‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 105 sur 129 · ROLE DU TON · texte numérisé non relu

ROLE DU TON

tion sur le déterminant, ainsi lat. hominês très signifie « des hommes au nombre de trois » plutôt que « trois hommes ». Tout renversement de l’ordre habituel dans un type de phrase donné est expressif.

Aussitôt après le premier mot de la phrase figurent d’abord les particules et les indéfinis atones ou toniques, puis les pronoms personnels enclitiques ; ces mots accessoires s’intercalent même entre les mots principaux le plus naturellement unis par le sens ; ainsi chez Homère :

A io4 ojj£ 8e c'0Oot TCupi XajJLTusiéwvTt (F)eUxriv

A 106 OU TZ(ù XOT£ [J.o: TO xpyjyuov EllCfiÇ A i5o xiq toi xpoopwv (/’)éx£ criv xstOirjTat ’A^jawv ;

(les groupes de sens sont tiç « l’un des Achéens » et (>F)=-

rcestv toi « à tes paroles »).

La plupart des mots de la phrase pouvaient être soit toniques, soit atones suivant les circonstances. On a cité, p. 121, un vers védique où le premier mot seul porte un ton, tous les autres étant atones.

La question de savoir quand le mot est tonique et quand il est atone se pose surtout pour le verbe : si le verbe est placé en tête de la phrase, il est tonique en général ; à l’intérieur, il est généralement atone en sanskrit (sauf un certain nombre de restrictions qu’il n’y a pas lieu d’examiner ici, parce que les règles védiques relatives à l’emploi du ton dans le verbe ne se retrouvent dans aucune autre langue) ; ce contraste est conservé par le grec dans un cas : h xi ayant le sens de « il y a » et commençant la phrase est tonique : iaxi servant de copule est atone et, suivant un usage qui semble ancien, figure assez ordinairement après le prédicat (ou après le premier terme tonique du prédicat si celui-ci est complexe). D’ailleurs la place fixe du ton dans la plupart des formes verbales personnelles du grec s’explique par la fréquence de l’atonie dans ces formes en indo-européen ; mais la place du ton n’est plus en grec l’une des caractéristiques des formes verbales personnelles.

LA PHRASE

Lorsque deux mots unis au point de vue du sens étaient juxtaposés dans la phrase, l’un des deux pouvait avoir le ton, et l’autre être atone. Ceci est particulièrement clair pour le préverbe et le verbe : en védique, si un verbe bharati est tonique, un préverbe qui le précède immédiatement est atone : pra bhârati ; si le verbe est atone, un préverbe précédent est tonique : prâ bharati. En grec, le préverbe déterminant un verbe est toujours atone, qu’il précède immédiatement le verbe ou qu’il en soit séparé ; si dans un cas tel que pieç, un préverbe a le ton, c’est qu’il reçoit un ton d’enclise, comme le montre ocxôàoç (et non *àzo3cç) ; il y a donc désaccord entre le grec et le védique. S’il précède un nom et joue le rôle de « préposition », le préverbe est toujours atone en grec, et forme groupe avec le nom suivant : oc tuo 'kctoc'^oü (le baryton marquant absence d’élévation de la voix), en regard de lueTajJLoO azo qui présente la forme tonique axo ; en slave, il arrive souvent que, au contraire, ce soit la préposition qui soit accentuée et le nom qui soit inaccentué : russe nâ bereg « sur le bord », pô morju « sur mer » ; quelques rares formes fixées, comme 8tarcevxe et uTC£p[xopcv, montrent que pareil usage n’a pas été étranger au grec à une date ancienne.

Quand il s’agit de deux noms, les exemples conservés sont moins nombreux et moins clairs. Skr. dva-daça, gr. cc»-B£y.x « douze », littéralement « deux-dix », n’ont chacun qu’un seul ton, sur le premier des deux mots juxtaposés ; tel est aussi le cas pour gr. NfiaiwKtç, xuvôaoupa, etc. ; le védique a à la fois jaspâtih, « chef de famille », avec les deux mots toniques, et jaspatih, avec le premier mot tonique seulement. Tel démonstratif qui est souvent tonique, ainsi le génitif skr. asyâ , ou le relatif slave ji-Qp), est enclitique et atone s’il est simplement anaphorique : génitif skr. asya, v. si. /T, par exemple dans v. si. viditü ji « il le voit ».

Le principe a donc une valeur universelle. Les exemples montrent que le ton n’a pas pour effet d’attirer particulièrement l’attention sur le mot qu’il frappe : le fait essentiel est qu’il y a pour l’ensemble du groupe une seule élévation de la voix, et non pas deux.

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