LE TON
A la fin du mot, les nasales ont aussi un traitement à part : le grec ne connaît que -v, ainsi Ttctuov en regard de lat. equom, skr. dçvam « cheval » ; le vieux prussien et l’irlandais n’ont aussi que - n , et, dans des langues comme l’arménien, le slave, le germanique, où la nasale finale est tombée, on trouve, en certaines positions particulières, des traces de -n, et non pas de -m. Le -m du 'latin est un signe de nasalisation plutôt qu’une labiale nasale, car -m finale n’empêche pas l’élision : anim-aduertere de animum-aduertere ; de même, en sanskrit la nasale finale n’est, à l’intérieur de la phrase, qu’un prolongement nasal de la voyelle précédente, Yanusvàra-, et non un phonème ayant un point d’articulation propre.
Après voyelle longue les sonantes finales étaient même sujettes à disparaître en indo-européen : le sanskrit a mâtâ « mère » , le lituanien môtè, en regard de dor. [/.ar/jp, lat. mater ; de même skr. àçmâ « pierre » et lit. akmù, mais gr. àxpuov, çf. le type latin homô, hominis ; le *-w final de véd. d(u)vav « deux » se retrouve dans v. irl. dâu, en face de véd. d(u)vâ , hom. 5uo), v. si. düva.
Enfin, la voyelle de syllabe finale du mot est sujette à certains allongements ; par exemple le védique a hatâ et hata « frappez » ; la préposition (et préverbe) i.-e. *pro a aussi une forme *prô, par exemple véd. pra- et prâ- y si. pro- et pra-, lat. prô- et prô, gr. et 7rpü)-(7:épu<r.). Le grec a en général une quantité fixe à cette place; mais en védique la quantité flotte à la finale dans beaucoup de formes entre la longue et la brève, et ceci semble indo-européen. Le vocatif lit. vilkè « ô loup », dont Ve repose sur une ancienne longue, s’oppose à Yë final de skr. vfka, gr. Xuxe, lat. lupe, v. si. vlïce.
Tout concourt donc à établir que la fin de mot était marquée en indo-européen par des particularités de prononciation. Le mot avait ainsi son individualité phonétique dans la phrase.
Ton. — Dans ce groupe d’articulations, terminé par des phonèmes prononcés d’une manière particulière, qu’est un mot phonétique, l’une des syllabes peut être prononcée plus haute ou
PHONÉTIQUE
plus intense que les autres. L’acuité particulière d’une syllabe sera appelée ici ton , et la syllabe la plus aiguë du mot la syllabe tonique ; là où il y aura lieu de marquer l’opposition avec le ton, le nom générique d ''accent sera réservé à l’intensité, et par suite la syllabe intense sera dite alors accentuée ; le mot atone s’appliquera à l’absence de ton, et le mot inaccentué à l’absence d 'intensité. Le ton et l’accent coïncident souvent.
Chaque syllabe du mot porte dans les textes védiques un signe qui, d’après les indications des grammairiens, marque la hauteur à laquelle doit se prononcer l’élément vocalique de cette syllabe ; sauf un certain nombre de petits mots, particules ou pronoms, qui sont toujours atones, tout mot védique a, ou du moins peut avoir, en certaines conditions, le ton sur l’une de ses syllabes qui est dite udâtta- « élevée » ; ainsi bharati « il porte » peut suivant les cas être atone ou tonique, et, quand il est tonique, a le ton sur bha : bhârati. De même chaque mot grec (exception faite d’un petit nombre d’atones) a une syllabe oxytonée, prononcée plus haut que les autres, à un intervalle d’une quinte d’après Denys d’Halicarnasse. Or, on observe aisément que la syllabe oxytonée du grec répond à Y udâtta- védique ; par exemple, pour les thèmes neutres en *-es-, la syllabe radicale a le ton dans : skr. nàbhah « nuage », gr. vs^oç ; skr. sâdah « siège », gr. I8oç ; etc. ; au contraire le suffixe a le ton dans le féminin skr. u$ah « aurore », hom. yjwç ; parmi les thèmes en *-o-, les abstraits ont le ton sur la racine, les adjectifs et noms d’agents sur le *-0final du thème, ainsi gr. t6(jloç « coupure » et xoyiç « coupant », skr. vârah « choix » et varâh « prétendant » ; gr. tcac(>F)oç « navigation » et skr. plavàh « bateau ». Le ton indo-européen défini par cette correspondance du védique et du grec ancien fait partie intégrante du mot, et les désaccords que présentent à cet égard les deux langues appellent chacun une explication comme toute autre divergence.
De même que l’accent du grec moderne occupe en principe la place du ton grec ancien, l’accent du lituanien, du russe, du serbe, etc. occupe encore la place du ton que possédaient le baltique commun et le slave commun. Ainsi russe nébo, serbe nèbo