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VI. — Albanais

L’albanais n’est connu qu’à dater du xvne siècle, et sous des

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formes extrêmement altérées : la plus grande partie du vocabulaire se compose de mots empruntés au latin, au grec, au turc, au slave, à l’italien.

Y II. — Arménien.

L’arménien est attesté par une traduction des textes sacrés et par toute une littérature dont la date traditionnelle est le ve siècle ap. J. -G. ; seule cette langue écrite est connue à date ancienne, et les dialectes modernes, qui ne diffèrent pas assez les uns des autres pour empêcher entièrement les Arméniens de s’entendre entre eux, ne supposent pas l’existence de dialectes nettement distincts à la date où commence la littérature. — On a pendant longtemps rattaché à tort l’arménien au groupe indo-iranien; mais l’arménien a emprunté de nombreux mots aux parlers parthes de l’iranien.

Les sept groupes qui viennent d’être énumérés sont représentés à la fois par des textes littéraires ou épigraphiques plus ou moins anciens et par des parlers actuellement vivants. Les trouvailles faites en Asie centrale ont révélé l’existence, avant le xe siècle ap. J.-C., de parlers indo-européens jusqu’ici inconnus, dits « tokhariens », dont peu de textes sont encore interprétés et dont il serait prématuré de vouloir définir la place, mais qui n’appartiennent pas au groupe indo-iranien et qui constituent un groupe autonome ; les textes conservés de cette langue offrent deux dialectes dits A et B ; le dialecte B était parlé à Koutcha au viie siècle ap. J. -G.

Des noms propres et quelques inscriptions, d’interprétation douteuse, donnent une idée, très vague, des dialectes illyriens, notamment du vénète et du messapien (en Calabre). Le peu que l’on sait du phrygien ne permet pas d’affirmer ou de nier que l’arménien soit, comme le disent les anciens, une forme du phrygien ; les rapports du thrace et du phrygien, aussi indiqués par les anciens, ne sont pas mieux reconnaissables avec les docu-

EXTENSION DE L’iNDO-EUROPÉEN

ments dont on dispose. On n’arrive pas à déterminer si le macédonien, dont on a des mots isolés, mais pas une ligne de texte suivi, est ou non un dialecte hellénique ; s’il est vraiment hellénique, il est en tout cas très aberrant. Les noms propres et les gloses que l’on connaît ne suffisent pas à rendre certain que le ligure soit ou ne soit pas indo-européen. On soupçonnait depuis longtemps, et la découverte imprévue des textes « tokhariens » a confirmé que nombre de langues indo-européennes ont disparu sans laisser de traces.

Ce qu’on a réussi à déchiffrer des inscriptions lyciennes montre que le lycien est loin du type indo-européen ; les autres langues d’Asie Mineure, notamment celle des Lydiens et celle des Gariens, ne sont pas mieux connues; elles semblent apparentées au lycien.

Le trait le plus saillant de l’histoire des langues indo-européennes est leur extension croissante : la pénétration de l’indoiranien dans l'Inde est en grande partie un fait historique ; elle se poursuit actuellement; encore au ve siècle av. J.-C., il y avait en Crète des populations de langue non hellénique, qu’on appelle les Etéocrétois, et l’on en possède des inscriptions, dont le sens est inconnu ; c’est seulement le latin qui a éliminé l’ibère de la péninsule ibérique, et le basque est jusqu’aujourd’hui un témoin du caractère non indo-européen des langues parlées autrefois dans cette partie de l’Europe ; enfin l’extension des langues romanes (espagnol, portugais et français), de l’anglais et du russe date des derniers siècles ; sur certains points, elle commence seulement depuis quelques années. Là même où l’indo-européen a reculé devant des .langues non indo-européennes, il n’a en général pas disparu : en Asie Mineure, le turc n’a éliminé ni le kurde (dialecte iranien), ni le grec, ni l’arménien ; et l’immigration juive y a introduit l’espagnol.

Langue d’une nation qui avait le sens de l’organisation et de la domination, l’indo-européen s’est imposé aü loin.

Aucun témoignage historique n’indique comment l’indoeuropéen s’est répandu sur l’Europe presque entière et sur une partie de l’Asie où on le rencontre dès le seuil de l’époque histo-

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rique ; les peuples de langues indo-européennes n’ont en effet appris l’écriture que des peuples de langue sémitique, et à une date où ceux-ci écrivaient déjà depuis de longs siècles. Ils apparaissent pour la première fois peut-être sur une inscription égyptienne du xme siècle av. J. -G. qui relaterait des incursions de pirates achéens, mais la chose est douteuse ; un texte trouvé en Gappadoce atteste l’existence dans une région voisine, au xive siècle av. J. -G., d’une population qui adorait des divinités indoiraniennes, Indra, Mitra, etc. ; des noms de nombre nettement de forme indienne se lisent dans d’autres textes trouvés en Gappadoce et remontant à la date indiquée ; et l’on a de nombreux noms propres qui confirment cette donnée ; les Perses sont mentionnés parmi les peuples contre lesquels a combattu le roi d’Assyrie Salmanassar III en g35 av. J.-C.

Mais, si aucun texte ne permet de suivre de près les événements au cours desquels les dialectes indo-européens ont couvert l’Europe et en partie l’Asie, il y a lieu de supposer que cette extension s’est opérée comme celles qu’on observe historiquement : par conquête, par infiltration lente, par colonisation entraînant éliminatioh de la langue des vaincus au profit de celle des conquérants et des colons ; on ne saurait naturellement dire dans chaque cas particulier quelles ont été les parts respectives de la colonisation d’une part, de l’absorption des vaincus de l’autre. De plus un peuple résultant d’un mélange de colons et d’indigènes parlant autrefois des langues distinctes et parvenu à l’unité de langue peut devenir à son tour conquérant et colonisateur : ainsi le peuple anglais, autrefois de langue celtique et qui a reçu le germanique des envahisseurs Angles, Saxons et Jutes. La langue, qui dépend d’événements historiques, est donc indépendante de la race, qui est chose physique ; la définition des langues indo-européennes est précise, mais toute historique ; elle implique seulement qu’il a existé durant un certain temps des populations parlant une même langue qui avaient une unité de civilisation. La définition d’une « race indo-européenne » pourrait être obtenue si l’on reconnaissait que certaines populations sont issues de parents ayant les mêmes particularités anatomiques,

EXTENSION DE i/lNDO-EUROPEEN

ou si à un moment donné ces populations présentaient des caractères anatomiques et physiologiques particuliers ; mais il n’y a aucune raison de croire que les limites des langues indo-européennes et d’une race ainsi établie coïncideraient ; en fait les populations de langue indo-européenne ont depuis longtemps des aspects différents, et ne possèdent aucun caractère physique commun qui les distingue des populations parlant d’autres langues. On a moins encore le moyen de démontrer que les populations de langues indo-européennes soient issues d’ancêtres communs. On évitera donc absolument de parler de races dans ce livre consacré aux langues.

L’unité des faits de civilisation qu’étudie l’archéologie préhistorique n’emporte pas non plus unité de langue ; et, en l’état actuel des connaissances, il est presque toujours impossible de relier les doctrines des archéologues à celles des linguistes.

Au surplus, on ne sait ni où, ni quand, ni par qui a été parlé l’idiome qui a abouti aux langues historiquement attestées et qu’on est convenu d’appeler l’indo-européen. On a cru longtemps, sans raison sérieuse, que c’était en Asie ; il a paru plus vraisemblable ensuite que l’indo-européen a été parlé en Europe, non pas dans la région méditerranéenne ni à l’Occident, mais dans les régions du Nord-Est. On recommence maintenant à supposer une origine asiatique ; peut-être s’agit-il de la région où la frontière entre l’Europe et l’Asie est arbitrairement tracée. On a même pensé récemment à l’Ouest de l’Europe. Cette question, intéressante pour l’historien, est au fond indifférente au linguiste et ne saurait être résolue par l’examen de données linguistiques : le linguiste n’a en effet qu’à interpréter les systèmes de correspondances qu’on peut constater entre les diverses langues ; or, que l’indo-européen ait été parlé en Europe ou en Asie, ceci ne change rien à ces systèmes qui sont la seule réalité saisissable et par suite le seul objet de la grammaire comparée des langues indo-européennes .

On peut, par convention, qualifier de tribus indo-européennes les groupes d’hommes qui parlaient l’idiome « indo-européen » supposé par ces correspondances. Mais, pour une période histo-

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rique quelconque, ancienne ou moderne, on ne saurait parler que de peuples de langue indo-européenne ; l’expression peuples indo-européens (ou improprement aryens ) est dénuée de sens. Beaucoup — sans doute la plupart — des hommes qui actuellement parlent une langue indo-européenne descendent de parents qui, à la date où se parlait l’indo-européen, avaient une autre langue, et l’on ignore quels sont parmi ces hommes ceux qui ont parmi leurs ascendants une proportion plus ou moins forte dé Indo-européens , et ceux qui sont de purs allogènes. Les expressions de peuples sémitiques, finno-ougriens, etc. sont également dénuées de sens, comme aussi celle de peuples latins; il y a des langues néo-latines, il n’y a pas de peuples néo-latins ; il y a des langues indo-européennes, il n’y a pas de peuples indo-européens.

En l’absence de tout document écrit, on n’a aucun moyen de définir, à quelques siècles près, la date de séparation des dialectes indo-européens. Mais on ne voit pas pourquoi cette date serait antérieure par exemple à celle des plus anciens textes écrits de la Babylonie et de l’Egypte ; le cours du troisième millénaire av. J. -G. peut être admis comme une date plausible : l’indo-européen est la forme ancienne des langues indo-européennes ; ce n’est, à aucun degré, on l’a vu, une langue primitive.

De même que le français est une forme prise par le latin, que le latin est une forme prise par l’indo- européen au cours du développement historique, l’indo-européen est la forme prise par une langue parlée antérieurement. Pour l’expliquer, il faudrait découvrir d’autres langues apparentées et qui seraient à l’indoeuropéen ce que le grec et le sanskrit sont au latin par exemple ; si, comme le croient certains linguistes, l’indo-européen, le sémitique, le caucasique du Sud avec les langues méditerranéennes du lycien au basque, et le finno-ougrien sont issus d’un même idiome, il pourrait se constituer une nouvelle grammaire comparée pour une période antérieure (cf. p. 22). Mais la preuve rigoureuse n’a pas été faite jusqu’à présent, et l’indo-européen est le dernier terme qu’atteigne maintenant sur ce domaine une linguistique historique qui exige des démonstrations exactes.

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