LE TON
« ciel » sont accentués à la même place où gr. vs?oç et skr. nâbhah ont le ton. Malgré de très nombreuses innovations qu’on a d’ailleurs en partie réussi à classer, l’accent de certains dialectes baltiques et slaves représente donc le ton indo-européen. Cet accent coïncide du reste avec une très notable élévation de la voix qui, en serbe par exemple, n’est pas moins importante que l’intensité.
Enfin si le ton indo-européen ne s’est pas maintenu dans les dialectes germaniques, du moins sa persistance en germanique commun est attestée par un de ses très rares effets phonétiques : tandis qu’une sifflante ou spirante sourde y devient sonore en règle générale entre deux éléments sonantiques (voyelles proprement dites ou sonantes), la sourde est conservée après le ton, au moins après le ton frappant la syllabe initiale du mot (loi de Verner). De là deux traitements germaniques des anciennes sourdes, par exemple pour i.-e. *k :
v. h. a. swehur « beau-père », en regard de : skr. çvâçurah, russe svekor ;
v. h. a. swigar « belle-mère », en regard de : skr. çvaçrïih, russe svekrôv .
pour t :
v. angl. weorfie « je deviens », wearj> « je suis devenu », mais wurdon « nous sommes devenus », worden « devenu » , en regard de :
skr. vârtate « il se tourne », vavârta « je me suis tourné », mais vavrtmâ « nous nous sommes tournés », vrttâh « tourné » ;
pour s :
got. amsa- « épaule », cf. skr. âmsa-.
— mimxfL- « viande », cf. — màrnsâ-
De la comparaison du védique, du grec, des dialectes slaves et baltiques, et du germanique commun il résulte que le ton indoeuropéen a trois caractéristiques essentielles :
PHONÉTIQUE
i° Chaque mot possède un seul ton. Si, dans les mots longs, il a existé un ton secondaire, on n’en saurait rien dire : aucun fait sûrement attesté par plusieurs langues n’en indique l’existence.
2° Le ton peut occuper dans le mot une place quelconque : les exemples cités ci-dessus suffisent à illustrer ce principe. La limitation du ton aux dernières syllabes du mot, telle qu’elle apparaît en grec, est une innovation hellénique; ni le védique, ni le baltique, ni le slave, ni le germanique n’ont rien de pareil : le védique a le participe moyen bhàramâTiah « portant » en face de gr. fspôiievoç et, au féminin, bhàramânâ en face de g r. çepopiivYj. Les différences d’intonation du type èx-jpa : èxupaç (v. p. 76) sont mises en évidence par le ton, mais en sont indépendantes ; on sait par le lituanien qu’elles existent là même où le ton ne les fait pas ressortir.
3° Le ton n’a exercé sur les voyelles des anciennes langues indo-européennes, et en particulier sur les voyelles du védique, du grec ancien, du slave commun, du baltique commun, du germanique commun, aucune action comparable à l’action exercée par l’accent sur les voyelles des dialectes néo-latins, celtiques, germaniques, russes, etc. C’est que l’accent de ces dialectes comporte surtout une forte intensité jointe d’ordinaire à un allongement, tandis que le ton indo-européen consistait en une élévation de la voix, sans intensité appréciable et surtout sans aucune prolongation de durée de la voyelle.
Rythme. — Le ton des mots n’a aucune influence sur le rythme de la phrase indo-europénne. Ni en indo-iranien, ni en grec commun, ni en slave commun, ni en baltique commun, ni en germanique, donc dans aucune des langues où l’on en constate la persistance, il ne provoque ces changements du timbre et de la quantité des voyelles qui résultent ordinairement de la présence de l’intensité. Il ne sert jamais de temps fort du vers comme l’accent du français, de l’allemand, du russe, etc. ; il n’en est tenu aucun compte dans la métrique védique ou dans celle du grec ancien. Quant aux multiples actions du ton sur les voyelles qu’on admet souvent, il n’est pas certain que ces actions sup-