‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 43 sur 129 · SL · texte numérisé non relu

SL

LIT

GR

LAT

IRL.

GOT

rx

Note :

1. A l’initiale du mot, i.-e. *r est précédé en grec et en arménien d’une voyelle prothétique brève, a, e ou 0.

Les nasales m, n sont conservées partout. — De même aussi r et l ; l’indo-iranien tend à confondre r et / ; le dialecte sur

SONANTES

lequel repose le fonds ancien de la langue du j^gveda ignorait l, tandis que des parlers orientaux de l’Inde (la mâgadhî) ont généralisé / et présentent lâjâ au lieu de râjâ « roi » ; mais certains parlers avaient gardé en position initiale et intervocalique la distinction de r et / consonnes, comme on le voit par quelques mots du sanskrit classique.

Les deux sonantes les plus vocaliques, y et w, sont celles dont la forme consonantique a subi le plus d’altérations.

A l’initiale, *y a subsisté en indo-iranien, en slave, en lituanien, en germanique, en italique, en brittonique; la tendance à augmenter l’étendue du mouvement articulatoire de fermeture n’apparaît que postérieurement aux plus anciennes périodes connues de la langue, par exemple dans le passage du vieux perse au persan, ou du latin au roman: lat. iacet est devenu fr. gît ; en grec, le y est devenu sourd et la fermeture du passage de l’air est devenue moindre ; aussi y est représenté par h (noté H sur les anciennes inscriptions, ' chez les Alexandrins), qui a disparu dès avant les premiers textes dans certains dialectes et que la xo:vy] n’a conservé nulle part ; le y initial est tombé de la même manière en irlandais. A l’intérieur du mot, entre voyelles, y est conservé en indo-iranien, slave, baltique, germanique, mais s’amuit en arménien, grec, latin, irlandais. Le grec ignore le phonème y : du yod de l’alphabet sémitique les Grecs ont fait la notation de la voyelle i .

Le *w a une histoire plus complexe encore que celle de *y à cause de sa double articulation : le dos de la langue rapproché de la partie postérieure du palais, et les deux lèvres rapprochées l’une de l’autre et arrondies. La tendance à substituer à la sonante w la spirante labio-dentale v est ancienne: déjà pour les grammairiens de l’Inde, le v sanskrit est une labio-dentale et non plus un w ; le u latin est devenu v dans les langues romanes ; de même le germ. *zu en allemand ; en baltique et en slave actuels on prononce v. Là où le rapprochement de la langue et du palais a été augmenté, w est devenu *gv*y puis g : ainsi à l’initiale en arménien et en brittonique ; là où c’est le rapprochement des lèvres, w et devenu b à l’initiale, ainsi en persan dans certaines condi-

PHONÉTIQUE

tions. En grec, le F qui représente i.-e. *w a une articulation très faible ; entre voyelles, il a disparu dans presque tous les dialectes avant la date des plus anciennes inscriptions ; à l’initiale, il n’a cessé d’être émis que vers le ve et le ive siècles av. J.-C., sauf en ionien-attique où il n’existe plus dès les plus anciens textes ; dans certains parlers, notamment en laconien, il n’est sans doute jamais tombé. — Presque partout on entrevoit encore le temps où y et w étaient de pures sonantes ; ainsi le persan représente w initial de l’iranien commun, tantôt par g, tantôt par b, ce qui suppose que le vieux perse avait encore la sonante w et non un v labio-dental, et en effet w s’est maintenu dans nombre de parlers iraniens ; en celtique, le w initial est représenté par / en irlandais, par gw en brittonique : le celtique commun avait donc encore w.

Exemples :

skr. yâkrt « foie » (génit. yaknàh ), lat. iecur ( iecinoris ), lit. jeknos (pluriel) ; zd yâkard, gr. yj^ap (vp raxo;).

skr. yuvaçâh « jeune », got. juggs (c.-à-d. jungs ), gall. ieuanc, v. irl. ôac , lat. iuuencus, ombr. iuenga « génisse ».

*-ye- dans les verbes dénominatifs : skr. (prtanâ)yâti « il combat », v. si. (Içka)jetü « il trompe », lit. (lankô)ju « je plie », gr. (tï[ju)(o «j’honore ».

skr. mâdhyah « qui est au milieu », gaul. Medio-(lânum), « (où l’on trouve « milieu » et « plaine ») », lat. médius (avec y représenté par i voyelle après consonne) et osq. méfiai dat. fém. sing., got. midja (féminin); la consonne précédente est altérée par le y dans : hom. j. >â<jggç , piacç (de *piôyoç); arm. mêj « milieu »; v. si. me\da « limite », russe me\ci, polon. mied^a, serbe mèâa (prononcer mèg' a).

skr. viç-, zd vis- « village », v. si. vïst « uicus », alb. vise « lieux » ; gr. /Vw.oç «maison», lat. uicus, got. weihs « bourg ».

skr. vîràh « homme », zd vîrô, lit. vyras ; lat. uir, irl. fer, gall. gwr, got. wair.

SONANTES 8 I

skr. srâvati « il coule », g r. pé(f)ù); lit. sravà « écoulement (de sang) », dor. pbo foc (à Gorcyre), att. poVj.

skr. rudhirâh « rouge », gr. èpuôpo; (avec prothèse vocalique devant i.-e. *r initial, suivant la règle du grec), v. si. rïdrü (de *riidrü ), lat. rwfer (avec b représentant b issu de <f> après w), lit. raüdas, got. raufts, v. irl. rüad.

gr. Xziyu) « je lèche », lat. lingô, v. irl. got. ( bi-)laigon

«lécher », lit. l'è{iù «je lèche », v. si. lity, arm. lisent, véd. réhmi et skr. classique lehmi (zd nç-).

*n et *m.

skr. nama « nom », v. p. et zd nâma, lat. nômen ; got. namo, gr. ovop.a.

Remarque. — Dans quelques cas, le grec répond par un Ç, et non par un h (noté '), à un y des autres langues, ainsi :

gr. Çuyôv, en regard de skr. yugàm « joug », lat. iugum , got. juk, tchèque jho (de *jïgo) ;

gr. Çomoç, en regard de zd yâstô , lit. jûstas « ceint d’une ceinture», v. si. ( po-)jasü « ceinture ».

Ce traitement Ç n’apparaît qu’à l’initiale du mot, et aucune langue ne confirme la distinction suggérée par le grec ; on est donc ici en présence d’une innovation hellénique dont les conditions ne se laissent pas déterminer avec certitude.

b. — Sonantes dans les diphtongues.

Une diphtongue est une émission vocalique continue dont le commencement et la fin sont articulés d’une manière nettement différente et dont la partie médiane est constituée par la transition de l’une des deux articulations à l’autre. L’indo-européen forme des diphtongues avec ses voyelles *e , *o, *a} suivies de l’une quelconque de ses sonantes ; la voyelle, c’est-à-dire la partie la plus ouverte de l’articulation, est au commencement, et la sonante, qui est la partie la plus fermée, à la fin.

Ohréserve souvent le nom de diphtongues aux groupes formés A. Meillet. C

PHONÉTIQUE

par *e, *o, *a, avec les sonantes *y et *w, mais il n’y a pas de différence de nature entre ces groupes et ceux qui sont formés avec les autres sonantes : *r, % *m, *n. Le parallélisme des diphtongues formées avec les six sonantes est clair en lituanien où les diphtongues telles que ar, al, an, am sont susceptibles des deux intonations, douce et rude, comme ai et au, soit :

ai aü af al an am

ai âu âr âl ân âm

Dans lit. an le passage continu de la voyelle a à la nasale n se

manifeste par ceci que la fin de Va est nasale, et, dans les parlers orientaux du lituanien où l’ancien a (a nasal) est représenté par u, an est représenté par un-', Va de an était donc, du moins en partie, nasal. En grec, une diphtongue ev est susceptible d’être périspomène comme une diphtongue et par exemple ; ce qui le montre, c’est que les deux groupes jouent le même rôle dans le cas d’addition d’un mot enclitique : il se développe un ton secondaire dans Iv6à t£ comme dans e!xa ts.

Les sonantes employées comme seconds éléments de diphtongues ont des traitements spéciaux et devraient en bonne méthode être notées par des signes particuliers. Conformément aux usages de l’alphabet grec et latin, elles seront désignées ici par i, u, r, l,n, m; ces notations présentent une inconséquence : les sonantes y et w y sont désignées par leur forme vocalique, les autres par leur forme consonantique ; pour être conséquent, il faudrait écrire : ey, ew, er, el, en, em, ou ei, eu, er, el, eyi, em.

Les diphtongues indo-européennes sont définies par les correspondances suivantes (l’élément vocalique initial a en principe le même traitement qu’à l’état isolé : i.-e. *e, *o, *a sont également représentés tous les trois par indo-iran. a ; i.-e. *o et *a par lit. a et sont confondus dans slave o ; etc.) :

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