‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 100 sur 129 · PHRASES NOMINALES ET PHRASES VERBALES · texte numérisé non relu

PHRASES NOMINALES ET PHRASES VERBALES

genre ne comprennent aucune idée verbale, et aucun verbe n’y figurait sans doute en indo-européen là où il n’y avait à exprimer ni mode, ni personne, ni temps, c’est-à-dire là où un verbe éventuel serait à la 3e personne du présent de l’indicatif. Mais, comme le mode, la personne et le temps n’ont pas normalement d’autre expression que la flexion verbale, il a fallu partout ailleurs introduire un verbe dépourvu de sens propre et qui sert simplement à porter la flexion en vue d’exprimer ces diverses notions ; par exemple, on lit en vieux perse : tyaiy paruvam xsâyaüiyâ âha « ceux-ci étaient rois avant » avec « étaient » exprimé par âha, à côté de adam navama « moi, je suis le neuvième », où la ire personne étant exprimée par le pronom adam « moi », le verbe « être » à la ir0 personne ne figure pas parce qu’il était superflu ; chez Homère, on a de même ectw pour exprimer l’impératif ;

A i 44 eïç TIÇ àp/CÇ aVY]p PouXYJÇOpCÇ £CTT(1).

Bien loin que le verbe « être » soit le verbe par excellence, comme on l’a longtemps cru, il ne figurait en indo-européen que par suite de l’importance qu’y a prise le type verbal d’une manière générale, importance qui a déterminé l’emploi obligatoire d’une forme verbale dans certains cas définis.

La phrase nominale comprend généralement deux membres nominaux. La copule ne sert, là où elle figure, qu’à marquer le lien des deux membres ; elle tend parfois, comme en latin, à être un accessoire du prédicat qu’elle suit immédiatement et sur lequel elle est appuyée, ainsi Aulus bonus est. Celui des membres de la phrase nominale qui énonce à quoi appartient la qualité indiquée, le « sujet », peut être remplacé par le verbe « être » dont la flexion indique de quelle personne il est question, par exemple chez Aristophane, Ach. 591, î<r/upoç d. La phrase nominale se compose parfois d’un seul membre, ainsi un adjectif comme lat. mirum « c’est étonnant » .

Quant à la phrase verbale, elle sert à exprimer des procès, comme : « il mange », « il dort », « il vieillit », « il est mort »,

LA PHRASE

etc. Son seul élément essentiel et constant est le verbe; en effet le verbe indo-européen comprend l’indication de la personne et du nombre, et se suffit: lat. uenio, uenis, uenimus, etc. peuvent constituer chacun une phrase entière.

De même aussi les verbes dont le sujet était une personnalité divine plus ou moins définie, comme, skr. vârsati , gr. uei « il pleut » (cf. ci-dessus, p. 207) : c’est peut-être l’origine de la plupart des verbes « impersonnels » qui, dans les langues indoeuropéennes, n’ont pas de sujet exprimé.

Le verbe peut être déterminé par des noms à divers cas : lat. donum fero, tibi placet, Tusculo proficiscor, Romae maneo, ou par des adverbes : lat. heri ueni, ou enfin par des préverbes qui, comme on Ta vu (p. t 5q et suiv.), servent à la fois à déterminer le verbe et le nom complément du verbe et qui ont été rapprochés tantôt du verbe et tantôt du nom, prenant en ce dernier cas le rôle de prépositions. Toutes ces déterminations pouvaient s’accumuler en une seule et même phrase ; par exemple, chez Homère :

A 369 âx 3’ eXov ’AxpeiSyj XpujyjiBa

où il y a un préverbe et deux compléments.

Les déterminations ne sont pas « régies » par le verbe. Les préverbes sont des mots autonomes qui peuvent être juxtaposés à un verbe et à un nom, mais qui peuvent aussi s’en trouver distants d’une manière quelconque et dans des proportions quelconques. Le cas auquel sont mis les compléments ne dépend pas du verbe, mais seulement du sens à exprimer. Soit le verbe gr. vXûtùj qui signifie toujours et partout « j’entends » ; il pourra être employé absolument (avec une apposition), ainsi Esch., • Prom 868 :

xXueiv àvaXxiç p.aXXcv yj [Liai <povoç

« passer pour faible plutôt que pour scélérat » ; ou avec l’accusatif indiquant la chose entendue : exXucv aj£r;v (Hom.), ou avec le génitif indiquant de quoi l’on entend le bruit : IxXucv ajxoj, ou avec le datif indiquant celui au profit de qui on écoute :

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