CHAPITRE II
LES LANGUES INDO-EUROPÉENNES
Dans chacune des divisions du groupe social où elle est parlée, une même langue présente certaines particularités de prononciation, de grammaire et de vocabulaire. Ce fait est universel ; on doit donc considérer comme certain a priori que, même au temps où l’indo-européen ne formait à proprement parler qu’une langue et où ceux qui l’employaient n’étaient pas encore dispersés, les parlers indo-européens offraient entre eux des différences.
Quand on observe le développement des idiomes historiquement attestés, on reconnaît que la plupart de ces particularités ne sont pas propres à une seule localité, mais se retrouvent dans plusieurs groupes d’hommes voisins les uns des autres. Par exemple la prononciation e de Va accentué latin ( chanter répondant à cantâre) se retrouve dans tous les parlers du Nord de la France; de même la prononciation v du p latin entre voyelles ou phonèmes de caractère semi-vocalique ( chèvre répondant à câpra). Mais chacune de ces particularités a ses limites propres ; par exemple Va latin accentué est représenté par e dans des parlers où le p latin entre voyelles ou éléments vocaliques est représenté non par v comme dans le Nord de la France, mais par b comme dans le Midi : tel parler situé à la limite des parlers septentrionaux et méridionaux de la France a, dans le mot lat. câpra , e comme le français chèvre et b comme le provençal cabra , et dit syeb. On dresse ainsi des cartes de France où est marquée la limite propre de chacune des innovations de prononciation, de grammaire ou de vocabulaire qui s’étant produites au cours