LE RYTHME
posent qu’un élément d’intensité était joint à l’élément de hauteur, et en second lieu, elles font partie de ces phénomènes préindo-européens dont l’examen est exclu du présent ouvrage par définition.
En revanche, toute syllabe de l’indo-européen ayant, d’après les principes posés ci-dessus, une quantité brève ou longue fixe (sauf, en une certaine mesure, à la finale), les oppositions quantitatives étaient très sensibles à l’oreille et constantes : c’est donc seulement sur le retour régulier de syllabes brèves et de syllabes longues à des places déterminées, joint à certaines observances relatives à la fin de mot, que repose la métrique du védique et du grec ancien ; en d’autres termes, le rythme de V indo-européen était un rythme purement quantitatif, non un rythme d'intensité.
Le rythme quantitatif est chose souple et délicate. Une longue n’a pas la durée exacte de deux brèves là où l’on a pu mesurer les oppositions. Un i ou un u durent, par nature, moins qu’un e ou un o et surtout qu’un a ; un i ou un u longs ne durent donc pas autant qu’un a long. Une syllabe longue « par position » pouvait avoir une durée assez différente de celle d’une syllabe longue « par nature » , La valeur longue ou brève d’une syllabe dépend du sentiment des sujets parlants ; un î long, même s’il ne dure pas plus qu’un a bref, passe pour long, par le fait qu’il s’oppose à un i bref. Ce qui importe, ce n’est pas la durée absolue, c’est l’opposition des brèves et des longues, toutes choses étant égales d’ailleurs. En grec, les oppositions sont plus rigides qu’elles ne paraissent l’avoir été en indo-européen ; l’état homérique, quoique déjà très fixé, offre encore une liberté qui n’apparaît plus par la suite.
Il n’y a pas trace que l’intensité ait joué dans la phonétique indo-européenne, telle qu’elle apparaît dans la période ancienne de tous les dialectes sans exception, aucun rôle défini, abstraction faite naturellement des différences de force déterminées par le désir d’insister sur tel ou tel mot, différences accidentelles, propres à une phrase donnée émise à un moment donné, et qui n’ont rien à faire avec le système de la langue, seul en question ici. L’intensité initiale que l’on observe en germanique et en
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PHONÉTIQUE
irlandais (mais non en brittonique) provient d’innovations de ces langues où elle a provoqué une multitude d’altérations de toutes sortes.
Les syllabes du mot indo-européen ne se groupaient donc pas autour d’un sommet d’intensité comme en allemand, en anglais, en russe, ou comme les notes d’un motif musical exécuté sur un piano ; elles variaient de hauteur et de durée, comme les notes d’un motif exécuté sur l’orgue.
Conclusion.
Le système phonétique qui vient d’être décrit a des traits originaux : la richesse de son système d’occlusives prononcées avec fermeté comme en français, le manque de spirantes, la fréquence de s, la monotonie d’un vocalisme sans nuances borné en principe aux timbres e et o et parfois a , le jeu complexe de ses sonantes et du d} la variété de structure de ses syllabes à quantité toujours déterminée, la limitation précise des mots les uns par rapport aux autres, le grand rôle des différences de hauteur, le caractère quantitatif du rythme. L’aspect phonétique de l’indoeuropéen était tout autre que celui de l’un quelconque des représentants actuels de la famille.