GÉNÉRALITÉS
ches sur le vocabulaire s’accompagnent des figures nécessaires dans les dernières publications.
Ce qui représente, pour le linguiste d’aujourd’hui, le vocabulaire indo-européen n’est qu’un petit noyau de termes généraux, précieux à cause des conclusions qu’il permet de tirer en phonétique et en morphologie, mais impropre à donner une idée de ce qu’était en réalité le lexique d’un parler indo-européen. Du reste le vocabulaire de chacune des langues indo-européennes diffère profondément de celui d’une autre langue quelconque de la famille, et ce n’est qu’une minorité des mots de chaque idiome qui a une bonne étymologie indo-européenne.
Les étymologistes raisonnent souvent comme si tous les mots des langues attestées qui ne sont pas notoirement empruntés à des idiomes connus devaient être d’origine indo-européenne, et ils utilisent pour fournir une étymologie indo-européenne de chaque mot d’une des langues de la famille toutes les ressources de leur ingéniosité : c’est oublier que, entre la période indoeuropéenne et les plus anciens textes de chaque dialecte, il s’est écoulé bien des centaines d’années, durant lesquelles il a pu être fait un nombre illimité d’emprunts à des langues aujourd’hui inconnues. Organisatrice et dominatrice, l’aristocratie indoeuropéenne a trouvé souvent, dans l’Europe occidentale et surtout dans le bassin méditerranéen, des populations pourvues d’une culture matérielle plus avancée que la sienne. De même que les envahisseurs germains ont pris beaucoup de mots de civilisation au latin, les conquérants indo-européens en ont pris aux peuples sur lesquels ils ont étendu leur empire. Or, les langues de ces peuples ne sont pas connues. On n’a donc aucun moyen de déterminer ce que le grec et le latin doivent de mots aux langues de la brillante civilisation égéenne qu’ont révélée les fouilles des dernières années. Le gr. /oïvoç, le lat. uînum et l’ombr. vinu, l’arm, gini « vin » représentent sans doute autant d’emprunts à la langue d’un peuple méditerranéen qui cultivait la vigne avant l’arrivée des populations de langue indo-européenne.
On jugera de tout ceci par un examen rapide des principaux éléments du vocabulaire indo-européen.
VOCABULAIRE
i° Racines.
Peu de racines indo-européennes désignent des actions techniques, et le sens de ces racines est vague en partie.
La racine de véd. tàsti « il fabrique » paraît s’être appliquée à la confection de toutes sortes d’objets, et ce sens très général est conservé dans le gr. te^vyj. Véd. tàsti , tâksati et zd tasat ont le sens général de « fabriquer », mais désignent surtout ce qui se fabrique avec la hache ; skr. tàksâ , zd tasa, gr. xéy.Twv sont des noms du « charpentier »., v. h. a. dehsala et irl. tàl, de la « hache », et v. si. tesati et lit. tasyti signifient « travailler avec la hache ». On pourrait être tenté de croire ce sens le seul ancien si le lat. texere n’indiquait une autre industrie : le tissage, et si m. h. a. dehsen ne signifiait « briser (le chanvre) ». Le zd tasttm « écuelle », dont on rapproche lat. testa « objet en terre, vase, etc. », ne prouve pas que cette racine ait servi à indiquer le modelage de la terre ; car ces mots ont pu désigner d’abord des vases en osier tressé enduit de terre séchée, et l’on rapprochera le sens de lat. texere.
Le sens de « donner une forme à la terre » appartient à la racine de got. digan, lat. fingere ; mais il peut s’agir, ou de fabriquer de la poterie : lat. figulus « potier », got. daigs, v. h. a. teig « pâte » ; ou d’entasser de la terre pour élever des murs : skr. dehï « rempart », zd daè^ayeiti « il amasse », iran. ancien *pari-dai%a- « enclos » que le Grecs ont emprunté sous la forme irapaoEtacç, et les Arméniens sous la forme partes^ « jardin », v. perse didâ « forteresse », arm. dê% « monceau », gr. xsT^cç, xor/cç, osq. fefhüss « muros », v. irl. conutuing (de *con-udding) « il bâtit » .
Une racine *snê- « filer » est attestée par lat. nère, gr. vsw, aor. svvY], vrj[Aa « fil », irl. snïm « action de filer », snâthe « fil », peut-être aussi par skr. snâva « lien », v. h. a. snuor « lien » ; mais v. h. a. nâjan signifie « coudre ».
La racine de v. h. a. weban « tisser » a son sens précis en grec, u^aivo), en iranien, zd ubdaèna- « tissu », persan bâfad « il tisse », et aussi en tokharien ; mais véd. unap signifie simplement « il attachait » , et le sens de « tisser » n’apparaît nettement en