‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 110 sur 129 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

radi « à cause de » ne se trouvent pas dans une troisième langue, mais sont employés d’une manière identique, et font partie d’une série de termes particuliers au slave et à l’iranien.

Sauf raisons spéciales, est douteux tout rapprochement de mots qui ne porte que sur deux dialectes : si même la concordance phonétique, morphologique et sémantique de gr. à'ÇsT ai « il a un respect religieux pour » et de skr. yâjati « il sacrifie » était parfaite — ce qui n’est pas, car gr. h- peut répondre à autre chose que skr. y-, skr. a à autre chose que gr. a, l’alternance vocalique est suspecte (v. p. i36), la formation des deux verbes n’est pas la même, les sens ne concordent pas, etc. — , le rapprochement ne saurait être tenu pour certain, mais tout au plus pour possible ; en fait, il y a lieu de l’écarter.

Enfin, il n’est pas vrai, même sous le bénéfice des réserves précédentes, que la somme des rapprochements entre les divers dialectes indo-européens donne du vocabulaire des tribus de langue indo-européenne une idée exacte, ou même approximative.

Sauf trois, l’indo-iranien, le grec et l’italique, tous les dialectes indo-européens sont attestés seulement plusieurs siècles après Jésus-Christ, et par des littératures romanisées ou hellénisées, et christianisées ; du « tokharien » récemment découvert, on n’a que des textes dus à des populations bouddhistes, et bien postérieurs à l’époque chrétienne; les langues italiques elles-mêmes n’apparaissent qu’après avoir subi l’influence hellénique ; elles sont notées par des alphabets d’origine grecque : l’exemple du lat. poena qui s’est étendu sur toute l’Europe occidentale, et qui lui-même est un emprunt au grec, montre qu’il y a eu dès l’antiquité un vocabulaire « européen » dont l’extension coïncide avec celle de la civilisation gréco-romaine.

Le sanskrit, l’iranien, le grec, le latin présentent, dès les premiers monuments, des formes littéraires : aucun dialecte indoeuropéen ne donne une idée de ce qu’a pu être, au point de vue du vocabulaire, la langue de populations demi-civilisées. La question du genre est obscurcie par le fait que les langues indo-européennes sont connues à des dates où les conceptions que reflètent les différences de genre grammatical (v. p. 3oo) étaient ou devenues

VOCABULAIRE

troubles, comme dans le monde védique et plus encore dans le monde grec antique, ou entièrement abolies, comme dans les langues connues à l’époque chrétienne seulement. A plus forte raison la valeur d’un vocabulaire qui reflétait les conceptions des demi-civilisés du monde indo-européen commun est-elle mal discernable dans des vocabulaires de langues littéraires qui traduisent des civilisations avancées. — Dans une certaine mesure, c’est seulement le vocabulaire de l’aristocratie qui s’est conservé et l’on n’a presque rien des mots populaires.

Le procédé même par lequel on détermine le caractère indoeuropéen d’un mot exclut dès l’abord la connaissance de ce qui dans le vocabulaire était concret et précis, de ce qui servait à la vie de tous les jours : les seuls termes qui aient subsisté dans plusieurs dialectes différents sont les racines qui indiquaient des actions banales et universelles : « goûter » , « porter » , « aller » , « connaître », « lier », etc., et les noms des notions les plus générales : le « père », 1’ « œil », le « bœuf », etc., en un mot ce qui était employé dans tous les parlers du domaine indo-européen, et non ce qui était propre à l’un ou à l’autre d’entre eux.

De plus, pour rapprocher les mots des diverses langues, on doit considérer ce qu’ils ont de commun, et par suite éliminer les nuances de sens dues à l’évolution propre de chaque dialecte : il ne reste plus alors qu’une abstraction qui fournit le moyen de justifier le rapprochement, mais non pas le sens premier du mot. A parcourir un dictionnaire étymologique, on a l’illusion que la langue indo-européenne aurait procédé par mots et par racines d’une valeur abstraite et générale, alors qu’on doit au contraire se représenter chaque parler indo-européen à l’image d’un parler lituanien, pauvre en termes généraux et plein de termes précis indiquant les actions particulières et les détails des objets familiers.

Enfin les termes techniques diffèrent pour la plupart d’une langue à l’autre parce que, entre l’époque indo-européenne et le moment où chaque dialecte est attesté, la civilisation a subi des transformations profondes et que les mots de ce genre ont changé à plusieurs. reprises avec les techniques elles-mêmes. L’étude des mots ne va pas sans une étude précise des choses, et les recher-

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