‹ Histoire universelle de la pédagogieChapitre 65 sur 71 · Troisième république · texte numérisé non relu

Troisième république

La guerre malheureuse de 1870-71 et les charges qui en sont résultées pour la France, ont natureUemeut amené un temps d'arrêt dans le développement des écoles en France. Mais ce temps a été court, et une nouvelle ardeur pour élever le niveaa de l'instruction n'a pas tardé à renaî re dans toute la France. • Voici les principaux points sur lesquels s'est portée l'attention du régime actuel et les nouveaux progrès qu'il a réalisés ou qu'il est en voie de réaliser.

«• Maisons d'ieole et mobilier scolaire. Une enquête faite

SUT Pétat des maisons d'école et du mobilier scolaire a donné le résultat suivant :Il y avait en France, en 1877, 34,108 maisons d'écoles ayant besoin de réparations, et ^ 17,641 qui devaient être construites ou reconstruites 20,944 manquaient d'un mobilier suffisant. Pour remôi dier à cet état de choses, le gouvernement' français, sous la date du 1* juin 1878, a voté une loi relative aux constructions de maisons d'école^ et en vertu de laquelle une somme de 60 millions a été fixée pour venir en aide aux communes, sous forme de prêts, remboursables en 50 annuités. Grâce à la loi du 1* juin, et à quelques autres mesures administratives, on peut espérer que dans quelques années la France possédera un nombre suffisant de maisons d'écoles, en bon état et convenablement meublées.

b. Corps enseignant. Une nouvelle loi, en date du 17 août 1878, sur les instituteurs et institutrices retirés du service, fixe à 500 fr. leur pension de retraite, sans qu'il soit tenu compte de leurs ressources personnelles. Les veuves et les orphelins ont aussi droit à une pension.

Des conférences pédagogiques^ sous la présidence des inspecteurs d'écoles ou de l'inspecteur d'Académie, ainsi que des bibliothèques pédagogiques, ont été fondées dans plusieurs départements et sont encouragées par le ministère de l'instruction publique. Les conférences et les bibliothèques pédagogiques sont des nsoyens d'encouragement et de développement importants et qui ont manqué pendant longtemps aux instituteurs français.

Ecoles normales. Les instituteurs laïques sont forméi dans plus de 80 écoles normales et cours normaux. Quatre départements, à la date du 1^ janvier 1879, étaient encore sans école normale. Les institutrices sont formées dans

500 HISTPIRB hE LA PÉDAGOGIE.

17 écoles nonnales et plus de 50 cours normaux dirigés par des sœurs.

Le programme des études dans les écoles normales françaises est à peu de chose près le même que celui des écoles normales d'Allemagne^ sauf pour le cbant^^la musique, la gymnastique» la pédagogie» et les exercices pratiques d'enseignement dans les écoles annexes.

Le ministère actuel encourage la fondation d'écoles de filles. Il voudrait en faire ouvrir une dans chaque département, et fonder une école pédagogique pour former des institutrices et directrices d'écoles normales.

Ecoles primaires supérieures. M. Duruy, en créant l'en* seignement spécial, annelé aux collèges et aux lycées, enleva à l'école primaii*e des ressources et des forces importantes. La plupart des écoles primaires supérieures déjà existantes disparurent, et cela sans que l'enseignement spécial répondit aux besoins d'instruction du peuple. Aujourd'hui on comprend qu'il faut reprendre la question par un autre bout et greffer l'enseignement populaire supérieur sur l'enseignement primaire, au lieu de l'annexer à un nombre nécessairement restreint de collèges et de lycées. On va donc travailler à la création de l'école primaire supérieure pour les filles et pour les garçons, pour les campagnes (écoles rurales) et pour les villes (écoles urbaines). Le brevet primaire complet suffira pour enseigner dans les écoles primaires supérieures.

Enseignement secondaire pour les filles. Cet enseignement organisé par M. Duruy n'ayant pas donné les résultats qu'on en attendait, on va essayer de lui donner une. nouvelle impulsion en le rattachant à l'école primaire supérieure.

Le développement de Pécole se produit partout d'après les mêmes lois. La France entre maintenant dans la voie qu'ont dû suivre la Suisse et l'Allemagne. Toute

p£l>AQ06m FRANÇAISE* 50i

eréation qui ne se rattache pas à des besoins dètenninés et gui ne sort pas naturellement du grand courant popiu* laire^ est destinée à périr.

Enseignement. L'enseignement a fait de notables pro« grès dans les écoles normales et dans les écoles primaires. La gymnastique a été introduite dans les écoles normales et commence i s'introduire dans les écoles primaires. Plusieurs écoles de Paris ont des gymnases pour filles et garçons. L'enseignement de l'agriculture est introduit obligatoirement dans toutes les écoles normales et le sera en 1883 dans toutes les écoles primaires. La France a un sol riche, et ce mouvement vers l'agriculture lui ouvrira certainement de nouvelles sources de prospérité. Mieux vaut aujourd'hui se tourner vers les champs que vers Tindustrie. c Le labourage et le pasturage, disait déjà Sully, sont les deux mamelles de la France. >

Données statistiques. Ecoles primaires.

En 1876, la France comptait 71,289 écoles primaires, soit pour une population de 36,905,788 habitants une école par 517 habitants. (Le département des Vosges a une école pour2 72 hab., et, en y comprenant les asiles^ une pour moins de 200).

En 1831 la France n'avait qu'une école pour 1,189 habitants.

Les 71,289 écoles primaires ci-dessus se divisent

En 59,976 écoles publiques et En 11,313 écoles Iibre&

Pour les instituteurs et institutrices qui dirigent ces écoles on comptait :

502 HISTOIRE BB lA FÉDAOOaiB.

54,286 laïques, 27^085 congréganistes.

Enseignement secondaire, L^enseignement secondaire est donné en France, comme on l'a vu plus haut, dans les collèges et dans les lycées. La France compte environ 250 collèges et près de 80 lycées. Les petits séminaires, çui dépendent des évéques, et un certain nombre d'institutions privées rentrent encore dans l'enseignement secondaire.

Enseignement supérieur» L'enseignement supérieur est donné dans plus de 50 facultés et dans les grands séminaires^ placés sous l'autorité des évéques. Chaque diocèse a son grand séminaire.

Parmi les établissements d'enseignement supérieur,, on doit encore placer :

L'Ecole normale supérieure.

L'Ecole polytechnique.

L'Ecole militaire de Saint-Cyr.

L^Ecole navale établie sur le vaisseau le Borda, en rade de Brest.

L'Ecole forestière ou des eaux et forêts de Nancy.

Pour le haut enseignement, on trouve à Paris : le Col* légede France, le Muséum d'histoire naturelle, les Cours de langues orientales, le Bureau des longitudes et l'Observatoire, FScole française d'Athènes, TËcole des chartes.

. La France possède encore un grand nombre d'établisse» ments spéciaux, en particulier :

Une Ecole d'accouchement, à Paris, destinée à formerjdes âages-femmes pour toute la France. Durée du cours, lan.

3 Ecoles régionales d'agriculture : Grignon (Seine-et- Oise), Grand-Jouan (Loire-Inférieure), La Saulsaye (Ain). Durée des cours, 3 ans. Pension 750 fr.

Une Ecole d'artillerie et du génie.

3 écoles d'arts et de métiers : Mx, Angers, Ghâlons-snr-* Marne. 900 élèves.

Les écoles des Beaux-Arts de Paris et de Rome (acadé<« mie de France à Rome).

L'Ecole de cavalerie de Saumur.

L'Ecole centrale des Arts et Manufactures, à Paris. Durée des cours, 3 ans.

L'Ecole supérieure de commerce, à Paris. (Il y a une école semblable à Leipzig.)

L'Ecole d'état-major, à Paris.

L'Ecole du génie maritime de Lorient.

40 écoles d'hydrographie^ préparant aux examens de capitaine de vaisseau.

L'Ecole des jeunes de langues. On y enseigne les langues orientales aux jeunes gens destinés à servir de drogmans dans les villes du Levant.

L'Ecole des maîtres-ouvriers mineurs d'Alais. Durée du cours^ 2 ans.

L'Ecole de médecine et de pharmacie militaire, à Paris.

12 Ecoles militaires.

L'Ecole des mines. Durée des cours, 3 ans. Etudes gra* tuites.

L'Ecole des mineurs de Saint-Etienne.

L'Ecole ou GoDservatoire de musique, à Paris.

L'Ecole des ponts et chaussées^ à Paris.

Plusieurs Ecoles de pyrotechnie ou Ecoles régiment aires. On en distingue trois sortes : les écoles d'artillerie, les écoles du géuie et les écoles d'instruction.

3 écoles vétérioaires : Alfort, Lyon, Toulouse. Au-dessus de tous les établissements sont les corps sa-

5M HISTOIRE US Lk PÉDAGOGIE.

yants, les Académies Française, des lascriptions et Belles- Lettres, des Sciences, des Beaux-Arts, des Sciences morales et politiques, qui forment les cinq classes de Tlnstitut te France.

Des étailissements de bienfaisance.

La France compte un grand nombre d'établissements de bienfaisance et de charité, tels que maisons d'orphelins, crèches, hospices, écoles du dimanche, établissements pour des crétins, des aveugles, des sourds-muets. L'étabhssement des sourds-muets de Paris a été rendu célèbre par son fondateur Tabbô de l'flpée et par son successeur l'abbé Sicard^

k. UL 8IHSSB BOIfAlfDE.

La Suisse romande, qui n'a guère que l'étendue d'un département français, est trop petite pour avoir des éta-

1. L*abhé de l*Epée (1713-1789), ayant été interdit par l'arcbe?êqu9 de Paris, comme adTersaire de la balle IMgenitns, se chargea gratuitement de l'éducation de deux jeunes sœurs sourdes-muettee, fonda pour elles son système sur le langage naturel des signes, qu'il crut pouvoir astreindre aux formes grammaticales. Seul, sans appui, et presque sans fortune, il forma et soutint le premier établissement de sourds-muets qui eût encore existé. Pour que ses élèves ne manquassent de riea, il se contentait d'aliments simples et de vêtements grossiers; il passait sans feu les hivers les plus rigoureux. Il a laissé les ouvrages suivants : Ins^ titution des sourds-muets par la voie' des signes méthodiques; Véritable manière d'instruire les tourds-muets ; Dictionnaire général des signes employés dans la langue des sourds-muets. On lui a élevé un monument dans l'église Saint-Roch, à Paris, et une «tatue à VersaiUes. On eftt mkux fait de le vêtir et de le chauffer durant sa vie.

L'abbé Siccard (1743-1813) fonda TEcole des «ourds-muets 4e forioMX, après avoir professé sous l'abbé de l'Epée. A la nort de ce dei^ nier, il fut appelé à Paris pour y diriger l'établissement des louidflmuets. Il est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages, entre autres, un Catéchisme à Vusage des sourds-muets de naissance; va Cowr» ^huiruùtion d'un sourd-muet; une Journée ehrétieme d'un êowrd-mmii la Théorie des signes^ etc.

PÉDAGOGIE FBANÇAISE. 505

blissements scientifiques comme la France. Cependant elle possède une université à Genève, deux académies, avec quatre facultés à Neucbâtel et à Lausanne et trçis facultés de théolo^e libres protestantes, à, Neucbâtel» à Lausanne et à Genève. ElSe compte six écoles cantonales ou gymnases supérieurs, littéraires et scientifiques, et plusieurs progymnases (collèges}. Les études scientifiques supérieures se font à Zûricb, au Polyiecbnicuin fédéral. ^

L'enseignement secondaire spécial est donné dans un grand nombre de petites villes et grands villages» dans les écoles dites secondaires, moyennes^ industrielles, ou dans des institutions privées.

La Suisse romande compte pour ses 600 000 babitants 9 écoles normales, dont trois de filles. Deux sont des écoles libres. Quelques écoles supérieures de JfiUes forment aussi des institutrices.

Les écoles primaires publiques sont partout en nombre suffisant pour y recevoir tous les enfants. L'instruction est obligatoire depuis l'âge de 6 ou 7 ans, jusqu'à l'âge de 13 à 16 ans, suivant les cantons. Aussi une personne ne sachant ni lire ni écrire est -elle un phénomène assez rare en Suisse. En 1878, la moyenne des illettrés sur 100 recrues était de 1.6. Quatre cantons n'en avaient point. La moyenne des recrues insuffisamment instruites et obligées de suivre un cours complémentaire, s'est élevée à 9 0/0. Schatfhouse, qui n'a pas d'illettrés, n'en a eu que 0.9 0/0.

Les maisons d'écoles sont généralement vastes et commodes et pourvues d'un matériel d*iiistrnction suffisant La position des instituteurs et des institutrices primaires a étt^ partout sensiblement améliorée. Les traitements varient entre 1,000 et 3,000 fr., suivant les localités.

On trouve dans la Suisse romande une trentaine d'établissements pour orphelins, enfants vicienx, sourdsmuets, aveugles, etc. U y a aussi des jardins d'enfants^

506 HISTOIRE DE JJL PiDAGOaiB.

Enfin la Suisse ramande est la terre classique des pensionnats, institutions libre dans lesquelles unç fbule ^d'enfants, jeunes gens et surtout jeunes filles de tous pays, Tienneût apprendre le français.

Les données suivantes sur la statistique de Pinstruction {)rimaire de l'un des cinq petits Etats de la Suisse romande, Neuchâtel, en 1877, pourra servir de point de comparaison avec d'autres pays»

Le nombre d'enfants de 7 à 16 ans, domiciliés dans le canton de Neuchâtel, et obligés de suivre les écoles primaires (ou secondaires) était, en 1877, de 19,954 (9,936 garçons et 10,018 filles), soit t/5 ou 20 0/0 de la population totale (100,000 habitants en nombre rond). Le nombre d'enfants qui ont suivi les écoles primaires (secondaires et libres) s'est élevé à 21,631. Donc 788 enfants de plus que ne Texige la loi ont suivi les écoles publiques ou privées. Depuis Tâge de 14 ans, les enfants ne sont astreints qu'à un nombre réduit d'heures par semaine. Le nombre des absences non justifiées s'est élevé à 32,493, soit à 1 1/2 en moyenne par enfant. Les absences justifiées se sont élevées à 358,085, soit 15 1/2 en moyenne, par enfant. Donc la moyenne des absences a été de 18 demi*journées par enfant, soit 1 1/2 semaine sur .enviroa 42 semaines de fréquentation.

Police des écoles. — 4,034 avertissements ont été donnés à de» parents négligents; 519 plaintes ont été portées devant le juge , lequel a prononcé 352 libélatioQS, 731 amendes à 2 fr., 136 à 5 fr. et 20 emprisonnements.

Enfin le canton de Neuchâtel comptait, en 1877, 308 elasses ou écoles permanentes desservies par 136 instituteurs et 172 institutrices ; 54 classes ou écoles temporaires (de 5 mois) desservies par 7 instituteurs et 47 institutrices. Le canton comptait ainsi 382 écoles primaires avec autant d'institut<3urs et d'institutrices. C'esi une école primaire publique pour 280 âmes de

population et une moyenne ée moins de 50 enfants par école^ attendu qu'un Gertain nonibre d'enfants suivent des écoles privées ou des écoles, secondaires. Gomme on le voit, l'instruction populaire s'étend à tous les enfants dans le petit Etat de NeuchâteL

Ua système scolaire embrassant la totalité du peuple est donc une chose réalisable^ non seulemient dans un petit Etaty mais aussi dans les grandi^ puisque la Suisse entière y rAUemagne, quelque départements français et d'autres Etats » sont arrivées à des résultats ana^» lognet.

L'école primaire, dans la Suisse romande , remonte à la réformation. Pour apprendre le catéchisme et pour s'édifier dans la Bible, il fallait savoir lire» L'éeole était nécessaire à la conservation de la foi nouvelle. Mais recelé ne se tenait qu'en hiver, et elle se bornait à la lecture, à l'écriture, au chant des psaumes, et aux quatre règles, quand le régent ad hoc les connaissait. Ce n'est que depuis les révolutions démocratiques de 1830, révolutions qui suivirent celle de juillet en France^ que Texemple des Pestalozzi, des Fellenberg, des Girard, et des Naville commença à porter des fruits. Des écoles normales furent fondées à Lausanne et à Porrentruy, et plus tard dans les cantons de Fribourg, du Valais et de NeuchâteL Les anciens régents d'ailleurs travaillaient à leîir développement par des études privées; on leur vint aussi en aide par des coors de répétition.

Aujourd'hui le corps enseignant tout entier a reçu une culture suffisante, et toutes les écoles sont installées dans des locaux convenables. 11 ne reste plus qu'à améliorer les méthode, a bien déterminer le but de l'école, et à le poursuivre d'après des principes définis et éprouvés.

Le grand développement qui s'est produit dans le champ de l'école, ayant été opéré en grande partie par l'Etat^ on s'est habitué à regarder l'école comme sa propriété. Mais le monopole de TEtat^dans Técole, consacré

par la gratuité de renseignement, ne peut être en Suisse^ comme ailleurs» qu'un échelon dans le mouvement sco« laire que nous traversons. Avec la tendance actuelle de TEtat de séparer ses intérêts de ceux des églises, l'école publique marche vers une entière sécularisation^ ce qui l'éloigné de plus en plus des besoins religieux et moraux du peuple, la soustrait à l'influence légitime que les églises désirent exercer sur les enfants. De là des conflits et des écoles libres de plus en plus nombreuses. Il faudra que tôt ou tard on arrive, comme en Angleterre, à un système d'instruction qui tienne compte de tous les besoins légitimes, et soit en harmonie avec les principes d'égalité et de liberté de consciencOi qui sont à la base du droit commun moderne.

Page 1