PARALLÉLISME DU DEVELOPPEMENT
générales et ne vont pas jusqu’à l’identité matérielle des moyens d’expression. Ainsi beaucoup de langues indo-européennes se sont créé un passé composé d’un participe et d’un auxiliaire ; mais le type français fai porté n’a rien de commun, que le procédé général de l’union d’un terme nominal et d’un auxiliaire, avec le type polonais nosil-em (même sens).
Les causes de ce parallélisme se laissent en partie déterminer.
i° Malgré de légères différences attestées par les lignes d’isoglosses qu’on a signalées, les parlers indo-européens avaient une même structure. En tant que le développement procède de cette unité originelle, il doit donc être pareil dans les diverses langues. Et les idiomes qui, comme le baltique et le slave, sont issus de parlers indo-européens sensiblement identiques et que ne coupait aucune ligne d’isoglosses, sont aussi ceux qui offrent le plus remarquable parallélisme dans leurs développements ultérieurs.
2° Les principes du développement du langage sont partout les mêmes ; partout notamment les changements morphologiques sont dominés par la tendance à donner à une fonction unique une marque unique, à caractériser partout d’une même manière le singulier ou le pluriel, la ire, la 2e et la 3e personnes, etc. Il y a donc partout une tendance à éliminer les formations variées et complexes qui entraînent trop de diversité dans les moyens d’expression. Ce principe commande tout le développement de la morphologie et de la syntaxe.
3e A des dates diverses, les populations de langue indo-européenne ont changé les moyens matériels et le degré de leur civilisation. Or, il semble que certains faits linguistiques soient en rapport défini avec un certain niveau de civilisation. Ainsi, le nombre duel qui subsiste d’une manière assez tenace chez les peuples de civilisation peu avancée, ne résiste guère au progrès de la civilisation. En grec, par exemple, il disparaît des dialectes d’Asie Mineure plus tôt que de ceux de la Grèce continentale : et seules aujourd’hui en Europe, quelques populations rurales lituaniennes, slovènes, etc., dont l’état Me civilisation est relativement arriéré, présentent encore le duel. Le duel a disparu de même en sémitique et en finno-ougrien au
DÉVELOPPEMENT DES DIALECTES
fur et à mesure des progrès de la civilisation. On n’a pu encore constater qu’un petit nombre de faits de ce genre ; mais il est probable qu’un examen attentif en révélerait beaucoup d’autres, et de très importants.
4° Les groupes d’hommes, qui, par conquête ou par colonisation, ont transporté l’indo-européen dans des régions nouvelles ont dû, comme il arrive généralement, se composer de membres de clans divers, habitant des localités distinctes, et ayant par suite des parlers un peu différents. Une pareille situation linguistique entraîne l’élimination des menues particularités locales, et a pour conséquence des normalisations étendues. La langue d’un groupe de ce genre réalise vite la régularité grammaticale, en éliminant dans une large mesure les formes différentes du type normal qui ne sont conservées que par la mémoire, à savoir les formes dites « fortes », qui constituent de petites séries, et les formes anomales, qui sont isolées. La langue d’un peuple migrateur et conquérant comme celui des Gots présente ainsi le maximum d’innovations analogiques, et par suite, en vertu du principe posé ci-dessus, sous 2°, le maximum de régularité grammaticale : le gotique est, pour ainsi dire, du germanique schématisé, de même que l’arabe est, en quelque sorte, du sémitique schématisé. Des régularisations analogues, amenant à leur terme les tendances linguistiques de l’indo-européen, ont dû avoir lieu du fait de la séparation de chacun des groupes qui ont porté l’indoeuropéen sur presque toute l’Europe et dans une partie de l’Asie.
5° Les régions où la langue de chacun des groupes de langues indo-européennes s’est imposée n’ont pas nécessairement perdu pour cela leur population ancienne ; beaucoup d’individus ont donc changé de langue ; ils ont naturellement eu peine à acquérir un usage exact des particularités les plus originales et les plus subtiles de l’indo-européen ; et, des anciens moyens d’expression, on a tendu à ne laisser subsister que ceux qui étaient les plus conformes aux procédés ordinaires du langage. L’extension d’une langue à un grand nombre d’individus nouveaux en banalise les formes ; les langues dont l’aspect est le plus singulier sont celles des plus petits groupes sociaux. Les traits les plus originaux de