‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 121 sur 129 · PARTIES DU CORPS · texte numérisé non relu

PARTIES DU CORPS

Certaines parties du corps ont des noms divers suivant les dialectes : ainsi pour la « main », l’indo-iranien a un mot skr. hâstab, zd %astô, v. perse dasta, qui rappeJle de loin lit. pa-{astis « aisselle » (ce qui est sous le bras) et gr. âyoaT ôg « plat de la main » ; en baltique et en slave, le terme est emprunté à une racine signifiant « prendre » (lit. renkù « je ramasse ») : v. si. rpka , lit. rankà ; la racine *giher- de skr. hârati « il prend », lit. ÿeriii « je rassemble », a de même fourni gr. yjsip, arm. jern (nom. plur. jerkh, gén. plur. jeraç ), alb. dort, lat. (h)ir ; un thème *m°n-, *mn- se trouve, avec divers élargissements, dans lat. manus, ombr. manuve (locat.), osq. manins, v. h. a. munt ; la plupart des noms de la « main » sont féminins tandis que celui du « pied » est masculin.

Il y a des thèmes dissyllabiques, de forme normale, bien conservés dans plusieurs langues, ainsi :

skr. âmsah « épaule », arm. us, gr. wjjloç, ombr. onse (locatif), lat. ( h)umerus ; on notera la différence entre Va sanskrit et l’w grec, et aussi la forme trisyllabique du latin.

skr. çrônih — lAsraonis « hanche », lit. slaunïs, v. isl. hlaunr, lat. clünis, gall. clün (le gr. y.Aovtç diverge).

gr. Tzéog — skr. pâsah; lat. pénis de *pesnis, m. h. a. visel. gr. xaXà[jLY), lat. palma, v. irl. lâm « main », v. angl. folm « paume de la main », v. h. a. folma ; et en indo-iranien, avec des suffixes en -n- : skr. pânîh « main », zd pdrdnâ- « creux de la main » ; le même suffixe se retrouve dans le mot propre au baltique et au slave : v. si. dlanl (v. russ. dolonï, pol. dion'') et lit. délna « paume de la main ».Les formes sont, en notable partie, irréductibles à un original commun.

skr. kâksah — zd kasô « aisselle » ; lat. coxa « banche » == v. irl. coss « pied », v. h. a. hahsa « articulation du genou (chez le cheval) », m. h. a. hehse ; le mot a dû désigner en général une articulation.

gr. oppoç « derrière », v. h. a. ars, arm. or.

Nombre de mots sont limités à trois langues contiguës, ou à deux langues seulement, ainsi : got. munfts « bouche », gall. mant « mâchoire », lat. mentum — gr. cxo^a, zd stamanim (acc.

VOCABULAIRE

sing.) « bouche » — arm. beran « bouche », lit. burnà — skr. ôtfhah « lèvre », zd aosta et aostra « lèvres », v. si. usta (nom.accus. plur. neutre) «bouche » et ustïna « lèvre «, v. pruss. austa et austin « bouche » — lat. labium , v. angl. lippa « lèvre » — etc.

F. Adjectifs.

Il y a d’assez nombreux adjectifs dont le caractère indo-européen est sûr ; la plupart indiquent des notions très générales, telles que « neuf » ou « ancien » , « jeune » ou « vieux » , et n’enseignent rien sur la civilisation.

On remarquera des noms de couleurs assez précis :

« rouge » : lat. ruber , gr. èpuôpo;, v. si. rüdrü ( ridrü ), skr. rudhirâh, tokh. B ratrem ; et lit. raüdas, serbe rûd , got. raufrs, irl. rüad , lat. dial, rûfus, rôbus.

« jaune » et « vert » ; les formes sont assez embrouillées parce que l’on ne peut faire le départ des initiales *gjj et *g™h qui se sont emmêlées ; on notera par exemple skr. hârih, hâritah « jaune », zd ^ airitô « jaune », v. si. ^ elenü et lit. % alias « vert », v.. si. ifitü et lit. gâtas « jaune », v. h. a. gtlo « jaune », lat. flàuos eifuluos. Au groupe se rattachent le nom de la « verdure »: v. si. %elïje, lat. ( hi)olus , gr. ^Xorj, etc. et celui de la « bile » : gr. ^6Xoç, v. h. a .galla, v. si. %}ici, d’une part, et lat./e/, v. si. %lïct, de l’autre. Les mots appartenant à ce groupe sont nombreux et multiformes.

« gris, pâle » : skr. palitâh « gris » (fém. pâliknî ), persan pîr « gris » (v. iranien *parya- ), gr. xeXiéç, ttoXigc, arm. alikh « vagues » et « cheveux blancs », lat. palhô. On a un même suffixe ^-we/o- dans v. si. plavü « blanc », lit. palvas « jaune pâle », v. h. a. falo « pâle » ; ce suffixe, qu’on a déjà vu dans lat. fuluos, flâuos et dans v. h. a. gelo, est fréquent dans les adjectifs qui désignent des couleurs ; cf. par exemple skr. çyàvâh « sombre », v. si. sivü « gris »

Les adjectifs désignant des infirmités ont en général une faible extension, et la forme qu’ils présentent est souvent d’un type aberrant en indo-européen. Ainsi l’adjectif lat. caecus « aveugle », v. irl. caech et got. haihs «borgne » a un a dans l’élément radical

NOMS DE NOMBRE

et ne se trouve pas en dehors des trois langues occidentales indiquées ; le sens ne concorde même pas exactement dans les trois langues.

Il y a un adjectif « grand », de forme archaïque, avec sa flexion véd. acc. s g. mahâ-m (v. p. i4i), nom. acc. sg. n. mâhi, gén.-abl. sg. mah-âh (cf. gathiquem^?); gr. [jiya-ç, [/iya-v, [jiiya; v. isl. miok ; arm. mec (instr. sg. meca-îv) ; cette flexion d’un thème *megâ -, *megi-, meg- (devant voyelle) a dû être remplacée en tout ou en partie par des dérivés, parmi lesquels on remarque got. mikils et les formes telles que ^eya/vOt qui complètent én grec la flexion de Le latin ale dérivé magnus.

Il n’y a pas, pour « petit », un mot aussi archaïque ; skr. âlpah « petit » rappelle lit. alpti « s’affaiblir » ; mais ce n’est pas un vieux mot signifiant « petit » comme [jiyaç, etc. signifie « grand » ; le mot n’était pas de la langue noble ; il ne se trouve pas dans le Rgveda, et 1’ l qu’il présente montre qu’il n’appartenait pas aux parlers du Nord-Ouest de l’Inde, qui n’avaient pas conservé la distinction de r et de l.

G. Noms de nombre.

Le système de numération normal de l’indo-européen est décimal; il y a d’abord dix noms distincts les uns des autres pour les dix premiers nombres ; on compte ensuite par dizaines, etc., en remplissant les intervalles par les unités comme dans fr. dixsept, vingt-huit, etc. ; enfin il y a un nom pour « cent ». — Les ordinaux sont dérivés des cardinaux par addition de suffixes secondaires, avec certaines variations vocaliques (voir p. 238).

Les noms des unités forment trois groupes :

a. « Un » :

L’adjectif indo-européen *sem- est conservé par gr. slç, £v, avec le féminin [xta ; tokh. B seme ; arm. mi (sans doute fait sur le féminin), et figure ailleurs dans les composés tels que skr. sakft « une fois », lat. sim-plex, cf. gr. a-7ua~, à-xXéoç, etc. Il est souvent remplacé par un dérivé d’un mot *oi-, qui, comme on le voit par hom. ot(>F)oç, signifiait originairement « seul » : v. perse A.. Meillet. a4

VOCABULAIRE

dîvà, zd aëvô, oulat. ùnds (deôinos), v. irl. ôen, got. ains,v. pruss. ainan( acc.), gr. clrf\ (nom de F « as » aujeu de dés). — L’ordinal est un dérivé delà racine de gr. xsp'., 7 càpcç, xpc, etc., c’est-à-dire un mot signifiant « ce qui est avant » : skr. pürv(i)yâh , v . si. prüvyji , tokh. B parwe « d’abord »? — gr. xptoTcç — lit. pirmas — lat. prïmus — skr. prathamâh — etc. — Pour « premier », par rapport à un autre objet seulement, c’est un dérivé en *-tero -, *-troqui est en usage : gr. z'pozzpsç, zd fratarô « prior », et, avec un vocalisme sans doute plus conforme au type indo-européen, v. h. a fordaro.

b. « Deux », « trois » et « quatre » :

Ces trois noms sont fléchis, d’après le témoignage de l’indoiranien, de l’arménien, du baltique, du slave, du celtique et du grec. Ils ont des formes particulières pour chacun des genres, et ont par suite le caractère d’adjectifs.

Deux : masc. véd. d(u)vaf d(ii)vâu, zd d(u)va , v. si. düva, hom. Bût» (gr. cùo), arm. erku, lat. dua , v. irl. dau, dû ; féminin skr. d(u)vê, zd duyè, v. si. d(î)vë, lit. dvï, lat. duae, v. irl. dï ; neutre skr. d(u)vé, v. si. d(ï)vè. La forme employée en composition est *dwi- (avec et non *uw) : skr. dvi-pat , gr. Bî-xc-jç, lat. bi-pës, v. angl. twi-féte, cf. lit. dvi-kojis « à deux pieds », arm erkeatn « de deux ans » (* erki-am ). « Deux fois » se dit skr. dvîh, zd bis (avec b- de *dw-, comme en latin), gr. £{ç, lat. bis. — Il y a de plus un mot signifiant « les deux » qui est fléchi comme *duwô(u) \ l’initiale varie suivant les langues : skr. ubhâu , ubhé, gâth. fém, ubè ; v. si. oba, obë, lit. abù, abï ; gr. à; jw>w, lat. ambû , tokh. A âmpi ; got. bai. — La forme collective est : skr. dvayâ-, ubhâya-, gr. ooidi (de *dwoiyos, donc avec y géminé), v. si. düvoji, oboji , lit. dvejï, abejï , et lat. binl (cf. lit. dvynù « jumeaux »), v. isl. tuennr, got. tweihnâi. — Pour l’ordinal, on recourt à la forme du mot « autre » à suffixe *-tero-, *-tro- : got. anfcar, lit. ahtras, v. si vütorü (v. p. 233), ou lat. alter, ou, secondairement, à un dérivé du cardinal : skr. dvitîyah « second », zd bit(i)yô, ou à d’autres mots.

Trois : masc. skr. trâyah, gr. xpsïç, v. si. trije f arm. erehh,

NOMS DE NOMBRE

lat. très, got. (accus.) firins, v. irl. tri, tokh. A tri, B traiy, etc. ; neutre véd. trî, v. si. tri, gr. t pta, lat. tria ; le féminin ancien n’est conservé qu’en indo-iranien et en celtique : skr. tisrâh, zd tisarô, v. irl. teoir, m. gall. teir . La forme collective est : skr. trayâ-, v. si. troji, lit. trejï et lat. trïnï, terni y v. isl . ftrennr. — « Trois fois » se dit : skr. trih, zd Bris, gr. t pic. — Zd Qrit(f)yô, gr. Tpfocç, tokh. A trit, B trite, arm. erir présentent Vi du cardinal ; mais il y a aussi des ordinaux où manque cet i : skr. trtiyah, v. pruss. tirtis, avec *tf-, et lit. trècias, v. si. tretïjï avec *tre- ; les formes des autres langues sont plus ou moins ambiguës.

Quatre : masc. skr. catvarah, accus, catûrah ; dor. -izcpzç, att. zé-Txpeç, béot. 7usTTapsç; v. si. cetyre ; arm. çorkh ; v. irl. cethir, gall. pedwar ; lat. quattuor (devenu invariable ; pour a, v. p. 74) ; fém. skr. câtasrah, zd catanrc, v. irl. cetheora, gall. pedair ; tokh. A çtwar, B çtwâr, çtwer. La forme collective est : skr . caivarâm « place quadrangulaire », v. si. cetvori, lit. ketverï, et lat. quaternï. — « Quatre fois » se dit skr. catüh, zd caïïrus, lat. quater. — L’ordinal a des formes assez divergentes ; le vocalisme zéro était anciennement celui de la première syllabe (v. p. 238) : skr. turîyah, zd tüiryô (cf. zd â-xtüirim « pour la quatrième fois »), gr. xxpzo- dans xapi Yj-fxépiov « quart », lat. de Préneste Quorta (lat. quartus d’après quattuor ) ; Ve a été rétabli presque partout : skr. caturthâh, gr. zézocpzcç, v. si. cetvrûtü, lit. ketviftas.

c. De « cinq » à « dix » :

De « cinq », qui représente le nombre des doigts d’une main, à « dix », qui représente le nombre des doigts des deux mains, il y a une nouvelle série de mots, non déclinés (ce qui rappelle les premiers termes de composés) et dépourvus de genre ; l’ordinal est en *-2/0- ou en *-the/o- :

5 : skr. pânca, arm. hing (cf. hnge-tasan « i5 »), gr. Trsvxe, lat. quinque, v. irl. côic, got. fimf, tokh. A pana, B pis, piç. — Ordinal : gr. lué^TCToç, lat. quintus, v. h. a. fimfto, lit. penktas, v. si. petü, tokh. A pant, B pinkce ; le vocalisme zéro de v. h. a. funfto (chez Notker) représente l’état indo-européen, troublé ail-

VOCABULAIRE

leurs par l’influence du cardinal (cf. ci-dessus p. 371 la forme de « quatrième »).

6 : skr. sât, zd xsvas, arm. vec, gr. '/s; (eÇ), lat. s ex, v. sax. sehs, v. irl. sè, gall. chwech, tokh. A. sak. — Ordinal : skr. sasthâh , gr. sxtoç, lat. sextus, v. h. a. sehto, lit. sêstas, v. pruss. uschts (avec un vocalisme présufïixal zéro ancien), v. si. sestü. — Sur l’initiale, *sw-, *s-, *w-, v. p. i4o.

7 : véd. saptâ, arm. ewthn, gr. I-t4, lat. septem, v. irl. sechtn-, tokh. A spat. — Ordinal : skr. sapta?nâh , lat. septimus , lit. sèkmas et avec sonore, v. si. sedmü, gr.

8 : véd. astâ, astâu (avec st issu de *ktf), arm. uth, gr. oxtw, lat. octô, got. ahtau, v. irl. ocht n-, tokh. A okat, B okt. — Ordinal : gr. c'vocoç, lat. octàuos (les autres formes sont analogiques).

9 : skr. nâva, arm. inn, gr. èvvs(F) x, lat. nouem, got. niun, v. irl. nôi n-, tokh. A et B nü. — Ordinal : lat. nônus, skr. navamâh (avec -m- analogique) etgr. *hFa.~oq (hom. zhxzoq, att. è'vatoç), got. niunda , v. pruss. newints.

10 : skr. dâça, arm. tasn, gr. lat. decem, got. taihun, v. irl. deich n-. — Ordinal : skr. daçamâh, lat. decimus, et gr. âlxatcç , got. taihunda , lit. desimtas, v. si. desetü.

Ces six noms sont remplacés en slave par des abstraits : les cinq premiers sont en -ï- (thèmes féminins en -*-) : petï « groupe de cinq » (cf. skr. panktih « groupe de cinq »), sestï « le groupe de six », etc. ; pour dix, c’est un thème masculin en -t- : deset- (nomin. plur. deseté). Le thème en -/-de « dix » se retrouve en baltique, à la différence des cas précédents : lit. desimt-, cf. le thème grec en -d- : 5exao- (nom. osy.aç).

De « dix » à « vingt », on a dans la plupart des langues des juxtaposés de chacune des unités et de « dix » : gr. evoexa, §£*/„«, etc.

Les dizaines.

Les dizaines sont exprimées par des dérivés du mot « dix » précédés du nom de chacune des unités ; ces dérivés, qui sont de genre neutre, ont le suffixe *-/- (cf. lit. desimt-, etc.) et la

NOMS DE NOMBRE

forme à vocalisme zéro de la première syllabe ; de là provient une forme à initiale compliquée *dkxmt-, *dkgomt -, qui s’est réduite à *&i mt, * kiOmt - ; par suite de cette réduction la combinaison a cessé d’être comprise. En germanique, en baltique et en slave, une forme complète du nom de la « dizaine », de genre masculin, a été rétablie : « trente » est v. si. tri deseti « trois dizaines » (mais cf. cetyre desete « quatre dizaines »), lit. trÿs dêsimtys, got. ftrins tiguns (accus.), v. h. a. drî^ug. En arménien, en grec et en latin, l’initiale réduite a subsisté, mais la forme de nominatif-accusatif neutre a été généralisée, et, sous l’influence du caractère non fléchi des noms de nombre précédents, sert pour tous les cas : « vingt » est donc un ancien nominatif-accusatif duel : arm. khsan (de *gisan), dor. béot. Flxaxt, lat. uîgintï, bret. ugent, zd vïsaiti, tokh. B ïkam (cf. p. 259 et 271); les dizaines suivantes sont des nominatifs-accusatifs pluriels (c’est-à-dire des collectifs, v. p. 2.53) ; ainsi « 3o » : arm. eresun , gr. xpiaxovxa, lat. trïgintâ , bret. tregont (cf. p. 257 et p. 271). L’indo iranien et l’irlandais emploient des formes dérivées, fléchies au singulier ; ainsi pour 3o : v. irî. tri- cha (suivi du génitif), zd brisât- (nom. brisas ), skr. trimçât -. Nulle part une flexion casuelle du duel *wi-kjntï « 20 » ou du pluriel *trï-kfimtd « 3o », etc, n’apparaît à l’époque historique.

Dans i.-e. *wî-kxmtï « 20 », *wi est une forme signifiant « deux », qui n’est pas attestée ailleurs ; peut-être résulte-t-elle de *dzui- par dissimilation. On notera la longue de i.-e. *penkwëdans : skr. pancâ-çàt- « 5o », zd pancâ-sat-, gr. xsvt yj-xovia, arm. yisun (de *hingisun) « 5o ».

Les dizaines à partir de 60 sont exprimées èn indo-iranien par des abstraits, ainsi skr. sastîh (identique, pour la forme, à v. si. sestï « groupe de six »), zd xsvastis « 60 », skr. navatïh, zd navaitis « 90 ». En grec, à partir de 70, les noms de dizaines sont tirés des ordinaux : byücr^c'na ; le latin a de

même nônâgintâ (et septuâgintâ . A 70 commence en germanique un type particulier : got. sibuntehund « 70 », ahtautehund « 80 », niuntehund « 90 », v. sax. antsibunta « 70 », antahtôda « 80 », nigonda « 90 ». Dans les anciens dialectes germaniques,

VOCABULAIRE

le représentant du mot indo-européen signifiant « cent » a pris la valeur de 120, si bien que 100 est noté par des précisions spéciales indiquant qu’il s’agit du 100 décimal. Gomme des traces plus nettes encore de système vigésimal se retrouvent dans le domaine celtique, on est amené à se demander si ceci n’est pas dû à une survivance d’un usage pré-indo-européen.

« Cent » est exprimé par un dérivé de *dék]m, de genre neutre, à suffixe *-to-, régulièrement fléchi : *(d)kxmtô- : skr. çatâm, zd sattm, v. si. süto(\. p. 90, 91), lit. simtas (passé au masculin par suite de la disparition du neutre en lituanien) ; le lat. centum est l’ancien nominatif-accusatif singulier devenu forme invariable, comme uiginti, trïgintâ, etc. ; de même gr. è-xaiov (littéralement « une centaine »), got. hund, gall. cant, tokh. À kant, B kante.

Pour « mille » il n’y a pas de nom de nombre indo-européen proprement dit : le rapport de skr. sahâsram, zd ha^anr^m et de dor. yi jXtci, lesb. ysXXtoi, att. ytXioi n’est pas clair ; celui de got. ftusundi v. h. a. düsunt et de v. si. tysosta , v. pruss. tüsimtons, lit. tükstantis est plus obscur encore. Le skr. sahâsram paraît être apparenté à sàhah « force », tout comme got. ftusundi, etc. le sont à skr. tavâh « fort », lit. tülas « plus d’un, maint », v. si. tüma « foule, myriade », etc. ; en tokharien, le nom pour « mille, A wàlts , B y alise est manifestement apparenté à des mots qui signifient « grand » et qui sont de la famille de v. si. velïji « grand » ; donc « mille » est le « grand nombre ».

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