ACTE I, SCENE III
Chacun, jetant les yeux dans un rang ennemi,
Reconnaît un beau-frère, un cousin, un ami1 ;
Ils- s'étonnent comment3 leurs mains, de sang avides,
Volaient, sans y penser4, à tant de parricides5, 320
Et font paraître un front couvert tout à la fois
D'horreur pour la bataille, et d'ardeur pour ce choix.
Enfin l'offre s'accepte fi, et la paix désirée
Sous ces conditions est aussitôt jurée :
Trois combattront pour tous; mais pour les mieux choisir,
Nos ehefs ont voulu prendre un peu plus de loisir : 320
Le vôtre est au sénat, le nôtre dans sa tente.
CAMILLE
O Dieux, que ce discours rend mon âme contente !
CURIACE
Dans deux heures au plus7, par un commun accord,
Le sort de nos guerriers réglera notre sort. 330
Cependant tout est libre, attendant qu'on les nomme8 :
Rome est dans notre camp, et notre camp dans Rome ;
D'un et d'autre côté9 l'accès étant permis,
Chacun va renouer 10 avec ses vieux amis.
Pour moi, ma passion m'a fait suivre vos frères ; 335
Et mes désirs ont eu des succès11 si prospères,
Que l'auteur de vos jours12 m'a promis à13 demain