I. — Principes
i . Caractère de singularité des faits linguistiques. — Entre les idées et les mots considérés à un moment quelconque du développement des langues il n’y a aucun lien nécessaire : à qui ne l’a pas appris, rien ne peut indiquer que fr. cheval, ail. pferd, angl. horse, russ. lôsad', gr. mod. aXcyo, pers. asp désignent un même animal. Rien dans l’opposition des formes de fr. cheval et chevaux ne marque par soi-même l’unité et la pluralité, rien dans l’opposition de fr. cheval et jument ne marque la différence du mâle et de la femelle. Même pour les mots expressifs, la forme ne peut être prévue a priori: fr. siffler diffère beaucoup de ail. pfeifen ou de russe svistêt' par exemple. De là vient qu’un texte écrit en une langue inconnue est indéchiffrable sans traduction : si l’on a pu lire les inscriptions de Darius, c’est que le vieux perse dans lequel elles sont écrites est la forme ancienne du persan, qu’il diffère assez peu de la langue de l’Avesta dont des traductions livrent la clé, et enfin qu’il est étroitement apparenté au sanskrit ; au contraire, en l’absence d’inscriptions bilingues instructives, on n’entrevoit dans les restes de l’étrusque autre chose que ce qui est indiqué par divers détails extérieurs, et, malgré