytechniques à Munich, à Hanovre, à Carlsruhe, à Stuttgart, à Nûrenberg, à Augsbourg, à OarmstadI, à Berlin, etc. D'autres étahlissements plus spéciaux^ ou d'une moins grande portée scientiâque, sont les écoles commerciales, industrielles, f(n*e3ttôres, agnco'les, techniques, etc.
I>es plans d'étude. Besoin de réfomie.
Quand on a épousé une bonne cause, on va de l'avant sans crainte de s'égarer. C'est ce qui est arrivé en particulier dans Técole primaire^ où des programmes surchargés ont bientôt eu dépassé les feroes intellectuellfis des enfants. De là, du malaise dans Técole et des l^esoins de réforme. La Prusse est le premier État qui ait présent à renseignement des bornes en harmonie avec les capacités intellectuelles des enfants et les besoins du peuple, et qui lui ait imprimé une marche plus régulière et mieux mesurée. En 1854 elle fixa ainsi le programme des écoles normales : la religion (histoire sainte, caféchisme,, cantiques, connaissance de la Bible); Vart de tenir Fiçole (Schulkunde, en la place de la pédagogiCj de la métiiodologie, de la didactique, de la catéchétique, de l'anthropologie, de la psychologie, etc.) ; Vhistoire et la géographie de la patrie; Vhistoire naturelle et la physique rattachées k l'étude des plantes et des animaux indigènes et des phénomènes naturels les plus connus; le tout sous une forme simple et populaire. En outre, la gymnastique, la
PÉDAOOaiB ALLBBIANDB. 389
langue maternelle^ le calcul, récriture, le dessin et la musique. Le niveau des connaissances exigées des élèves qui se préparaient à entrer dans les écoles nermales fat aussi abaissé et fixé. Le programme de Fécole primaire était à peu près le même que celui des écoles normales« mais dans des proportions réduites : Religion, langue maternelle, calcul, connaissances de la patrie (histoire, géographie, histoire naturelle), écriture^ dessii] et chant. La tâche de l'école primaire fut ainsi déterminée : Préparer V enfant pour la vit pratique dans V église et la famille, dans sa vocation particulière, dans la commune et dans VEtat. Les principes et les règles de celte réforme importante furent consignés daHS les régulatifs des l**, 2 et 3 octobre 1854. La promulgation de ces régulatifs ne se fit pas sans opposition, et ils ont été Tobjet des plus violentes attaques de la part des partisans du développement libre. Néanmoins ce mouvement continua à se propager dans toute TAUemagne et en Suisse ; partout on travailla à des plans d'étude fixant la tâche deTécole primaire. En 1872, la Prusse a révisé ses régulatifs en donnant plus d'extension à l'enseignement, mais en en conservant néanmoins les principales dispositions. L'enseignement scientifique est également en travail de réforme; mais on ne sait pas encore comment on doit résoudre les difficultés qui se présentent. Et d*abord la juxtaposition de l'école réale et du gymnase n'a pas enooie reçu de solution pédagogique satisfaisante. Dans un grand nombre de villes, l'école réale et le gymnase sont des établissements entièrement distincts. Dans d'autres, on fait conunencer des études classiques à tous les élèves, attendu que le latin est pour tous une excellente gymnastique de l'esprit, et ce n'est que vers l'âge de quatorze ans que les études réaies commencent pour ceux des élèves qui veulent suivre une carrière industrielle, commerciale , ou devenir architectes , ingénieurs , militaires, etc. On ne peut nier que le latin ne soit une bonne ^paration pour les cours sdentifiaues : des directeuis
390 HISTOm DB LA PI^DAGOÔiE.
d'écoles réaies affirment que leiu's meilleurs élèves sont œux qu'ils reçoivent des gymnases latins. D'un autre côté, on se demande si les langues modernes, plus utiles que le latin, ne sauraient donner la même ouverture aux jeunes intelligences, et sur ce principe on a des établissements (à Leipzig, par exemple) dans lesquds on com«^ mence par les langues modernes, ainsi par l'école réale, et ce n'est que vers Tâge de douze à quatorze ans que les élèves qui veulent étudier le droit, la médecine ou la théologie, commencent Tétude du grec et du latin. Voilà des questions de pratique sur lesquelles on n'a pu encore s'entendre.
La difficulté que je viens de signaler se complique en^ oore d'une question de principes. L'Allemagne est scindée en deux camps bien tranchés : les humanistes et les réor listes. Les humanistes prétendent que sans le grec et le latin, il n'y a point de culture supérieure. Ils voudraient donc supprimer l'école réale et ne permettre les études des branches techniques qu'à la sortie du gynmase. Les réaiistes^ de leur côté, prétendent qu'il n'y a de vraie cul-^ ture que celle qui nous arrive par les branches réales, et que les langues modernes renfennent des éléments de culture tout aussi importants, si ce n'est plus, que les langues anciennes; ils voudraient donc supprimer I0 gymnase et ne permettre l'étude du grec et du latin que pour les vocations qui exigent la connaissance de ces laa* gués. Ce qu'il y a de certain, c'est que les études réaies ei techniques pures conduisent Thonune dans im matèris^ lisme dangereux, et le laissent sans connaissance de 1» vie sociale et de ses besoins les plus relevés, ce gui a'est pas sans danger pour la société. Il in^)oai;erait donc de xie pas négliger les études historiques et littéraires daxis ks^ écoles réaies et polytechniques. D'un autre côté, noosvoyons que les études humanitaires ne préserrent pasdM aberrations philosophiques les plus dangereuses, quani: elles ne sont pas réglées et vivifiées par l'esprit du cbim^ tianisme. Voilà ce oui se sent partout et ce qui produit da
KÊDA£K>GIE ALLEMÂHM. 391
malaise et du méoonteiiteiaent daus reuBeignementsupé* rieur en Allemagne. De toutes parts des Toix s'élèvent pour demander des réformes. On se plaint aussi de la surabondance des objets d'enseignement et de raffail)lissement que la naarche forcée des études opère dans les facultés intellectuelles des élèves. Sous le rapport moral, les établissements scieniiâques donnent wassi lieu aux plaintes les plus diverses. La vie des étudiants allamands est souvent scandaleuse. Quant aux résultats éducatifs des écoles scientiâques allemandes, je renvoie aux paroles d'Alexandre de Humboldt, que j'ai citées à la fin du chapitre sur la pédagogie anglaise.
I 4, Oe l^eBfMilgiieateii^ 4mm Imi éeoles populaires.
(iMea primaires « écoles Isoprgeoises ou seoondidres, écoles dr
perfectioimcineai;.)
Le mouvement pédagogique provoqué par Pestalozzi m fi'est pas borné à l'activité scolaire extérieure que je Tiens de signaler. H a pénétré dans le fond même d& TiKiseignem^a^; et de l'éducaticyx. L'Allemagne a réformé renseignement d£ toutes les branches, en le soumettant an principe du développement progressif et en Tappro*pilant aux divers âges et aux diverses capacités de Ten* fant Le point de vue objectif n'existe plus dans les ouvrages scolaires allemandsi et de mémo qu'un tailleur ne fait pa^ un haJ)it d'après un certain type ou d'après certaines règles, mais sur les proportions et les dimensions du corps qui doit le porter^ de miêaie les manuels allemandâ sont basés sur les facultés, Tige bt l'avenir de VdèYe.
L'instruction pcçulaire, comme rinstruction supé-^ liaoTô, doit embrasser, — sur ce point, l'on est d'accord, •^ laa trois objets dont se nourrit notre être intellectuel : IHm^ la nature et V homme; — la religion, des notions dliistcire naturdle, et l'histoire, <^u des histoires . L*école doit former les jeunes gens à Aa crainte de Dieu, et les
préparer pour la vie civile et pour l'exercice de leurs diverses vocations. D'après Graefe, les branches nécessaires pour obtenir ce résultat sont : L'enseignement intuitif, la langue, la religion, l'étude des quantités (arithmétique» géométrie), l'histoire naturelle, la géographie, l'histoire, l'instruction civique, le chant, l'écriture et le dessin.
1 . L'enseignement intuitif. — En arrivant à l'école, l'enfant y apporte une quantité de notions qu'il a acquises dans le milieu où il a vécu. H connaît une foule d'objets, il a observé leurs parties, leurs qualités, leurs actes; il a des notions sur Dieu et sur ses semblables. Il sait nommer, en partie du moins, ce qu'il a vu, observé, et s'exprimer sur beaucoup de choses. Sa main aussi s'est exercée, et il est capable de saisir une plume, un crayon, et de tracer des lignes, des lettres, etc. Ce fonds de notions et de talents que l'enfant apporte à l'école est la base et le fondement de toutes nos connaissances. Mais beaucoup d'enfants ont été négligés sous le toit paternel, et ce fonds premier de nos connaissances n'est pas assez étendu chez eux pour commencer avec succès le travail de l'enseignement proprement dit. De là l'opportunité de l'enseignement intuitif, destiné à étendre ce fonds, et dont les Allemands ont fait une partie intégrante de l'enseignement élémentaire depuis Pestalozzi. Différents systèmes ont été proposés. Pestalozzi, dans le livre des mères^ commence par le corps humain. De l'homme on peut passer aux animaux, puis aux plantes, aux minéraux, aux objets d'art. Dieu se montre comme auteiur de la nature et père de tous les hommes. Grassmann, Harnisch, Spiess, Wurst, Denzel, Diesterweg, Curtmann, Herder, etc., se sont occupés de ce sujet important. Voici le plan qui a été généralement suivi : I. Connaissance et dénomination des objets (objets d'après les lieux où ils se trouvent, classifir cation des objets, parties des objets, nature des objetftX» — II. Les qualités des objets (des animaux, de l'honum!, perfections de Dieu) ; — El. Les actions des objets (des ailt maux, de l'homme, de Dieu* i — IV. Description des objM
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fid, diAQue d>)et eet considéré sous toutes ses faces. Les trois premières parties sont analytiques, celle-ci est synthétique). — On peut reprocher à ce système d'être trep (t^idn, et d'alMoadonner rintmtion, car il est impossible le montrer aux enfants tout ce qu'il TOut qu'on traite. ïais on répond que rien n'est plus instructif que Tétude^ les dioses, que dans Men des cas on peut se fonder sur Im mfeioire de Tenfant, et qu'on a la ressource des figures, par exemple les taMeaux de Wilke. Ce système, d'ailleurs, fimrnit une large base à l'enseignement de la langue; il cmistitue même un enseignement complet de la langue, oommençant par le substantif, passant ensuite à l'adjectif,. jfms au verbe, et terminant par la composition; car les exercices faits de vive voix se font aussi par écrit, quand les élèves sont assez avancés. -«— Knaus^ dans sa premiémamée d'école (das erste Scliuljalir), a pris les quatre saison pour cadre de son travail, etil trouve moyen derat^ tacher à la description des objets que nous présentent les fiverses saisons, des histoires (plusieurs sont tirées de la Bi^), des passages à mémoriser, des chants, le dessin. Des figura sont renfermées dans le texte. Ce système est Hm. imaginé et fort propre à captiver l'attention des en- ÛQits par la variété d^ objets qu'il leur propose. — Un tidsieme système est celui qui prend les objets dans rtvdre où ils s'offrent à la disporâtion du maître : — la (àambre d'école, — le matériel, — des objeto divers, — dst plantes, — des fruits, — des animaux (oiseaux , inso^les, etc.), *- des minéraux, — le corps hunmn ; — puis dos objets que l'enfant voit tous les jours, mais que l'on ne peut trausporter à l'école, comme la route, la rivière^ k village, la moiUagne, les nuages, le soleil, la lune, etc. IfaÛB il faut qu'un maître soit hi&OL au fait sur la manière de traiter chaque objet pour suivre ce système libre. — Itaw renseignement intuitif, il m faut pas oublier (gà'il n» «'agit pas seulement d'aequérir des notions sur un onrtain nombre de choses, mais bien aussi de délier la tangue de Tenfant et d'exercer ses facultés intellectuelle^
Tattention, Tesprit d'observation, la mémoire, Je juge* ment, la réflexion, ainsi que le cœur et la conscience, pa* les digressions que permettent divers sujets.
2. La lecture. — Comme toutes les lettres allemandes le prononcent, la méthode phonétique, c'est-à-dire celle qui décompose les mots en leurs éléments phonétiques et donne à chaque lettre le son qu'elle représente réellement, a prévalu depuis longtemps, en Allemagne, sur Fancienne méthode, dite d'épellation. Graser a perfectionné cette méthode en l'unissant à l'écriture. On montre à Tenfant les caractères de l'écriture courante, il en apprend les noms, en même temps qu'il s'exerce à les imiter sur Tardoise. On commence par les lettres et les mots les plus faciles, et l'on s élève graduelle» ment dans les difficultés de l'écriture et de la lecture, jusqu'à ce que Tenfant sache écrire et Ure. Alors seulement on met sous les yeux de Tenfant des caractères imprimés. — SeUzmann a combiné cette méthode avec la méthode Jacotot. L'enfant est mis d'emblée à l'écriture et à la lecture d'un morceau. — Vogel^ à Leipzig, a renchéri sur toutes les méthodes par le procédé suivant : le premier livre de l'enfant renferme des figures, — d'abord un cha* peau. Le maître fait nommer l'objet, ensuite il le dessine lentement sur le tableau noir, en entretenant les enfants de ce chapeau, après quoi U les invite à le dessiner eux* mêmes sur leur ardoise. Cette opération achevée, le maître écrit lentement le mot chapeau, rend les enfants attentifs à tous les caractères employés, en indique la pronooQiciation particulière et collective, et leur fait écrire le même mot, d'abord en l'air avec le doigt, puis sur l'ardoise. Quand ce mot est connu, on passe à un autre objet. Ainsi Yogel réunit dans son livre de lecture des exercices d*intdUgence, de langage, de lecture, d'écriture et de dessin.
Quant à la lecture courante, Graefe donne les règles soi» vantes : l^" Explication des mots; et 2** distinction entfe les pensées principales et les pensées accessoires ; 3* otdro des pensées ; 4* appréciation des pensées ; 5^ plan du mor-
oeau. Lùben veut que Tenfant fasse connaissance, dans le livre de lecture, avec les grands écrivains dont TAllemagne s'honore.
3. Langue maternelle (allemand). — Plusieurs pédagogues distingués, MM. Morf et Wackernagel, par exem* pie, partisans de la méthode Jacotot, rattachent renseignement de la langue au livre de lecture. Ce dernier est considéré comme fournissant le matériel de la langue, les mots et les phrases. Ce matériel doit devenir d'abord la propriété de l'enfant par des explications et des exercices de mémorisation. Pour l'orthographe, on fait copier, on dicte, on fait écrire par cœur différents morceaux. La grammaire est rattachée aux exemples qui se présentent^ toutefois d'après un certain plan. Enfin, la composition s'apprend en changeant le rôle des personnages d'un morceau, en en changeant les temps, en faisant une petite composition sur chacune des personnes, sur chacun des objets qu'il renferme, en faisant faire des imitations et même en donnant des sujets à traiter librement. Hiecke, Wackernagel, Luben-Nacke,Gude-(jittermann, Oltrogge, ont composé des livres de lecture avec le plus grand soin, dans le but de les faire servir à l'enseignement de la langue. — E*autres pédagogues veulent que la grammaire soit enseignée dans des heures spéciales, Dieslerweg, par exemple. Heyre, Wurst, Krause, Becker, Kellner, Otto, Bormann, ont enrichi la langue allemande de grammaires distinguées. Les grammaires allemandes comprennent ordinairement deux parties, la lexicologie et la phrasologie (qu'on me permette ici ce néologisme). La lexicologie étudie les racines, les dérivations, les mots composés, les flexions (déclinaisons et conjugaisons), et classe les diverses espèces de mots. La phrasologie étudie la proposi* tion et les phrases, à peu près comme Ta fait le Père Girard dans son Cours éducatifs mais avec moins d*exempies. — Kellner représente un parti qui rejette la grammaire pendant les premières aimées d*école et l'admet pour les suivantes.
396 mnoauB m la, ibèùxqmïk.
Vf^nhogret^ allemande se borne à pea près à ce que nous appelons cnrttu^rapbe d'usage. On Texerce par des copies et des dictées renfermant les di&'éresttes diffîcuUôs. Diesterweg Tcut gu*on base Torthographe sur l'cioîe. L'enlant doit apinrendre à saisir tons les caraictère»9iie fait ressortir mie exacte prononciation. Graefe, Bormann, Kellner, etc^ veulent, par contre, qu'on développe le sen timent de la correction par la Toe. Partant de ces pariadpes^ la preosEiière école (Diesterweg) tkait pluâ aux dictées^ et la aecoode davantage aux copies.
Pour la compositionj les pédagogues allfflmanfte sont tmanimes à repcMisser tout suject pois en dehoars de la «ph^e de Tèlève. Us tirent leurs sujets du livre de lecture (comme oa Ta vu plus haïut)^ de rhistoire^ cte la ^ograpbie, de Thistoire naturelle, de la religîoci 0» â*Avénements bien coonits des élèves. Kellner veut cpi^'^an c(»nmence par donner àrenfant les matériaux et la focme de la compositioflOL^ puis simptement les matériaux eÉ ei^n le sujet 8e«il. Il faut se garder, disent ^nàqiseB pMa- .gogues, de faire expiriiner à des enlants dles sentiawWs 4poLiL^ n*éfpreuverai«»t pas, comme des condoiéanoes» das lélkitations , etc. Ce sccnpula pédagogique mm parait poussé trop lom.
4. le calcul et la biométrie. — kncanù brandie na |b6« sente autant d^mnifflinmitè dans renseignement qaa le ctieul* Aucune non plus n*a été soumise avec auiaot de micoès aux principes de PeatalorzL On commaaoe pas objets réels (points, trailass doigts, boules, dic.). La pte* mière année, on exerce les nomlKes 1 à 10 en 1 à Sûv 8ec(»ide les nomikres 1 à 14% la troisièiiifi i» nomlnati 1 1000 ou 10000, ete^ la quatrième! des nombres <^ptà* conques. Sur chaque degré, on commença par dommi,] intuition et divers exerdcesi, ume idée elidre des m puis on exerce les quatre «ypératîons fondameo! Trve voix et par écrit On passe enonate aux ncnubrea < plexes et aux systèmes de peiils et mesures, aux aux règles de trois et d'intérêts, aux r^s de sociétéi
d*escompte, de change, d'alliage, etc. Partout on fait marcher ensemble la théorie et la pratique, "ûes deux parties sont intimement unies. Diesterweg, Zaehringer, Bgger, etc., ont traité supérieurement le calcul en vue des écoles primaires et des écoles secondaires.
La géométrie se borne, dans T école primaire, à la con« naissance des lignes, des angles, des triangles, des quadrilatères, du cercle, des principaux soUdes, et, en théorie, à la connaissance des théorèmes les plus indispensables pour rendre compte du mesurage des surfaces et des sohdes. Les démonstrations se font d'une manière intuitive. Pestalozzi faisait commencer l'intuition par l'étude des lignes et des formes géométriques des objets. Mais on n'a pas persévéré dans cette voie. Le dessin des figures géométriques a été dès l'origine ajouté à renseignement de la géométrie.
5. L'écriture, — L'école de Pestalozzi range les lettres diaprés les difficultés qu'elles présentent. D'abord viennent les lettres courtes, puis celles qui dépassent la ligne en dessus, troisièmement celles qui la dépassent en dessous, et enfin celles qui la dépassent en dessus et en dessous. Dans les derniers temps on a substitué l'écriture en mesure à l'écriture libre. Au commandement auf (en haut), OQ fait la liaison, puis on compte un, deux, trois ^ etc., suivant que la lettre compte un, deux ou trois traits fonda^ mentaux ^ Les lettres sont ainsi décomposées en leurs éléments simples, et les élèves sont empêchés ou d'écrire trop vite, ou d'aller trop lentement, ou de perdre leur temps par des distractions. — La méthode américaine, ou la méthode carstairienne (d'après son inventeur Carstair), rejette les lignes et commence avec l'écriture courante sans la soumettre à aucun ordre, à aucune décomposition. L'enfant doit apprendre à écrire le plus vite possible Técri* tore ordinaire.