CHAPITRE PREMIER MÉTHODE
LA NOTION DE LANGUES INDO-EUROPÉENNES
Le sanskrit, le perse, le grec, le latin, l’irlandais, le gotique, le vieux slave, le lituanien, l’arménien présentent dans leur grammaire et leur vocabulaire des concordances frappantes; l’hébreu, l’araméen, le babylonien, l’arabe, l’éthiopien coïncident de même entre eux, mais non avec les langues précédentes; de de même encore les Cafres, les habitants du bassin du Zambèze et de la plus grande partie du bassin du Congo ont dans leurs parlers de nombreux traits communs qui ne se retrouvent ni dans l’un ni dans l’autre des deux premiers groupes. Ces concordances et ces différences obligent à poser trois familles de langues : l’indo-européen, le sémitique, le bantou. Des faits analogues permettent de déterminer plusieurs autres familles linguistiques. L’objet de la grammaire comparée d’un groupe de langues est l’étude des concordances que ces langues présentent entre elles.
Cette étude est possible dans les trois cas indiqués et dans nombre d’autres. L’observation des ressemblances du sanskrit, du grec, etc. conduit à des conclusions précises. Il n’en va pas de même de toutes les coïncidences analogues que présentent deux populations ; par exemple, en dépit des ressemblances que A. Meillet. i
MÉTHODE
l’on constate entre les religions des Hindous, des Iraniens, des Grecs, des Germains, etc., on n’a pu constituer un corps de doctrines de religion comparée de ces divers peuples. Mais les conditions générales d’existence des langues donnent au linguiste des facilités que n’ont pas les historiens des mœurs et des religions. Du reste, tous les groupes de langues ne se prêtent pas également à la grammaire comparée; l’indo-européen, le sémitique et le bantou présentent trois cas particulièrement favorables.
Bien qu’ils ne soient pas propres aux langues indo-européennes, il importe de poser dès l’abord quelques principes ; il sera aisé ensuite de définir ce qu’on entend par une langue indoeuropéenne.