‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 17 sur 129 · RÉGULARITÉ DU DÉVELOPPEMENT I I · texte numérisé non relu

RÉGULARITÉ DU DÉVELOPPEMENT I I

expliquer certaines transformations étendues du système articu- Iatoire telles que les mutations consonantiques du germanique ou de l’arménien ; ce n’est pas un hasard que le système des occlusives de l’arménien soit identique à celui du géorgien ou que, seul entre toutes les anciennes langues indo-européennes, le sanskrit ait des dentales cacuminales, dites cérébrales, comme les langues dravidiennes dont il occupe en partie la place. — Au surplus, dès que la substitution de langue est accomplie, on rentre dans le cas du changement par développement continu ; seulement le caractère propre de la population qui a accepté une autre langue provoque des altérations relativement rapides et nombreuses, qui peuvent ne se manifester que longtemps après le changement de langue. — Pour apprécier l’importance de ce facteur, il suffît de constater que toutes les régions qui ont une histoire un peu ancienne ont à date historique changé de langue au moins une fois, et souvent deux ou trois fois. Et, d’autre part, les langues changent d’autant moins que la population qui les parle est plus stable ; l’extrême unité des langues polynésiennes s’explique par l’unité de race des habitants de la Polynésie ; sur le domaine indo-européen, la Lituanie où la population semble n’avoir guère été renouvelée depuis longtemps a un parler dont l’archaïsme est remarquable. Au contraire, l’iranien, langue de conquérants qui se sont répandus sur un vaste domaine, a changé très vite et relativement très tôt. Et les parlers iraniens sont, dès le début de l’ère chrétienne, à un niveau linguistique comparable à celui qu’ont atteint les langues romanes une dizaine de siècles après.

3. De la régularité du développement des langues. — L’étude du développement des langues n’est possible que parce que les conservations de l’état ancien et les innovations présentent une régularité.

Il y a deux sortes de conservations et d’innovations. Les unes portent sur le matériel sonore qui sert à l’expression linguistique, au point de vue du son et de l’articulation : c’est la part de la phonétique. Les autres sont liées au sens exprimé ; c’est la part de la morphologie (la grammaire) et du vocabulaire.

MÉTHODE

Les règles suivant lesquelles ont lieu les conservations et les innovations relatives à la prononciation ont été nommées « lois phonétiques ». Si une articulation est conservée dans un mot, elle est conservée également dans tous les mots de la même langue où elle se présente dans les mêmes conditions : ainsi / initiale latine est conservée en français dans fiel (/<?/), four {furnuni) et dans tous les mots comparables ; elle devient h en espagnol dans hiel, horno, etc. Au moment où l’innovation apparaît, il arrive parfois qu’elle se manifeste d’abord dans quelques mots seulement ; mais comme elle porte sur le procédé d’articulation et non sur tel ou tel mot, elle ne manque bientôt en aucun cas, et, pour les longues périodes qu’étudie la grammaire comparée, ce flottement des premières générations où se manifeste l’innovation est indiscernable. Il y a eu un temps où les anciens p, t, k de l’indo-européen sont devenus en germanique ph, th, kh, c’est-à-dire p, t, k séparés de la voyelle suivante par l’émission d’un souffle; dans ces occlusives suivies de souffle, l’occlusion est faible ; elle a été supprimée, et le germanique a eu/, f>, x (x servant à noter ici la spirante gutturale, c’est-à-dire un phonème de même sorte que le ch de l’allemand moderne) : il y a donc eu des générations germaniques pour lesquelles p , t , k étaient imprononçables, et en effet p , t , k, initiaux ou intervocaliques de l’indo-européen ne sont jamais représentés en gotique par p, t, k, mais toujours par f, f, h (ou respectivement par t>, et, y dans des conditions déterminées). Tel est le principe de la constance des lois phonétiques, qu’on nomme plus exactement régularité des correspondances phonétiques .

S’il n’intervenait aucune autre action, on pourrait, avec la simple connaissance des correspondances régulières, déduire d’un état donné d’une langue son état à un moment ultérieur. Mais tel n’est pas le cas. Le détail des actions particulières qui, sans contrarier le jeu des « lois phonétiques », en masquent la constance, serait infini ; il convient seulement de signaler ici quelques points importants.

Tout d’abord, les formules des correspondances phonétiques ne s’appliquent, par définition, qu’à des articulations exactement

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