LE GUÉRISSEUR
RANA. Je VOUS enseigne un régal de poulette.
(Danse.)
PREMIÈRE FEMME. Me donuerez-vous un remède pour que mon galant ouvre la main ?
RANA. Donnez-lui motif à le faire et il étendra ses cinq doigts.
PRE-MiÈRE FEMME. Entendez-vous, ce mystificateur !
RANA. Voyez-vous, cette effrontée I (Danse.)
DEUXIÈME HOMME. Y a-t- il uu remède efficace pour rendre un homme riche et heureux ?
RANA. Le meilleur, frère, c'est qu'il ne le mérite pas.
DEUXIÈME HOMME. J'cu suis couteut, si votre remède n'est pas un pur mensonge.
RANA. J'en suis fâché, mais c'est la pure vérité.
(Danse.)
DEUXIÈME FEMME. Que faire pour qu'un médecin ne tue pas son malade ?
RANA. Youlez-vous qu'il ne le tue pas? Ne le lui donnez pas à soigner.
DEUXIÈME FEMME. J'cu pleurc, si VOUS parlcz sérieusement.
RANA. Riez-en, j'ai voulu me moquer. (Danse.)
LEONOR. Seigneur, seigneur guérisseur?
RANA. Que demande Leonor?
LEONOR. Que vais-je devenir? Jô-n'ai ni une blanque, ni un hôte, quoi que je fasse. Dois-je sans remède mourir de faim ?
RANA, Ne soyez pas fainéante ; ne vivez pas dans l'oisiveté. Filez, cousez, ou jeûnez, si vous ne voulez pas travailler. (Danse.)
TOUS. Pourquoi Tappeler guérisseur, s'il ne peut donner un remède à une dame?
RANA. Pour vous procurer de l'argent, voilà le
véritable remède, il tire du collet de soa habit l'écriteau, dont la tige se termine par une lanière de fouet.)
TOUS. Assez, assez, guérisseur ! Apaisez-vous !
RANA. Que ferez-vous donc, a l'avenir?
TOUS. Notre travail.
RANA. Qu'est-ce qui vous nourrira?
TOUS. INotre travail.
RANA. A quoi VOUS occuperez-vous ?
TOUS. A notre travail.
RANA, montrant une face de son écriteau. Que lisez-VOUS
ici?
TOUS. Le guérisseur.
RANA, montrant l'autre face. Que liseZ-VOUS là ?
TOUS. Le guérisseur.
RANA, au public. Ecoutcz bien, monsieur, et vous, monsieur, et vous, monsieur : lorsque l'on ne peut obtenir que les filles ou les mères fassent les travaux du ménage, ceci est le meilleur remède.
(Il fait claquer son fouet.)