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CHANGEMENT DE LA PRONONCIATION

ul, un, um ; de même en latin par or, ul , en, em ; etc. Enfin les formes consonan tiques des sonantes deviennent de plus en plus de vraies consonnes non vocalisables, ainsi quand le *w (u consonne) devient la spirante labio-dentale v, comme en roman, en allemand, en slave, en sanskrit, ou un g (gw) ou un b (à l’initiale du mot), comme en brittonique, en arménien, en persan (dans certains cas), etc. Tous ces changements ont abouti de bonne heure à ruiner le système des sonantes, et, par là, à obscurcir les alternances vocaliques. Du jour où *e et *o ont cessé d’être clairs dans les diphtongues *ei, *eu, *oi, *ou, les alternances vocaliques étaient entamées ; elles l’étaient plus encore quand % *u, *r, *1, *m, *q, cessant d’être parallèles, n’étaient plus des formes reconnaissables du degré vocalique zéro. La ruine du système des sonantes entraînait donc l’altération et la réduction des alternances vocaliques, c’est-à-dire d’un des procédés essentiels de la morphologie indo-européenne.

3° Le ton, qui était une simple élévation de la voix, disparait soit après avoir exercé une action, comme en germanique, soit sans laisser de traces, comme en celtique, ou se charge d’éléments d’intensité, comme en baltique ou en slave ; dans le premier cas, un élément de la morphologie est éliminé ; dans le second, il est transformé. D’autre part, le rythme cesse d’être purement quantitatif ; la quantité elle-même s’altère, ou disparaît tout à fait, comme en grec (dès le ne siècle av. J. -G.), en latin (au cours de l’époque impériale), ou en arménien. Les groupes tels que tr changent de quantité : skr. pitre, hom. ~xxpi ont une première syllabe longue ; mais att. xaip{, lat. patri, etc. ont une première syllabe brève, le lat. equos a une première syllabe brève comme sequor, tandis que le sanskrit oppose la syllabe longue initiale de àçvah « cheval » à la brève de sâcate « il suit » (cf. p. 66). Le letto-lituanien et le persan, qui sont à peu près seuls à avoir conservé jusqu’à présent les oppositions de voyelles longues et brèves à l’intérieur du mot, les ont beaucoup atténuées ou tout à fait perdues à la finale. La structure du mot change ainsi ; l’égalité des diverses parties n’existe plus, un sommet d’intensité tend à se créer, et il en résulte des modifica-

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tions profondes qui, du reste, ne commencent guère d’apparaître avant l’époque de l’ère chrétienne. En latin une prononciation particulière de la syllabe initiale a bouleversé l’économie générale du mot indo-européen. Le germanique a eu un accent d’intensité initial qui a agi plus tard et qui a persisté. La perte du rythme quantitatif, le développement d’un accent d’intensité ne laissaient rien subsister de la structure générale de la morphologie indo-européenne, comme on l’a vu p. 1 54-

Le système phonique a donc fortement changé partout, et ces modifications ont eu pour conséquence de disloquer le système morphologique et syntaxique. D’autres changements, moins généraux que les précédents, ont agi dans le même sens ; par exemple l’élimination absolue de *y qu’on constate en grec a détruit l’unité de type du présent en *-ye/o- et abouti à la constitution de types multiples du présent (et de verbes, en général) : types en -xia, -eu, -og>, -aw, -iÇo), -a£o), -euw, -ûuvg), -Dvw, etc. Toutes les langues présentent des faits analogues : les changements phonétiques suffisaient à rendre nécessaire une transformation radicale de la morphologie.

Même indépendamment de la phonétique, le système morphologique tendait à se transformer.

Le type morphologique indo-européen était d’une extrême singularité, et peu clair.

Le mot n’y apparaissait qu’en combinaison avec des éléments flexionnels : le français a un mot « pied » ; l’indo-européen n’avait qu’un nominatif s g. *pots , un accusatif sg. *pôdm, un génitif-ablatif sg. * pedé/os , un nominatif plur. *pôdes , etc. Le mot signifiant « pied » ne ressortait pas clairement. Du moins, dans le système morphologique indo-européen, le thème se laissait reconnaître, surtout dans le type a thématique. Mais, au fur et à mesure que les altérations phonétiques et les innovations grammaticales ont soudé le thème et la flexion, il y a eu de

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moins en moins de mots reconnaissables : le latin n’a, pour indiquer le « loup », ni un mot ni un thème isolable ; il n’a qu’un ensemble de formes : lupus , lupe , lupum, lupt , lupô, lupôs, lupôrum , lupts. Rien n’est moins clair qu’un pareil procédé.

Toutes les langues indo-européennes ont donc tendu, plus ou moins fortement, plus ou moins tôt, à simplifier et même à éliminer la flexion et à opérer avec des mots aussi peu variables que possible, et finalement invariables. Le système flexionnel indo-européen apparaît ainsi comme une réussite provisoire entre le type pré- indo-européen sans flexion ou à flexion peu développée, qui se laisse entrevoir (v. p. 1 19 et suiv. etp. 1 58), et les systèmes modernes dénués de flexion ou à flexion très réduite, comme ceux du persan, de l’anglais, du français, etc.

Il suit de là une modification radicale et du détail des formes et de tout le type morphologique et syntaxique.

Mais si la direction générale des changements est partout la même, les modifications n’ont pu avoir lieu que peu à peu. La morphologie est l’élément le plus stable de la langue. Le système ne peut changer que par des accommodations successives. Par exemple, le grec a éliminé l’optatif et le parfait indo-européens. Mais, avant d’éliminer l’optatif, il en a modifié beaucoup de détails. Avant d’éliminer le parfait, il en a largement étendu l’emploi et développé les formes, donnant par exemple des parfaits à des verbes dérivés qui n’en comportaient pas en indoeuropéen. La ligne suivie par l’évolution est donc sinueuse et les faits très complexes.

Les traits par lesquels la tendance générale se manifeste partout sont les suivants.

Le type de formation au moyen des racines cesse d’être employé, et, sauf dans les périodes anciennes des dialectes indoiraniens, n’apparaît plus dans les langues attestées. Ainsi, pour le verbe, au lieu des thèmes verbaux multiples et indépendants qu’a conservés l’indo-iranien et dont la langue homérique et même l’attique laissent encore entrevoir quelque chose, il tend partout à se constituer des conjugaisons comprenant seulement deux thèmes dont les rapports mutuels sont plus ou moins dé-

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finis. En grec, la substitution de la conjugaison à deux thèmes à la variété ancienne des thèmes rattachés indépendamment à la racine a eu lieu en pleine période historique : de la racine i.-e. *men- « rester » , le grec ancien avait deux présents : jj.evg) et {hun futur p.£vÉa> (att. [j.£vw), un aoriste e^eivoc, un parfait [j.e- [j.£Vï]y„a, soit cinq thèmes distincts ; le grec moderne n’a plus que deux thèmes, celui de {jlsvw et celui de a^eiva, et, comme le rapport de piivo) et de g^eiv a n’est pas clair pour le sujet parlant, il a été refait sur Spueiva un présent ^e-vw. En latin, l’institution de la conjugaison à deux thèmes est antérieure aux plus anciens documents : de la même racine, on a, d’une part, un thème d’ « infectum » maneô, auquel appartiennent, outre le présent proprement dit, l’impératif manê, le subjonctif maneam, l’imparfait manèbam, le subjonctif imparfait manêrem , le futur manèbô, l’infinitif manère, le participe manens ; d’autre part, un thème de «. perfectum », auquel appartiennent le présent du perfectum mansî, le subjonctif manserim , le plus-que-parfait manseram, le subjonctif plus-que-parfait mansissem, le futur antérieur manserô , l’infinitif mansisse ; le supin mansum et ce qui s’y rattache constituent un groupe de formes nominales souvent rapproché du perfectum, mais parfois indépendant ; et encore, il faut ajouter que maneô est un verbe anomal puisque la forme du « perfectum » ne se déduit pas immédiatement de celle de l1 « infectum » : dans tous les verbes réguliers tels que- amâre, audîre, etc., la forme de Y « infectum » suffit à faire prévoir celle du « perfectum » . Ce qui est vrai du grec et du latin l’est aussi plus ou moins des autres langues, et tout exposé bien fait de la conjugaison des langues indo-européennes à partir d’un certain moment, variable pour chacune, met en évidence ce système, caractéristique, de .la conjugaison à deux thèmes; le slave, le baltique, l’arménien en fournissent des exemples excellents, mais qui n’ajouteraient rien à la netteté des cas grecs et latins.

La conjugaison une fois constituée, d’abord complexe comme en grec ancien, puis plus simple et réduite progressivement à deux thèmes, les noms cessent de se rattacher directement aux racines : ils s’isolent, comme le lat. mens qui n’a plus rien à faire

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avec monère ni avec reminiscor, comminiscor , ou bien ils sont tirés de certaines formes de la conjugaison : l’indo-européen avait de la racine *gxeus- « goûter » un abstrait en attesté par skr.

jûstih « satisfaction », got. ( ga-)kusts « examen » ; le grec n’a plus que yeDcnç qui est refait sur yzùo'jai. Inversement, le latin a conservé un abstrait en *-teu- de la même racine, gustus, cf. got. kustus , mais il a perdu le verbe ancien et emploie un dénominatif gustâre, et de même le v. h. a. kostôn, ou le v. angl. costian. Ces deux cas, celui de gr. yeOffiç et celui delat .gustâre indiquent les deux possibilités : persistance du verbe d’où se tirent des noms, ou persistance du nom d’où se tirent des verbes ; ce qui ne subsiste pas, c’est la racine indo-européenne, avec ses formations à la fois verbales et nominales ; à cet égard encore, les exemples grecs et latins représentent ce qui s’est passé sur tout le domaine indo-européen.

La notion de thème, encore applicable aux formes anciennes de Findo-iranien, cesse de l’être partout ailleurs. En effet, les désinences s’unissent à l’élément final de certains thèmes du type athématique pour former des groupes finaux où l’on ne reconnaît plus ni le thème, ni la désinence, comme il était arrivé pour le type thématique dès l’époque indo-européenne (v. p. i52). Soit par exemple la désinence -ai du datif-locatif-instrumental pluriel grec ; elle s’unit à -sa- des thèmes en -sa-, d’où des formes comme véçsa- cri ; comme -s- intervocalique tombe en grec (gén. sing. vsçsoç, dat. vsçsi, nom-acc. plur. vsçea, gén. plur. ysçs'c ov), on a vu dans -saat une finale caractéristique de cas, et ce -eaai a été emprunté par toutes sortes de thèmes dans les parlers éoliens et grecs du Nord-Ouest, d’où des formes comme héot. ^xpix-saji, àvSp-etjGi, vc x(im-saai, (Sou-saui, lesb. MaxsSovsadi, TCoXf-sffffi, etc. ; en grec du Nord-Ouest, le -ci; du thème thématique loyoïç a ensuite été emprunté et substitué en grande partie à -S7<yi, et l’on a: àvopoiç, ovx-oi;, (3c-ci;, type ancien en éléen, et qui s’est répandu dans la v.cvrfi étolienne et achéenne du me siècle av. J -C. Ailleurs, Yi des thèmes en -i- a été généralisé, d’où : homin-i-bus, gener -i-bus , ou en slave kamen-ï-mü « aux pierres », sloves-ï-mu « aux paroles », etc. Dans tous les cas de

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ce genre, il se crée une désinence à initiale vocalique comprenant un fragment d’un thème devenu méconnaissable et une désinence ; l’effet de cette innovation est qu’elle permet d’éviter la rencontre d’une consonne initiale de désinence avec une consonne finale de thème ; mais l’innovation n’a pu se produire que si la notion de thème était obscurcie. Au point de vue latin, on ne peut plus parler de thèmes en -i-, en - u -, etc. : dans une flexion comme celle de senâtus, senâtum, senâtüs , la langue n’isolait plus un thème et une désinence ; dans une flexion comme celle de att. woXiç, tcoXsuç, moins encore, et ainsi de tous les cas.

Il y avait en indo-européen deux sortes de thèmes fléchis de manières différentes : le type thématique (en e/0.) et le type athématique. Le type thématique et aussi le type nominal en -â-, se terminant par une voyelle, se sont maintenus partout en fondant, en partie dès l’époque indo-européenne, la voyelle finale du thème et la désinence en une finale une, non analysée par le sujet parlant. Quant au type athématique, il a d’abord perdu toute unité ; les thèmes nominaux en -i- et en -u- ont été rapprochés des thèmes en -o- et en -â- ; les autres ont tendu à s’éliminer ; ceux qui se sont maintenus le plus aisément sont les thèmes en -n- et en -r-, grâce au caractère spécial de ces sonantes. Dans le verbe, le type athématique (type dit en *-mi d’après la forme de la ire personne du singulier du présent actif, p. ex. gr. tiOyjij.') s’élimine plus complètement encore que dans le nom ; une langue aussi anciennement connue que le grec n’en a déjà plus guère que les types où le thème se termine par une voyelle : oa;j.vâ-[je. (ion. -att oa[j.vY);x>.) et Se{xvü-[û ; les langues connues à date plus récente n’en ont que des traces isolées, dont la plus durable a été le verbe « être » : skr. âstni, eîjM, v. si . jesmï, got. im, etc. L’unité de flexion a ainsi tendu à se réaliser.

Des divers types athématiques, celui dont la disparition a commencé le plus tôt et a été le plus complète a été celui des thèmes nominaux ou verbaux à suffixe zéro dont gr. fournit le modèle pour le verbe, et gr. icsu-, pour le nom. Les uns ont

été simplement éliminés ; les autres ont été transportés par ana-

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logie dans des catégories de formes qui sont issues de types indo-européens à suffixe ; ainsi le thème *ped- ( pod -, pôd-') est passé en gotique au type en u : fotus, d’après Vu des accusatifs s g. fotu et piur. fotuns, qui provient d’une nasale voyelle en fin de mot ; d’autres enfin ont été élargis au moyen de suffixes divers ; ainsi un mot *sem- « été, année », attesté en zend (génit. hamô, instr. hama ) est représenté par un thème en -â- en sanskrit, sâmâ, et en arménien, am « année » (de *s°tna ), par un thème en -o- en celtique, irl. sam, gall. hâf, par un thème neutre en -r- (alternant avec -w-) en germanique, v. h. a. sumar, et en arménien (avec un élargissement), amarn « été ». Là même où ils subsistent, ces mots s’isolent de la racine à laquelle ils appartenaient , ainsi le thème skr. diç- signifie « région » et se sépare de la racine diç- « montrer » ; le correspondant latin n’existe que dans la locution toute faite dicis caussa (ou gratid) ; le grec a dans oixy] un élargissement au moyen du suffixe *-æ-, avec un sens technique très éloigné de celui de SeCxvD »js.i . C’est au second terme des composés que l’élément radical s’est le mieux maintenu, dans le type lat. au-spex ; mais là même, il n’est bientôt qu’une survivance, et la racine tend à n’être plus que par exception un thème à elle seule. La perte du sentiment de la racine et l’élimination des thèmes à suffixe zéro ont marché de pair, et ces deux changements se sont facilités l’un l’autre.

Chacune des parties du mot indo-européen avait un degré d’alternance vocalique qui caractérisait la forme ; le jeu délicat des alternances, troublé au point de vue phonétique par l’altération des sonantes et des voyelles, obscurci au point de vue morphologique par la perte du sentiment des racines et des thèmes, se réduit peu à peu et perd une grande partie de sa valeur grammaticale. Ainsi, en grec, dès avant les textes les plus anciens, l’alternance des timbres e et o dans la flexion a disparu, et tandis que le lituanien oppose encore un nominatif akmu « pierre » (avec o) à un génitif ahnens (avec e ), le grec n’a plus que ax[j.o)v, axpsvs;, réglant ainsi le génitif d’après le nominatif afxpuv, l’accusatif àxpiovx, etc. Certaines langues, comme le slave ou le baltique, ont conservé des alternances dans quelques cas déterminés.

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Mais aucune des langues indo-européennes attestées, même à la date la plus ancienne, n’a conservé le type ancien où chacun des trois éléments du mot : racine, suffixe et désinence, avait dans chaque forme grammaticale un vocalisme caractéristique. Par là même, les trois éléments perdaient de leur autonomie.

Quant aux déplacements du ton suivant la forme, beaucoup de langues n’en ont plus trace dès les plus anciens textes ; et celles qui en conservent quelque chose les ont restreints d’une manière considérable ; le sanskrit n’admet guère d’autre mouvement que celui entre la désinence et la syllabe prédésinentielle ; le grec a limité les mouvements du ton par rapport à la fin du mot ; le baltique et le slave conservaient peut-être plus de mouvements à date ancienne ; mais ils sont connus à une époque relativement basse et laissent seulement entrevoir le jeu ancien du ton. On ne peut donc plus que soupçonner le rôle des mouvements du ton en indo-européen. Cette élimination a contribué aussi à enlever de leur autonomie aux éléments morphologiques, dont chacun pouvait en indo-européen être relevé par le ton au cours de la flexion d’un même mot.

Tous ces changements aboutissent à transformer en une masse non analysable les trois éléments anciennement distincts du mot indo-européen dont l’unité comportait des articulations sensibles. Soit un mot indo-européen tel que le nominatif *plnos ; le skr. pür-nà-h « plein » donne encore une idée de son articulation, parce qu’il existe aussi : piparti « il emplit », prnati , etc. Mais les mots isolés got. fulls, v. si. plünù, v. irl. lân « plein », apparaissent comme des unités qui ne s’analysent pas ; et, au lieu que le verbe signifiant « emplir » en soit indépendant, les verbes got. fulljan (ail. füllen ), v. si. plüniti , v. irl. ( com-)alnur en sont des dérivés.

Simultanément, la flexion riche et complexe de l’indo-européen a tendu à se simplifier. Les catégories de l’indo-européen n’avaient pas chacune leur marque isolée des autres (v. p. 1 1 9) ; par suite l’existence du moyen double le nombre des désinences verbales ; l’existence du duel ajoute trois désinences

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primaires et secondaires, actives et moyennes, du présent-aoriste et du parfait à celles du singulier et du pluriel. La multiplicité des catégories grammaticales de l’indo-européen avait donc pour conséquence un nombre excessif de formes distinctes.

Ce nombre a été progressivement restreint dans les diverses langues par la suppression de certaines catégories.

On a déjà noté l’élimination universelle du duel coïncidant avec les progrès de la civilisation.

Dans le verbe, les désinences moyennes ne sont conservées au complet que par les deux langues attestées à la date la plus ancienne : le grec et l’indo-iranien, dont ni l’un ni l’autre ne conserve d’ailleurs le passif en -r attesté par l’italo-celtique et le « tokharien » : on les voit disparaître au cours de l’histoire de ces langues. En italique et en celtique, elles se sont combinées avec les désinences en -r, ce qui a fourni le déponent ; mais, comme ces formes déponentes ne coexistent pas dans un même verbe avec les formations actives, elles étaient superflues et ont été éliminées ; les langues romanes et le moyen irlandais les ont perdues. Le gotique a encore une partie des désinences moyennes réduites à la seule valeur passive ; les langues germaniques connues à date plus récente ont perdu même ce débris.

L’optatif et le subjonctif sont conservés dans les formes anciennes du grec et de l’indo-iranien, mais les deux modes se réduisent à un seul au cours du développement de ces langues. Quoique connu à date relativement ancienne, l’italique n’a qu’un seul mode distinct de l’indicatif, et ce mode a en grande partie une origine indépendante et du subjonctif et même de l’optatif attestés par l’accord du grec et de l’indo-iranien ; de même le celtique et le germanique. Plus avancé encore, le slave n’a plus que l’indicatif et n’a ni subjonctif ni optatif.

Le parfait, qui était une formation athématique nettement radicale caractérisée par des désinences propres et par un thème spécial souvent pourvu d’un redoublement, a fini par disparaître partout, soit qu’il ait été éliminé simplement comme dans les dialectes indo-iraniens moyens et en arménien, soit qu’il subsiste seulement au participe actif, comme en slave

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et en baltique, ou moyen, comme en grec moderne, soit qu’il se soit fondu avec l’aoriste, comme en latin, en irlandais et en germanique. En grec et en indo-iranien, l’élimination a eu lieu à une date historique ; ailleurs, elle est antérieure aux premiers documents.

La déclinaison offrait un aspect incohérent (v. p. 3o2). Certains cas, comme le nominatif, le datif, n’ont qu’une valeur grammaticale ; d’autres, comme le locatif, l’ablatif, l’instrumental, ont au contraire une signification concrète ; d’autres enfin sont à la fois grammaticaux et concrets : l’accusatif, qui est à la fois le cas du complément direct et un latif ; le génitif, qui est le cas du complément du nom et un partitif. De plus, chaque cas était exprimé par des formes très diverses. Il y a eu de grandes simplifications. Certaines langues tendent à éliminer les cas à valeur concrète, ainsi le grec qui n’a plus ni locatif, ni ablatif, ni instrumental distincts. D’autres, au contraire, comme l’arménien, gardent distincts les cas concrets : locatif, ablatif et instrumental, mais tendent à confondre les cas grammaticaux : l’arménien confond en grande partie le nominatif avec l’accusatif, le génitif avec le datif et confond le nominatif avec le vocatif. Les autres langues présentent des types de simplification intermédiaires entre ces deux types extrêmes. Les dialectes italiques ont assez bien conservé les cas à valeur locale : l’osque a encore le locatif et l’ablatif. Le germanique au contraire ne conserve bien que les cas grammaticaux. Les langues indo-européennes ne sont du reste jamais parvenues à supprimer l’emploi des mêmes formes pour les cas concrets et les cas grammaticaux, et l’accusatif a toujours gardé sa double fonction.

Seule l’addition des prépositions a permis d’exprimer précisément les nuances concrètes, ainsi dans lat. eo in urbem, sum in urbe y uenio ex urbe. Par suite, l’usage a tendu à s’établir de mettre une préposition partout où il y a un sens concret à exprimer. Dans une langue comme le grec où le nombre de cas s’est réduit, la. préposition était indispensable ; ce n’est que iv qui avertit que oftwj> a la valeur « locative » dans iv cl'xw, ce n’est que elq qui indique que olxov a la valeur « lative » dans s îç

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olxcv, et ce n’est que kc, qui indique que ootou a la valeur « ablative » dans si- ofasu. Mais, même dans une langue comme le slave, où des cas non ambigus à valeur concrète ont subsisté, l’emploi des prépositions est devenu constant là où le sens est concret, et les formes, pourtant bien définies, du locatif slave sont accompagnées de prépositions. En latin, la forme commune d’ablatif-instrumental-locatif sans préposition indique les sens un peu vagues d’instrument, de manière ; elle n’a un sens concret qu’avec ex, ab pour indiquer le point de départ, avec in pour indiquer où l’on est, avec cum pour indiquer l’accompagnement.

D’autre part, il y a toujours eu des désinences qui servaient à plusieurs cas, par exemple la désinence en *-es (*-os, *-s) du génitif-ablatif singulier athématique, et ceci a servi de point de départ à la confusion totale du génitif et de l’ablatif en grec, en baltique et en slave; les cas à -bh- et à -m- (v. p. 259 et suiv.) qui ont eu au début un caractère adverbial ont facilité et sans doute même provoqué des confusions des formes casuelles, surtout en italique, en celtique et en germanique.

La simplification de la flexion, qui est commune à toutes les langues indo-européennes, s’est poursuivie dans les langues modernes : toute déclinaison a disparu dans un grand nombre de langues, notamment en persan et dans les principales langues romanes. La flexion verbale elle-même, qui se maintient en une certaine mesure en iranien moderne et dans les langues romanes, est réduite à peu de chose en anglais, où le genre n’existe pas non plus à proprement parler, et où les mots sont ainsi presque invariables. Les plus évoluées des langues indo-européennes en sont venues à différer presque autant du type de l’indo-européen commun que celui-ci diffère des types polynésien ou soudanais.

Les transformations du type morphologique s’accompagnent de transformations parallèles de la phrase.

La phrase indo-européenne se composait de mots autonomes,

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dont chacun suffisait à exprimer un sens complet et la fonction remplie. Quand, par la suite, les noms ont, de plus, perdu la déclinaison, les mots perdent leur autonomie, la fonction des noms dans la phrase est indiquée par deux procédés nouveaux, tous deux inconnus à l’indo-européen :

i° Un ordre de mots à valeur grammaticale. En français ou en anglais, la place du nom suffit en général à en indiquer la fonction : le père aime le fils indique par l’ordre ce que le latin indiquait par la flexion : pater filium amat, filium pater amat, amat filium pater , etc., et l’ordre est la seule marque de la différence de valeur grammaticale, si bien que,, en renversant l’ordre et en disant : le fils aime le père, on renverse le sens.

20 Des mots accessoires. Le français indique par de ce que le latin indique par les diverses formes de flexion : patris domus « la maison du père », uiri domus « la maison de l’homme », mulierum domus « la maison des femmes », etc. La personne est exprimée par des petits mots : je, tu, il (elle), nous, vous , ils (elles) ; en français au moins, ces petits mots n’existent plus d’une façon indépendante et ne se rencontrent qu’avec le verbe : dans j’aime ou je finis, le français est donc bien près d’avoir restitué une flexion, mais une flexion à préfixes au lieu de la flexion suffixale indo-européenne.

Ainsi les mots accessoires joints à d’autres mots perdent leur autonomie et leur signification propre et deviennent des outils grammaticaux ; de bonne heure, les préverbes, indépendants en indo-européen, ont été joints soit à un nom soit à un verbe ; ils deviennent des sortes de préfixes, chose nouvelle en indo-européen : on peut dire en grec classique avîpl auvecTiv ou auv àvîpi ècrr.v, mais tjv n’existe- plus isolément on peut dire en latin agmine coeunt ou cum agmine eo, mais cum ne s’emploie pas seul. Et ainsi de toutes les langues, une fois passée la période archaïque.

La structure de la phrase a donc changé. Le changement a été plus ou moins complet suivant que la flexion a été plus ou moins simplifiée ; mais partout il a eu lieu dans le même sens, et a abouti non seulement à accroître la fixité de l’ordre des mots,

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