PARALLÉLISME DU DEVELOPPEMENT
l’indo-européen se sont ainsi éliminés progressivement. Par exemple, le cas sujet avait en indo-européen une forme propre, le nominatif, au lieu d’être, comme dans la plupart des langues humaines, la forme même du nom à laquelle s’ajoutent éventuellement les caractéristiques des autres cas ; cette particularité tend à disparaître, et, là même où la flexion nominale s’est largement maintenue, comme en arménien moderne, la forme du sujet tend à devenir la forme fondamentale du mot et, pour ainsi dire, le mot lui-même; à ce point de vue, comme à beaucoup d’autres, le lituanien et la plupart des dialectes slaves gardent un aspect curieusement archaïque ; mais presque partout ailleurs le nominatif singulier a cessé d’avoir des caractéristiques propres. Dès lors le vocatif, qui avait dès l’indo-européen la forme fondamentale du nom et qui se confondait avec le thème, cesse d’avoir une forme distincte. La singularité que constituaient un nominatif à caractéristiques propres et un vocatif distinct du cas sujet disparaît donc progressivement au cours du développement des diverses langues indo-européennes, en grande partie parce que ces particularités constituent en morphologie générale des anomalies.
On ignore pendant combien de temps ces diverses causes ont agi. Mais il a fallu des siècles pour réaliser l’extension des langues indo-européennes sur le domaine qu’elles occupent au début de l’époque historique, quand elles commencent à être attestées, c’est-à-dire vers le vme siècle avant Jésus-Christ. Quel qu’en ait été le nombre, ces siècles ont dû être pour les langues indoeuropéennes une période de transformations rapides. Au moment où elles apparaissent, ces langues sont bien distinctes les unes des autres, et toutes très éloignées déjà du type indo-européen commun. Elles présentent presque toutes à des degrés divers les mêmes altérations. Toutefois les deux langues attestées à la date la plus ancienne, le grec et Tindo-iranien, n’avaient pas encore réalisé tous ces changements à la date où ont été rédigés les plus anciens textes et n’en présentent qu’une partie dès leur période archaïque; c’est ce qui fait que ces langues ont, en grammaire comparée, une importance particulière.
DÉVELOPPEMENT DES DIALECTES
A l’égard de la prononciation, on constate trois changements essentiels :
i° Les finales tendent à s’altérer. Les occlusives finales ne sont maintenues qu’en indo-iranien et en italique : skr. âbharat « il portait », zd barat (même sens), v. lat. fëced « il a fait », mais gr. etpepe, v. si. pade « il est tombé ». La quantité de la voyelle de la syllabe finale tend à se réduire, et le timbre à s’altérer ; le latin par exemple a profondément altéré presque toutes les voyelles de syllabes finales : -us répond à gr. -oç, -âm à gr. -àv, etc. L’arménien ancien ne conserve en général rien de la consonne finale du mot et de la voyelle qui précède : eber répond à skr. âbharat , gr. £©£pe, et ed « il a posé », à skr. âdhât. Gomme la syllabe finale du mot est celle qui renferme la désinence caractéristique des formes grammaticales, ces altérations ont eu pour la morphologie les plus graves conséquences.
2° Le système des sonantes était ce qu’il y avait dans la phonétique indo-européenne de plus original et de plus compliqué. Or, le jeu de la triple valeur : vocalique, consonantique et second élément de diphtongue, de chacune des sonantes ne subsiste nulle part entièrement au début de la période historique. Les diphtongues tendent à se simplifier et fournissent des voyelles unes ; les diphtongues *ei et *eu, *oi et *ou, devenues *ai et *au en indo- iranien et conservées sous cette forme en vieux perse, sont déjà e et o (longs) en sanskrit ; seuls les textes latins les plus archaïques présentent des diphtongues comme ei et ou : Plaute disait déjà i etü. Tandis que les voyelles i et u sont mises en parallèle avec les autres voyelles a, e, o, les sonantes voyelles *r, *1; *m perdent leur caractère de voyelles simples et brèves : *r et */ n’ont plus, à date historique, ce caractère qu’en sanskrit (sous la forme r) ; et *ra ne l’ont plus nulle part, et figurent en indo-iranien et en grec sous la forme a ; en germanique par exemple, V, *1, *n, *tp, sont représentés par des diphtongues ur,