RACINES
*mèlg -), v. si. mlï'zo, alb. miel' , gr. oc\)A\^(o (avec prothèse). En revanche, l’indo-iranien a une racine propre d’aspect archaïque : véd. duhé « il trait » (au moyen), persan dôxtan « traire ».
Skr. anàkti « il oint » (3e plur. anjântï) est apparenté à lat. unguô, ombr. umtu « unguito », et sans doute à arm. awcanel « oindre » ; skr. âjyam « graisse de sacrifice », v. pruss. anktan « beurre », v. h. a. ancho, v. irl. imb, lat. unguen, unguentum , ombr. umen.
Le fait de « passer la nuit dans un abri » est indiqué par la racine de gr. îa-jw, auXiç « gîte », auX*/j « cour » (endroit où les bestiaux gîtent la nuit), arm. aganim « je passe la nuit », awth « endroit où l’on passe la nuit » . On a de là un élargissement *awes- (hom. àssa), *wes- « demeurer » dans skr. vâsati « il demeure », got. wis an « demeurer, être », arm. goy « il existe », irl. foss « demeure, repos ». Le rapport de *au- à *awes-, *wesest le même que celui de *au -, *u- « vêtir » à *wes-, cf. cidessus, p. 345.
Les renseignements que fournirait un examen des racines de l’indo-européen à qui voudrait tenter de déterminer par là les conditions d’existence des populations qui parlaient cette langue sont, on le voit, fuyants et imprécis. La plupart des racines n’enseignent du reste rien, sinon que la langue distinguait « vivre » et « mourir », « boire »' et « manger », « dormir » et « veiller », lécher » et « mordre », « prendre » et « laisser »,
« voir » et « entendre », « aller » et « courir », « frapper » et
« conduire », etc.
Cependant quelques racines présentent des séries de développements de sens remontant à l’indo-européen. Un des cas curieux à cet égard est celui d e*bheudh- ; le sens premier, tout concret, est sans doute celui de « veiller », qui est conservé dans les dialectes orientaux : skr. budhyâte « il est éveillé, il s’éveille », v. si. bïditü « il veille » (infin. bïdëti ), lit. budêti « veiller » ; skr. bodhâyati
« il éveille », v. si. budilü « il éveille » (infin. budtti) ; v. si.
bünoti « s’éveiller », lit. bundü « je m’éveille » ; lit. budrüs signifie « éveillé ». Mais le v. si. büdrü « vif », traduisant xpca pris un sens déjà plus éloigné du sens premier; le
VOCABULAIRE
présent thématique skr. bôdhati signifie « il est en éveil, il fait attention, il remarque », comme les correspondants v. si. bljudo « j’observe, je garde » (avec / mouillée développée normalement entre labiale et le / de ju représentant i.-e. *eu ) et hom. ttsu- Os(j.ai « je m’enquiers », aor. gr. âzuôopjv de même le zd baolah- signifie « conscience » ; l’irl. buide a développé le sens particulier de « reconnaissance » (conscience d’un bienfait). Du sens de « j’observe » on passe à celui de « je sens », ainsi le zd baoldntô, Yast XIX, 69, et, en particulier, « je sens une odeur » ; d’où zd baoilis « odeur » : Yast XVII, 6, hubaoilis bao^aite nmànim « une bonne odeur embaume la maison ». D’un autre côté, avec valeur factitive, on a le sens de « donner l’éveil, attirer l’attention », d’où « présenter, offrir, inviter » dans v. isl. bioâa, v. b. a. biotan , et, avec préverbe, got. ana- . biudan , v. h. a. gi-biotan , « ordonner », got. faur-biudan « défendre » (ail. ver-bieten) ; c’est de la même valeur factitive que vient le sens « réprimander, punir » de lit. baudÿiù, baüsti.
Le sens le plus concret, et sans doute le plus ancien, de la racine *greus- subsiste dans gr. ysuoixai « je goûte » et lat. gustus. Mais en indo-iranien, le sens est « prendre avec plaisir, aimer », ainsi skr. jusâte « il prend volontiers, il aime », v. perse daustar- « ami », et de même en albanais où desa signifie « j’aimais ». D’autre part c’est le sens de « choisir » qui s’est développé dans v. irl. do-roi-gu « il a choisi » et dans got. kiusan, causatif kausjan « examiner, choisir », mais anciennement « goûter », sens conservé dans le mot slave emprunté vü-kusiti « goûter », tandis que le verbe français choisir , aussi emprunté au germanique, reproduit le nouveau sens.
Le sens des racines ne peut être défini que par des formules vagues ; mais chacune d’elles tenait des emplois fixes et tout particuliers. Par exemple *prekr signifie « demander, interroger, prier », de là skr. prcchâti, v. si. prositi, lit. prasÿti, got. fraihnan, v. h. a. frâgên, lat. poscô, arm. harçanem , tous verbes signifiant « demander, interroger » d’une manière générale : mais il y avait un emploi spécial : « demander une femme », attesté par lat. procus, lit. pifsti « demander en mariage », serbe prositi.