DEUX FEMMES DEUX HOMMES MUSICIENS
LE GUERISSEUR*
Entre Juan Rana, à cheval sur un bâton. Sa tête est surmontée d'un écriteau, planté par une tige dans le col de son vêtement et portant sur chaque face ces mots en gros caractères : le guérisseur.
F.ANA. J'ai, durant ma longue maladie, employé tant de remèdes, que je puis, avec ceux qu'il y a de reste, porter remède à bien des maux. Aussi, pour dépêcher les patients, don Esculape m'a-t-il donné les insignes et le titre de guérisseur universel. Rana est trop espagnol. J'ai l'intention de me faire appeler Ranet; sous ce nom. je ferai plus de bruit que Madrid lorsqu'il manque de pain. Guérisseur et étranger ! Quitte à mourir du remède, les gens vont accourir en foule, — ne fût-ce que
pour la nouveauté de la chose, (il chevauche autour du
théâtre.) Je vais de village en village sur mon bidet alezan ; pourvu que nous mangiuns l'un et Tautre,
' Cet entremés de Bena vente, — l'un des plus applaudis, au dire des contemporains — était en partie chanté. C'est ce qui explique telles tournures spéciales, cadences et formules, qui se font jour à travers la traduction.
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le monde entier peut jeûner. Hue ! hue donc ! en avant I Je veux arriver cette nuit au pays où les puces engraissent et où pâtissent les études.
LEONOR, entrant. Hé 1 Camarade ! Xous avons ici une auberge bien propre.
RANA. Je ne la veux pas trop propre, parce que, si i'v entre, ma bourse seranettovée.
LEONOR. Si VOUS eutrcz chez nous, face de Juan Rana, vous pourrez satisfaire votre appétit jusqu'à demain.
RANA. Vous poivrerez la note, face de friponne; et sans queje mange mie, ma bourse sera nettoyée.
SALVADOR, entrant. Ah I seigneur hôte, soyez le bienvenu. ^Appelant des valets imaginaires.) UUiteria, mets
des draps au lit. Ote ces éperons, Tomé. Pedro, emmène ce cheval. Yite^ Gil, une chaise. Juana, prépare le dîner. Va tirer du vin. Bartolillo. Alonso, dresse la table... Et maintenant, mon bon hôte, demandez-moi tout ce que pourra vous suggérer votre gourmandise : je vous le servirai à l'instant.
RANA. Vous êtes juif ?
SALVADOR. ]Son.
RANA. On le dirait, à vous voir le nez aussi fin" î
SALVADOR. Vous êtcs uuc mai SOU à louer? RANA. Son.
SALVADOR. On le dirait, à voir votre écriteau. RANA. Il fait connaître qui je suis.
SALVADOR. On le voit assez sans cela.
LEONOR. Qui donc êtes-vous?