MOTS NOUVEAUX
mais aussi à lui donner une valeur grammaticale, et à créer des mots accessoires, prépositions, conjonctions, auxiliaires verbaux, dont la fonction est de marquer le rôle des autres mots dans la phrase.
Du type flexionnel singulier de l’indo-européen, la langue a passé à un type banal où les noms tendent à être invariables.
Le vocabulaire varie profondément d’une langue indo-européenne à l’autre, comme on l’a noté p. 343, et le nombre des mots indo-européens qui se sont conservés dans toutes les langues de la famille ou, du moins, dans la plupart d’entre elles est petit. Chaque langue a beaucoup de termes qui n’ont de correspondant dans aucune autre ; grâce à la multiplicité des langues indo-européennes et à la variété de leurs vocabulaires, et par suite du fait que le nombre des combinaisons admises par les phonèmes dans un type de langue donné n’est pas immense, on trouve souvent pour ces termes dans une langue ou dans une autre quelques rapprochements étymologiques défendables à la rigueur ; mais c’est bien peu de chose qu’une étymologie qui n’est pas évidente.
On ignore à quelles langues l’indo-européen s’est substitué dans les pays où il s’est répandu, et l’on ignore aussi quelles langues parlaient les populations dont les civilisations ont agi sur celles des peuples de langue indo-européenne. Quand un mot d’une langue donnée n’a pas de correspondant exact dans une autre langue de la famille, on n’a pas le droit de chercher à tout prix une étymologie indo-européenne ; chaque vocabulaire comprend nécessairement des emprunts à des langues qu’on ne connaît pas, et qui n’ont peut-être laissé aucune trace ; c’est une des erreurs les plus graves — et les plus fréquemment commises — que de croire que tout mot sanskrit, grec, germanique, etc., qui n’est pas emprunté à une langue connue, soit indo-européen ; personne ne pose explicitement ce principe absurde; mais,
DÉVELOPPEMENT DES DIALECTES
chercher, comme on le fait souvent, une explication indo-européenne de tous les mots de chaque langue de la famille, c’est raisonner comme si on l’admettait.
En faisant ces tentatives, on s’autorise parfois de ce qu’un mot a l’aspect indo-européen ; mais rien n’est plus trompeur ; les mots étrangers empruntés par voie orale sont presque immédiatement ramenés au type général de la langue, et ne se distinguent guère des anciens mots par leur aspect général : rien n’avertit qu’un mot français, comme rail, est un emprunt anglais de date récente (abstraction faite bien entendu de la prononciation pédante rèl). Rien dans la forme n’indique que gr. rceïva ou que lat .famés ou sitis, que got. hührus, v. h. a. hungar « faim », que v. si. alükati et lit. âlkti « avoir faim » ne soient pas des mots indo-européens ; mais, comme tous ces mots sont isolés, il est arbitraire de chercher une origine indo-européenne à chacun.
Les seules correspondances sûres sont celles qui permettent de poser des mots indo-européens définis, et qui ne se limitent pas à une vague communauté de racine. Les correspondances de ce type sont rares ; pour tout le détail du vocabulaire, chaque langue a ses termes propres, et l’on ne saurait se flatter de comprendre un texte d’une langue indo-européenne inconnue, indépendante des groupes établis (germanique, slave, indo-iranien, etc.), à l’aide du vocabulaire des autres. Sans les équivalents sanskrits, totaux ou partiels, qu’on en possède, les textes « tokhariens » nouvellement découverts en Asie centrale seraient demeurés inintelligibles en dépit du caractère nettement indo-européen de la langue.
La différenciation des parlers indo-européens avait commencé au temps de l’unité de la nation indo-européenne, et la séparation a rendu plus profondes les différences dialectales anciennes de date indo-européenne. Ainsi l’indication du prétérit par les seules désinences n’était pas assez nette : par suite, dans les