II. — La syllabe
Une suite de phonèmes comprend une série de divisions naturelles qu’on appelle syllabes ; les voyelles (voyelles proprement dites ou sonantes voyelles) représentent les tenues, et les consonnes (consonnes proprement dites ou sonantes consonnes) les mouvements de passage ; les voyelles ont pour élément essentiel, dans le parler normal à haute voix, la vibration glottale modifiée par le résonateur buccal et nasal, les consonnes le mouvement articulatoire d’ouverture et de fermeture ; il y a donc des tenues de sons, les voyelles, séparées par des mouvements articulatoires d’ouverture et de fermeture, les consonnes. Soit par exemple une série schématique de phonèmes telle que :
atesoyonugiwnpe.
Les tenues sont a, e, o, o} u, i, y}, e ; les consonnes qui séparent ces tenues sont t, s, y, n, g, w, p : dans les unes la fermeture est totale, ainsi dans t , g, p, dans les autres elle est partielle, ainsi dans s, y, n, w ; dans les unes il y a des vibrations glottales, ainsi y} n, g, w, dans les autres il n’y en a pas, ainsi t, s,p\ mais, ce qui est commun à toutes les voyelles, c’est qu’elles sont essentiellement des tenues, et ce qui est commun à toutes les consonnes, c’est qu’elles comportent un mouvement de fermeture
LA SYLLABE
suivi d’un mouvement d’ouverture ; et un même élément est voyelle ou consonne, i ou y, u ou w, «ou n, suivant que, d’après sa position dans le groupe, il sert de tenue ou d’articulation de fermeture et d’ouverture ; le point d’articulation, la qualité sonore restent les mêmes, mais ce qui est mis en évidence est dans un cas la tenue, dans l’autre le mouvement articulatoire.
La voyelle appartient tout entière à la syllabe dont elle forme le centre ; au contraire la consonne est souvent partagée entre les deux syllabes qu’elle limite : sa partie de fermeture ou, autrement dit, d 'implosion (en généralisant la valeur du terme défini ci-dessus p. 57) termine une syllabe, et le moment d’ouverture ou d 'explosion en commence une autre ; dans la prononciation française d’un groupe tel que epe , la fermeture des lèvres termine la première syllabe, qui comprend aussi la durée de l’occlusion, et l’ouverture des lèvres commence la seconde syllabe. La même définition s’applique aux consonnes sonores : dans ebe, il n’y a pas de moment de silence, d’arrêt du son, puisque les vibrations glottales continuent, mais il y a, lors de la fermeture des lèvres, un arrêt de l’émission du souffle qui marque la limite des deux syllabes. Quand il s’agit de sifflantes, comme s, ou de sonantes, comme y, w , r, l, n , m, de continues en un mot, le souffle n’est arrêté nulle part, mais il y a un mouvement tendant au rétrécissement du passage de l’air, un temps de fermeture relative et un mouvement de réouverture : la définition de la limite de la syllabe s’applique donc ici aussi ; et, en un sens étendu, on peut encore parler d 'implosion et à' explosion. Dans le cas de h, qui est un simple souffle et ne comporte ni fermeture ni rétrécissement du passage de l’air en aucun point, il n’y a pas à proprement parler d'ouverture et de fermeture, mais seulement arrêt (ou absence) des vibrations glottales de la voyelle : c’est ce qui fait sans doute que ce phonème est souvent peu durable et que, entre voyelles, il tend en général à être éliminé : ehe tend à devenir ê ; rien n’indique du reste l’existence de h en indo-européen.
Certaines langues n’admettent pas d’autre forme syllabique que le type simple constitué par une série de voyelles séparées les unes des autres chacune par une consonne. Tel n’est pas le cas de A. Meillet. 7
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l’indo-européen. L’élément consonantique peut y être complexe : outre la forme simple décrite ci-dessus, il peut se composer de deux occlusives, par exemple kt, pt ; de sifflante et occlusive, ainsi st, %d ; d’occlusive et sifflante, ainsi ts\ d’occlusive (ou sifflante) et sonante consonne, ainsi ty, sn. La graphie ne doit naturellement pas faire illusion sur la nature des éléments qui composent ces groupes : le k et le / d’un groupe ekte ne peuvent être identiques au k de eke et au t de ete : le k de ekte a une implosion pareille à celle de eke, mais l’explosion se fait dans la plupart des langues pendant l’implosion de t et n’est accompagnée d’aucune émission d’air ; et l’implosion de t ayant lieu pendant l’occlusion de k n’est pas immédiatement précédée d’un arrêt de l’émission d’air ; il y a donc dans ekte deux articulations consonantiques distinctes, mais toutes deux différentes à quelques égards de celles de k et de t intervocaliques, bien qu’appartenant aux mêmes types consonantiques.
Que l’élément consonantique soit simple ou complexe, étant donnée une série de phonèmes, la syllabe est la tranche comprise entre deux termes extrêmes des mouvements d'ouverture et de fermeture.
Ceci posé, il est possible de définir les notions de syllabe longue et de syllabe brève , telles que la comparaison de la prosodie du sanskrit et du grec, et aussi, dans une moindre mesure, des autres langues, permet de les fixer.
Est brève toute syllabe dont l’élément vocalique est une brève (voyelle ou sonante) suivie ou non d’une consonne simple, ainsi la première syllabe de skr. sâcate « il suit », gr. sTusxa 1, lat. sequitur (où qu note une articulation une), lit. sekù « je suis », got. saihwa « je vois » (hw notant une articulation une) ; de skr. imâh « nous allons », gr. fyev ; de skr. prthüh « large » ( th est une consonne simple); etc.
Une syllabe est longue en deux cas :
i° Quel que soit l’élément consonantique suivant, quand son élément vocalique est une voyelle longue, une sonante longue ou une diphtongue, ainsi la première syllabe de skr. bhratâ « frère », gr. çppaxwp, lat .frâter, v. irl. bràthir ,got. broftar, lit. broter(felis ) ; de skr. pütih « pourri », lat. tütidus, v. h. a. fül « pourri », gr.
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-7166(1) « je fais pourrir », lit. püti « pourrir » ; de gr. >Foîca, skr. véda « je sais », got. wait ; de skr. pàhca, gr. -71 csvxe, lit. penki (fém. penkios).
20 Quelle que soit la quantité de l’élément vocalique, quand l’élément consonantique qui suit celui-ci est un groupe de consonnes : ainsi la première syllabe de skr. saptâ , gr. sxxa, lat. septem ; de skr. pitre « à un père », hom. xxxpa iv « des pères » ; de skr. vaste « il se vêt », gr. (FJiaxai, lat. uestis ; etc.
L’élément consonantique, simple ou complexe, qui précède la voyelle d’une syllabe ne contribue en rien à déterminer la quantité de la syllabe : la première syllabe de axéaxp, xps?(i>, azpiyo n’est pas moins une brève que celle de è'çü ou de vé&cç ; compte de la quantité part du commencement de la voyelle. Mai les éléments <jt-, zp-, crx p- font position pour la syllabe dont la voyelle est finale d’un mot précédent. Hom. xs xpaxsç est un dactyle.
La quantité longue de la première syllabe de groupes comme epte, este s’explique : dans este, toute la durée de la sifflante fait partie de la première syllabe qui ne se termine qu’avec l’explosion du t ; dans les groupes de deux occlusives, par exemple dans epte, la première syllabe comprend, outre la durée de la voyelle, le temps nécessaire pour articuler la labiale et sans doute aussi la période d’occlusion de la dentale.
Le cas d’un groupe comme etre ou petle est plus embarrassant ; la première syllabe se termine ici avec l’occlusion du t comme dans etc, et en effet, dans les groupes de ce genre, la première syllabe est brève en attique ou en latin ; mais en prosodie védique comme en prosodie homérique, elle est longue, et ceci demande une explication que fournit la phonétique du sanskrit : les descriptions des grammairiens de l’Inde montrent en effet qu’un mot skr. putrâh « fils » se prononçait puttrâh, ou du moins de manière à donner l’impression d’un t géminé : de là vient que, en prâkrit, où les groupes de consonnes se simplifient, skr. putrâ est représenté par putta-, et non par puta- ; de même en grec, le groupe i.-e. attesté par skr. açvah « cheval », lit. asvà
« jument », aboutit non à -x-, comme le *-&w- de srispai, mais à -xx- : ixxoç, ou -x/.- : syr. ixxoç ; *-dhy- devenu -6y- aboutit
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en grec commun à -77- et non à -7-, et ce -77 est encore conservé dans certains dialectes et partiellement chez Homère .: hom. [à£77oç de *[X£Ô)’sç, cf. skr. mâdhyah « qui est au milieu ». Si le groupe consonne plus sonante consonne suffit à déterminer la quantité longue de la syllabe que termine la consonne en indoeuropéen, c’est que son premier élément est plus long qu’une consonne intervocalique ; il ne suit pas de là que cette consonne géminée soit aussi longue qu’une consonne géminée intervocalique et doive avoir le même traitement : le t de *etre est traité autrement que le tt de *ette.
Il résulte de ce fait une conséquence : si une racine se termine par une consonne et qu’il lui soit ajouté un suffixe commençant par la même consonne suivie de sonante, tout se passe comme si le suffixe commençait par la sonante : au point de vue de la phonétique indo-européenne, *pet~tro~ (avec suffixe *-tro~) n’est pas distinct de *pet-ro- (avec suffixe *-ro-) : dans les deux cas la prononciation est *pettro-. Si la racine est terminée par une sonore et que le suffixe commence par une sourde, la différence apparaît : *med-ro reste *medro (prononcé *meddro ), mais *medtro- devient *met-tro -, qui se confond avec *metro-, et c’est ainsi que, en regard de lat. modus « mesure » et de got. mitan, v. angl. metan « mesurer », le grec d’époque homérique a pixpov, prononcé (jl f'xpov, dont la première syllabe est longue dans la poésie épique.
Sur le groupe voyelle longue plus consonne plus sonante consonne, soit le type être, la prosodie n’enseigne rien, car skr. atra et âtra, hom. sxpe et y;xp£ ont même valeur en métrique ; mais on doit supposer a priori que, après voyelle longue, la consonne était simple et non géminée. Il semble d’ailleurs que certaines sonantes au moins aient eu dans ce cas, non la forme consonantique, mais la forme de sonante voyelle devant voyelle ; le védique a d’ordinaire consonne plus y consonne après voyelle brève, soit âtya ; mais consonne plus iy après voyelle longue, diphtongue ou voyelle plus consonne : àliya, artiya, astiya; ainsi, des 120 cas où la désinence skr. -bhyah de datif-ablatif pluriel a dans le Rgve da la prononciation - bhiyah , dissyllabique, deux seulement ont une simple
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voyelle brève avant le bh ; tous les autres iy sont après syllabe longue, comme par exemple dans tébh(î)yab « à ceux-ci » ; le y est toujours consonne dans skr. satyâh, zd haiüyô « vrai », voyelle dans véd. màrt(i)yâh, v. perse martiya « homme » ; tel était sans doute l’état indo-européen, à en juger par le contraste de skr. mâdhyah « qui est au milieu », hom. pijsoç, ou skr. pàdyah « pédestre », gr. 7 csÇôç, avec *y consonne, et de skr. veç(f)yam « maison », gr. (/Qoixfev, avec *iy. Quant aux sonantes autres que y, les faits sont peu clairs.
En dehors de l’emploi dans les groupes du type consonne plus sonante tels que *ty ou *tr, il semble que l’indo-européen a tendu à éliminer les consonnes géminées. Le groupe *ss tend à se simplifier là où il était amené par des circonstances morphologiques : ainsi la 2e pers. prés. sing. de la racine *es- est *ési (skr. âsi, zd ahi, att. s!), et *essi, qu’on trouve aussi (hom. et dor. êcjcrt, arm. es, lat. ess dans la prosodie des plus anciens auteurs), peut s’expliquer par analogie. Là où il résulte de la rencontre d’une dentale terminant un élément morphologique avec le t initial d’un second élément morphologique, le groupe -tt- n’est pas conservé tel quel entre voyelles à l’état isolé : en iranien, en bal tique, en slave et en grec, il donne -st- ; en latin, celtique et germanique, -ss- ; le sanskrit a - tt -, mais comme *-tst- y aboutit aussi à -tt-, cette consonne géminée n’y représente pas l’état indo-européen, qui, à en juger par toutes les autres langues, comportait une altération de l’occlusive t. Ainsi de la racine *sed- et du suffixe *-to-, donc de *set-to-, on a skr. sattâh « assis », zd hastô , lat. sessus ; de *zuid- et de *-to-, on a zd -vistô- « connu », gr. -E'.stcç, v. irl. -jess, v. h. a. (( gî)wisso ; cf. aussi gr. « nous
savons », F (rue « vous savez », et v. si. veste « vous savez ». De même pour les sonores, le zd da^di « donne » repose sur *ded-dhi, et le gr. F (j0i « sache » sur *wid-dhi ; le skr. dehî « donne » suppose aussi *da%dhi, forme attestée par le zend da^di ; cette forme montre que le sanskrit n’a pas échappé à l’altération et que l’absence de traces de l’élément spirant dans le cas de -tt- tient à une innovation hindoue.
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L’altération des groupes *~ddh- est d’autant plus remar-
quable qu’elle n’a pas lieu dans les cas où la gémination a une valeur expressive, et notamment dans les termes propres au langage enfantin, dans les hypocoristiques, ainsi gr. aria, lat . atta, got. atta « papa », gr. ti'tOyj « nounou », gr. Nixotko hypocoristique de NwoxéXeia. La gémination expressive est fréquente en indo-européen ; elle était sans doute courante surtout dans la langue familière sur laquelle la comparaison enseigne peu de chose ; en effet la langue indo-européenne a été portée par une aristocratie dominante (v. chap. ix), et c’est la langue noble qui s’est propagée. Il ne manque cependant pas d’exemples tels que skr. akka « maman », gr. ’A y.y.w, lat. .Acca ( Lârentia ) ; gr. àwica «papa»; v. h. a. Sicco hypocoristique de Sigbert ; gr. %a x,/aÇo> «je ris aux éclats » ; gr. yuvvtç « être efféminé » (cf. yuvr,) ; delph. X £7.-/0) « femme en couches » ; lat. lippus {cf. gr. Xi'tuo;, etc.) ; v. h. a. lecchôn « lécher » (cf. grec Xsfyo), Xs/avo^) ; gr. £y.-/.ov, en face de 07:ü)-a, lat. oculus, et le k de arm. akn suppose aussi une ancienne géminée, etc. Cette gémination n’est pas rare dans des noms d’animaux tels que lat. uacca (cf. skr. vasa) ; v. isl. bokkr, irl. bocc « bouc » ; etc..
Les groupes de consonnes sont soumis aux règles suivantes :
i° Chaque phonème conserve le point d’articulation qui lui est propre, ainsi k reste une gutturale devant t : lat. dictus.
2° Une consonne proprement dite (occlusive ou sifflante) est sourde ou sonore devant consonne proprement dite, suivant que celle-ci est sourde ou sonore. De la racine *yeug- de lat. iungô , iugum, l’adjectif formé avec suffixe *-to- est : skr. yuktâh « joint », zd yuxtô, gr, Çsuvuéç, lat. iunctus, lit. jùnktas ; l’aoriste en *-sest : skr. âyuksi « j’ai attaché », gr. eÇeuïa, lat. iunxï. L’impératif en *-dhi de *es- est zd \dl « sois », gr. taôi (sur^;, v. p. 69).
3° Devant les sonantes consonnes, les occlusives sourdes et *s gardent au contraire leur qualité de sourdes comme elles le feraient devant une voyelle. Exemples :
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io3
skr. tàsyci « de celui-ci », gâth. tahyâ y hom. xoïo (de \ohyo) ; arm. -oy (de *-ohyo).
skr. calvarah « quatre », lat. quattuor ; lit. ketviftas , v. si. cet vrütü « quatrième » ;
skr. âçmâ « pierre », gr. axfjuov « enclume » ; cf. lit. akmu « pierre » ;
skr. svâpnah « sommeil », zd xvafnô, lit. sâpnas, v. isl. suefn, gr. uzvoç ;
skr. çvaçrüh « mère du mari » (avec s initiale devenue ç par assimilation au ç intérieur), lat. socrus ;
skr. pàtram « vase », lat. pôculum (de *pôtloni).
Si le groupe complexe *-ptm- a cependant « abouti » à *-bdmdans *sebâmo- « septième », attesté par v. si. sedmü, gr. sgoo^cç, en regard de skr. saptâ, gr. exxa, lat. septem , c’est qu’il s’est produit en indo-européen des sonorisations dans des circonstances spéciales ; le grec a -yg- dans oySooç, en face de oxtw, donc entre voyelles ; le latin a uïginti, trigintâ en face de dor. fixait, att. xptàxovxa, etc. ; on a vu ci-dessus, p. 61, le b de skr. pibâmi « je bois » ; etc.
4° Les groupes du type : sonore aspirée plus consonne sourde (occlusive ou j), aboutissent en indo-iranien, non pas au groupe : sourde plus sourde, attendu d’après la règle générale, mais à un groupe : sonore plus sonore aspirée ; ainsi de *drbh-} avec suffixe indo-iranien *-ta- (i.-e. skr. drbdhâh « attaché », zd
ddriwsô ; de *bhudh -, avec le même suffixe skr. buddhâh
« éveillé » ; etc. L’existence en indo-européen d’un groupe à sonore aspirée est rendue certaine par gr. ^6c»v (v. p. 70) et skr. ksah « terre », locat. ksâmi(dLvec skr. ks issu de*^f), en regard du doublet à *gjj initial zd %â « terre » (loc. %?mi, de \ami ), gr. lat. humus. Mais, d’une manière générale, le traite-
ment indo-iranien n’est pas représenté dans les autres dialectes ; il est possible que ceci résulte d’innovations analogiques : en iranien même, dès l’Avesta récent, ce traitement est éliminé par des actions analogiques ; ainsi de indo-iran. *augh- « dire » la 3e personne moyenne d’aoriste qui encore dans les gâthâs est
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aogddâ « il a dit » (c’est-à-dire aogda ), est dans l’Avesta récent aoxta, d’après toutes les troisièmes personnes secondaires moyennes en -ta. Quoi qu’il en soit, les autres langues ne présentent pas un exemple sur du traitement du groupe tel qu’il apparaît en indo-iranien ; le grec par exemple a constamment e'jxTÔç, ‘JC'.fTTÔç, etc. en regard de sj^cpiai, etc.
Lorsque deux sonantes sont en contact, la question se pose de savoir quelle est la forme employée pour chacune. Il y a cinq cas à distinguer :
i° Entre deux consonnes après syllabe brève' ou dans la syllabe initiale du mot : la première sonante est consonne, la seconde voyelle: ainsi skr. srutâh « coulé », gr. puxô;; skr. çvâbhih « par les chiens » (de *kiwnbbis) et non *çumbhih ; gr. ®p zzl (de *bhrnsi) chez Pindare et en vieil attique, etc. ; lit. kelvirtas « quatrième », v. si. cetvrütü représentant *kwetu/rtos. Le traitement phonétique de *-wr- entre consonnes est d’ailleurs le renversement *-ru-, tel qu’il est attesté par zd ca^ru- (dans cabru-ratus « qui a quatre maîtres »), gr. Tpu- (de *7rrp’j-), lat. quadru- (ainsi quadru-pes, avec un d secondaire ; cf. ci-dessus, p. io3), gaul. petru- (ainsi Petru-corii à côté de Tricoriï) ; et c’est plutôt *catruthab que *catvrthah que remplace la forme analogique skr. caturtbâb « quatrième » (d’après l’accusatif catürab « quatre ») ; ce renversement reste conforme à la règle en ceci que la sonante voyelle suit la sonante consonne. — Après syllabe longue, les exemples clairs manquent.
De la règle il résulte qu’il n’existait pas en indo-européen de diphtongue constituée par sonante voyelle plus sonante second élément de diphtongue ; quand donc, dans un mot de date indoeuropéenne, le germanique a ur ou le lituanien ir, ur, devant consonne, il ne s’agit jamais d’anciens */ -}- r, mais toujours
d’anciens *r. Il y a exception à ce principe dans les présents à nasale infixée (v. p. 180) qui présentent des diphtongues telles que in, un, rn : skr. ri-n-cânti « ils laissent », à côté de rinâkti « il laisse », lat. li-n-quô, v. pruss. ( po-)li-n-ka « il reste », ou skr. krn~tân a tournant » (participe présent de krnàtti « il tourne »).
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2° Entre consonne précédée de syllabe brève et voyelle : la première sonante est voyelle, la seconde consonne : skr. çünah « du chien », gr. xuvoç ; skr. (accus.) catürah « quatre », lit. (nomin.) keturi (le gr. xix xapsç, Terra paç est analogique ; cf. dor. xéxopeç et ion. xéoraspeç) ; skr. divâh « du ciel », gr. A iFcq ; zd %imô « de l’hiver », gr. skr. himàh « hiver ». Donc skr.
pîtr(i)yah « paternel », gr. naxpioq, lat. patrius sont embarrassants : on attend i.-e. *pdtfyos ; on est en présence d’une altération due à l’analogie. D’une manière générale, l’application de la règle est limitée par beaucoup d’actions analogiques, ainsi le sanskrit a çuçruve « il a été entendu », et non *çuçrve , sous l’influence de çuçrâva « j’ai entendu », çuçrüyat « qu’il entende », etc. Mais le lituanien oppose tvirtas « solide », de *twftos, à turêti « avoir » (littéralement « tenir »), de *turè- ; de même skr. cakrvan « ayant fait » a pour génitif cakrü$ak.
3° Après voyelle, devant consonne ou à la fin du mot : la première sonante est consonne, la seconde voyelle; ainsi skr. nàva « neuf », lat. nouem, gr. èvvé(f)a, de *néwn, ou skr. navatîh « 90 », de *newntis, v. pruss. newînts « neuvième », got. niunda (de *newunâa-') « neuvième » .
4° Entre deux voyelles : la première sonante est second élément de diphtongue et l’autre est consonne ; ainsi v. perse aiva « un », cypr. ciFcç « seul » et v. lat. oinos (d’où ünus) « un », got. clins, v. pruss. ainan (accus.), gr. ctvyj « as » ; lit. dervà (accus, derva) « bois de sapin », v. si. drëvo (russe dérevo), gall. derzven « chêne », hom. (génit.) àcuooç (dissimulant àopfôç). — Le *y a une place à part, et certains des groupes où il figure ne sont pas conformes à la règle générale ; ainsi un groupe tel que ewye a u second élément de diphtongue et y consonne en iranien, slave, lituanien, gotique, mais w et y tous deux consonnes en sanskrit, grec, italique, celtique ; par exemple à lit. naîijas « nouveau » (avec au au lieu de iau par dissimilation), got. niujis (de *neuyos ), le sanskrit répond par nâvyah « nouveau », le grec par vstoç (de *^Fyoq), le gaulois par Novio- ( Novio dünum « nouvelle citadelle »), etc.
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5° A l’initiale : il n’y a pas de règle générale. Ainsi y n’est consonne devant aucune autre sonante, mais w, r, l , m , n peuvent être consonnes devant y ; w peut être consonne devant y} r , l , ainsi gr. mais est toujours voyelle devant n et
zv ; etc. Les exemples sont rares et manquent même entièrement pour la plupart des groupes.