Calderón y su teatro
t8 • PRÉFACE
était de fixer des traits et des observations qui n'avaient pas trouvé place dans les Novelas. Il faudrait parmi celles-là, ranger Le rufián veuf, Le faux Biscayen et Le vieillard jaloux. D'autres, comme Le théâtre (1) des merveilles oX Le juge des divorces, se distinguent par une mordante satire des vanités et des ridicules humains. Enfin Les alcades de Daganzo, Le gardien vigilant et La caverne de Salamanqiie peignent sous des couleurs viveset malicieuses les vieilles mœurs espagnoles. Que dire de plus, que l'on n ait répété cent fois à propos de Cervantes? Est-il douteux qu'il ait prodigué, dans ces tableaux si conformes à son génie, ses qualités les plus brillantes: ironie, enjouement, familiarité de dialogue, profondeur et finesse d'idées, bon sens alerte et spirituel ? Si c'est la forme que Ton prétend examiner, il suffira de dire que six de ces entremeses — sur huit — sont écrits en prose. « Leur style, observe Von Schack, offre un merveilleux exemple de la fusion du langage de la vie ordinaire avec la culture littéraire la plus raffinée. » S'il était permis d'appliquer aux choses de la pensée des règles mathématiques, l'on pourrait conclure que les entremeses de Cervantes sont
1. El relatlo de la maravillas. Cervantes, ici comme dans le Doyi Quichotte, part. II, ch. xxv-xxvi, désigne par le mot retablo un petit ttiéâtre portatif, dans le genre de nos Guignols.
s,\ix pasos de Lope de Rueda ce que le Don Quichotte est -h La Célestine. Et^ quelque abstraite qu'elle soit, cette formule aurait l'avantage de répartir des louanges équitables.
On attribue généralement à Cervantes, — outre les huit publiés en 1615 avec les comédies, — un groupe de trois intermèdes imprimés deux ans plus tard, sans nom d'auteur, à la suite de la Spptima parte de Lope de Yega. Ce sont : Los habladores {Les bavards), La cárcel de Sevilla {La prison de Séville) et El hospital de los podridos {L' hôpital des esprits chagrins). Lope de Vega a formellement déclaré (1) que ces œuvres n'étaient pas de lui. Los habladores ont été imprimés à Séville en 1624 et à Cadix en 1646, sous le nom de Cervantes. D'autre part, D. Aureliano Fernandez-Guerra a découvert en 184o, à la bibliothèque Colombine, certain manuscrit relatif à la prison de Séville, qui lui a permis de désigner Cervantes comme l'auteur probable de la pièce qui a cette prison pour théâtre. Deux arguments, — sans parler des similitudes d'exécution, de style, etc. — semblent confirmer cette hypothèse : Cervantes, en io97, fut détenu à la prison de Séville où il dut être témoin des scènes que retrace l'intermède cité plus haut; les trois intermèdes imprimés à la suite de la Séptima parte