‹ Introduction à l'étude et à l'enseignement de la scolastiqueChapitre 7 sur 19 · G. COMPAYRÉ · texte numérisé non relu

G. COMPAYRÉ

86 TA SCOTASTTOTTF

On aurait tort de croire copendant que, par suite de l'absence de certains éléments propres à l'art et à la littérature, les ouvrages de saint Thomas n'offrent aucune espèce d'agrément. L'auteur liturgique que nous commentons ne le pensait pas, puisqu'il ajoute : Grata facundia. Et ce n'est pas là un paradoxe, comme on serait porté à le croire de prime abord. Evidemment, la satisfaction que l'on éprouve en lisant la Somme théologique n'a rien de commun avec celle que l'on ressent à la lecture des Harinonies poétiques et religieuses de Lamartine. Mais, pour être d'un autre ordre, elle n'en est pas moins réelle. Avant tout, elle est un fait d'expérience. On connaît les réflexions de Gratry à ce sujet : « Saint Thomas, dit-il, dans sa Somîne, ^aisit, résume, pénètre, ordonne, compare, explique, prouve, défend, par la raison, par la tradition, par toute la science possible, acquise ou devinée, les articles de la foi catholique dans leurs derniers détails, avec une précision, une lumière, un bonheur, une force qui poussent presque sur toutes les questions le vrai jusqu'au sublime. Oui, on sent presque partout, si je puis m'exprimer ainsi, le germe du sublime frém,ir sous les brèves et puissantes formules oii le génie inspiré de Dieu fixe la vérité. » (i) Combien d'autres penseurs ont éprouvé le même frémissement, le même sentiment de satisfaction profonde, en prenant contact avec l'angélique Docteur. L'enthousiasme avec lequel ils ont parlé de son œuyre le prouve surabondamment. Comment croire que cette

U) Les Sources, p. 170.

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œuvre n'avait pas suscité une vive et sincère admiration chez ceux qui ont salué le saint Docteur comme

le prince de la lumière, le sublime interprèU; de la vérité, le verbe du Verbe de Dieu, comme l'étoile du matin que la Providence a fait lever sur la terre, la splendeur immaculée qui éclaire ies siècles, comme le soleil qui préside au jour »? Celte ardente conviction dans la louange ne peut venir que de la pleine satisfaction ressentie dans la lecture et l'étude de ses ouvrages. Il ne saurait en être autrement. Sans doute, tous les éléments du beau ne se retrouvent pas dans la forme dont saint Thomas fait usage. C'est la conséquence immédiate de tout ce que nous avons dit de la nature et du rôle de la scolastique. L'artiste incorpore le vrai dans un signe matériel qui en est la représentation animée, la traduction visible. C'est par là qu'il le fait resplendir et qu'il produit sur l'âme l'impression esthétique. La question de signe ou de forme est donc capitale pour lui. Ce n'est pas un simple vêtement qu'il doit faire à l'idée, mais un corps doué de mouvement et de vie. Nou« le reconnaissons sans peine, cette forme ou représentation vivante du vrai n'est pas celle de saint Thomas. Cependant, elle a retenu quelques éléments du beau : elle possède certaines qualités qui la rendent moins étrangère à l'art qu'il ne paraît tout d'abord.

A^insi nous voyons qu'elle répond merveilleusement au but de l'enseignement scientifique. Quel est ce bul, sinon l'affirmation ou la démonstration pure et simple du vrai> de l'être ? Or, la forme choisie et mise en œuvre par saint Thomas exprime parfaitement le vrai :

LA SCULASTI^UL ^

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elle le montre présent, en quelque sorte dans des signes aussi purs et aussi simples que lui-même. Elle est si bien adaptée à l'idée, elle la traduit si naturellement et si complètement qu'elle semble ne plus faire qu'un avec elle ; c'est vraiment l'union de la matière et de la forme. Et comn^e l'idée exprimée est toujours profonde, souvent sublime, il se dégage du tout réuni un ijcntiment de profonde satisfaction intellectuelle. C'est la satisfaction produite, comme dit Gratry, parla saisissante et sublime nudité du vrai. Ensuite, si le vrai n'est pas nécessairement le beau, il en est toujours le fondement. A ce titre encore, saint Thomas n'est guère éloigné du beau. N'est-il pas l'homme de la vérité par excellence.^ Quand le vrai est exposé ou démontré avec tant de sérénité et de puissance, il est bien près de resplendir, c'est-à-dire de réaliser la définition même du beau. Ce dernier, pour une part, consiste encore dans des proportions bien observées, dans la convenance des parties entre elles et avec le tout : pulchrum in proportione consistit, nous disent les philosophes. Sous ce rapport, on ne peut nier que les œuvres de saint Thomas ne soient une incomparable merveille. Aussi a-t-on justement comparé la Somme théologique à une su{>erbe cathédrale. Elle en a rharmonie, la solidité, lu majestueuse grandeur.

Ces considérations nous font suffisamment comprendre comment la méthode d'exposition elle-même, dans saint Thomas, peut être un charme ou un ravissement pour l'esprit. Ce qu'il nous reste à dire des qualités de cette méthode ne pourra que fortifier cette conviction.

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Notr€ auteur forùiulc ensuite cette autre appréciation : Celsa, clara, flrma sententia. Le premier de ces qualificatifs marque l'élévation, la majesté. C'est bien là, en effet, un des caractères de la forme ou de la IDensée exprimée dans saint Thomas. Cette pensée est toujours d'une largeur et d'une hauteur remarquables. L'esprit philosophique se reconnaît, dans les sciences comme dans les lettres, a dit Leibnitz, à ce qu'on recherche dans chaque chose ce qu'il y a de plus élevé : Investiganduni in unoquoqac génère summum. Personne plus que saint Thomas n'a possédé c€t esprit. Nous le voyons toujours monté aux suprêmes degrés de la méditation. Les considérations les plus profondes lui sont familières et comme naturelles, il les saisit et les expose sans effort. Ce n'est pas lui qui fait consister la valeur intellectuelle de l'homme dans la connaissance des plus minces détails. 11 a même sur ce point une doctrine d'une grande portée, mais bien méconnue (le nos jours. Pour lui, la connaissance du particulier ( t de l'individuel ne portant que sur les matériaux de la science ne perfectionne pas l'intelligence considérée dans sa fonction propre et spécifique : Cognitio singularium non pertinet ad perfectionem animœ intellectivœ secundum cognitionem speculafivam, (i). Nous en avons tout d'abord un indice dans le fait que cette connaissance n'est pas recherchée pour elle-même, mais pour l'universel dont elle est le fondement ou pour l'action. Elle n'est donc pas la vraie connaissance scien-

(l) Sum. theol., III, q. xi, art. l.

f)0 . T'A SCOLASTIQTTE

tifique. Cette dernière est d'un ordre plus élevé. Toutes ies sciences, même naturelles, en témoignent. Que se proposent-elles, sinon l'explication des phénomènes par les lois? Et que sont les lois, sinon les rapports invariables qui unissent les phénomènes entre eux? Quand on les a dégagées de l'expérience, le but de la science est atteint : on cesse de considérer les faits particuliers, oii néglige les circonstances et les variétés individuelles. L'œuvre la plus essentielle do la science se trouve donc dans la réduction du particulier au général, du contingent au nécessaire. C'est là un fait constant dont il existe de solides raisons. Il ne sera pas inutile de les rappeler en quelques mots.

Que se propose la science, sinon de trouver là raison d'un ensemble de faits? Or, cette raison ne peut être que l'universel, car seul l'universel est vraiment explicatif. Supposions qu'il s'agit de découvrir et de donner la raison on la cause, dans l'ordre de la connaissance, de la liaison de l'attribut et du sujet dans la proposition suivante : Pierre est mortel. Cette raison, pour être valable, ne peut être qu'un caractère abstrait et général inclus dans le sujet lui-même et qui entraîne par sa présence la propriété énoncée. Nous disons donc : -Si Pierre est mortel, c'est qu'il est homme et que tout homme est mortel. Le caractère explicatif est essentiellement une donnée intermédiaire supérieure aux deux autres données. Pour nous dire pourquoi ces dernières sont liées ensemble, il est nécessaire qu'elle tienne à l'une et à l'autre ; en d'autres termes, il est nécessaire qu'elle les domine et les embrasse toutes les deux par sa -généralité. C'est le raisonnement même

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d'Aristole et de saint Thomas dans cette question. Le premier nous dit avec sa concision habituelle : to xaGô)vOD S'atTtwTepov (i). Le second formule ce principe si lumineux et si fécond : Proprie causa est id quod est universale (2). Toute explication scientifique digne de ce nom implique donc une certaine universalité. Nous pourrions poursuivre la démonstration de cette vérité. Mais ce n'est là pour nous qu'une question incidente. Ce que nous venons de dire nous fait suffisamment comprendre que l'Universel, dans une mesure que nous n'avons pas à définir ici, est l'expression propre, l'aboutissement naturel de la science.

S'il en est ainsi, il est très vrai de dire que l'intelligence ne trouve sa perfection spécifique et son apaisement complet que dans les connaissances nécessaires et universelles. Cette conception de la science ou de la culture intellectuelle est pratiquement bien méconnue de nos jours, disons-nous. On n'a qu'à jeter un coup d'œil sur les programmes d'études des petites comme des grandes écoles pour s'en convaincre. Ceux qui les ont composés font manifestement consister la valeur intellectuelle d'un homme dans la quantité de notions particulières, noms, dates, chiffres, formules qu'il aura pu absorber. L'étendue de l'érudition devient ainsi la mesure de rintelh'gence. Quelle erreur ! Aussi la nature (les choses est-elle plus forte que les programmes et Ja \olonté des hommes. Malgré tant d'appels à la lumière, la lumière ne vient pas. Les énergies propres de l'in- Iclligence s'affaiblissent chaque jour, au contraire.

(1) Poster, analyt., 1. j, c. xxiv, lect. XXXVIII. (•2) IMd.

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C'est la sensibilité, dans le sens le moins élevé du mot, qui inspire et règle de plus en plus les jugements et k's opinions même scientifiques des hommes. C'est la plainte, sous une forme ou sous une aulre, de tous ceux qui savent observer et analyser les manifestations de la vie intellectuelle à notre époque.

« Un enseignement purement mnémonique, dit l'un d'eux, atrophie la pensée. Elle succombe sous le poids des notions arbitrairement empilées, tant' est que les plus instruits sont loin d'être toujours^ je ne dis pas même les plus intelligents, mais les plus sensés ; la mémoire n'est pas le bon sens, encore moins l'entendement. On peut être excessivement érudit, gradué dans toutes les Facultés, laïu^éat de tous les concours, titulaire de chaires importantes, membre de l'Institut, et n'être cependant qu'un pauvre homme. » (i) Ah ! c'est qu'il est une vérité proclamée bien haut par saint Thomas et complètement méconnue par nos philosophes et éducateurs contemporains. Cette vérité, le grand Docteur, nous l'avons dit, la formule ainsi : Cognitio singulariiim non pertlnet ad perfectioneni animce intellectivœ secundam cogniiionem spéculativam (2) ; la connaissance du particulier et de l'individuel ne perfectionne pas l'intelligence proprement dite. <( L'universel, dit-ij encore, au regard de la raison et de la science, a plus d'être que le particulier : Quantum ad id quQd rationis est, universalia niagis sunt entia quam particularia (3) : ainsi le particulier disparaît et

(1) PAUL GAUTHIER, la Vraie Education, p. 91.

(2) Sum. theol., III, q. xi, art. 1.

(3) Poster analyt., 1. I, lect. XXXVII.

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la science qui en exprime la réalité intelligible et spécifique demeure. Tels sont les vrais principes qui doivent présider à notre formation intellectulle. Si on les perd de vue, on charge la mémoire, mais on ne forme pas l'esprit ; on emplit la tête, mais on submerge la raison. On manque, pour lout dire en un mot, d'esprit philosophique. Or, rien ne remplace ce dernier lorsqu'il s'agit de former et d'élever l'intelligence. Lui seul nous rend capables de méthode, de réflexion et de raisonnement. Gomment, sans lui, dominer une question, la considérer sous ses multiples aspects, s'attacher avant tout à ce qui en fait le fond et la substance .î^ Gomment, sans lui encore, posséder assez de force de tête pour se livrer seulement à une lecture sérieuse ? Là où il est absent, on n'est même plus touché par des considérations d'art pur ou de culture désintéressée ; on ne voit plus qu'une question d'avantages matériels là où il ne faudrait voir qu'une question de science ou de goût littéraire. Qu'est-oe à dire, sinon que, sans esprit l)hilosophique, on a beau posséder une somme énorme de connaissances particulières et positives, on ne peut éviter la pauvreté intellectuelle, on ne peut que prendre place parmi ces hommes qu'on a si justement appelés des primaires ? Ge qui les caractérise, c'est précisément l'absence de toute idée générale ou de toute culture désintéressée. Ils sont atteints en toutes choses d'une véritable myopie intellectuelle. Leur faculté de raisonnement est nulle. Ils ne vont jamais droit au ' centre d'une question, ils n'en saisissent que les côtés accidentels, ils n'en perçoivent que les apparences. Avec de telles maladies ou de telles lacunes, ils ne

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laissent pas que de s'ériger en juges souverains \\e toutes les questions. Ces hommes sont le fléau- d'une époque ou d'une société.

En faisant une place dénic^surée à la critique et à l'érudition dans l'enseignement de la théologie, on aboutit à des résultats de même nature, c'est-à-dire à l'anémie de l'intelligeTicc, à la perte du sens théologique. L'Eglise a toujours vu un grave danger pour l'orthodoxie dans la tendance que nous signalons. Elle l'a vigoureusement combattue chez les modernistes en les rappelant à l'étude de la philosophie rationnelle et de la théologie scolastique de saint Thomas. C'est que seul, en effet, l'enseignement de saint Thomas est pleinement éducatif. Par sa méthode d'exposition, il forme l'intelligence : il la foirme au raisonnement, à l'attention, à la réflexion. Par l'étendue et la solidité de ses principes, il la nourrit de substance et la prépare à l'étude approfondie de n'importe quelle science ou question particulière. En un mot', il instruit et perfectionne en même temps la raison : celsa s'entenUa.

On aurait tort de croire, cependant, que cet enseignement, si remarquable par la sublimité et la profondeur, l'est moins par l'ordre et la clarté. Saint Thomas possède au plus haut degré les deux principales qualités du style philosophique : la clarté et la vérité : clara senteniia.

Il a constannnent observé la règle fondamentale de Fexposition scolastique : rendre explicite dans la forme ce qui est implicite dans la pensée. C'est le grand

remède à la confusion de ia pensée et même i\ la faij^)lesse de l'esprit. Celle règle est, à elle seule, la juslilication de l'emploi dans l'enseignement de la forme scolaslique et même, dans certains cas, de la pure forme syl logistique. La clarté ne peut faire défaut à une exposition oi^ elle est rigoureusement observée. Avec elle aussi on évite facilement l'erreur, comme toute espèce de sophismes. Elle est le mortel ennemi d(; léquivoque, du vague, de l'îi peu près, de l'impressionnisme. (Vest par là qu'elle déplaît si fort aux esprils légei's et superliciels, qui se font un mérite de l'imprécision du sentiment, de l'indéfini et de l'obscur. Mais c'est i)ar là aussi qu'elle se recommande à l'allention (les hommes de science et de tous ceux qui veulent acquéjir de bonnes habitudes intellectuelles. Les logiciens dignes de ce nom n'ont-ils pas toujours fait valoir l'importance de l'ordre, de la méthode, de l'expression analytique dans les questions scientifiques, surtout celles qui offrent quelque complication.^ C'est parce qu'elle est avant tout analytique que l'exposition de saint Thomas est parfaitement claire. Sans doute, les lecteurs non initiés à sa méthode la trouvent obscure et même inintelligible. Mais leur ignorance est seule ici en cause. 11 n'existe aucun élément d'obscurité/du coté de l'auteur. La phrase de ce dernier est courte et limpide. Les mots qu'il emploie sont toujours simples, exacts et consacrés par l'usage. Il est l'écrivain de l'Ecole f[ui a le moins innové en cette matière. Il n'est jamais tombé dans le travers qui consiste à créer inutilement des termes nouveaux ou à changer arbitrairement des termes reçus. On sait que ce travers a été celui des

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philosophes allemands. Mme de Staël l'a signalé depuis longtemps chez Kant.

(( Dans ses traités de métaphysique, dit-^elle, il prend les mots comme des chiffres et leur donne la valeur qu'il veut, sans s'embarrasser de celle qu'ils tiennent de l'usage. C'est, ce me semble, une grande erreur, car l'attention du lecteur s'épuise à comprendi^ le langage avant d'arriver aux idées, et le connu rue sert jamais d'échelon pour parvenir à l'inconnu. » (i) Schelling lui-même dit de son côté : « Les philosophes allemands ont philosophé si longtemps entre eux seuls, que peu à peu ils ont banni de leurs idées et de leur langage ,les formes universellement intelligibles, et en sont venus à prendre pour mesure du talent philosophique le degré d'éloignement de la manière commune de penser et de s'exprimer. Il me serait aisé d'en citer des exemples. Il est arrivé aux Allemands ce qui arrive aux famillos qui se séparent du reste du monde pour vivre uniquement entre elles, et (fui finissent par adopter, sans compter d'autres bizarreries, des expressions qui leur sont propres et qu'elles seulent peuvent comprendre. Après quelques efforts infructueux pour répandre à l'étranger la philosophie de Kant, ils ont renoncé à se rendre intelligibles aux autres nations, s'habi tuant à se considérer comme les élus de la philosophie, comme ne relevant que d'eux-mêmes. Les philosophes ne devraient jamais perdre de vue que leur unique but est d'obtenir l'assentiment universel en se rendant universellement intelligibles. Je ne prétends

iV DE Staèl, De l'Allemagne^ « Kant ».

pas asisuréniciit ffu'oii ne doive juger des œuvres philosophiques qu'au poiiil de vue littéraire, mais je dis (|u'une philosophie qui n'est pas intelligible à toutes les nations cultivées et accessible à toutes les langues, doit renoncer pour cela seul à être une philosophie vraie et universelle. » (i) Balmès, après avoir cité ce passage, fait cette malicieuse réilexion à l'adresse de l'auteur allemand : Muiato nomine, de te fabula ista narratur. Non, jamais saint Thomas ne s'est livré à de cmblables fantaisies. Il en était infiniment éloigné par son respect de la tradition tout d'abord ; il a formulé ainsi la règle à suivre en cette matière : Significatio nominis acclpienda est ab eo quod intendunt communitcr loquentes per illud noinen significare : unde et in m Topicorum diciiur quod nominibus utendum. est ut plures utuntur. Ensuite il n'était pas moins éloigné de toute bizarrerie du langage, par un des principes mêmes de l'exposition scolastîque. Ce principe, nous le -avons, n'est autre que la non-intervention du moi, est-à-dire des impressions personnelles et subjectives du sujet dans l'exposition des idées. Les mots nouveaux, les expressions contraires à l'usage sont presque loujours l'effet d'un caprice individuel. Ajoutons qu'ils sont aussi presque toujours obscurs. Ce qui est personnel et subjectif est, par le fait même, très difficile à traduire et à communiquer. C'est pourquoi il est une cause d'obscurité et d'inintelligibilité dans le discours. L'absence du moi dans l'exposition scolastique, autre-

(1) Jugement sur la philosoiJhie de M. Cousin et sur l'état de la l'hilosophie allemande en général. Citation de Balmès. Philosophie fondamentale, notes sw le chapitre vu.

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ment dit l'absence de toule recherche ou fantaisie personnelle, favorisa grandement la clarté et imprime un caractère d'universalité à la forme. (Test ce que saint Thomas a parfaitement compris et réalisé.

« La création de mots nouveaux, dit Bain, peut être inutile et inopportune. Lorsqu'il n'y a pas de sens absolument nouveau, de généralisation tout à fait nouvelle, l'invention de mots nouveaux ne peut être justifiée. Outre qu'on accroît ainsi le fardeau déjà lourd du langage, on entraîne le vulgaire à croire qu'il y a

un sens nouveau Quelques précautions assez

simples peuvent remédier souvent à l'insuffisance des mots. L'inconvénient dont on se plaint en général, c'est que les mots du langage populaire ne s'accondent pas exactement avec les notions scienliliques : ainsi les mots de mouvement, de résistance, d'affinité, d'association, qui sont adoptés par la science, n'ont pas le même sens pour le vulgaire et pour les savants ; ils ont même quehjuefois des sens contraires. Même dans ce cas, le maintien des mots du langage ordinaire a moins d'inconvénients que les'néologismes. » (i) Ce qu'il convient de faire alors, c'est de définir les termes d'après le sens qu'ils ont dans la science particulière dont on parle ou d'avoir recours aux autres précautions en usage dans la composition littéraire, quand les mots sont équivoques ou ambigus.

Il est également essentiel, dans la question qui nous occupe, de ne jamais perdre de vue le principe si vrai et si fécond des philosophes de l'Ecole : Denomlnatio

(1) Logique déductive et induclive, i'. ii, p. 269.

fit a potiorl ; on nomme les choses d'après, ce qui domine en elles. Un rapport passager, accidentel ou secondaire, ne pouvant caractériser une chose, ne peut servir à la désigner. Cette règle si /sage est complètement méconnue de la scierice contemporaine. Les choses y sont très souvent nommées par des propriétés ou des attributs adventices et de minime importance. On a même recours dans ce cas à des termes spéciaux qui, pour être grecs, n'en sont pas moins antiscientifiques, nous voulons dire contraires aux intérêts bien compris de la science. Cette manière de faire est une source intarissable de confusion et même de graves errem'S. Elle a pour premier résultat de prendre comme éléments essentiels et constitutifs d'une chose ce qui n'a avec elle que des relations accidentelles et fort loinlaines. Il n'est pas de plus sûr moyen de se donner et de donner aux autres une idée fausse de la chose dont il s'agit. Nous ne citerons qu'un exemple ou deux de la manie individualiste qui règne à notre époque relativement au vocabulaire scientifique. Voici les différents noms par lesquels on a désigné la philosophie de l'action : pragmatisme, alogisme, pragmatlcisme, humanisme, volontarisme, et enfin disirrigidimento , mot employé par quelques auteurs italiens. Dans les sciences naturelles, c'est bien autre chose. Là nous voyons que la moindi^ modification apportée à un système connu, la moindre explication particulière à un auteur deviennent l'occasion d'un mot nouveau.

La théorie de l'évolution a été féconde entre toutes à cet égard. Ainsi nous avons, pour dénommer les particularités de peu d'importance, les mots suivants :

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panmixie, archcsictisme, héiéropistase, kyesaméchatney et des centaines d'autres. Jamais la scolaslique même décadente n'a montré une telle recherche de mots bizarres et inutiles. Si cette manie n'était que pédante el puérile, on pourrait .se dispenser d'en pai'ler. Mais elle n'est pas que cela : elle produit dans Kétude des sciences oii elle règne l'encombrement, la confusion, l'illusion et l'erreur. Gomme on aime et apprécie après cela la belle simplicité de saint Thomas I 11 est vraiment le Docteur angélique, non seulement par ce qu'il dit, mais encore par la manière dont il le dit. Pour achever de nous en convaincre, il nous l'esté à répondre à une accusation d'un autre genre portée par l.eibnitz contre la langue scolastique en général. Nul doute que l'illustre philosophe n'ait compris saint Thomas lui-même dans sa critique.

La langue de l'Ecole, a-t-il dit, fourmille de tropes : tropis scatet. Cette réflexion surprend comme un pur paradoxe. On n'a guère l'impression d'un langage ligure en lisant les auteurs scolastiques. A première vue, on n'y découvre ni figures de pensée ni figures de mots. Cependant, en considérant les choses de plus près, on finit par se rendre compte de ce qui a pu donner lieu au reproche formulé par Leibnitz. Il est certain qu'il arrive aux écrivains scolastiques de se servir d'images empruntées au monde physique pour désigner des opérations intellectuelles. Ainsi saint Thomas nous parle de V illumination produite par l'intellect actif, de Vinhérence des accidents même spirituels, de la conversio ad phantasmata et de bien d'autres choses semblables. Peut-on le trouver mau-

METHODE D EXPOSITION lOl

N ais ? On dit : cela n'éclaircit rien. Mais les auteurs dont nous parlons n'ont jamais donné ces mots plus ou moins figurés comme une preuve ou une solution de quoi que ce soit. Us ont obéi, en s'exprimant de la sorte, à une loi fondamentale de notre esprit d'après laquelle nous ne pouvons rien penser sans images, dans les conditions de notre vie présente. Certes, nous connaissons des vérités nécessaires, universelles et abstraites, mais nous ne pouvons les penser sans représentation sensible : intelligere non datiir sine phanta^mate (i). L'âme, dans ses opérations les plus hautes, dépend objectivement des données sensibles. Elle ne peut donc rien comprendre du monde incorporel que par analogie et comparaison avec les phénomènes de l'ordre sensible : Incorporea cognoscuntur a nabis per comparationem ad corpora se?isibilia (2). Aussi nous ne saisissons les choses de l'esprit que dans une enveloppe matérielle qui les traduit et les exprime. H suit de là que nous senir d'images sensibles pour penser et comprendre est pour nous une nécessité psychologique inéluctable. L'élément sensible peut être plus ou moins subtil, mais il ne disparaît jamais entièrement, même sous les plus grandes abstractions. Il ne serait pas nécessaire de scruter bien profondément les œuvres de Leibnitz pour se convaincre qu'il adopte sur le point qui nous occupe la manière de parler et d'écrire des scolastiques. Ainsi il se sert du mot de fulguration pour exprimer la manière dont les monades créées se détachent de la monade créatrice.

{V< Sum. theol., I, q. lxxix. art. 4. (.2) IMd.. art. 7.

lOO LA SCOLASTIQTIE .

On aillait tort de croire, cependant, que le style [philosophique ne se compose que de métaphores. La loi psychologique d'après laquelle l'élément sensible est objectivement indispensable à l'exercice de notre faculté de comprendre n'entraîne pas cette conséquence extrême. Les mots qui signifient l'idée et les choses au sens propre ne manquent pas : la science et la philosophie y ont recours autant que possible. Le langage iiguré serait non seulement iin embarras dans une exposition bien rai sonnée, mais encore une cause d'erreur. L'image sensible qui est la condition de la connaissance proprement intellectuelle n'équivaut pas liécessairement à une métaphore et n'implique pas, par le fait même, une comparaison. Que cette comparaison apparaisse nettement dans les cas où il s'agit de se représenter un caractère ou un rapport d'ordre purement spirituel, c'est, nous l'avons dit, parfaitement conforme aux exigences de notre nature. C'est précisément l'absence de toute image reçue directement du monde incorporel, qui nous oblige à recourir à l'analogie ou à la comparaison pour nous en faire une idée : Incorporca quorum non sunt phantasmata cognoscuntur a nohis per comparationem ad corpora sensibilia (i). On peut voir par là que la langue scolastique répond aux vrais principes de la philosophie du langage. Ceux qui l'accusent de dissimuler constamment des métaphores sous ses mots les plus abstraits ignorent ces mêmes principes ; en tout cas, ils n'ont jamais considéré de bien près la forme dans

(1) Sîim.' theoL, I, q. lxxxiv, art. 7.

MÉTHODE d'exposition IoS

les éorilFf de saint Thomas. Nous n'insisterons pas sur ( 0 point. On nous permettra seulement d'ajouter une remarque à ce que nous avons dit sur la clarté et la précision de l'exposition de saint Thomas.

Cette clarté n'a rien de commun avec une disposition d'esprit fort répandue de nos jours. Cette disposition consiste à simplifier les questions au point de les vider de tout contenu substantiel, à écarter toute solution profonde ou quelque peu nuancée, à ne vouloir connaître les choses même les plus complexes que dans un simple énoncé. Une telle clarlé n'est, au fond, que légèreté d'esprit, paresse spirituelle, dilettantisme ('goïste et capricieux. Elle pousse au scepticisme et aux railleries les plus ineptes. La clarté de saiirt Thomas est tout autre, elle s'allie merveilleusement à la profondeur: celsa dura senteniia. Loin de nous détourner d'un examen approfondi, elle nous y excite, au contraire. C'est une lumière qui appelle une lumière plus grande encore. C'est pourquoi, à tous les nges de la vie intellectuelle, on trouve intérêt et profit il lire les œuvres de l'angélique Docteur.

. Enfin, le texte qui sert de thème à notre étude, après avoir parlé de l'élévation et de la clarté de la doctrine de saint Thomas, ajoute ces mots : firma senientia. Il exprime ainsi la consistance, la solidité, la sûreté de cette doctrine. Cette dernière, en effet, est solide comme les principes sur lesquels elle repose : c'est-à-dire les premiers principes de la raison, évidents par eux-mêmes, et aussi les faits de tout ordre.

universels et communs, qui s'offrent indistinctement à l'observation de tous les hommes. Les conclusions qui découlent immédiatement de ces faits et de ces principes ne sont pas moins inébranlables que leurs prémisses.* Il ne peut se dégager d'une telle philosophie qu'une impression d'une éternelle vérité, une impression d'apaisement, de satisfaction profonde dans la certitude. On a la conviction qu'elle n'a i4en à craindae du temps ni du progrès, ni même des révolutions qui peuvent se produire sur le terrain des sciences naturelles. Ce qui est nécessaire pour la raison, pour les phénomènes communs et universels, l'est aussi pour les applications les plus éloignées qu'on en peut faire. Les lois générales de l'être se retrouvent dans les combinaisons les plus particulières et les plus contingentes.

Il est une autre raison encore qui explique le caractère de solidité qui distingue la doctrine de saint Thomas. La voici en deux mots. Nous ne comprenons bien une vérité particulière qu'en la rapportant h une proposition générale. Tant que nous n'avons pui la faire rentrer dans une proposition de ce genre, notre esprit reste en mouvement, il ne saurait goûter un vrai repos. Mais est-il parvenu à rattacher une notion particulière quelconque à un principe, alors il se repose dans la lumière et la certitude. Eh bien, c'est par là que l'exposition de saint Thomas satisfait si pleinement l'esprit. 11 nous fait tout voir dans les principes nécessaires et universels : il y ramène sans cesse les questions les plus spéciales. N'enseigne-t-il pas, du reste, qu'on ne peut porter un jugement complet sur

MÉTHODE d'exposition I05

une chose qu'en la rapportant à son principe, nisi possit dijiidicari per propriiim principium ? (i) Si la cause prochaine vient prendre place, en quelque sorte, dans la loi universelle, notre connaissance atteint son plus haut degré de certitude efde perfection. En tout cas, ce procédé nous apporte un apaisement plus profond et plus durable que tout autre. Il imprime a une œuvre ce cachet de consistance et de solidité qui se iTtrouve dans les moindi^es écrits de saint Thomas, firma senteniia.

C'est par ce caractère surtout que la philosophie de saint Thomas se distingue de la philosophie scientifique contemporaine. N'est-ce pas la marque distinctive de cette dernière que de tout remettre sans cesse en question ? Elle n'en est plus seulement à la table rase, car cela suppose au moins une table, mais à la discussion de la table elle-même. Aussi, pour mettre la théorie d'accord avec sa pratique, déclare-t-elle que la science est essentiellement mobile et que sa grande vertu est d'être une chercheuse perpétuelle. On place sa valeur dans son instabilité même, ou, si l'on veut, dan* la complète relativité de ses connaissances. Ce qu'elle enseigne aujourd'hui pourra être rejeté demain. Voilà ce qui fait son mérite et son intérêt, au jugement d'un grand nombre de prétendus philosophes de nos jours. Ce besoin maladif de changement et d'évolution se manifeste partout. Ne s'est-il pas rencontré même des écrivains religieux pour reprocher à la doctrine de saint Thomas son immobilité ? Ainsi les qualités que

[\) Suin. thP.ol.. MI. q. cxii, art. 5.

nous conslatons et louons ici chez le saint Docteur sont de véritables défauts à leurs yeux. Cette doctrine, disent-ils, manque de vie, n'éveille plus d'espérances; elle se présente comme un ensemble, par je ne sais quoi d'achevé et de déhnitif qui paraît s'opposer à toutes sortes de progrès.

Mais que d'erreurs et de légèreté dans cette manière de voir î Ce n'est pas ici le lieu de la réfuter longuement. On nous permettra une remarque seulement. La stabihté des bases est une condition essentielle du progrès, condition qui fait totalement défaut à une certaine science moderne. Aussi est-elle incapable de progrès dans le domaine de la pure connaissance. Nous voyons' que, dans ses conclusions générales, dans son enseignement supérieur, elle ne fait que rééditer de vieux systèmes philosophiques depuis longtemps abandonnés. Le changement n'est pas nécessairement progressif. Il est miême souvent tout le contraire. Seulement, il crée l'illusion du progrès chez ceux qui se contentent d'une première impression ou d'un examen superficiel. Lorsqu'il n'y a rien de fixe nulle part, il y a confusion et chaos, il n'y a pas progrès. Ce dernier suppose, au moins, un point de départ Hxe : on ne saurait le concevoir autrement. Ce point de départ fixe ne peut être pour la science qu'un corps de vérités absolues. Or, elle ne possède rien de semblable. Autant ses applications matérielles sont merveilleuses, autant ses principes sont incertains. Rien de plus contraire que les théories et les systèmes qu'elle propose ; de sorte que, au point de vue de l'explication scientifique des choses et du monde, le seul point qui nous inté-

rcss€ vraiment, il n'y a pas de progrès véritable. C'est le moins qu'on puisse dire.

Combien, sous ce rapport, la doctrine de saint Thomas est plus favorable au progrès des connaissances humaines ! La stabilité des assises ne lui manque pas. Elle nous présente un exposé systématique et raisonné des premiers principes de tout savoir, principes dont la négation serait la ruine de l'entendement. Ces notions fondamentales sont la règle et la mesure de toutes nos acquisitions ultérieures, la loi de tout le travail scientifique. C'est pourquoi elles sont la condition indispensable du progrès. Impossible d'avancer sûrement et consciemment sans le secours de leur lumière. A cet égard, saint Thomas possède une supériorité incomparable. Mais ce n'est pas le seul côté par * lequel sa doctrine favorise le progrès intellectuel. Il en est d'autres que nous ne pouvons pas examiner ici, ne voulant pas trop nous éloigner de l'objet immédiat de cette étude. Ce que nous venons de dire est suffisant pour nous faire comprendre que la consistance et la solidité doctrinales doivent toujours être regardées comme des qualités de premier ordre, qu'on envisage le présent ou l'avenir de la science.

Mais ces qualités, chez saint Thomas, ne sont pas uniquement dans le fond : on les trouve aussi, à un haut degré, dans la forme. Cette dernière se fait tou- Jom-s remarquer par la précision, la force et la solidité. Elle ne se contente pas de vagues approximations, elle est constamment adéquate à l'idée. Elle l'est si parfaitement qu'il est souvent impossible de lui faire subir le moindre changement. Ce qu'elle a gravé

est ineffaçable. On ne trouve rien de comparable chez les autres docteurs de l'Ecole. Albert le Grand et Duns Scdt sont plus abondants, plus personnels, si l'on veut. Mais ils n'ont pas la précision de contours, la force lapidaire, la sobriété classique de saint Thomas. Il leur arrive parfois d'être fort obscurs, tandis que la propriété des termes, la clarté de la phrase ne subissent pas d'éclipsé chez l'angélique Docteur : cclsa, clam, firma senientia.

Nous trouvons donc en lui, non seulement le guide le plus sûr pour la doctrine, mais encore le modèle le plus parfait pour ce qui est de rexposition scolastiquc. Nous l'avons dit maintes fois : le scolastiquc n'a pas pour but de faire comprendre et sentir. Il se propose ' uniquement de faire comprendre. A ce point de vue, la forme de saint Thomas a toutes les qualités requises pour faire la lumière dans les esprits. Que cette lumière se change en chaleur dans d'autres genres d'exposition, rien de mieux ; ni les préceptes ni les exemples de saint Thomas ne s'y oppcî's'ent. N'a-t-il pas plus magnifiquement réalisé que tout autre ces paxoles de l'office de saint Pierre de Vérone : Veritatis liicidiis ^doctor et amator ? Sans doute, la méthode scolastiquc exerce l'action la plus heureuse sur l'esprit. Cependant, elle ne saurait suffire à tout. Elle ne nous dispense nullement de cultiver l'imagination et la sensibilité ni de pratiquer d'autres genres d'exposition. La perfection humaine est à ce prix : elle exige le concours de toutes nos facultés. L'intelligence, séparée méthodiquement du sentiment et de la volonté, doit finalement les rejoindre dans un mouvement de l'âme tout entière.

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