ROLE DU TON
L’enclise consiste en ce qu’un mot est prononcé groupé avec ce qui précède de manière qu’il n’y ait qu’une seule fin de mot. Les enclitiques sont atones ; mais tous les mots atones ne sont pas enclitiques ; les verbes atones du sanskrit ne se groupent pas d’une manière intime avec le mot précédent, et, en grec, l’atone ©Yjp.i peut même commencer la phrase : les préverbes grecs, qui sont toujours atones, sauf là où ils reçoivent un ton d’enclise comme dans àxoBoç, ne s’appuient sur aucun mot précédent ou suivant, et ils commencent au besoin la phrase, même s’ils ne sont pas joints au verbe ; le mot atone àXkcx, servant de conjonction peut aussi commencer la phrase. L’indo-européen ne possédait qu’un nombre restreint d’enclitiques, tous monosyllabiques ou tout au plus dissyllabiques ; par exemple la particule skr. ca, zd ca, gr. ts, lat. que , got. -h ; l’indéfini gr. lat. quis (dans nè quis, si quis, etc.), etc.; les pronoms tels que skr. me, gr. lit. mi, etc. Rien n’indique l’existence de proclitiques, c’est-à-dire de mots accessoires atones groupés avec un mot suivant, de telle sorte que le proclitique n’ait pas proprement de fin de mot phonétique. Sauf le cas particulier de l’enclise, les mots atones gardaient donc leur autonomie phonétique ; quant à l’autonomie morphologique et syntaxique, même les enclitiques la possèdent.
La liberté grammaticale de l’ordre des mots principaux, la disposition des particules, des indéfinis et des pronoms atones après le premier mot de la phrase, et l’emploi des formes atones ou toniques pour indiquer l’union plus ou moins étroite des mots groupés ensemble sont parmi les traits les plus caractéristiques do l’indo-européen. Ils résultent de la structure morphologique de la langue et de la nature du ton, qui diffère essentiellement de l’accent d’intensité des langues modernes de l’Europe ; aussitôt que cette structure morphologique et la nature du ton ont changé, ces caractères se sont effacés, et l’on peut presque mesurer la fidélité d’une langue au type indo-européen par ce qu’elle conserve des traits indiqués ici. Les langues romanes ou germaniques modernes, avec leur ordre de mots fixe, n’ont presque plus rien d’indo-européen dans la construction générale de
LA PHRASE
la phrase ; les langues baltiques et slaves, au contraire, avec une déclinaison riche en cas et, par suite, avec un ordre des mots relativement libre, avec des mots accessoires encore placés après le premier mot de la phrase, avec des alternances de formes accentuées et inaccentuées, sont celles qui ont gardé le plus de survivances du type de phrase indo-européen.
5° Phrases négatives et interrogatives.
Rien n’indique que les phrases interrogatives et les phrases négatives aient été soumises à des règles particulières.
La phrase négative n’est marquée par rien autre que par la négation *ne (skr. nâ, v. si. ne, etc.): lat. ne-scio, lit. às négeriu « je ne bois pas » ; skr. :