ACTE I, SCENE III
Quand notre dictateur1 devant les rangs s'avance,
Demande à votre prince un moment de silence,
Et l'ayant obtenu : « Que faisons-nous, Romains-, 285
Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains1 ?
Soutirons que la raison éclaire enlin nos âmes :
Nous sommes vos voisins, nos tilles sont vos femmes,
Et l'hymen nous a joints par tant et tant de nœuds,
Qu'il est peu de nos iils qui ne soient vos neveux. 200
Nous ne sommes qu'un sang- et qu'un peuple en deux villes:
Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles 4,
Où' la mort des vaincus affaiblit les vainqueurs,
Et le plus beau triomphe est arrosé de pleurs6?
Nos ennemis communs attendent avec joie 205
Qu'un des partis défait7 leur donne l'autre en proie,
Lassé8, demi-rompu9, vainqueur, mais, pour tout fruit,
Dénué d'un secours par lui-même détruit10.
i. Mettius Suffetius. — Le dictateur est le magistrat suprême,
investi du pou voir absolu. Celuici remplaçait le roi albain tué.
3. * Comparer le discours de Mettius Suffetius dans Tite-Live (cité en tète d'Horace) et dans Corneille.
•Expliquer pourquoi Corneille a supprimé tout le début, sur les causes delà guerre, — comment il a mis en valeur ce qui chez Tite-Live n'était indiqué que par un mot, les relations de parenté qui rendaient la guerre impie et criminelle (cf. v. 625, n.), — pourquoi il a peint non pas tel ou tel peuple, les Etrusques, avec rénumération de ses forces, mais l'ennemi commun prêt à protiter de la défaite des uns et de la victoire épuisée des autres.
3. Venir aux mains = en venir aux mains. Règle: Auij'siècle, en s'omettait dans plusieurs constructions qui l'exigent aujourd'hui : « Il lui dit qu'on se prendrait (= s'en prendrait) à lui de cet te fuite.» (La Rochefoucauld, Mém., II, 35.)
4. * Montrer que l'expression « guerres civiles » est justifiée par les détails qui précèdent.