SCENE III HORACE, CURIAGE
CURIACE
Que désormais le ciel, les enfers et la terre1
Unissent leurs fureurs à- nous Caire la guerre;
Que les hommes, les Dieux, les démons3 et le sort 425
Préparent contre nous un général effort * !
Je mets à faire pis :>, en l'état où nous sommes6,
Le sort, et les démons, et les Dieux, et les hommes 7.
Ce qu'ils ont de cruel, et d'horrible et d'affreux 8,
L'est bien moins que l'honneur qu'on nous fait à tous deux.
Le sort qui de l'honneur9 nous ouvre la barrière10 Offre à notre constance11 une illustre matière12; Il épuise sa force à former un malheur Pour mieux se mesurer avec notre valeur13 ;
et que brusquement elle se tourne vers un autre sens): et chercher d'autres péripéties dans la pièce.
1. Nous assistons ici à l'explosion de la douleur, contenue dans les répliques précédentes de Curiace. Cette explosion donne lieu à une recherche de mots et à des combinaisons de tours qui peuvent paraître emphatiques, si Ton ne songe que Corneille est coutumier de telles tirades, et qu'il est fréquent de voir chez lui un héros au comble de l'exaltation appeler à son aide un certain héroïsme du vers. Cf. p. ex., avec des sentiments très disseinblahles, la tirade de Rodrigue : [tiUans
Paraissez, Navarrois, Maures et Cas-
-2. A = pour. Règle : A quelle utilité ? v. 13*, n.
3. Hommes semble correspondre à terre, dieux à ciel, démons à enfers.
4. Un général effort = un effort général. Règle : Au iy* siècle, en souvenir du latin, l'adjectif épithète précédait le nom plus souvent qu'aujourd'hui : « La grecque beauté. » (La Font., IX, 7.)