ACTE I, SCENE III
Plus tu quittes pour moi, plus tu le1 fais paraître.
Mais as-tu vu mon père, et peut-il endurer
Qu'ainsi dans sa2 maison tu t'3oses retirer4 ?
Ne préfère-t-il point l'Etat à sa famille5? 255
Ne regarde6-t-il point Rome plus que sa tille7?
Enlin notre bonheur est-il bien affermi ?
T'a-t-ii vu comme gendre, ou bien comme ennemis?
CURIACE
Il m'a vu comme gendre9, avec une tendresse
Qui témoignait assez une entière allégresse ; 200
Mais il ne m'a point vu, par une trahison10,
Indigne de l'honneur d'entrer dans sa maison11.
Je n'abandonne point l'intérêt de ma ville,
J'aime encor mon honneur en adorant1- Camille13.
Tant qu'a duré la guerre 14, on m'a vu constamment 265
Aussi bon citoyen que véritable amant15 ;
au lieu de « ta patrie », plus simple et plus fort, n'est-elle pas une habileté de Camille, qui cherche à diminuer le devoir patriotique de Curiace?